Article de revue

Chérif Ousmane Madani Haïdara et l'association islamique Ançar Dine

Un réformisme malien populaire en quête d'autonomie

Pages 389 à 425

Citer cet article


  • Holder, G.
(2012). Chérif Ousmane Madani Haïdara et l'association islamique Ançar Dine Un réformisme malien populaire en quête d'autonomie. Cahiers d'études africaines, 206-207(2), 389-425. https://doi.org/10.4000/etudesafricaines.17056.

  • Holder, Gilles.
« Chérif Ousmane Madani Haïdara et l'association islamique Ançar Dine : Un réformisme malien populaire en quête d'autonomie ». Cahiers d'études africaines, 2012/2 N° 206-207, 2012. p.389-425. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cahiers-d-etudes-africaines-2012-2-page-389?lang=fr.

  • HOLDER, Gilles,
2012. Chérif Ousmane Madani Haïdara et l'association islamique Ançar Dine Un réformisme malien populaire en quête d'autonomie. Cahiers d'études africaines, 2012/2 N° 206-207, p.389-425. DOI : 10.4000/etudesafricaines.17056. URL : https://shs.cairn.info/revue-cahiers-d-etudes-africaines-2012-2-page-389?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/etudesafricaines.17056


Notes

  • [1]
    Plutôt que de « wahhabisme », on préférera parler ici de « sunnisme réformé », en référence aux diverses tendances qui se réclament de la réforme néo-hanbalite engagée par Muhammad ibn Abd al-Wahhâb en Arabie au xviiie siècle et qui fait rupture avec le malékisme dans lequel se reconnaissent la plupart des musulmans en Afrique de l’Ouest.
  • [2]
    Bamako comptait plus de 200 mosquées en 1988, contre 77 vingt ans plus tôt et 41 en 1960 (Sanankoua 1991 : 127), mais certains avancent désormais le chiffre de 1 000 mosquées (Barry 2004 : 27).
  • [3]
    Essentiellement suscités dans les radios commerciales et rediffusés sur des supports bon marchés (cassettes audio, vidéos-CD, etc.), les débats charrient tous les problèmes de société : « insécurité routière », excision, cinquantenaire de l’indépendance, statut juridique de la femme, peine de mort, éducation et emploi des jeunes, émigration, etc. (Holder 2009 ; Thiriot 2010).
  • [4]
    Ainsi, l’imam Mahmoud Dicko aurait été successivement ou conjointement à la tête d’une vingtaine d’associations islamiques ; voir Baxter (2002).
  • [5]
    Données tirées du nouveau site Internet de Ançar Dine : <http://ousmanehaidara.com>, consulté le 4 octobre 2010, qui a remplacé un premier site aujourd’hui fermé : <http://www.ancardine-haidara.com>, consulté en juin 2006.
  • [6]
    Les termes vernaculaires qui figurent dans ce texte sont exprimés en langue bamanan et sont transcrits en alphabet phonétique simplifié : e = é ; è = è ou ê ; ò = o ouvert comme dans « hotte » ; c = la palatale occlusive sourde comme dans « check-list » ; ny = la palatale nasale comme dans « nier » ; ng = la vélaire nasale comme dans « camping ».
  • [7]
    Les données biographiques sur Haïdara sont issues d’un travail de synthèse à partir de trois sources croisées : 1.?un entretien en langue bamanan réalisé le 9 juillet 2008 au domicile de l’intéressé, à Bamako ; 2.?une interview recueillie par Kassim Traoré, titrée « Le prêcheur Séid Chérif Ousmane Madani : “La légitime défense n’est pas interdite en islam” », qui est parue dans le journal Bamako Hebdo du 13 mars 2010 ; 3.?un fascicule en langue nko intitulé Qui est Haïdara ?, biographie officielle parue en 2007 et rédigée par trois fidèles de Haïdara, Oumar Traoré, l’auteur principal, assisté de Mahamoudou Sankaré et Aboubakar Touré. Nous devons à Soumaïlla Camara, titulaire d’une maîtrise en anthropologie de l’Université de Bamako, le déchiffrage de ce fascicule.
  • [8]
    Fils du ségovien Mamadi Kané, qui s’installa à Koulikoro vers 1900 (Marty 1920b : 61), Lassana Kané dit Karamogo Lassana était réputé pour sa connaissance des hadîth et fut l’un des grands prêcheurs tijânî dès la fin des années 1950. Ardent militant de l’US-RDA et prêchant en faveur de Modibo Kéïta, il fit sa carrière essentiellement à Mopti et Kayes et décéda vers 1981 ou 1982. L’engouement qu’il suscitait auprès des foules, notamment des femmes, tenait à son savoir, mais aussi à sa voix qui dégageait un charme tel qu’il fut surnommé dans les années 1970 « James Brown », en référence à la sensualité magnétique du tube « Sex Machine » (communication personnelle du professeur Issaka Bagayogo de l’ISFRA de Bamako, 14 février 2011).
  • [9]
    L’ancien Railda se situait sur l’actuel boulevard de l’Indépendance. Terrain vague plutôt que place, c’était un lieu où les enfants jouaient au football, où se tenaient les concerts et les bals populaires et où les prêcheurs trouvaient l’espace suffisant pour y réunir les foules de fidèles (communication personnelle du professeur Bagayogo, op cit.).
  • [10]
    Entretien avec Haïdara du 9 juillet 2008, op. cit.
  • [11]
    Ibrahima Haïdara s’est rendu célèbre pour avoir converti de nombreux paysans de la région de Sansanding dans les années 1920-1930 et surtout lutté contre la tyrannie de l’autorité coloniale déléguée en l’occurrence à Mademba Sy, le roi de Sansanding mis en place par Archinard lors de la conquête du Soudan. Cette lutte le conduira plusieurs fois en prison et il sera même déporté en Côte-d’Ivoire ; voir Marty (1920b : 183-184) et Manley (1997 : 324-334).
  • [12]
    Kassim Traoré, « Zihara 2007 et Aid el Fitr à Tamani : Plus de 15 000 fidèles originaires de 33 pays mobilisés par Haïdara », paru dans le journal Bamako Hebdo du 19 octobre 2007.
  • [13]
    Il s’agit du diminutif de ce qui constitue en quelque sorte sa devise religieuse yaa bani haasimu, le « Descendant des Banû Hâshim », le clan des Hachémites issu de l’arrière-grand-père du prophète Muhammad, Hâshim ibn Abd al-Manaf, dont les membres sont par tradition chérifs de La Mecque.
  • [14]
    Tout comme le fait qu’il anime, depuis 2005, un prêche public à l’occasion du « âshûrâ » le 10 du mois de Muharram — bien qu’il s’agisse de la célébration sunnite —, ou qu’il fasse imprimer des milliers de badges sur lequel il pose avec le portrait de l’Ayatollah Khomeiny. Les relations de Haïdara avec le Centre islamique iranien de Bamako sont connues, le guide de Ançar Dine veillant d’ailleurs à inviter régulièrement des personnalités chiites maliennes lors de ses manifestations publiques. C’est d’ailleurs cet affichage qui permet à ses détracteurs de laisser entendre que Haïdara tirerait de substantielles ressources de l’Iran, pays où il a été invité une fois.
  • [15]
    Voir le texte dans Traoré (2007 : 21-22).
  • [16]
    Pour rappel, Biton Coulibaly est le nom du fondateur de l’État de Ségou. À propos de la notoriété du Super Biton de Ségou, voir notamment Florent Mazzoleni (2008 : 43-45).
  • [17]
    L’expression est employée par O. S. Traoré (2007 : 18) dans la traduction française de la biographie de Haïdara.
  • [18]
    Nous remercions Pierre Prud’homme, doctorant en anthropologie à l’Université de Provence, qui a rapporté cette anecdote d’un journaliste de l’ORTM rencontré lors du ziyara de novembre 2010 à Tamani.
  • [19]
    Au-delà de la raillerie, qui vise à laisser entendre que l’activité religieuse de Haïdara serait de peu de valeur et même suspecte eu égard au rapport de genre sous-tendu, Haïdara s’inscrit en réalité dans une longue tradition de prêcheurs charismatiques dont le succès se mesure également à l’engouement féminin, comme en témoigne les deux prêcheurs auxquels s’est opposé Haïdara, Karamogo Lassana et Abdoul Aziz Djiré, et avec qui la compétition se situait aussi sur un principe de joute virile et de séduction à l’adresse du public féminin.
  • [20]
    Pierre Prud’homme, op.cit.
  • [21]
    Haïdara, entretien du 9 juillet 2008, op. cit.
  • [22]
    Mais cela n’explique pas l’expression arabe ansâr al-dîn, translitérée en français par « Ançar Dine », et l’on ignore la référence que Haïdara mobilise. Il ne s’est jamais publiquement référé au mouvement rural fondé sur un réformisme littéraliste appelé Jama’a Ansâr al-Sunna, qui s’est développé dans les années 1970 dans la région de Gao (Niezen 1990), pas plus qu’il ne s’est réclamé du mouvement nigérian Jamiyyat Ansâr ad-Din Naijîriyâ (Reichmuth 1996).
  • [23]
    Une lutte qui le fait, sur un tout autre registre, un héros de la révolution démocratique, ce que ne manque pas de souligner son biographe (Traoré 2007 : 26).
  • [24]
    Selon un document non daté acheté lors du Maouloud 2011 et signé d’un certain Karamoko Mamadou, prêcheur à Ségou, Haïdara aurait eu cinq épouses (dont une est décédée et une autre divorcée) et 24 enfants (dont six décédés).
  • [25]
    Les données présentées ci-dessous sont issues pour l’essentiel de quatre entretiens. Les deux premiers ont été réalisés les 1er janvier 2008 et 22 février 2010 avec le prêcheur d’une section d’Ançar Dine de la région de Mopti. Les deux autres ont été effectués avec un ancien haut cadre de Ançar Dine International, le 13 juillet 2008, et avec l’un des responsables actuels, le 25 février 2011. Pour des raisons de confidentialité évidente, nous occultons ici le nom de ces personnes.
  • [26]
    Cela étant, à notre connaissance, la seule association officiellement enregistrée au Mali est toujours AMSI.
  • [27]
    Les nouveaux statuts et règlement de l’ADI, consultés le 1er mars 2011, sont téléchargeables sur <http://ancardinehaidara.com/index.php?option=com_content&view=article&id=60:Statu&catid=29:the-cms&Itemid=37>.
  • [28]
    Fondée en 1975, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest regroupe les huit pays de la zone francs CFA, ainsi que le Cap Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée Conakry, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone. Quant à l’Union économique et monétaire de l’Ouest-africain, créée en 1994, elle regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte-d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
  • [29]
    Il s’agit de travaux collectifs ou de marchés économiques organisés par les sections : culture et récolte, travail d’assainissement, coulage de béton, fabrication de briques, transport de sable, etc. Ces activités permettent de réunir des sommes substantielles et de mettre publiquement en scène l’abnégation de Ançar Dine capable de travailler ainsi « à cause de Dieu », et donc pour le bien de tous. Aussi n’est-il pas rare que des gens non affiliés se joignent aux Ançars.
  • [30]
    Ce chiffre est confirmé par Haïdara lui-même dans l’article de Ousmane Coulibaly (2011).
  • [31]
    Voir l’annonce de ce projet hâtivement qualifié de « banque » dans l’article de Modibo Fofana (2010).
  • [32]
    Transcription et traduction par Soumaïlla Camara.
  • [33]
  • [34]
    Tiré de l’article de Ben Dao du 8 mars 2010, op. cit.
  • [35]
    Sur le cheikh Kishk, voir la notice biographique de Joel Gordon (2004).
  • [36]
    Il avait déjà donné ce nom au second enfant de son épouse divorcée Fatoumata Traoré (information de Karamoko Mamadou, op. cit.).
  • [37]
    Selon l’article de Ben Dao du 8 mars 2010 (op. cit.), l’édition 2010 du Maouloud aurait réuni 38 548 participants. Le Maouloud 2011, qui semble avoir dépassé ce chiffre, s’est malheureusement terminé par la mort de 36 personnes lors d’une bousculade le 21 février. L’enquête est en cours, mais la responsabilité des services publics paraît engagée, eu égard au sous-effectif criant des forces de police et à l’accès dans un stade prévu pour accueillir 25 000 personnes.
  • [38]
    Texte reproduit du calendrier de 2005 que Ançar Dine commercialise.
  • [39]
    Sahîh Al-Bukhârî, Kitâb Manâqib al-Ansâri [Livre des Mérites des Ansar], Bâb [chapitre] « Wufûdil Ansâri Ilan-Nabiyyi Bi Makkata Wa Baatil Aqabah ».
  • [40]
    Al Hajj Umar al Futi, les « Rimah », 1973, t. 1, chapitre 23, p. 175, cité par Madina Ly-Tall (1991 : 140).
Français

Résumé

Ce texte analyse le mouvement islamique Ançar Dine fondé en 1991 par Chérif Ousmane Madani Haïdara, un personnage charismatique qui a bouleversé les modalités d’expression de l’islam dans l’espace public malien. Ançar Dine est une organisation dont la forme hybride oscille entre association de la société civile, ONG caritative, confrérie intramondaine et internationalisme fédéraliste. Comptant plus de 70 000 membres, essentiellement au Mali, en Côte-d’Ivoire et au Burkina Faso, Ançar Dine est devenue un espace de critiques à l’égard de l’establishment et la principale force d’opposition à la réforme sunnite communément appelée « wahhabite ». Il prône un réformisme « africain » et une confirmation islamique fondée sur le serment coranique appelé bay‘a. Travaillé par une tension croissante entre le charismatique et le bureaucratique, Ançar Dine vise en final à mettre en place un espace d’autonomie spirituelle, sociale, économique et politique qui se fonde sur une « raison populiste ».

Mots-clés

  • Mali
  • Chérif Ousmane Madani Haïdara
  • Ançar Dine
  • autonomie
  • islam populaire
  • réformisme islamique

Mots-clés éditeurs : Ançar Dine, autonomie, Chérif Ousmane Madani Haïdara, islam populaire, Mali, réformisme islamique


English

Cherif Usmane Madane Haydara and the Islamic Movement Ançar Dine

A Popular Malian Reformism in Search of the Autonomy

Cherif Usmane Madane Haydara and the Islamic Movement Ançar Dine

In this text I analyze the Islamic movement Ançar Dine, established in 1991 by Cherif Usmane Madane Haydara, a charismatic figure who transformed the modalities of expressions of Islam in the Malian public sphere. Ançar Dine is a hybrid organization, which can be situated between the association of civil society, the charitable NGO, the intra-worldly brotherhood, and the federalist internationalism. With more than 70.000 members, mainly in Mali, Ivory Coast and Burkina Faso, Ançar Dine is a critical platform against the establishment and the principal opposition force against the Sunnite Reform commonly called “Wahhabite”. It advocates an “African” reformism and an Islamic confirmation based on a koranic pledge called bay‘a. Despite an increasing tension between the charismatic and bureaucratic powers on the organization, Ançar Dine aims at a spiritual, social, economic and political autonomy sphere, based on a “populist reason”.

Keywords

  • Mali
  • Cherif Usmane Madane Haydara
  • Ançar Dine
  • autonomy
  • popular islam
  • islamic reformism

Mots-clés éditeurs : Ançar Dine, autonomy, Cherif Usmane Madane Haydara, islamic reformism, Mali, popular islam


Date de mise en ligne : 04/07/2012

https://doi.org/10.4000/etudesafricaines.17056

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