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L'enseignement général et l'enseignement technique et professionnel en Côte d'Ivoire : quelle articulation pour quels enjeux ?

Pages 217 à 232

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  • Kouadio, A.
(2007). L'enseignement général et l'enseignement technique et professionnel en Côte d'Ivoire : quelle articulation pour quels enjeux ? Carrefours de l'éducation, 24(2), 217-232. https://doi.org/10.3917/cdle.024.0217.

  • Kouadio, Aska.
« L'enseignement général et l'enseignement technique et professionnel en Côte d'Ivoire : quelle articulation pour quels enjeux ? ». Carrefours de l'éducation, 2007/2 n° 24, 2007. p.217-232. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2007-2-page-217?lang=fr.

  • KOUADIO, Aska,
2007. L'enseignement général et l'enseignement technique et professionnel en Côte d'Ivoire : quelle articulation pour quels enjeux ? Carrefours de l'éducation, 2007/2 n° 24, p.217-232. DOI : 10.3917/cdle.024.0217. URL : https://shs.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2007-2-page-217?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cdle.024.0217


1À l’instar de beaucoup de pays africains, le système éducatif en Côte d’Ivoire a été l’objet d’une atten- tion particulière dans les programmes de déve- loppement économique afin d’offrir à la popula- tion une culture de type moderne, d’orienter et sélectionner les jeunes destinés à fournir les cadres moyens et supérieurs et de préparer les autres à soutenir le processus de développement économi que du pays. Des budgets importants ont été alloués à ce secteur depuis l’indépendance en 1960. Aujourd’hui, plus de 43 % du budget général de fonctionnement de l’État (BGF) sont consacrés à ce secteur (Tanoh Kouadio, 1999).

2Cependant, les graves difficultés financières liées à la crise économique des années quatre-vingt, la mise en place des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), l’amenuisement des ressources publiques, l’essoufflement de l’État et la crise politico-militaire vont affecter le système éducatif pour aboutir à une baisse drastique du rendement interne. La faiblesse du rendement interne du système éducatif se caractérise à la fois par des taux de redoublement excessifs (43 % au CM2,32 % en classe de troisième et de 28 % à 45 % en classe de terminale selon les spécialités) et par un nombre d’abandons important (30,8 % au CM2 et 32 % en troisième, Unesco, 1999). Les taux de transition dans le système éducatif sont caractéristiques du manque d’efficacité de l’enseignement. On peut en effet noter que 30 % des effectifs de la classe de CM2 passent en classe de sixième (Projet BAD V, 2002). Les classes de CM2 et de troisième apparaissent ainsi comme des goulots d’étranglement, facteurs de nombreux abandons scolaires et de gaspillage de ressources.

3Outre un faible rendement interne, le système éducatif se caractérise également par un faible rendement externe. Le système est essentiellement orienté vers la satisfaction des besoins d’un secteur moderne d’emploi (secondaire et tertiaire) qui représente moins de 10 % des emplois de la population active. Les problèmes d’insertion dans la vie active se posent avec de plus en plus d’acuité aux sortants du système éducatif, et il est estimé que près de 250 000 jeunes déscolarisés viennent grossir chaque année le nombre de chômeurs (Projet BAD V, 2002).

4 Des études et rapports d’évaluation conduits par des chercheurs et des experts ont identifié un certain nombre de facteurs comme étant à l’origine de la faiblesse de ces résultats dont notamment : la dégradation des conditions de l’enseignement (K. Fadiga, 1997), la mauvaise organisation de l’établissement (M. T Sawadogo et C. Yeo, 1997) ; les programmes et les contenus de formation inadaptés ; l’inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi (Projet BAD V, 2002) ; l’absence de partenariat entre les écoles de formation et les entreprises (Aska, 2000), etc. Il faut y ajouter les contraintes liées d’une part à une croissance démographique de près de 3,6 % par an, qui résulte d’une forte natalité, d’une baisse de la mortalité et d’un solde migratoire international positif, et d’autre part, à la jeunesse de la population (56 % des Ivoiriens ont moins de 20 ans).

5Pour faire face à l’ampleur des problèmes de l’éducation et de leurs incidences pratiques, le Gouvernement a élaboré un plan national de développement de l’éducation-formation (PNDEF) qui couvre la période 1998-2010. Aussi, ce plan procède-t-il de la volonté de rendre le système éducatif plus performant en corrigeant les dysfonctionnements internes et externes.

6Mais, lorsqu’on examine les différents aspects du PNDEF et les projets identifiés par les experts pour le secteur éducation, formation, on se rend compte de l’inexistence de projets formulés dans l’optique d’une étude devant déboucher sur une politique globale réellement cohérente du secteur. Des allusions sont réellement faites : les experts recommandent la définition d’une politique cohérente essentielle à la mise en œuvre des investissements dans le secteur et une concertation intrasectorielle soutenue sur une longue période. C’est le lieu de rappeler que le secteur Éducation-Formation, du point de vue institutionnel est géré au moins par trois ministères (non compris les ministères techniques) : le ministère de l’Éducation nationale qui a en charge l’enseignement préscolaire, primaire et secondaire général ; le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. La répartition des activités du secteur entre trois départements ministériels disposant chacun de plusieurs structures pose le problème crucial d’articulation ou de recherche d’une bonne cohérence et de synergie des actions.

7Pour nous, ce problème mérite d’être posé à un moment où le comportement des acteurs du système éducatif nous indique que chacun est plus préoccupé par sa « chapelle » que par le souci de l’autre. Ce problème mérite aussi d’être posé à un moment où les élèves sont de plus en plus jeunes et que, pour leur âge, il va falloir être assez imaginatif pour améliorer l’accès et la rétention dans les différentes structures du système éducatif. En agissant ainsi, l’on rejoint la Ligue internationale d’éducation nouvelle qui recommande que l’éducation favorise le développement aussi complet que possible des aptitudes de chaque personne, à la fois comme individu et comme membre d’une société régie par la solidarité (in M. Debesse et G. Mialaret, 1968). Aussi, une bonne articulation entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel peut-elle contribuer à la réalisation de ces nobles missions à la fois institutionnelles, pédagogiques, sociales et culturelles. C’est l’objet de cette présente étude.

8Nous montrerons qu’une bonne cohérence entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel peut favoriser une meilleure adaptation de l’élève au système éducatif et au-delà, contribue à l’insertion de l’élève dans la société du savoir, du savoir-faire et du savoir être.

9Pour y parvenir, notre étude procède d’abord de la définition du concept d’articulation et son rapport à l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel. Elle examine par la suite les niveaux actuels de l’articulation entre les institutions. L’étude se propose enfin de déterminer des visées pour une autre articulation des deux ordres d’enseignement en Côte d’Ivoire.

Le concept d’articulation et ses implications

10D’un point de vue anatomique, l’articulation est un mode d’union des os entre eux ; ensemble des parties molles et dures par lesquelles s’unissent deux ou plusieurs os voisins. De ce point de vue, l’articulation est synonyme d’attache, de charnière, d’emboîtement… on parlera de l’articulation du genou, du coude, des doigts avec toutes les maladies qui y sont rattachées : arthrose, coxalgie, entorse, etc. Sociologiquement parlant, l’articulation, c’est l’organisation en éléments distincts contribuant au fonctionnement d’un ensemble. Au plan systémique, on ajoutera avec Joël de Rosnay (1977) que ces éléments doivent être en interaction dynamique et organisés en fonction d’un but. L’articulation a donc un pouvoir d’unification et d’intégration parce qu’elle englobe des aspects qui sont complémentaires : permettre l’organisation par exemple des connaissances et rendre l’action de formation plus efficace. Aussi, l’articulation devient-elle pour nous un concept opérationnel. Les opérations portent d’une part sur le mode d’union des deux ordres d’enseignement et d’autre part, sur l’organisation des structures distinctes, qui contribuent au fonctionnement de l’ensemble institutionnel. Pour mieux cerner ces opérations, il serait intéressant de définir ces deux ordres d’enseignement.

11L’enseignement général dont l’objet pourrait être représenté par l’acquisition de connaissances théoriques, a pour enjeu la connaissance spéculative en ce qu’elle est affranchie de ses implications pratiques. Par opposition, l’enseignement technique et professionnel, dont l’objet pourrait être représenté par l’acquisition d’un savoir-faire, a pour enjeu la connaissance appliquée en ce qu’elle est subordonnée aux lois et contraintes de production. Aussi, les enseignements organisés dans les institutions d’enseignement technique et professionnel ont-ils pour vocation de former en milieu scolaire, les ouvriers qualifiés, techniciens et ingénieurs des grands secteurs de la production. Contrairement à ce qui se produit dans l’enseignement général, l’enseignement technique et professionnel ne constitue pas une série de cycles que l’élève est invité à parcourir successivement. Chacun de ces cycles conduit, en principe, à une formation terminale spécifique. Toutefois, on peut dire que « l’enseignement général est à l’enseignement technique et professionnel, ce que l’utile est à l’utilitaire au sens où il tend à développer une capacité de distanciation, une aptitude à s’abstenir du réel pour apprécier la diversité des composantes, le potentiel d’implications, les contradictions qui le façonnent […] alors que l’enseignement technique et professionnel tend à développer, une capacité d’approche, une aptitude à coller à la réalité pour en maîtriser les contraintes et agir à sa transformation ». (Assamoua Yao, 1992, p. 3).

12Si le clivage entre « utile » et « utilitaire », « savoir » et « savoir-faire » est bien réel, leur territoire de compétence n’est pas exclusif : l’« utile » ne manque pas de prolongements utilitaires ; et l’« utilitaire » se révèle à l’occasion utile. Ainsi se trouve posé le problème de l’articulation ou la complémentarité entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel. En Côte d’Ivoire, des études ont montré (Bilan-diagnostic, 1986) que loin de s’améliorer, les relations entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel s’amenuisent au fil des années. Pour Philip H. Coombs (1980), cette situation a pour origine une demande d’éducation et de formation qui dépasse de loin les possibilités. Les difficultés économiques ont considérablement freiné l’expansion du secteur avec des répercussions sur la formation et l’insertion des jeunes dans la vie active. Cela s’observe particulièrement au niveau de l’accès et du maintien dans le secondaire général, technique et professionnel. D’autres critiques mettent en relief l’absence d’une véritable approche sectorielle de l’éducation qui nécessite le renforcement des capacités des deux ordres d’enseignement (général et technique et professionnel) et l’amélioration de leur coordination tant au plan pédagogique qu’institutionnel (PNDEF, 1997). C’est pourquoi, il faut interroger les relations qui existent entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel. Ces deux ordres d’enseignement sont-ils cohérents ou au contraire leurs différents aspects relationnels sont-ils rompus ou inadaptés au contexte socio-économique et culturel actuel ? En d’autres termes, l’on peut se demander si l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel ne sont pas deux domaines qui se développent indépendamment l’un de l’autre en Côte d’Ivoire.

13Poser le problème de l’articulation entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel, c’est aussi mesurer et rechercher les vertus positives d’une complémentarité entre les deux ordres d’enseignement. C’est enfin, chercher à jeter un véritable « pont » entre les structures d’enseignement général et celles de l’enseignement technique et professionnel, indispensable à l’adaptation du système éducatif aux mutations sociales, économiques et culturelles actuelles et évolutives. Tels sont les objectifs que nourrit cette réflexion.

Schéma 1.

Structure du système éducatif

Description de l'image par IA : Diagramme du système éducatif avec différents niveaux et parcours.
Schéma 1. — Structure du système éducatif Facultés Grandes écoles CAFOP Centres universitaires Établ. privés prof.BAC ACD et BEF BT BEP 18 T Ens. secondaire Lycées Lycées CPM 1716 1re2e général2e cycle techn. prof. BEPC CAP CQP 15 3 Ens. secondaire CETI CETF 14 4 général 1312 56 1er cycle CFP CTF CQP CFACEPECE 6e AAP 11 CM2 10 CM1 98 CE2CE1 Ens. primaire Légende 7 CP2 Diplôme terminal 6 CP1 Test et concours d’entrée Sortie 5 G8 Éducation 43 M8P8 préscolaire Passage

Structure du système éducatif

Enseignement général et enseignement technique et professionnel : niveaux d’articulation actuels

14Il existe dans l’ensemble trois paliers ou niveaux d’articulation de l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel (voir le schéma page précédente).

15Le premier niveau est l’accès à l’enseignement technique et professionnel de base représenté par les centres de formation professionnelle (CFP) et les centres techniques. Il concerne les élèves ayant suivi la classe de cinquième du premier cycle de l’enseignement secondaire général. La formation – de trois ans – dans les CFP est sanctionnée par le certificat d’aptitude professionnelle (CAP) dans diverses spécialités. Les déscolarisés des classes de CM2 et sixième de l’enseignement général peuvent entrer en apprentissage, s’ils le désirent, dans les ateliers d’application et de production (AAP) ou dans les centres de formation artisanale (CFA). Le deuxième niveau d’articulation se situe à l’entrée dans les collèges d’enseignement technique (CET), les lycées professionnels (LP) et les lycées techniques (LT) préparant respectivement au brevet d’études professionnelles (BEP), au brevet de technicien (BT), et au baccalauréat. Les populations scolaires concernées sont celles qui ont le niveau de la classe de troisième de l’enseignement secondaire général. La durée de formation est de deux années pour le BEP et trois années pour le BT et le baccalauréat. Par ailleurs, des actions de formation qualifiante par apprentissage sont organisées pour les déscolarisés des classes de troisième qui n’ont pu s’inscrire en formation diplômante. Le troisième niveau d’articulation se situe à l’entrée dans les structures d’enseignement technique supérieur représentées par les centres de bureautique, de communication et de gestion (CBCG) et le centre d’électronique et d’informatique appliquée (CELIA). Les élèves issus de l’enseignement général, titulaires ou non titulaires du baccalauréat ont accès à ces établissements qui forment en deux ou trois années au brevet de technicien supérieur (BTS) dans plusieurs spécialités des secteurs tertiaire et secondaire. À l’inverse, des titulaires du baccalauréat de l’enseignement technique et professionnel peuvent poursuivre leurs études dans les universités dans certaines filières en fonction des séries du baccalauréat. Les baccalauréats des séries E, G1, G2, B… sont concernés.

16Ces trois niveaux d’articulation intègrent trois formes distinctes d’accès à l’enseignement technique et professionnel. Certains établissements ou filières sont accessibles par l’unique voie du concours. C’est le cas des centres de formation Professionnelle (CFP) des lycées professionnels (LP), et des centres de perfectionnement aux métiers (CPM) où les candidats à l’entrée sont sélectionnés sur la base des matières jugées fondamentales. D’autres établissements recrutent leurs élèves ou stagiaires par la voie d’orientation scolaire. C’est le cas des lycées techniques (classe de seconde), des collèges d’enseignement technique (CET). Ici l’orientation concerne les élèves des classes de troisième, titulaires ou non du brevet d’études du premier cycle (BEPC). Par ailleurs, l’accès à l’enseignement supérieur technique et professionnel se fait sur orientation après le Baccalauréat. Néanmoins (la troisième forme de recrutement) des établissements comme le CBCG et le CELIA recrutent sur test des élèves ayant échoué au baccalauréat de l’enseignement général avec une moyenne supérieure ou égale à 8/20.

Manifestations d’une mauvaise articulation

17Les trois formes distinctes d’accès à l’enseignement technique et professionnel découlant des trois niveaux d’articulation des deux ordres d’enseignement suscitent des interrogations et des observations, sortes de manifestations concrètes d’une articulation globalement insatisfaisante parce qu’inadaptée au contexte actuel et évolutif du secteur de l’éducation et de la formation. La première manifestation de cette mauvaise articulation, prend appui sur les « flux de passage » dans les deux ordres d’enseignement. D’une manière générale, l’on constate que l’essentiel des entrées dans l’enseignement technique et professionnel qui se faisait vers les années quatre-vingt-dix à la fin de la classe de troisième, s’est déplacé aujourd’hui à la fin de la classe de terminale pour la préparation au brevet de technicien supérieur (BTS). On estime à plus de 16 000 élèves (bacheliers et non bacheliers) qui sortent chaque année de l’enseignement général et s’inscrivent en première année ou en année préparatoire au BTS (premier diplôme de l’enseignement supérieur technique en Côte d’Ivoire). Aussi, l’entrée dans l’enseignement technique et professionnel supérieur s’est-elle fortement accrue. En 1990,21,15 % des effectifs des entrées dans l’enseignement technique et professionnel provenaient de l’enseignement technique et professionnel supérieur. En 2004, ce taux est passé à environ 73 %. Le développement quantitatif de l’enseignement technique supérieur privé dans ces dernières années constitue également une des causes de ce flux important d’élèves à ce niveau de l’enseignement technique et professionnel (MES/RS DEESP, 2005).

18À la fin du cycle primaire par contre, les possibilités d’entrée dans l’enseignement technique et professionnel se restreignent de plus. La part relative des entrants est pratiquement inexistante en formation initiale. Pourtant, c’est ce cycle qui draine beaucoup plus de monde au niveau de l’enseignement général. Selon une étude de l’Office national de formation professionnelle réalisée en mai 1984 (MEN/RS – 1986), ce fait est le résultat de la mise en œuvre progressive par le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (MET/FP) de la réforme de l’enseignement de 1977 qui prévoyait notamment l’allongement du cycle de base jusqu’au niveau de la classe de troisième, réforme qui toutefois, n’a pas été menée dans l’enseignement général. Aussi, des déperditions sont-elles encore plus importantes au CM2 (taux moyen d’abandon : 30,8 % – Unesco, 1999) tandis que les possibilités d’accueil dans l’enseignement technique et professionnel se situent à des niveaux plus élevés. Le niveau de recrutement dans les centres de formation professionnelle (CFP) par exemple tend à se centrer sur la classe de troisième au lieu de la classe de cinquième. Les possibilités offertes aux sortants du CM2 et ceux de la sixième à la quatrième de l’enseignement général de suivre un enseignement technique et professionnel restent donc dérisoires.

19Pourtant, l’on peut noter que le CM2 apparaît comme un goulot d’étranglement, facteur de nombreux abandons scolaires (30 % des effectifs de la classe du CM2 passent en classe de sixième). L’analyse d’une cohorte typique montre que sur 1 000 enfants entrant au CP1,192 terminent le cycle du primaire avec succès (MEN, DPES 2000). Ces nombreux recalés du CM2 n’auront pas la chance d’entrer dans un centre d’enseignement technique et professionnel ; ils constitueront la piétaille des déscolarisés qui gonflent chaque année le lot des désœuvrés.

20Du coup, tout laisse à penser que l’articulation de l’enseignement général avec l’enseignement technique et professionnel est essentiellement orientée vers la satisfaction des besoins en cadres supérieurs et moyens au détriment de techniciens, d’employés ou d’ouvriers qualifiés. Cette tendance découle du sous-investissement dans les infrastructures requises pour l’enseignement technique et professionnel des niveaux élémentaires et moyens. La conséquence de ce phénomène est la coexistence paradoxale d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée et d’un nombre croissant de déscolarisés de ces niveaux en quête d’emplois. Les déséquilibres entre les demandes d’emplois et les offres satisfaites et les offres non satisfaites (AGEPE, 2004) sont édifiants. Cette situation tient en partie au décalage entre le profil des sortants du système d’enseignement et de formation et les qualifications requises. Plus grave et plus répandu est le déséquilibre entre les formations dites tertiaires et les formations dans le domaine des sciences et techniques (filières industrielles) ; celles-ci sont déficitaires et les premières excédentaires. Enfin l’on constate que le système scolaire dirige dans son ensemble la grande masse des jeunes vers les emplois salariés disponibles dans le secteur moderne, alors que les emplois qu’il peut fournir ne touchent qu’une infime partie des activités productives (AGEPE, 2004).

21La seconde manifestation de la mauvaise articulation des deux ordres d’enseignement tient à leur organisation et fonctionnement. Pendant longtemps, et jusqu’à nos jours, l’enseignement général est resté très fidèle à son schéma académique. Chaque niveau est conçu plus comme une préparation à l’accès au niveau supérieur que comme un tout plus ou moins cohérent, ayant des finalités propres et destiné à permettre aussi une bonne intégration dans les structures de préparation à l’emploi. Les programmes n’ont pas beaucoup changé en général, et les méthodes d’enseignement font beaucoup plus appel à la mémoire et aux automatismes qu’elles ne cherchent à développer l’intelligence et à éveiller les capacités créatrices des jeunes scolarisés. Toute chose qui rend difficile le rapprochement entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel. De nouvelles options n’ont pu être créées pour favoriser et développer les liens entre ces deux ordres d’enseignement en vue d’une grande cohérence.

22Par ailleurs, le va-et-vient entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel n’a jamais existé ; si bien que l’élève ambitieux de l’enseignement technique et professionnel qui désire poursuivre ses études dans l’enseignement général pour acquérir des connaissances générales plus poussées pouvant déboucher sur des diplômes plus valorisants, se voit bloqué par l’organisation mise en place. Autant dire que la liaison actuelle entre les deux systèmes est à sens unique : le passage de l’enseignement général à l’enseignement technique professionnel. Ce qui constitue un obstacle dans l’acquisition du savoir et du savoir-faire.

23En outre, trois ministères sont chargés des questions de l’enseignement : celui de l’Éducation nationale chargé de l’enseignement préscolaire, primaire et secondaire général, le ministère de l’Enseignement supérieur, et celui de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle chargé de l’enseignement technique et professionnel. Des activités de formation professionnelle apparaissent aussi dans les attributions d’autres ministères (Agriculture, Santé, Famille et Promotion de la Femme, entre autres). Ces trois ministères, même s’ils ont des fonctions ou attributions différentes, concourent à une même finalité qui est l’œuvre de formation.

24 Cependant les problèmes de coordination se posent et sont rendus plus difficiles par le fait que les trois ministères ont suivi des cheminements différents dans leur évolution. La suppression en 1992 du ministère chargé de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et l’intégration de ce sous-secteur au sein du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur ont limité l’efficacité des efforts en vue de conduire une réforme de la formation professionnelle et technique avant emploi. Redevenu ministère à part entière en 1996, l’enseignement technique et professionnel a été de nouveau reparti sur trois ministères chargés de l’enseignement en 2001. Depuis 2002, l’enseignement technique et professionnel est redevenu ministère à part entière. Ce phénomène de « dissolution-intégration-réapparition » du ministère de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle pose le problème d’une véritable approche sectorielle de l’enseignement et de la formation qui nécessite le renforcement des capacités des trois ministères sectoriels et l’amélioration de leur coordination.

25D’un autre côté, la politique d’orientation scolaire et professionnelle instituée par les autorités est approximative. Face à un enseignement général à option peu diversifiée dans ses contenus, peut-on véritablement faire des pronostics sur la réussite de l’élève qui embrasse l’enseignement technique et professionnel ? Il n’est point de doute ; la configuration actuelle de l’articulation de l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel permet de résumer l’orientation scolaire et professionnelle en côte d’ivoire en ces termes : « Si tout va bien en classe, l’élève continue dans l’enseignement général ; sinon, on l’« oriente » vers l’enseignement technique et professionnel ». À une exception près (l’orientation vers l’enseignement technique long – Aska Kouadio, 1996), c’est la position résignée et fataliste, mais qui met bien en évidence le poids considérable des notes scolaires sur l’orientation et, parfois, d’une seule note, celle de français ou de mathématiques. C’est aussi, l’option que l’on a jusque-là attribuée à chacun des deux ordres d’enseignement dont l’un (l’enseignement technique et professionnel) est appelé à recevoir en grande partie les déclassés de l’autre (l’enseignement général). En plus, la place et le rôle de l’orientation ne sont pas envisagés après la classe de troisième.

Éléments pour une nouvelle articulation

Visées pédagogiques et institutionnelles

26Face aux observations précédentes qui sont des manifestations d’une mauvaise articulation des deux ordres d’enseignement, nous posons la complémentarité et la contamination réciproque de l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel comme un postulat.

27Pour nous, il ne fait plus de doute à une époque caractérisée par l’exigence d’une adaptabilité permanente et la reconversion des emplois, qu’une formation qui apparaîtrait comme le résultat d’un pur conditionnement mécanisé et ne s’appuierait pas sur un minimum de connaissances de base, serait aussi néfaste qu’un enseignement technique et professionnel de type strictement scolaire, décroché des contraintes effectives du métier. Aussi l’enseignement technique et professionnel et l’enseignement général, s’ils sont matérialisés par une stricte distribution spatiale (lycées et collèges modernes, lycées et collèges techniques et professionnels) et temporelle (répartition des heures d’enseignement général et d’enseignement technique et professionnel) ne doivent-ils nullement exclure leurs interférences réciproques. Dans ces conditions, le clivage institutionnel entre les deux ordres d’enseignement procède davantage d’un découpage symbolique que d’une fracture de l’objet de connaissance diffuse et intermédiaire que représente l’enseignement général ; et connaissance focalisée, apprentissage d’une discipline, d’un métier que représente l’enseignement technique et professionnel. Il faut donc mesurer et rechercher les vertus positives d’une liaison entre ces deux ordres d’enseignement ; car, nous estimons que cette liaison bien pensée conduit ni à une éducation résiduelle ni à une formation de révision ou de consolidation simple des acquis. Au contraire, elle permet le réveil des intérêts des élèves parce que partant de leurs motivations pour s’ouvrir sur la vie active.

28En outre, une liaison bien pensée, où les formations dispensées et les ordres d’enseignement peuvent s’articuler entre eux constitue un instrument réel d’égalisation des chances à l’intérieur du système éducatif, et au-delà pour la vie professionnelle et sociale parce qu’elle permet une meilleure insertion des jeunes dans une société de savoirs, de savoir-faire et de savoir être marquée par l’évolution technologique. Les objectifs de ce système bien articulé (système spécifique d’enseignement) s’inscrivent également dans une perspective de lutte contre les rejets du système éducatif, le chômage et les inégalités. Dans toutes ses composantes et à tous les niveaux, l’articulation doit être considérée comme un produit c’est-à-dire évoluer à partir d’une réflexion concertée entre les représentants de l’État, du monde enseignant et du monde du travail.

De l’intensification des « passerelles » et des « classes passerelles »

29La nouvelle articulation dont les objectifs sont décrits ci-dessus, se traduit dans les faits d’abord par l’intensification des « passerelles » et des « classes passerelles », c’est-à-dire des niveaux d’enseignement accessibles d’un ordre à un autre et à l’intérieur d’un même ordre. Dans cette optique, la passerelle ou la classe passerelle est définie comme un pont étroit réservé à un certain type d’élèves, d’étudiants ou de stagiaires. C’est aussi un canal, un système d’accès à tel ou tel ordre d’enseignement. Dans certains cas, la passerelle est une voie « d’embarquement direct ». C’est le cas de l’accessibilité des niveaux supérieurs au sein d’un ordre d’enseignement. En d’autres situations, la passerelle est une véritable classe réservée, sorte de gardefous pour lutter contre l’exclusion en favorisant le passage d’un ordre à un autre ordre d’enseignement.

30En cela ces passerelles permettent une meilleure fluidité ou régulation des flux scolaires. Les élèves titulaires de diplômes d’enseignement technique et professionnel pourront poursuivre leurs études dans l’enseignement général et vice-versa. Pour ce faire, nous proposons le schéma organisationnel ci-dessous.

31Ce schéma présente plusieurs avantages dont l’essentiel réside dans la fluidité des entrées et des sorties du système d’enseignement.

32Dans ce système nouveau, plusieurs possibilités sont offertes aux élèves de l’enseignement général d’accéder, s’ils le désirent, aux formations techniques et professionnelles. De même, les élèves de l’enseignement technique et professionnel pourront effectuer des va-et-vient dans l’enseignement général ou poursuivre leurs études techniques et professionnelles. Déjà, au niveau du primaire, des élèves en difficultés qui le désirent auront la possibilité d’entrer en apprentissage formel pour des formations qualifiantes en menuiserie, maçonnerie, fer, bois, etc. À partir de la classe de cinquième, une autre voie, celle des CFP s’ouvre aux élèves qui s’adaptent difficilement aux études générales pour préparer en trois ans, le certificat d’aptitude professionnelle (CAP). Les plus ambitieux accéderont par la suite à la préparation du brevet d’études professionnelles (BEP), passage obligé pour entrer plus tard en classe de première d’adaptation dans l’enseignement général. Cette première d’adaptation conduit en terminale de l’enseignement général et/ou en deuxième année du brevet de technicien (BT). Armés par le programme de la première d’adaptation, les titulaires du BT prépareront sans trop de difficultés, en deux ans, le brevet de technicien supérieur (BTS) qui, à son tour conduit à l’enseignement supérieur, cycle des grandes écoles d’ingénieurs.

Schéma 2.

Structure du système éducatif avec les passerelles et classes passerelles

Description de l'image par IA : Diagramme du système éducatif avec différents niveaux et passerelles entre les cycles scolaires et universitaires.
Schéma 2. — Structure du système éducatif avec les passerelles et classes passerelles Grandes écoles Universités BTS2 BTS1 BT3Terminale BT2 1re CAP3 BEP2 adapt.1re seconde deCAP2 BT1 détermination CAP1 3eBEP1 4e FPC 5e AAP : atelier d’application et de production AAP UM : unité mobile UM : Passerelle 6e FPC : formation profession-CM2 nelle continue 1re adapt. : 1re d’adaptation

Structure du système éducatif avec les passerelles et classes passerelles

33L’autre avantage de cette nouvelle articulation est qu’elle permet à tout élève de cinquième, quatrième, troisième de l’enseignement général qui le souhaite, d’accéder à l’enseignement supérieur par le biais de l’enseignement technique et professionnel de base sans nécessairement obtenir le Baccalauréat. De même, la classe de seconde devient propice à une orientation, soit vers les classes de première de l’enseignement général ou technique, soit vers les lycées professionnels pour préparer en trois ans (y compris le stage) un Brevet de Technicien. Aussi, la classe de seconde serait-elle considérée comme une classe de formation à l’orientation où l’information sur les voies à suivre et les métiers devrait être prépondérante. C’est l’une des grandes nouveautés. En effet, pour que l’élève se construise des notions claires à son orientation, il doit en plus de son activité intellectuelle, s’impliquer lui-même dans l’éducation des choix. Il doit surtout comprendre que la classe de seconde de détermination marque le début de mise en œuvre d’un projet personnel bien pensé depuis la classe de sixième en passant par les autres classes intermédiaires (cinquième, quatrième et troisième). Le processus n’est réussi qu’avec une bonne écoute, une programmation d’activités motivantes dans lesquelles l’élève est partie prenante.

34Pour nous, la classe de troisième aujourd’hui, est dans l’impossibilité de jouer ce rôle. Les élèves étant en situation de préparation de leur premier diplôme de l’enseignement secondaire, le BEPC, consacrent plus de temps aux enseignements généraux qu’à l’éducation des choix susceptible de leur ouvrir la voie d’une bonne orientation, une orientation positive centrée sur leurs intérêts réels (en termes de projets), leurs capacités intellectuelles, physiques et morales. Les notes obtenues en classe et à l’examen du BEPC étant déterminantes dans le processus de l’orientation, les élèves de troisième fournissent trop d’efforts pour mieux se positionner par rapport aux critères scolaires de l’orientation. De tels élèves n’ont ni le temps ni la motivation nécessaires pour l’éducation des choix conçue et réalisée par les conseillers d’orientation. Alors, on choisit des filières au hasard, choix qui sont souvent favorisés par des considérations extra-pédagogiques (stéréotypes), donc axés sur des intérêts superflus. Pour corriger cette tendance, la seconde de détermination offre un triple avantage ; elle permet :

  • de placer l’élève en situation uniquement d’orientation ;
  • de préparer l’élève au choix d’une filière scolaire et professionnelle correspondant à ses capacités intellectuelles, physiques, morales, et à ses goûts de telle sorte qu’il s’en trouve satisfait ;
  • d’impliquer davantage les enseignants dans l’acte d’orientation en proposant à leurs élèves après concertation une orientation qui tient compte à la fois de leurs aspirations et des exigences intellectuelles, physiques et morales.

35Du coup, la classe de troisième devient uniquement une classe de sélection selon les compétences des élèves. Elle reste aussi une plate-forme entre deux voies : la poursuite des études pour les plus méritants et la préparation aux premières qualifications professionnelles (ouvriers ou employés qualifiés) pour les moins méritants. D’un autre côté, la seconde de détermination allie compétence et projet professionnel. Elle est le moment de l’élaboration des démarches, des compétences et des positionnements sociaux et professionnels nécessaires. Sous cet angle la seconde de détermination est une véritable classe d’orientation.

De la révision des contenus des programmes et de l’évaluation

36Toutes les dispositions nouvelles ci-dessus décrites nécessitent en définitive une révision des contenus des programmes d’enseignement et de l’évaluation des élèves tant dans l’enseignement général que dans l’enseignement technique et professionnel. Pour l’enseignement général, cette révision doit avoir pour objectif, entre autres, de rendre plus attractif l’accès à l’enseignement technique et professionnel qui, à son tour, renforcera les enseignements généraux afin que ses élèves soient mieux armés pour l’enseignement général lorsqu’ils voudront y retourner. De façon spécifique, la seconde de détermination a pour seul objectif d’aider les élèves à acquérir une véritable autonomie dans la conduite de leurs études. Cel-les-ci porteront à la fois sur toutes les disciplines servant de base à la réalisation de leur projet scolaire et des séances d’information collectives, individualisées, d’écoute et de conseil pour favoriser ultérieurement l’orientation et l’insertion professionnelles. Ainsi (re)bâtie, la seconde de détermination n’est pas sélective pour la poursuite des études ; ce qu’elle évaluera ne doit pas être toujours un prérequis pour la formation ultérieure mais ce qui serait de nature à consolider le projet professionnel de l’élève.

Conclusion

37L’articulation entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel fait l’objet d’appréciations souvent contradictoires. Certains pensent qu’il faut éviter que l’enseignement technique et professionnel soit le « dépotoir » de l’enseignement général. les défenseurs de cette idée poussent leur réflexion jusqu’à suggérer que « l’enseignement technique et professionnel devienne un système parallèle à l’enseignement général » oubliant ainsi leur caractère consubstantiel. D’autres rétorquent que « c’est l’enseignement général qui permet l’existence de l’enseignement technique ». (Aska, 1986, p. 2). Pour nous, l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel, même s’ils n’assument pas la même fonction, doivent être en étroite relation parce qu’ils concourent à une même finalité qui est l’œuvre de formation.

38Cette réflexion a pour objectif d’apprécier d’abord l’articulation actuelle de l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel en Côte d’Ivoire. Puis proposer des perspectives porteuses d’orientation en vue d’une nouvelle articulation pouvant permettre aux deux ordres d’enseignement de concourir efficacement à l’œuvre commune de formation. Il s’agit notamment de savoir si les deux ordres d’enseignement cohabitent de façon complémentaire ou au contraire, si leurs aspects relationnels sont inadaptés au contexte évolutif actuel de la société ; et les conséquences qu’on peut en tirer. Une seule question a guidé cette réflexion : quelles sont les éventualités concevables à explorer pour une meilleure complémentarité ou une contamination réciproque de l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel.

39Ces motivations ont conduit à considérer l’articulation comme un concept scientifique, susceptible d’élargir nos connaissances et notre compréhension de l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel. À cet égard, notre réflexion s’est appuyée sur l’existant. C’est pourquoi, à ce stade de notre étude, il convient d’en souligner quelques aspects jugés essentiels. Le premier élément à retenir de ce travail repose sur le fait que l’articulation actuelle est essentiellement déterminée par le passage de l’enseignement général à l’enseignement technique et professionnel. Cette articulation est donc unidimensionnelle. On a ainsi pu remarquer que l’essentiel de l’articulation se déroule après le Baccalauréat, et dans une moindre mesure à la fin de la classe de troisième où plusieurs possibilités sont offertes par l’enseignement technique et professionnel aux élèves issus de l’enseignement général. Cette vision unidimensionnelle de l’articulation qui exclut le va-et-vient entre les deux ordres d’enseignement est un blocage pour les élèves ambitieux de l’enseignement technique et professionnel.

40Le second élément à retenir s’articule autour du découpage entre ces deux ordres qui, loin d’être un découpage symbolique, a pris l’allure d’une fracture réelle au niveau des contenus et des programmes d’enseignement, fracture qui ne facilite pas le réveil des intérêts des élèves et leur attraction pour l’enseignement technique et professionnel. Ce qui est un frein pour l’acquisition du savoir et du savoir-faire, indispensables à l’épanouissement de l’homme dans la vie active. Enfin, le dernier élément jugé essentiel dans cette analyse de l’existant est cette approche approximative des pratiques d’orientation scolaire et professionnelle qui subordonnent tout aux seuls résultats scolaires ; et qui donnent l’impression que ne vont vers l’enseignement technique et professionnel que les déclassés de l’enseignement général. C’est en cela que les orientations nouvelles suggérées par nos constructions analytiques trouvent tout leur fondement : la recherche de nouvelles voies concevables pour une liaison plus fonctionnelle des deux ordres d’enseignement. Les suggestions contenues dans cette étude peuvent paraître, pour certains, inapplicables. Mais leur intérêt réside dans le fait qu’elles le sont dans la perspective d’enrichir le débat sur les stratégies nouvelles d’articulation de l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel. De ce point de vue, notre étude est et demeure prospective.

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Mots-clés éditeurs : Articulation, Classes passerelles, Enseignement général, Enseignement Technique et Professionnel, Évaluation, Première d'adaptation., Seconde de détermination

Date de mise en ligne : 01/04/2008

https://doi.org/10.3917/cdle.024.0217