In Memoriam
Pages 179 à 184
Citer cet article
- POLLACK, Guillaume,
- GIRAULT, Jacques
- et CANDAR, Gilles,
- Pollack, Guillaume.,
- et al.
- Pollack, G.,
- Girault, J.
- et Candar, G.
https://doi.org/10.3917/cj.239.0179
Citer cet article
- Pollack, G.,
- Girault, J.
- et Candar, G.
- Pollack, Guillaume.,
- et al.
- POLLACK, Guillaume,
- GIRAULT, Jacques
- et CANDAR, Gilles,
https://doi.org/10.3917/cj.239.0179
François Amoudruz (1926-2020)
1Frère cadet aimant de Madeleine Rébérioux, auquel il avait rendu un bel hommage lors de la cérémonie au musée d’Orsay le 17 février 2005 [1], et depuis longtemps membre de la Société d’études jaurésiennes, né le 7 septembre 1926 à Albertville, François Amoudruz, commandeur de la Légion d’honneur, est décédé le 21 juillet 2020 à Schiltigheim près de Strasbourg.
2Scout parmi les Éclaireurs de France, il aspire à une carrière de juriste lorsqu’il entame ses études de droit à Clermont-Ferrand, en Auvergne, où il vit depuis 1934. La guerre en décide autrement. Parce que son beau-frère Serge Fischer est une figure active du mouvement Front national, proche des communistes, dans le Puy-de-Dôme, et parce que son chef aux Éclaireurs de France a ouvert le feu sur un milicien, il est arrêté comme otage — il n’a que 17 ans — par la police allemande le 25 novembre 1943 lors de la rafle opérée contre les juifs, les étrangers et tous les alsaciens-lorrains repliés depuis la ville de Strasbourg annexée au IIIe Reich.
3François Amoudruz est un survivant, d’abord de la violence de l’arrestation et de l’interrogatoire, puis du convoi au départ du camp de Royallieu près de Compiègne le 17 janvier 1944. Il survit à la déportation au camp de Buchenwald où il arrive après deux jours de transport interminables, avant d’être à nouveau transféré le 23 février 1944 au camp de concentration de Flossenbürg près de la frontière tchèque. Il survit aux cadences des journées de travaux au sein commando spécial de Johanngeorgenstadt dans les monts Métallifères où il est affecté aux chaînes de fabrication des avions Messerschmitt. Il survit, également, aux terribles « marches de la mort » du mois d’avril 1945 : sa brève évasion témoigne de sa détermination à vivre. Repris, la défaite des nazis le 8 mai 1945 lui rend définitivement la liberté : il revient en France le 24 mai 1945.
4François Amoudruz est aussi un passeur d’histoire et de mémoire. Il reprend ses études de droit en 1947 et devient avocat au barreau de Strasbourg puis directeur général au sein d’une banque. Mais dès 1950, il s’engage dans le milieu associatif pour diffuser le souvenir et l’histoire de la déportation et de celles et ceux qui n’en sont pas revenus. Il est président délégué de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), poste qu’il occupe jusqu’en 2013, vice-président de la Fondation pour la mémoire de la déportation, trésorier, aussi, pour l’antenne locale du Bas-Rhin, membre du Conseil scientifique du Centre européen du résistant déporté et membre du jury national du Concours national de la Résistance et de la Déportation. Il intervient également auprès du jeune public, scolaire et étudiant. Le 25 novembre 2010, à l’occasion d’une cérémonie commémorative à l’Université de Strasbourg de la rafle de Clermont-Ferrand, il exhorte la jeunesse présente à se souvenir « de celles et de ceux qui ont laissé leur vie dans les prisons et les camps de concentration et d’extermination nazis » grâce à qui cette jeunesse peut vivre en paix. Le souvenir de François Amoudruz, lui, nous rappelle ce que nous devons à une vie d’engagement au service de la mémoire de celles et ceux qui ne sont plus là pour la défendre.
5Par ailleurs, il milite de longues années à la Ligue des droits de l’Homme, inscrit à sa section de Strasbourg, et au Parti socialiste, dans sa fédération du Bas-Rhin, en citoyen actif et responsable, d’une affabilité constante et presque proverbiale.
6Guillaume Pollack
Didier Bigorgne (1947-2021)
7Didier Bigorgne est décédé dans une clinique de Reims le jeudi 25 février 2021. Il allait sur ses 74 ans. Natif de Monthermé dans les Ardennes, il ne quitta pas cette région. Fils d’ouvriers d’usines, il devint instituteur dans ce département et commença des études universitaires d’histoire. Licencié, il enseigna en collège. Membre du Parti communiste français, conseiller municipal de Nouzonville (1983-1989), dirigeant local, ami de René Visse, député communiste des Ardennes, auquel il consacra un ouvrage (Le temps des cerises, 2008), il s’éloigna d’une organisation qui ne correspondait plus à son désir de luttes. L’ancienne résistante et enseignante dans les Ardennes Rolande Trempé le marqua énormément comme en témoigne son ouvrage sur Jaurès dans les Ardennes (Privat, 2014). Père d’une fille et d’un garçon, il se lança dans des travaux de recherches historiques locales dans leurs rapports avec les phénomènes nationaux. Actif dans la Société d’histoire des Ardennes et la revue Terres ardennaises, il écrivit plusieurs ouvrages d’histoire sociale et politique sur ces militants qu’il connaissait si bien (la CGT, les combattants de la paix, mais aussi la colonie libertaire d’Aiglemont, le chansonnier Jean-Baptiste Clément). Dans Jean Jaurès, le bulletin de notre SEJ, il avait publié « Les Ardennes ouvrières et frontalières honorent Jaurès » (n° 128-129, avril-septembre 1993) et « Les Ardennes socialistes et ouvrières avec Jaurès pendant l’affaire Dreyfus » (n° 134, octobre-décembre 1994), puis dans Jean Jaurès devenu Cahiers trimestriels : « Jaurès, témoin de moralité dans une “affaire antimilitariste” devant la Cour d’assises des Ardennes » (n° 141, juillet-septembre 1996), avec une présentation de Madeleine Rebérioux. Il avait également donné un article au Mouvement social : « Main d’œuvre étrangère et mouvement ouvrier au xixe siècle : l’exemple des Belges dans les Ardennes frontalières » (n° 178, janvier-mars 1997). Sa collaboration au Maitron, toujours précise, érudite était exemplaire car elle cernait les militants locaux dans leurs milieux de vie et d’action. Cet approfondissement d’un militantisme départemental n’empêchait pas un élargissement politique (en témoigne son approche du député gaulliste Jacques Sourdille) et national. Sa thèse soutenue à l’Université de Paris 13 en 2001 sur le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, la formation animée par Jean Allemane, examinait une des familles socialistes de la fin du xixe siècle mêlant fédéralisme, aspiration autonome, valeurs ouvrières, fortes aspirations libertaires.
8Jacques Girault
Jacques Goulesque (1924-2021)
9Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de mineur, Jacques Goulesque est né le jour de Noël 1924 à Rosières, le village près de Carmaux dont Justin Soulié fut le maire au temps de Jaurès. Il devient instituteur et s’engage tôt en politique comme militant socialiste à la SFIO. Élu conseiller municipal de Carmaux en 1965, adjoint aux Sports aussitôt, 1er adjoint en 1971, il succède à Jean Vareilles comme maire de Carmaux en 1977 et le reste jusqu’en 1997. En 1982, il est élu conseiller général du canton de Carmaux-Nord, et réélu jusqu’en 2001. Il fut aussi le suppléant des députés socialistes successifs de la circonscription, Pierre Bernard de 1978 à 1993, puis Paul Quilès jusqu’en 1997.
10Homme de caractère et de conviction, il marque la vie politique locale et bien sûr la gestion de sa ville. C’est un jaurésien passionné, à la fois militant, gestionnaire et après sa retraite, auteur de plusieurs poèmes et récits consacrés à Jaurès. Il n’appartenait pas à la Société d’études jaurésiennes, bien qu’il ait été abonné quelque temps, me semble-t-il, au bulletin Jean Jaurès. Si mes souvenirs sont exacts, il avait connu quelques différends et passes d’armes avec Jean Rabaut, puis avec Madeleine Rebérioux, et quant au fond il était sans doute peu intéressé par les activités d’une association jugée trop universitaire et parisienne. Il savait ce qu’il voulait : après la destruction par attentat de la statue de Jaurès, fin 1981, il avait refusé les propositions d’une statue moderne que défendaient le ministre Jack Lang et la présidente de la Société d’études jaurésiennes afin d’imposer la reconstitution à l’identique que réalisa Tamaze Kalandadze [2]. Il avait obtenu gain de cause et pu redonner aux Carmausins le monument souhaité avec le soutien de l’État. Il continuait à participer à l’entretien de la mémoire jaurésienne dans le Tarn et dans la presse socialiste et avait publié en 2016 aux éditions du Bord du Lot (47 380 Saint-Étienne-de-Fougères) Un de Carmaux. Il disparaît un an après son successeur et ami René Frayssinet (1939-2020), maire de 1997 à 2008.
11Gilles Candar
Jean-Claude Farcy (1945-2020)
12Longtemps abonné au Bulletin Jean Jaurès de la SEJ puis aux Cahiers Jaurès, Jean-Claude Farcy nous a quittés le 2 août 2020. En ses temps de crise sanitaire, une de ses dernières interventions orales a dû être sa communication sur « La justice criminelle au début du xxe siècle » au colloque Jaurès et le procès Villain organisé à Castres le 23 novembre 2019 sous la direction de Jacqueline Lalouette, qui vient d’en publier les actes sous le même titre au Centre national et musée Jean Jaurès (Castres, 2021). Dans sa conclusion, la présidente du colloque retrace le parcours de cet infatigable travailleur et note la part qu’il a su prendre « à la recherche collective et à la vie de la communauté des historiens et historiennes ».
13Deux grands domaines de recherche ont retenu l’attention de notre collègue, réputé pour sa courtoisie, sa disponibilité et sa modestie qui n’enlevaient rien à l’importance de son apport : l’histoire rurale et celle de la justice. Pour la première, il prépara et soutint en 1985 une thèse sur Les paysans beaucerons au xixe siècle, publiée par la Société archéologique d’Eure-et-Loir (Chartres, 1989) et fit paraître La jeunesse rurale dans la France du xixe siècle, aux éditions Christian en 2004 ainsi que divers articles et contributions, dont une publiée dans le cadre de L’Avènement des loisirs (Flammarion, 1995). Pour le second domaine, celui de la justice, sa production ne fut pas moins féconde et essentielle. Il écrivit d’importants ouvrages de synthèse, comme l’indique Jacqueline Lalouette : Deux siècles d’histoire de la Justice (Paris, CNRS Éditions, 1996), L’histoire de la justice française de la Révolution à nos jours (Paris, PUF, 2001), L’enquête judiciaire en Europe avec Philippe Artières, Dominique Kalifa et Jean-Noël Luc (Grâne, Créaphis, 2007), Le juge d’instruction. Approches historiques avec Jean-Jacques Clère (Dijon, EUD, 2010), l’Histoire de la justice en France (Paris, La Découverte, « Repères », 2015) ainsi que de très précieux instruments de travail : Guide des archives judiciaire et pénitentiaire (Paris, CNRS Éditions, 1992), Les sources judiciaires de l’histoire contemporaine (Paris, Bréal, 2007) notamment. Frédéric Chauvaud et Marc Renneville lui ont consacré un dense article d’hommage et de bilan historiographique : « Jean-Claude Farcy (1945-2020) et l’histoire contemporaine de la justice », Criminocorpus [En ligne], Les sources de la recherche, articles, mis en ligne le 25 septembre 2020, consulté le 14 mai 2021. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/7678.
14Professeur agrégé au lycée Marceau de Chartres, Jean-Claude Farcy intégra le CNRS en 1995. Il s’investit toute sa vie dans la recherche, privilégiant sa forme collective, que ce soit avec le Centre Georges Chevrier de l’Université de Dijon, la Société d’histoire de la révolution de 1848 et des autres révolutions du xixe siècle, ou surtout avec l’équipe de Criminocorpus qu’il intégra en 2005 et dont il fut un temps le rédacteur en chef (2011-2013). Né à Saint-Avit, dans le Loir-et-Cher, il demeurait très attaché à cette région-charnière du Perche-Gouët, où son père avait été ouvrier agricole, et notamment à la commune où il vivait et travaillait, La Bazoche-Gouët (Eure-et-Loir).
15Gilles Candar