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Article de revue

Le « réshomme », enfant du sursocial

Pages 23 à 31

Citer cet article


  • Beckouche, P.
(2025). Le « réshomme », enfant du sursocial. Cités, 104(4), 23-31. https://doi.org/10.3917/cite.104.0023.

  • Beckouche, Pierre.
« Le “réshomme”, enfant du sursocial ». Cités, 2025/4 n° 104, 2025. p.23-31. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cites-2025-4-page-23?lang=fr.

  • BECKOUCHE, Pierre,
2025. Le « réshomme », enfant du sursocial. Cités, 2025/4 n° 104, p.23-31. DOI : 10.3917/cite.104.0023. URL : https://shs.cairn.info/revue-cites-2025-4-page-23?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cite.104.0023


Notes

  • [1]
    Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie IV. Le nouveau monde, Paris, Gallimard, 2017.
  • [2]
    Pierre Beckouche, Homo Externatus, l’homme procédural. La victoire de l’arithmos sur le logos, Paris, Classiques Garnier, coll. « Cultures et pratiques savantes du numérique », 2025.
  • [3]
    Olivier Rey, Une folle solitude. Le fantasme de l’homme auto-construit, Paris, Seuil, 2006.
  • [4]
    Dominique Cardon, « Infrastructures numériques et production d’environnements personnalisés », in K. Chatzis et al., Les Métamorphoses des infrastructures entre béton et numérique, Bruxelles, LATTS/Peter Lang, 2017, p. 351.
  • [5]
    En vogue dans les milieux informatiques, la notion vient du sociologue Zygmunt Bauman, La Vie liquide, Rodez, Le Rouergue, 2006.
  • [6]
    Dominique Quessada, « Vivons-nous dans un monde sans Autre ? », France Culture, « Les nouveaux chemins de la connaissance », émission du 29 mars 2013.
  • [7]
    Dominique Quessada, L’Inséparé. Essai sur un monde sans Autre, Paris, Puf, 2013, p. 11 sq.
  • [8]
    Tristan Garcia, Nous, animaux et humains. Actualité de Jeremy Bentham, Paris, François Bourin, 2011.
  • [9]
    Propos tenus à l’occasion de son diplôme Honoris Causa de l’université de Turin. Umberto Eco, « Con i social parola a legioni di imbecilli », La Stampa, 11 juin 2015.
  • [10]
    Clay Shirky, Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations, Londres, Peguin Book, 2008.
  • [11]
    Chris Anderson, « The End of Theory: The Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete », Wired, 2008.
  • [12]
    « L’émotion qui fonde QAnon, c’est la méfiance contre les institutions et les élites », Le Monde, 17 octobre 2020. Zuckerman fut le directeur du MIT Center for Civic Media de Boston.
  • [13]
    Par exemple l’universitaire Lacerda a constaté au Brésil depuis les années 2010 la victoire politique des réseaux sociaux sur les arguments logiques issus de la recherche. Daniel Lacerda, « Les réseaux sociaux sont une arme politique de destruction massive », Le Monde, 1er août 2024.
  • [14]
    Gérald Bronner (dir.), « Les Lumières à l’ère numérique. Rapport de la Commission Bronner », Paris, Présidence de la République française, 2022.
  • [15]
    Michael Rossetti, Tauhid Zaman, « Bots, Disinformation, and the First Impeachment of U.S. President Donald Trump », PLOS One du 8 mai 2023. Une enquête de 2024 a identifié quarante-cinq bots sur X, générant en deux mois 610 000 messages et dépassant 4 milliards de vues, « Newly Identified Bot-Like Accounts Are Generating Billions of Impressions, Sowing Division and Spreading Disinformation on X », Global Witness, 31 juillet 2024.
  • [16]
    Loi antiterroriste votée en octobre 2001 par le Congrès des États-Unis après les attentats du 11 septembre.
  • [17]
    Dès 2013, Snowden avait révélé que Microsoft, Facebook ou Google collaboraient avec la NSA. Encore plus ancien, le Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) encadre la manière dont les agences américaines comme la NSA ou le FBI peuvent exiger que des entreprises comme Google, Microsoft ou Facebook fournissent des données d’un utilisateur étranger sans l’en informer même s’il est européen – en contradiction avec le RGPD.
  • [18]
    Jean-Pierre Lebrun, Un immonde sans limite, Toulouse, Érès, 2020.

Plutôt que de faire ici un bilan des (immenses) avantages et inconvénients des réseaux sociaux, demandons-nous en quoi leur explosion permet de comprendre que la révolution digitale est un tournant anthropologique. Nous nommerons « réshomme » l’individu qui, se vivant libéré, se construit par les communautés dans lesquelles il choisit de s’insérer et se définit par les liens qu’il veut tisser. Ce que Marcel Gauchet avait appelé la « société des individus », conçue comme libre association de personnes autonomes, est advenu dans les années 1970-1980 ; depuis le début du xxie siècle, la digitalisation semble l’avoir rendue irréversible.
Dans un premier temps, nous verrons comment les réseaux sociaux et la contestation de la hiérarchie (dé-verticalisation) ont conduit les sociologues à parler d’horizontalisation de la société, les philosophes d’ontologie plate. Dans un deuxième temps, nous constaterons que la croyance dans cette horizontalité heureuse n’aide pas à saisir la mutation des plateformes sociales : en à peine vingt ans, elles sont passées d’outils de petites communautés de fervents spécialistes sociaux ou professionnels de jeux vidéo ou de discussion informatique, à d’immenses plateformes fondées sur la captation d’usagers qui se comptent en milliards et de leurs données personnelles qui se traduisent en dollars. Et nous comprendrons en un troisième temps les travers des réseaux sociaux souvent dénoncés : les limites de leur régulation, la captation des données, la désinformation et l’orientation des débats publics (comme on le voit depuis la première élection présidentielle de Donald Trump), avec de puissants effets sur les structures psychiques individuelles…


Date de mise en ligne : 19/01/2026

https://doi.org/10.3917/cite.104.0023

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