Sulagna Sengupta, Animus, psyche and culture. A Jungian revision, Londres, Routledge, 2024.
- Par Sam Regad
Pages 210 à 212
Citer cet article
- REGAD, Sam,
- Regad, Sam.
- Regad, S.
https://doi.org/10.3917/cjung.159.0211
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- Regad, S.
- Regad, Sam.
- REGAD, Sam,
https://doi.org/10.3917/cjung.159.0211
Notes
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[1]
Verena Kast est une psychanalyste jungienne suisse qui a longtemps enseigné au C. G. Jung Institute de Zürich.
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[2]
Andrew Samuels est un analyste jungien britannique, professeur d’université, activiste et consultant politique, auteur de nombreux livres.
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[3]
Susan Rowland (PhD) enseigne Jung et la pratique créative au Pacifica Graduate Institute dans le cadre des programmes de maîtrise en sciences humaines et de doctorat. Elle est l’autrice de nombreux ouvrages.
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[4]
S. Sengupta, Animus, Psyche and Culture. A Jungian Revision, Londres, Routledge, 2023, p. 127.
1 Sulagna Sengupta est une historienne indienne renommée, spécialiste des questions culturelles et de l’histoire de la pensée jungienne. Elle nous propose un texte foisonnant dans lequel dialoguent autrices et auteurs de plusieurs continents, des légendes, des mythes, des films et des faits divers à propos de l’archétype de l’animus, des conditions de son émergence et de ses multiples facettes.
2 Elle souligne l’apport novateur incontesté de Jung lorsqu’il introduit l’idée d’opposé contra-sexuel au sein de la psyché. Avec la notion d’âme et d’image de l’âme, il enrichit considérablement la conception de la psyché, alors réduite, avec Freud, à la question sexuelle et à sa répression. Servant de ponts entre le conscient et l’inconscient, les archétypes d’anima et d’animus offrent une échappatoire aux assignations à des modèles de genres figés. Ces opposés élargissent le concept de psyché et permettent d’envisager une notion d’identité plus différenciée, plus nuancée.
3 Sulagna Sengupta invite des figures féminines historiques : Marie-Louise von Franz, Emma Jung, Toni Wolff… mais aussi nombre d’autrices et d’auteurs contemporains pour mener une étude phénoménologique de cette altérité contra-sexuelle des femmes, nommée animus.
4 À travers ces voix multiples, elle dénonce les tentatives d’essentialiser la nature féminine dont les attributs « naturels » seraient le relationnel, la maternité, le foyer et, plus insidieusement, chez laquelle les fonctions intuition, sentiment et sensation prévaudraient sur la pensée rationnelle et le Logos, indubitablement masculins. L’animus est souvent qualifié de négatif, source de l’agressivité des femmes autant que de leur inflexibilité ; il les rendrait alors incapables de se forger leur propre opinion.
5 Les analystes post-jungiennes comme June Singer, Claire Douglas, ou encore Polly Young-Eisendrath, reconnaissent dans la conception de l’animus des relents de la Suisse patriarcale de l’enfance de Jung, mais aussi des traces de sa relation ambivalente à sa mère. Elles affirment que les archétypes jungiens perpétuent une vision androcentrique du monde et induisent chez les femmes une intériorisation de l’oppression. Malgré l’évidence de la construction culturelle du genre, la domination masculine prévaut encore dans la majorité des sociétés et son importance est bien sûr à interroger au sein même du cabinet de l’analyste.
6 D’autres, telle Lyn Cowan regrettent que le concept d’animus cède à la répression collective de l’instinct sexuel à travers l’idéalisation de la maternité, de l’Éros et de la pensée rationnelle au détriment du corps, de l’érotique et d’une sexualité autre.
7 Il est intéressant de noter que Verena Kast [1] reconnaît l’anima et l’animus dans les deux genres au lieu de privilégier l’un ou l’autre et qu’Andrew Samuels [2] et Susan Rowland [3] constatent que malgré son essentialisme, l’inconscient créatif tel que pensé par Jung, incite à reconsidérer le genre, la politique, l’art et l’imagination.
8 L’autrice convoque ensuite plusieurs figures de femme. Je retiendrai ici trois archétypes du féminin : la rebelle, Phoolan, connue comme la reine des bandits devenue parlementaire ; la déesse hindoue Durga qui incarne à la fois la créativité et la destructivité ; et la sainte, Mère Teresa, qui s’est consacrée aux sans-abris et aux lépreux dans la ville de Calcutta en proie à la famine.
9 Sulagna Sengupta scrute les racines des violences perpétrées à l’endroit des femmes en Inde : pauvreté endémique, système des castes, répression sexuelle, portée des légendes religieuses védiques. D’où provient cette culture de la violence et du viol qui sévit aussi sur d’autres continents ? interroge-t-elle.
10 Elle prête une attention particulière aux conditions d’émergence de l’animus et, surtout, à l’évolution de celui-ci lorsque le féminin est confronté à une altérité contra-sexuelle dominante, obscure et destructrice. Le parcours de Phoolan est à cet égard une vraie trajectoire d’individuation. Le début de sa vie est la tragédie d’un féminin soumis, bafoué, violenté, violé et enlevé. La séparation d’avec sa famille, alliée aux multiples traumas subis, induit une dissociation au sein de sa psyché. Une nouvelle personnalité puissante, vengeresse et dangereuse est constellée ; elle se développe au contact des bandits et prend une forme de révolte sauvage et diabolique. Après plusieurs années de cette vie de hors-la-loi, elle décide de se rendre, non pas à la police (qui l’avait violée) mais à une vie civilisée. Tel le Phénix, Phoolan restaure le féminin en elle et lui trouve une nouvelle expression dans le collectif. Elle est incarcérée et, à sa sortie, élue au parlement indien. Pour Sulagna Sengupta, ce récit montre que les interactions de la psyché avec l’environnement façonnent radicalement les contenus qui émergent de l’animus. « L’altérité est au cœur de la contre-sexualité de la psyché, mais elle n’est pas symbolisée uniquement dans les mondes intérieurs [4]. » Cette rencontre de l’autre en soi ou à l’extérieur de soi est décisive et initie de nouveaux comportements.
11 Cet ouvrage soulève des questions incontournables et salutaires. Ne pas sanctuariser la pensée de Jung, semble nous souffler son autrice. Elle enrichit notre réflexion, nous encourageant à frotter les concepts jungiens aux problématiques du monde contemporain : études post-coloniales, questions de genre, de culture et d’altérité. À nous de relever le défi !