Jean-Claude Casanova
Pages 1143d à 1145d
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/comm.136.1143d
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Les primaires me font songer qu’il a existé un socialisme supérieur. J’en ai eu la confirmation, cet été, en découvrant un livre de Jaurès peu connu : il a été publié en 1908, on devrait en faire un livre de poche. Il s’agit de La Guerre franco-allemande. 1870-1871. Ce livre fait partie de l’Histoire socialiste de la France, depuis la Révolution, que Jaurès avait dirigée et à laquelle avaient collaboré quelques-uns de ses amis, dont Albert Thomas, le futur fondateur du BIT. Jaurès a lui même écrit le volume consacré à l’affrontement entre la France et la Prusse. Il l’ouvre sur une formule admirable : on doit « échapper à la défaite en se haussant à la vérité qui sauve et qui prépare les relèvements». Et, pour trouver cette vérité de la guerre et de l’histoire, il offre une admirable analyse de la politique étrangère du Second Empire face au problème allemand et au problème italien. Tout est impressionnant : la connaissance des manœuvres diplomatiques, des événements politiques et des opérations militaires, la profondeur de l’interprétation, le jugement sur les hommes, la compréhension du dilemme français. La France voulait rester « la grande nation », alors qu’elle n’était plus qu’« une grande nation ». Elle est responsable de la guerre, il cite en l’approuvant la formule de Bismarck : « La France est le plus ignorant de tous les peuples : elle ignore ce qui se passe chez les autres » (sa traduction respecte le germanisme, il dit « peuple » au lieu de « nation »). Il explique comment notre pays aurait pu gérer autrement l’inévitable unification de l’Allemagne, il n’aurait pas dû après 1815 réclamer de territoires nouveaux et il aurait dû oublier la rive gauche du Rhin pour se « vouer à son œuvre intérieure de démocratie »…
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