Les tribulations d’un Dinantais à Bruxelles
Jules Fabrion, le chansonnier qui se rêvait prix Nobel de la paix
- Par Olivier Defrance
Pages 5 à 42
Citer cet article
- DEFRANCE, Olivier,
- Defrance, Olivier.
- Defrance, O.
https://doi.org/10.3917/brux.056.0005
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- Defrance, O.
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- DEFRANCE, Olivier,
https://doi.org/10.3917/brux.056.0005
Notes
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[1]
. « Fabrion, Jules » dans S.F. Joseph, T. Schwilden et M.-C. Claes, Directory of Photographers in Belgium 1839 – 1905, Antwerp, 1997, p. 166. Voir aussi la notice « Fabrion, Jules » du site du FOMU : https://fomu.atomis.be/index.php/fabrion-jules;isaar (consultée le 21-5-2025).
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[2]
. Cf. J.R. Cloes et R.J. Bonjean, Jurisprudence des tribunaux de première instance, Liège, 1861, pp. 863-875.
-
[3]
. Cf. La Belgique judiciaire – Gazette des tribunaux belges et étrangers, Bruxelles, 21-8-1864, p1057-1061.
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[4]
. Arthur (Dinant 1867 – Neufchâteau 1871), Emile (Dinant 1869 – Paris 1956), Eléonore (Neufchâteau 1870 – Neufchâteau 1870), Arthur, dit Jules (Neufchâteau 1871 – Lierneux 1929), Louisa (Liège 1873 - 1958), Irma (Dinant 1876 – Dinant 1877), Berthe (Dinant 1878 – ?), Nestor, dit Edmond (Dinant 1880 – ?) et Hector (Saint-Gilles 1883 – Ixelles 1888).
-
[5]
. Lire : https://fomu.atomis.be/index.php/association-belge-de-photographie;isaar (consulté le 12-5-2025).
-
[6]
. Association Belge de Photographie, Bulletin, n° 3, 3e année, Vol. 3, Bruxelles, 1876, p. 65. Son nom est corrigé l’année suivante dans la liste des membres effectifs (198 au total).
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[7]
. Le dernier domicile à Dinant est le n° 19 de la rue Saint-Médard (courrier de l’administration communale de Saint-Gilles, 27-09-2024). Ils ont aussi résidé un moment à Ophain Lillois (Braine-l’Alleud) au milieu des années 1880.
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[8]
. Eléonore Mosty décédée en 1884, Louis Fabrion lui survit deux années. Son fils déclare son décès à l’administration communale de Dinant.
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[9]
. Arthur se fait appeler Jules. Pour éviter toute confusion avec son père, nous conservons son prénom légal.
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[10]
. « Pour être admis en qualité d’élève au Conservatoire, il faut savoir lire, écrire et calculer, être âgé de neuf ans au moins et posséder des qualités physiques nécessaires au genre d’études auquel on se propose de se livrer. » S’ils ont moins de 14 ans, ils doivent poursuivre parallèlement leur scolarité. L’inscription annuelle est de cinq francs. Annuaire du Conservatoire royal de musique de Bruxelles, Bruxelles, 1890, pp. 28-29.
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[11]
. Cet « agent spécial de police » demeurera en relation avec les Fabrion. Narcisse, autre frère de Florentine et commis des postes, réside également en région bruxelloise.
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[12]
. Il meurt prématurément à Ixelles le 20 juillet 1888.
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[13]
. La plupart de ces almanachs sont conservés aux Archives de la Ville de Bruxelles (AVB).
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[14]
. AVB, Registres de population, années 1876-1890.
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[15]
. AVB, Travaux publics, n° 9002. La minuscule maison d’angle (15 m2 par niveau, les étages reliés par un escalier en colimaçon) existe toujours et son aspect général a peu changé.
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[16]
. A Dinant, Fabrion imprimait son nom sur le carton des photographies. À Bruxelles, ce n’est apparemment plus le cas. Au dos de certaines photographies, un cachet indique : « Photographie populaire – 11, Place de la Chapelle Bruxelles ». Il s’agit vraisemblablement d’images produites par Fabrion.
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[17]
. AVB, Registre des patentes, 1887, n° 1232.
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[18]
. Des baromètres fabriqués par lui apparaissent quelques fois sur des sites de ventes en ligne.
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[19]
. Fabricant de bijoux, Edouard Goldschmidt a son commerce au n° 9, rue du Marché, près de la gare du Nord.
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[20]
. Cette remarque témoigne de l’antisémitisme existant alors dans la société belge.
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[21]
. Un ami de Fabrion était présent : Joseph Marneffe, horloger à l’impasse Defuisseau. Il sera aussi inculpé.
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[22]
. Archives générales du Royaume, Bruxelles (AGR), Archives de la Cour d’appel de Bruxelles, Dossiers des appels correctionnels, n° 1037, Jules Fabrion au procureur du Roi, 20-2-1887.
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[23]
. Qualifié d’indigent comme ses parents, Emile est acquitté. À défaut de paiement de son amende dans le délai légal, Jules écopera d’une peine de 15 jours d’emprisonnement et Florentine d’une peine de huit jours. AGR, Archives de la Cour d’appel de Bruxelles, Dossiers des appels correctionnels, n° 1037, jugement du 18-4-1887.
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[24]
. AGR, Archives de la Cour d’appel de Bruxelles, Dossiers des appels correctionnels, n° 1037, Jules Fabrion au procureur du Roi, 16-4-1887.
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[25]
. AGR, Archives de la Cour d’appel de Bruxelles, Chambres correctionnelles, 67 (1887), n° 591, jugement du 4-7-1887.
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[26]
. La maison de la place de la Chapelle, devenu le n° 14, abritera plus tard les activités d’autres photographes dont l’Allemand Arnold Weck, de 1890 à 1898.
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[27]
. Fabrion est inscrit comme photographe à cette adresse dans l’Almanach général de Commerce et de l’Industrie (Edit. Rodez) de 1893, p. 209.
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[28]
. Courrier de l’administration communale de Saint-Gilles, 27-09-2024.
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[29]
. A. Mertens (édit.), Annuaire de Commerce et de l’Industrie, Bruxelles, 1895, p. 392. Dans l’almanach de Rodez, on trouve un « J. Fabrion, employé, Vanderschrick, 4. »
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[30]
. A. Mertens (édit.), Annuaire de Commerce et de l’Industrie, Bruxelles, 1898, p. 436.
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[31]
. A. Mertens (édit.), Annuaire de Commerce et de l’Industrie, Bruxelles, 1899, pp. 450 et 1052.
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[32]
. Fils d’un négociant hollandais à Bruxelles, Eugène Brulé (Bruxelles 1847 – Bruxelles 1910) est propriétaire et rentier. Résidant rue de la Blanchisserie, il est conseiller communal (1884, 1886 et 1890) à Bruxelles-Ville. Président de la Société wallonne de Bruxelles, il occupe des bureaux à la Brasserie wallonne, au n° 1 du boulevard Anspach. AVB, Archives du secrétariat communal, Conseillers communaux, n° 21.
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[33]
. Le Rasoir, 7-4-1888.
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[34]
. « Société wallonne » in Le Journal de Bruxelles, 16-10-1887, p. 2.
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[35]
. « Société wallonne » in Le Journal de Bruxelles, 20-10-1887, p. 2.
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[36]
. Fondée en 1875, l’association bruxelloise des Marçuvins organisent des événements dans le but de récolter des fonds pour l’aide à l’enfance défavorisée et aux écoles publiques. Eugène Brulé en est le président.
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[37]
. « Lettre particulière de La Meuse » in La Meuse, 26-4-1887, p. 3.
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[38]
. « Les fêtes nationales » in Le Journal de Bruxelles, 18-8-1888, p. 2.
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[39]
. « Représentation wallonne au Molière » in Le Journal de Bruxelles, 25-9-1888, p. 2.
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[40]
. « Société wallonne de Bruxelles » in La Meuse, 24-12-1888, p. 3.
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[41]
. « Représentation wallonne » in Le Journal de Bruxelles, 20-8-1889, p. 1.
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[42]
. Docteur en Sciences, Albert Robert (Bouvignes 1864 – Bruxelles 1936) devient aide-préparateur au laboratoire de chimie de Bruxelles-Ville (1888), puis chimiste (1920), et enfin chef chimiste (1928). AVB, Secrétariat, Dossiers personnels, boîte 44, Robert, Albert, n° 1004.
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[43]
. « Théâtre wallon » in Le Journal de Bruxelles, 10-12-1890, p. 2.
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[44]
. « Cercle wallon Nameur pot tot » in Le Journal de Bruxelles, 9-4-1893, p. 2.
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[45]
. « Un banquet wallon » in L’Indépendance Belge, 6-11-1893, p. 1. En septembre 1897, Fabrion est à Namur où la « Comédie wallonne », dont Louisa est membre, est fêtée lors d’une réception donnée à l’Hôtel de Ville. Fabrion y fera un discours. (« La province » in L’Indépendance Belge, 3-9-1897, p. 2)
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[46]
. « Dinant et Namur à Bruxelles » in Le Petit Bleu du Matin, 22-2-1909, p. 1.
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[47]
. Homme politique catholique, Edouard Gérard (Dampremy 1878 – Dinant 1964) est avocat au barreau de Bruxelles puis de Dinant, où il sera conseiller communal et commissaire d’arrondissement. Fondateur du Syndicat d’Initiative et de Tourisme de Dinant, il est l’auteur de publications historiques.
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[48]
. Nous pouvons suivre ses diverses démarches grâce à un dossier conservé aux Archives du Palais royal de Bruxelles, Commandements du Roi (APR, CR), Série AA, Dossier Jules Fabrion.
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[49]
. Figure romantique, Antoine Wiertz (Dinant 1806 – Ixelles 1865) se distingue par ses œuvres monumentales aux thèmes allégoriques, parfois morbides et surnaturels. Son atelier bruxellois, situé rue Vautier, est devenu un musée dédié à son œuvre. Une imposante statue du Triomphe de la Lumière devait dominer la ville de Dinant, en haut du rocher. Le projet n’aboutit pas. On trouve diverses versions du projet, dont un « petit format » dans un square à Dinant.
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[50]
. Fabrion veut probablement garantir à chaque individu la liberté de pratiquer sa religion et de voir ses intérêts religieux respectés, selon sa propre confession.
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[51]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, « Le Triomphe de la Lumière – Suppositions et encouragement pour la question sociale », manuscrit de Jules Fabrion, juillet 1890.
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[52]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, note sur un courrier de Jules Fabrion, 1-8-1890.
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[53]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Jules Fabrion à Léopold II, roi des Belges, 2-11-1895.
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[54]
. Imprimée à Braine-l’Alleud, la petite brochure s’intitule : « Le Triomphe de la Lumière et la Trompette de Jéricho – Supposition et encouragement pour la question sociale ». APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Jules Fabrion à Léopold II, roi des Belges, 12-9-1898.
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[55]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, « Le moyen d’être heureux – Vive Nicolas II », 1901.
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[56]
. « Fleurs de poésie » in Le Peuple, 29-8-1905, p. 1.
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[57]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, « En vue de la Conférence de La Haye – Proclamation Fabrion avec les moyens que l’on peut employer pour assurer la paix et le bien-être aux créatures humaines », 1908.
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[58]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Note du Comité de la XVe conférence interparlementaire, 26-9-1908.
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[59]
. On la verra dans cette même pièce, avec la troupe de Nameur po tot, au Théâtre Molière de Bruxelles. « Nameur po tot » in La Meuse, 27-9-1893, p. 3.
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[60]
. « Fêtes, spectacles, concerts » in Le Vingtième Siècle, 19-3-1897, p. 3.
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[61]
. « Namur » in L’Indépendance Belge, 27-9-1898, p. 3.
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[62]
. « Salle Malibran » in Journal de Bruxelles, 27-8-1903.
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[63]
. Né à Chênée en 1875, il a un frère jumeau, Julien, connu comme artiste-peintre.
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[64]
. Le couple aura une seconde fille. Louisa vivra un temps avec la famille de son frère Arthur en France.
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[65]
. Bibliothèque du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, fiches d’étudiants d’Emile Fabrion (1474), de Jules Fabrion (1475) et d’Edmond Fabrion (6028).
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[66]
. « Concours du Conservatoire » in Le Patriote, 8-7-1894, p. 4.
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[67]
. Marie Louise Crolop est la mère d’une petite Louisa (Bruxelles 1891 – Saint-Gilles 1894).
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[68]
. L’acte ne mentionne pas la présence des parents Fabrion, résidant à Saint-Gilles, mais l’acte respectueux qui leur a été notifié. AGR, Registres d’état civil de Saint-Gilles, acte de mariage n° 66, 24-2-1897.
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[69]
. Elle est prise en charge à titre d’indigente. Archives du CPAS (Bruxelles), Registre des entrées de l’hôpital Saint-Pierre, A 41.
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[70]
. Elle sera inhumée au cimetière de Bruxelles-Evere deux jours plus tard. En 1907, une demande de placement d’un signe de sépulture est adressée à l’administration. AVB, Registre d’état civil, Décès 1906, acte n° 2158 et AVB, Cultes, inhumations et transports funèbres, Registre d’inhumation Bruxelles-Evere, n° 131, p. 93.
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[71]
. Fils d’un pharmacien à Forest, Edouard Thys est né à Bruxelles en 1882.
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[72]
. Cette habitation sera démolie dans le cadre de la jonction Nord-Midi. AVB, registres de population de Bruxelles-Ville, 1900 et 1910.
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[73]
. Alfred Nobel (Stockholm 1833 – San Remo 1896) est un chimiste et industriel suédois. Par testament, son immense fortune sert à la création des prix Nobel.
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[74]
. Pour les mêmes motifs, le diplomate français Paul Henri Balluet d’Estournelles de Constant reçoit également ce prix la même année.
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[75]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Jules Fabrion à Albert, roi des Belges, 20-12-1910.
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[76]
. La 16e conférence de l’Union interparlementaire s’est tenue à Bruxelles en août et septembre 1910.
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[77]
. Malheureusement, nos demandes auprès des archives du Sénat et de la Chambre des Représentants n’ont pas permis de retrouver des traces des démarches que Fabrion aurait entreprises auprès de ces deux institutions à cette époque. (courriels des 16-12-2024 et 18-12-2024).
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[78]
. « Un candidat au prix Nobel » in Le XX e Siècle (p. 1), repris le même jour dans Le Journal de Bruxelles, 22-12-1910, p. 2.
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[79]
. « Le prix Nobel » in La Meuse, 22-12-1910, p. 1.
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[80]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Jules Fabrion à Albert, roi des Belges, 25-12-1912.
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[81]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Présidence de l’Union Nationale wallonne à Albert, roi des Belges, 31-1-1913. La lettre porte le cachet : « Union Nationale wallonne – Littérature – Agrément – 1893 – Bruxelles ».
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[82]
. On suppose que les courriers de Fabrion ne sont jamais arrivés à leurs véritables destinataires, à savoir les rois Léopold II et Albert. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, note du 31-1-1913.
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[83]
. Vivant à Paris avec ses parents et sa fratrie, il a vingt ans en 1915. De nationalité française, il est incorporé au 29e régiment de dragons. Le 29 septembre, il est tué à Souain-Perthes-lès-Hurlus (Marne) face à l’ennemi.
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[84]
. Voir le lien : https://www.partitions-domaine-public.fr/pdf/12537/Emile-Fabrion-A-Saint-Georges.html (consulté le 13-12-2024).
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[85]
. Son second fils, Maurice, s’engage à son tour comme volontaire dans l’armée française en septembre 1917 (88e régiment d’artillerie lourde). Il restera sous les drapeaux durant toute la durée de la guerre.
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[86]
. Archives du War Heritage Museum, Dossiers des soldats de la 1re Guerre Mondiale, Dossier n° 6332022, Fabrion, Emile. S’il ne participe pas aux combats, il est pourtant décoré de la médaille de la Victoire. Séparé de sa compagne à la fin des années 20, il revient en Belgique. Toujours artiste-musicien, il réside à Forest, Bruxelles-Ville, Ixelles et Saint-Gilles. Il retourne ensuite à Paris où il décède.
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[87]
. Amené en civière, Fabrion est hospitalisé à Saint-Pierre du 26-8-1918 au 24-9-1918 pour une infection cutanée. Il est hospitalisé au même endroit du 29-10-1918 au 28-12-1918 pour un eczéma infecté « qui nécessite des soins immédiats ». Archives du CPAS (Bruxelles), Registres d’admission de l’Hôpital Saint-Pierre A-193 et A-196.
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[88]
. Il s’agit de l’homme politique de gauche Henri Halleux. Lire : https://www.wallonie-en-ligne.net/Encyclopedie/Biographies/Halleux_Henri.htm (consulté le 28-5-2025)
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[89]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, copie de lettre de Jules Fabrion, 10-11-1918. Il ajoute à sa copie une chanson sur Dinant, qu’il désirerait éditer au profit du Bureau de bienfaisance de Dinant.
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[90]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Cabinet de l’échevin de l’Assistance publique et Cultes à Jules Fabrion, 14-11-1918.
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[91]
. Le Nobel de la paix a été attribué cette année-là au Comité international de la Croix-Rouge.
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[92]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Jules Fabrion à Albert, roi des Belges, 27-11-1918.
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[93]
. Amené en civière le 13-11-1919, Fabrion présente une affection cutanée et une « impotence » qui l’empêche de se rendre à la consultation. Il sort au bout de 4 jours. Il est encore amené en civière à l’hôpital pour la même pathologie le 5-1-1920. Il en sort le 11-2-1920. Archives du CPAS (Bruxelles), Registres d’admission de l’Hôpital Saint-Pierre A-206 et A-208.
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[94]
. Ces informations – basées sur le dossier d’Arthur Fabrion – ont été communiquées par le Dr François De Gregorio, psychiatre et directeur médical du CHSA de Lierneux (contact téléphonique le 12-8-2024).
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[95]
. Il y décède le 4 avril 1929. Toujours qualifié de violoniste, il est légalement domicilié n° 27 de la rue de l’Épargne. AVB, Registres d’état civil, Supplétoires, 1929, acte n° 490 (retranscription de l’acte de décès).
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[96]
. Réunion internationale afin de résoudre les problèmes de l’occupation de la Ruhr et sur l’application du plan Dawes.
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[97]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, « Pour la Paix du Monde », 1924.
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[98]
. Le Palais de la Paix de La Haye, qui abrite la Cour permanente d’arbitrage, a été édifié grâce à la Fondation Carnegie.
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[99]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Jules Fabrion à Giuseppe Motta, 4-9-1924.
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[100]
. APR, CR, Série AA, Dossier Jules Fabrion, Jules Fabrion à Albert, roi des Belges, 18-10-1924.
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[101]
. D’après le registre de population de Schaerbeek, il bénéficie d’une pension de survie.
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[102]
. Raoul Titeca (1878-1967) dirige la Maison de santé « Maeck », puis le Sanatorium « Sans Souci ». En 1930, il devient président de la Société royale de médecine mentale.
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[103]
. Archives de l’État à Tournai, Archives de l’Hospice Saint-Charles Borromée de Froidmont, Registre des matricules, 5013, Fabrion, Jules, certificat médical d’admission, Schaerbeek, 22-6-1928.
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[104]
. Personnalité appréciée et reconnue pour son travail, Arthur Deroubaix (Frasnes-les-Buissenal 1867 – Froidmont-lez-Tournai 1949) est président de la Société de Médecine mentale de Belgique.
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[105]
. Lire R. Wellens, « L’hospice de Saint-Charles Borromée à Froidmont – Notice historique et inventaire des archives » in Archives et bibliothèques de Belgique, T. XXXVI, n° 2, 1965.
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[106]
. Archives de l’État à Tournai, Archives de l’Hospice Saint-Charles Borromée de Froidmont, Registre médical, Fabrion, Jules. Les citations qui suivent proviennent toutes de ce registre.
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[107]
. Deroubaix relève un penchant violent de sa personnalité qui demeure consciente, une mémoire affaiblie et une tendance à la loquacité. Le médecin se réserve quant à l’évolution de la maladie.
Introduction
1 Débarqué à Bruxelles au début des années 1880, le Dinantais Jules Fabrion y demeure près d’un demi-siècle, sans que sa carrière de photographe y décolle vraiment. Chansonnier idéaliste et nostalgique de sa terre natale, il se perd au fil des années dans de vains combats qui le dépassent… et qui ne sont pas sans rappeler le Don Quichotte de Cervantès. Après sa mort au début des années 1930, Jules aurait pu tomber dans l’oubli. Mais une courte notice sur ses activités de photographe dans la somme produite par Tristan Schwilden, Steven F. Joseph et Marie-Christine Claes rappelle son existence à la fin du siècle passé. [1] C’est le point de départ de nos investigations, plutôt fructueuses. Car, étonnamment, on trouve des traces de l’existence de Jules Fabrion dans des sources multiples et variées. Et parfois là où on ne s’y attend pas vraiment. Par exemple, les Archives du Palais royal de Bruxelles conservent un volumineux dossier le concernant. Il faut dire que l’homme a de la personnalité et qu’il a tout fait pour être connu et reconnu. La presse de son époque relate aussi ses exploits, avec un brin d’ironie. Nous tentons ici de relier ces différents éléments afin d’offrir le portrait le plus complet possible de ce Dinantais attachant, exilé à Bruxelles et qui se rêvait prix Nobel de la paix.
Proclamation de Jules Fabrion, août 1905. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
Proclamation de Jules Fabrion, août 1905. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
Les années de formation
Portrait de Joséphine et Marie Petry, réalisé par Jules Fabrion, à Dinant, vers 1880. Photographie carte-de-visite. AVB, Collection iconographique, B-815.
Portrait de Joséphine et Marie Petry, réalisé par Jules Fabrion, à Dinant, vers 1880. Photographie carte-de-visite. AVB, Collection iconographique, B-815.
2 Le 15 juin 1843 naît à Dinant Jules Eugène Hubert Fabrion, fils unique de Louis Fabrion, un ouvrier tanneur originaire du village namurois de Spontin, et d’Eléonore Mosty, une Dinantaise. Son milieu familial est catholique et modeste. La petite famille réside dans le quartier dit des Tanneries, un des plus pauvres de la ville, à proximité de la Meuse. Ayant fréquenté l’école communale du quartier Saint-Pierre, Jules en sort diplômé de l’enseignement élémentaire. Un personnage va ensuite jouer un rôle important dans la destinée de l’adolescent. Veuf, Louis Lecomte est un horloger assez fortuné. Son commerce se situe sur la Grand-Place de Dinant. Sans enfant, il possède plusieurs biens mobiliers et immobiliers. Lecomte s’est attaché à la famille Fabrion et a pris le jeune Jules sous son aile, lui apprenant même son métier. Mais le bienfaiteur décède en 1860. Une procédure au tribunal civil de Dinant s’ensuit. La mère de Jules clame qu’elle est la légataire universelle des biens du défunt, ce que conteste formellement une sœur de ce dernier. Il existe deux testaments olographes de la main de Lecomte. Dans le premier, Lecomte lègue à Eléonore sa maison de la Grand-Place ainsi que tout son mobilier. Dans le second, qui complète le premier, il ajoute des legs à partager entre plusieurs personnes (« billets à ordre, titres de créance, obligations, rentes et revenus quelconques »). [2] En 1861, le tribunal déboute Eléonore, ne retenant que les legs à son intention. Ceci constitue néanmoins un bel héritage dont pourra bientôt jouir son fils Jules.
3 En 1863, le couple Fabrion-Mosty vend la maison de la Grand-Place à un certain Delacharlerie pour la somme de 13 000 francs. Mais « par acte notarié du même jour, l’acquéreur donna cette maison à bail à Jules Fabrion, fils, mineur émancipé, pour en jouir immédiatement ; le loyer était de 750 frs., payable anticipativement et par semestre, savoir les 16 mars et 16 septembre de chaque année. » [3] Jules devient donc le locataire de la propriété Lecomte. Il y exploite l’horlogerie de son défunt patron. Mais les affaires ne sont sans doute pas florissantes car il ne parvient pas à payer le loyer. Menacé d’expulsion, Jules entame une procédure devant le tribunal de Liège. Il tente de faire annuler la vente de la maison, clamant que celle-ci est liée à la location à son bénéfice, ainsi qu’à la possibilité pour lui de la racheter. Débouté, il quitte la Grand-Place et ouvre un nouveau commerce d’horlogerie-bijouterie dans la rue Grande. Le 12 septembre 1866, à Finnevaux (province de Namur), Jules épouse Florentine Wéry, âgée de 20 ans et fille d’un cultivateur, dont il aura neuf enfants. Cinq parviendront à l’âge adulte. [4] Quatre ans après les noces, ils quittent Dinant pour Neufchâteau (province de Luxembourg). En 1873, les Fabrion résident quai de la Batte, à Liège. Ils reviennent à Dinant vers 1875. Toujours horloger-bijoutier, Jules s’installe alors rue Saint-Pierre avant de réintégrer la rue Grande. À la même époque, il devient photographe. Une activité supplémentaire qui entraîne des frais importants pour l’achat de matériel divers : appareils, papiers, plaques de verre et produits chimiques.
4 Jules s’affilie aussi à l’Association belge de Photographie dès 1876. Fondée à Bruxelles deux ans plus tôt, l’association – « sous protectorat du Roi » – regroupe 143 membres fondateurs, photographes amateurs ou professionnels, dont 41 Wallons. [5] Elle publie un bulletin mensuel dans lequel les contributeurs présentent des innovations techniques, soulèvent des questions relatives à l’organisation de la profession de photographe ou plaident pour une totale reconnaissance de la photographie en tant que discipline artistique, une chose loin d’être acquise. Dans le procès-verbal de la séance du 11 juillet 1876 du comité d’administration, on note qu’à ce moment précis « F. Fabrian (sic), à Dinant » est admis comme membre effectif de l’association. [6] À la lecture des bulletins, on ne retrouve pas son nom, sauf sur la liste des affiliés. Il est probable qu’il n’y a pas joué de rôle particulier. Sa nouvelle activité de photographe est-elle lucrative ? Au début des années 1880, on lui trouve à Dinant deux concurrents sérieux : Louis Devigne, un horloger de la rue Saint-Pierre, et Jules Hallez, qui est boulanger rue Grande. Pour une si petite cité, qui profite néanmoins de la présence de touristes à la belle saison, trois photographes professionnels, c’est déjà trop. En juillet 1883, Jules Fabrion et sa famille quittent Dinant et gagnent la région bruxelloise. [7] Le désir de Jules d’améliorer sa situation professionnelle motive sans doute ce déplacement. Ce n’en est probablement pas l’unique raison. Depuis trois ans, ses fils Emile et Arthur vivent à Bruxelles où ils suivent leur scolarité. Leurs parents souhaitent se rapprocher d’eux. À cette époque, les propres parents de Jules, devenus âgés, sont résidents de l’Hospice civil de Dinant, dans le quartier Saint-Médard. [8]
Horloger-bijoutier, photographe… et fabricant de baromètres
Place de la Chapelle à la fin du XIXe siècle. À droite, on reconnaît l’habitation de Jules Fabrion, avec la verrière-atelier au dernier étage. Carte postale. AVB, Collection iconographique, W-15353.
Place de la Chapelle à la fin du XIXe siècle. À droite, on reconnaît l’habitation de Jules Fabrion, avec la verrière-atelier au dernier étage. Carte postale. AVB, Collection iconographique, W-15353.
5 Lorsqu’ils débarquent en région bruxelloise, Jules et Florentine emmènent avec eux leurs trois plus jeunes enfants : Louisa, Berthe et Edmond. Comme relaté plus haut, les deux aînés, Emile et Arthur [9], sont déjà sur place. Depuis septembre 1880, ils sont inscrits en classe élémentaire de solfège du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles. [10] À leur arrivée, ils avaient été pris en charge par Jules Wéry, frère de Florentine résidant à Ixelles, [11] jusqu’à la venue du reste de la famille qui s’installe au n° 48 de la rue du Métal, dans la commune de Saint-Gilles. Enceinte, Florentine y accouche d’un petit Hector en août 1883, soit quelques semaines après leur arrivée. [12] À Saint-Gilles, Jules Fabrion espère bien relancer sa carrière. L’agglomération bruxelloise compte alors une soixantaine de photographes professionnels. Cependant, la photographie ne s’est pas encore totalement démocratisée. La clientèle se trouve essentiellement au sein de l’aristocratie et de la bourgeoisie. La concurrence doit donc être rude entre ces nouveaux « faiseurs d’images ». À côté de célébrités de la profession, telles que Géruzet ou Fabronius, il s’agit d’acquérir rapidement une certaine notoriété. Pour se faire connaître, Jules fait inscrire son nom dans les Almanachs du Commerce et de l’Industrie sous la rubrique des photographes. [13] Mais cette première expérience de la rue du Métal est éphémère. À la fin de l’année 1886, les Fabrion quittent Saint-Gilles et emménagent au n° 11 de la place de la Chapelle, à Bruxelles-Ville. [14] La petite maison qu’ils louent appartenait autrefois à Théophile Loutre, lui-même photographe et peintre, qui y a exploité un atelier de 1862 à 1885. L’habitation a d’ailleurs été modifiée en janvier 1864 : exhaussement d’un étage et aménagement d’un nouvel atelier sous toiture. La boutique se trouve au rez-de-chaussée du bâtiment. [15] Dans cette maison très exiguë où il loge sa famille, Jules exploite son commerce et exerce ses activités de photographe et d’horloger. [16] On retrouve son nom – avec la mention de photographe comme profession – dans le registre des patentes de la Ville de Bruxelles pour l’année 1887. [17] Jules y développe une nouvelle activité : la fabrication de baromètres. [18] Peu de temps après son installation, la tribu dinantaise connaît de sérieux ennuis avec la Justice suite à un incident qui a dégénéré.
6 Le 18 février 1887, deux mois après l’ouverture de son commerce, Jules est engagé dans une bagarre qui éclate dans sa maison ! Prévenu, un policier arrive sur les lieux, où un attroupement s’est formé. Jules, Florentine et leur fils aîné Emile s’opposent à un individu. Soutenu par son avocat, le fabricant de bijoux Goldschmidt [19] déclare au policier que Jules l’a molesté alors qu’il venait lui réclamer une dette. Furieux, il veut porter plainte. Jules déclare que c’est Goldschmidt qui l’a agressé en premier, après avoir détruit des objets dans sa boutique. Il décide, lui aussi, de porter plainte. L’affaire se règlera devant la Justice. Deux jours plus tard, Jules adresse un long courrier manuscrit au procureur du Roi qui débute ainsi : « J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que vendredi 18, j’ai été victime de diffamation, d’injures, coups et violences de la part de Mr Goldschmidt, négociant juif ». [20] Jules explique que, trois mois plus tôt, Goldschmidt lui a demandé de fabriquer des baromètres, fournissant la marchandise nécessaire pour la réalisation des objets. Finalement, il s’est rétracté mais a réclamé le paiement de la marchandise. Indigné, Jules a refusé. Goldschmidt lui a envoyé une lettre recommandée, à laquelle Jules n’a pas répondu. A suivi la visite du bijoutier avec son avocat. Jules raconte : « Il a d’abord crié qu’il lui fallait de l’argent de suite. Sur mon refus, il a renversé une partie des marchandises qui se trouvait à l’étalage puis il a jeté à terre un baromètre anéroïde qu’il a tout détraqué. J’ai crié qu’on aille chercher la police. Alors, il a traversé le comptoir et m’a terrassé dans le fond de la boutique. » Débute une bagarre, à laquelle participe Emile Fabrion, venu protéger ses deux parents. [21] D’après Jules, Goldschmidt s’est blessé lui-même en passant la tête à travers le carreau cassé de la porte du commerce ! « Il y avait un grand rassemblement, écrit Jules. Il répétait ses injures en disant que je lui devais six cents francs. Il me calomniait devant tout le monde. » Puis le policier est arrivé. Voici toute l’affaire telle que relatée par Jules. [22]
7 Le 15 avril 1887, la 7e chambre correctionnelle du tribunal de 1re instance de Bruxelles condamne Jules, « pour avoir volontairement porté des coups et fait des blessures », à une amende de 50 francs, son épouse à une amende de 26 francs, Goldschmidt à une amende de 15 francs et chacun à un cinquième des frais de procès. [23] Mais Jules refuse de se plier à cette décision. Il décide d’aller en appel. Voulant sensibiliser le magistrat à sa cause, il lui écrit : « Au nom de l’Humanité et de la Justice, je viens faire appel du jugement rendu contre moi et ma femme (…). Goldschmidt a employé toutes les ruses. Il a joué la comédie et n’a dit que des mensonges devant le tribunal. (…) Il n’y a pas longtemps que j’ai quitté Dinant, ma ville natale. Je supplie Monsieur le Procureur de prendre des renseignements sur moi. Je tiens à faire remarquer que ni moi, ni mes ancêtres n’avons jamais subi aucune condamnation. J’ai à cœur l’honneur de la famille pour servir d’exemple à mes enfants. » Et revenant sur l’affaire : « J’étais dans mon droit. Je n’avais aucun intérêt à faire de l’esclandre chez moi, d’autant plus que je suis nouvellement établi. (…) J’ose espérer, Monsieur le Procureur, (…) que vous prendrez en considération un père de famille qui a surtout l’honneur à cœur et qui ne mérite pas d’être éprouvé de la sorte. » [24] La procédure en appel est lancée. Elle est clôturée le 4 juillet 1887. Et c’est une demi-victoire pour le couple Fabrion. Florentine est acquittée, et cela « sans frais ». Quant à Jules, il voit son amende, jugée « exagérée », réduite à 26 francs. [25] Mais sans doute Jules n’est-il pas totalement satisfait car son honneur n’a pas pu être rétabli comme il le réclamait.
8 Place de la Chapelle, les affaires n’ont pas été aussi florissantes qu’espérées. Dès la fin juillet 1887, Jules et sa famille quittent les lieux [26] pour gagner le n° 11 de la rue des Mineurs, à Ixelles (1888) puis le n° 46 de la rue du Viaduc (1890). Jules y est toujours photographe, comme il continue de le mentionner – de manière assez régulière – dans les almanachs de commerce. En revanche, il n’est plus membre de l’Association belge de Photographie depuis 1889. À la fin de l’année 1890, les Fabrion quittent Ixelles pour réintégrer Bruxelles-Ville. Ils emménagent au n° 16 de la rue Bodeghem, au cœur de la commune, avant de gagner le n° 56 de la rue Terre-Neuve, non loin de là (1891). Mais la famille rencontre des difficultés pour se fixer. En mars 1892, un nouveau déménagement s’opère. Jules et les siens s’installent au n° 50 de la rue des Éperonniers, à proximité de la Grand-Place. Une adresse qui pourrait se révéler alléchante pour des touristes éventuels. La maison comporte tout ce qu’il faut pour mener à bien des activités commerciales. Le propriétaire Schaepkens y a même fait aménager un studio de photographie en 1864. Pourtant, Jules Fabrion et les siens n’y restent pas plus d’une année. [27] En mai 1893, dix années après leur arrivée en région bruxelloise, ils sont de retour à Saint-Gilles et élisent domicile au n° 136 de la chaussée de Forest. [28] Dans l’Annuaire de Commerce et de l’Industrie de 1895, Jules Fabrion réapparaît avec comme précision « fab. de baromètres et photographie, Vanderschrick, 4 », également à Saint-Gilles. [29] Trois années plus tard, Jules change d’intitulé : « bijoutier-opticien », sans référence à ses activités de photographe. [30] Par contre, en 1899, Jules y est redevenu photographe ! Il est inscrit dans l’annuaire sous cette mention, avec l’adresse : n° 64, avenue Fonsny, à Saint-Gilles. À partir de décembre 1899, il sera domicilié avec sa famille au n° 30 de la chaussée de Bruxelles, à Forest. [31] L’année suivante, il rajoute la mention de fabricant de baromètres. Ces multiples changements d’adresses et de qualificatifs ne doivent pas faciliter la constitution d’une clientèle fidèle. Ils témoignent aussi, sans doute, de difficultés rencontrées par Jules pour payer ses loyers. Rappelons qu’à Dinant, Jules connaissait déjà ce type de problème. En 1903, son nom disparaît des almanachs de commerce. Lorsque Jules est revenu s’installer à Bruxelles-Ville l’année précédente, il ne s’est d’ailleurs plus déclaré comme bijoutier, fabricant de baromètres ou même photographe… mais comme ouvrier-photographe. Une nuance qui n’est pas anodine. À 60 ans, Jules n’est plus son propre patron mais travaille pour un autre.
Poète et chansonnier
La Fanfare Wallonne de Bruxelles, « première fille de la Société ». Photographie. AVB, Collection iconographique, C-8402.
La Fanfare Wallonne de Bruxelles, « première fille de la Société ». Photographie. AVB, Collection iconographique, C-8402.
9 Dès son arrivée sur le territoire bruxellois, Fabrion cherche à entrer en contact avec d’autres Wallons qui y résident. Diverses sociétés existent, qui défendent leur culture (telle que la Ligue wallonne, de tendance libérale), et Jules parvient rapidement à pénétrer ce milieu en adhérant à la dynamique Société wallonne de Bruxelles. Cette société, fraîchement créée, est présidée par Eugène Brulé, un rentier d’origine hollandaise qui est également conseiller communal à Bruxelles-Ville. [32] On lit dans Le Rasoir en 1888 : « La Société wallonne de Bruxelles vient d’installer dans ses locaux, rue Auguste Orts, 16, un cabinet de renseignements où les Wallons de province pourront trouver, en tout temps, d’utiles indications. Des consommations de premier choix, de nombreux journaux, des jeux variés, des concerts intimes, constitueront des éléments suffisamment attrayants pour en faire le rendez-vous journalier des nombreux Wallons de passage à Bruxelles. Ceux-ci trouveront, en outre, de la part des membres de la Société wallonne, un accueil cordial et empressé. » [33] La société organise aussi des représentations théâtrales ou des récitals dans divers lieux, par exemple au théâtre communal de la rue de Laeken (l’actuel KVS), au Théâtre de l’Eden ou encore au Musée du Nord. Se tiennent également des concerts, comme celui des fêtes d’hiver programmé au théâtre communal en octobre 1887 : « L’excellente Fanfare wallonne de Bruxelles, la fille aînée de la Société, fera entendre, sous le bâton de son directeur, M. Maquet, sa fameuse “Fantaisie” dans laquelle chacun reconnaîtra son air natal favori. » [34] Ces activités suscitent pas mal d’intérêt auprès du public, parfois même de la part de hautes personnalités, telles que le prince Baudouin, héritier présomptif du roi Léopold II, qui assiste à un gala de la société au théâtre communal, également en octobre 1887. [35]
10 À présent membre de la Société wallonne de Bruxelles, Jules Fabrion va y mener une carrière féconde de chansonnier et de compositeur. On ignore quand ont débuté les activités musicales du Dinantais, mais il est probable que cela remonte à ses jeunes années. Elles sont d’ailleurs intimement liées à la cité mosane dont il éprouve une vive nostalgie. Jules compose et chante en wallon namurois, la langue de son enfance. La presse de l’époque en témoigne abondamment. Le 26 avril 1887, le quotidien La Meuse relate une fête musicale qui s’est organisée à Bruxelles deux jours auparavant et précise : « Toute la colonie wallonne de Bruxelles s’était réunie hier au Musée du Nord pour assister à la grande soirée wallonne organisée par les Cercles wallons de Bruxelles, sous les auspices de l’œuvre Essor Marçuvins [36] . (…) MM. Fabrion (encore un vieux chansonnier) et Deruelle représentaient la province de Namur. M. Fabrion a démontré que les Dinantais, comme les Portugais, sont toujours gais » ! [37] Jules devient rapidement une figure incontournable de la scène wallonne bruxelloise. Au mois d’août 1888, le Journal de Bruxelles écrit : « Voici le programme de la matinée wallonne gratuite qui sera donnée au théâtre de la Bourse, lundi 20 août, à 13 heures, par la Société wallonne de Bruxelles, avec le concours du cercle Molière de Liége (…). » Jules y interprète trois de ses créations : Les Dinantais ! ; Zim laïti la la ; Torto y no fauret causet flamin-francet. [38] En septembre de la même année, la Société wallonne de Bruxelles organise un événement au Théâtre Molière. Jules Fabrion s’y produit, « disant avec expression Li biâ Bouquet et d’autres chansons namuroises ». [39] Le 24 décembre, on lit dans La Meuse : « Jeudi dernier, salle archicomble au local de la Société wallonne de Bruxelles pour les début de la section dramatique fondée, il y a deux mois, au sein de cette Société. On donnait la 18 e représentation de Li Trapesse di kwargeux, tableau populaire de M Henri Baron, de Liège. (…) Succès mérité également pour le désopilant M. Fabrion, dans le rôle de Gilles, et pour la jeune Delphin dans celui de Gètrou. (…) Détail typique : ce millier de Wallons n’a pas eu un mot désobligeant pour nos hargneux flamingants ! » [40] Le Journal de Bruxelles relate l’année suivante : « Les représentations wallonnes et flamandes constituent une des parties en quelque sorte indispensables du programme des fêtes nationales. » Une matinée est une nouvelle fois organisée au théâtre de la Bourse : « Enfin M. Fabrion, de Dinant, et M. Oscar, de Liège, ont recueilli force bravos en chantant le premier Tu tûte pou Lambert et Julienne, et le second Dji la rouvî. » [41]
11 Dans la colonie wallonne de Bruxelles, une autre personnalité retient notre attention : Albert Robert, dit Berthalor. Parallèlement à une carrière dans l’administration communale de Bruxelles-Ville [42], il écrit et adapte des pièces de théâtre wallon. En 1889, il fonde avec des collègues fonctionnaires, namurois comme lui et travaillant à Bruxelles, un cercle de théâtre nommé Nameur po tot. Très rapidement, ce cercle va s’associer à Jules Fabrion, qui se produira régulièrement durant les entractes des pièces du cercle : « Le cercle wallon Nameur po tot, continuant la série de ses intéressantes soirées à Bruxelles, donnait samedi dernier une représentation exclusivement wallonne. Le public qui emplissait la vaste salle Saint-Michel a encore eu l’occasion d’applaudir les vaillants amateurs de ce cercle (…). Un intermède des plus divertissants a été chanté par nos deux plus féconds chansonniers namurois et dinantais, MM. X. Bodart et J. Fabrion. » [43] Sa passion pour la scène, Jules la transmet à sa descendance. Sa fille Louisa l’accompagne d’ailleurs lors de divers galas et représentations. En 1893, un quotidien rapporte : « Dimanche 9 avril, à la Salle Malibran, dernière fête wallonne de la saison. Au programme : (…) Intermède par Jules et Louisa Fabrion, les chanteurs à la mode (…). » [44] Nous reparlerons de Louisa plus loin dans ce récit. L’Indépendance Belge relate le 6 novembre 1893 : « Nameur po tot, le cercle bruxellois qui, constitué en société dramatique, a en ces derniers temps mis à la scène et joué dans toute la Wallonie les principales œuvres du théâtre namurois, a fêté samedi soir, en un banquet cordial qui réunissait tout ce que Bruxelles compte de wallonisant, le succès de Cwamgî et médecin, le vaudeville de Berthalor, dont la centième fut célébrée le 2 octobre dernier au Molière, et la vitalité du cercle lui-même qui, malgré des difficultés de toutes espèces, a su mener à bien son œuvre de propagande littéraire. Les acteurs et actrices de Cwamgî et médecin (…), Berthalor, les chansonniers Loiseau, Henin, Fabrion, M. et Mme Tito Zamerdelli, assistaient à cette fête fraternelle égayée de couplets malicieux et naïfs et où les Wallons exilés ont réentendu avec plaisir quelques-uns de ces poèmes d’une fraîcheur et d’une grâce champêtre, écrits un jour de printemps et de soleil (…). » [45] Nous ne citons pas tous les articles de presse évoquant les activités musicales ou théâtrales de Jules Fabrion, qui sont nombreux. En 1909 encore [46], lors d’une manifestation organisée à Bruxelles par la Ligue wallonne du Brabant et dont le thème est la région namuroise, Jules fait partie des chansonniers chargés d’animer la soirée après une conférence d’Edouard Gérard [47] sur l’histoire de Dinant. À la lecture des comptes rendus publiés dans la presse, nous pouvons déduire que Jules Fabrion a mené une carrière active de poète, de chansonnier – et d’acteur – durant plus de vingt ans en région bruxelloise mais aussi en Wallonie.
Militant pour la paix universelle et la justice sociale
« Le Triomphe de la Lumière ». Carte postale éditée par Jules Fabrion. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
« Le Triomphe de la Lumière ». Carte postale éditée par Jules Fabrion. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
12 La musique et le théâtre ne sont que des passions parmi tant d’autres pour un Jules décidément touche-à-tout. Le Dinantais s’intéresse aussi à la politique et, grâce à la presse qu’il lit régulièrement, il se tient informé de tout ce qui se passe en Belgique, mais également à l’étranger. Il va devenir un militant pour la paix sociale et l’union des peuples. Rappelons que dans une chanson qu’il a composée en 1888, il plaidait déjà pour que tous les Belges parlent français et flamand. Autodidacte, Jules va développer des théories parfois novatrices, souvent naïves et fantaisistes. Il va tenter d’intéresser les grands de ce monde à ses thèses. [48] C’est à l’époque de la Conférence de Berlin (mars 1890), concernant le règlement du travail dans les usines et les mines, que ses idées émergent. Le 15 juillet 1890, Fabrion écrit au roi Léopold II, mais aussi à l’empereur allemand Guillaume II et au pape Léon XIII. Il leur adresse un manuscrit intitulé « Le Triomphe de la Lumière », en hommage à l’œuvre du peintre et sculpteur Antoine Wiertz, un autre Dinantais exilé à Bruxelles. [49] Fabrion note : « Pour aider à résoudre la question sociale, je me suis inspiré de l’idée grandiose de mon compatriote Antoine Wiertz, le grand peintre dinantais (…). Je dis que pour arriver à une bonne solution, il faudrait que l’intelligence du monde fût portée vers un même but : le bonheur de la race humaine. » Les propositions de Jules ? Établir une Cour suprême afin de juger les conflits entre les différents États, réclamer la garantie de chaque pays sur la position actuelle de son chef d’État, dissoudre les chambres et les rétablir après leur engagement de sauvegarder des intérêts de tous, affranchir les intérêts religieux selon le culte de chaque personne [50], établir le suffrage universel, abolir la guerre, l’esclavage et la peine de mort, réglementer le travail, assurer que les frais de maladie (et de funérailles) soient pris en charge par une caisse d’État, établir une caisse fraternelle en aide aux démunis et financée par les plus nantis, assurer l’instruction obligatoire et gratuite pour tous. Il engage tous les chefs d’État à se réunir pour aboutir à ce but et – pourquoi pas ? – dans la « bonne ville de Dinant »,… une réunion placée sous sa propre autorité ! Il conclut par ces mots : « Je proclame la sainte alliance des peuples ! Gloire à Dieu ! Paix aux hommes de bonne volonté. » [51] La missive de Jules demeure sans réponse. Il réécrit plusieurs fois afin de rappeler sa communication. Un secrétaire du palais note que, même si Fabrion doit être perçu comme un « toqué », vu sa persévérance, il serait judicieux de lui faire parvenir un accusé de réception. [52]
13 En 1895, « le petit chansonnier Dinantais Jules Fabrion demeurant rue Vanderschrick, à Saint-Gilles » adresse un nouveau courrier au roi des Belges réclamant la suppression de l’indigence en Belgique « par l’établissement de la Caisse fraternelle qui où (sic) ceux qui possèdent ou gagnent le superflu verseront une dîme ou contribution au profit de l’enfance, de la vieillesse, des infirmités de toutes les classes de la société. (…) Je viens implorer pitié et justice pour les malheureux. Tous les enfants de la Patrie ont droit à la sollicitude du gouvernement qui doit être considéré comme un conseil de famille (…). » Et Jules espère que sa parole sera diffusée à l’étranger : « Je crois qu’avec le concours de tous les chefs d’État, Votre Majesté pourrait obtenir un pouvoir magique pour assurer la fraternité dans le monde entier. C’est pour la réussite que je crie à tous les Belges, que je crie à tous les peuples : soyez intelligents, unissez-vous donc pour le bien par une organisation sérieuse de la consultation populaire, c’est le moyen de sauvegarder votre vie et vos intérêts. Que la volonté de Dieu soit faite ! Que le tonnerre soit ma trompette et que le vent impétueux fasse comprendre au monde entier toutes mes protestations concernant les misères de la vie humaine. » [53] Il semble que cette fois le ton un brin révolutionnaire de Jules n’ait pas engendré de réponse de la part du Palais. Mais le chansonnier n’abandonne pas, loin de là. Profitant d’un appel pacificateur du tsar Nicolas II au désarmement en 1898, le Dinantais réécrit au souverain belge. Il a fait imprimer un petit fascicule qui reprend ses thèses de 1890 et qu’il lui fait parvenir. [54] Pas de réponse, mais il persévère et réécrit les années qui suivent, accompagnant ses lettres de cartes postales représentant des œuvres d’Antoine Wiertz, sur lesquelles il a imprimé quelques phrases de sa main pour la paix mondiale.
14 En septembre 1901, alors que le tsar Nicolas II se prépare à visiter la France, Fabrion joint à un nouveau courrier adressé au Palais une publication intitulée « Le moyen d’être heureux – Vive Nicolas II ! », une « proclamation dédiée à tous les Souverains et à tous les Chefs d’État », imprimée sur deux pages, où il développe sa pensée, le tout illustré par son portrait, ceux du tsar Nicolas II et du président français Emile Loubet. Toujours imprégné d’une bonne dose de mysticisme et de mégalomanie, on lit sous le point 2 « Les partis jugés par le Christ » : « Il faudrait rémunérer selon la position et le mérite tous les services rendus à l’humanité et ne plus admettre l’exploitation des mots sacrés tels que Sauvegarde, Santé, Religion, Justice. » [55] Le 8 février 1904 éclate la guerre russo-japonaise qui désole Jules. L’année suivante, il édite une nouvelle « Adresse », réclamant l’institution d’un Tribunal international. À cette époque, il a une nouvelle obsession : la Conférence internationale de la Paix de La Haye de 1899, qui a institué la Cour permanente d’arbitrage (appelée communément le Tribunal de La Haye). Jules veut sensibiliser les grands de ce monde au sort des populations d’Extrême-Orient, frappées par la guerre. Le 8 août 1905, le journal Le Peuple rapporte :
« Voici maintenant un autre poète. C’est la patrie et la paix internationale qui inspirent celui-ci. Il s’appelle Jules Fabrion. Il vient d’adresser à la conférence interparlementaire une communication qu’il qualifie lui-même d’intéressante et qui l’est, en effet. C’est un appel aux habitants du monde. Dans cet appel, qui ne prend qu’une page cependant, M. Fabrion résout d’abord la question sociale de la façon la plus simple. Il suffit, dit-il, d’adopter ce principe : dans le monde entier, point d’obstacle au bien-être des familles. Et il met le principe en vers :
Chez nous, en Chine, au Transvaal, aux Antilles,
Point d’obstacles au bien-être des familles.
Monsieur Fabrion s’adresse aux peuples et dit :
Par écrit, réclamez tous l’idéal :
Un bon tribunal international.
Que partout loyauté soit garantie
Pour la famille et pour la patrie.
Voilà comment on en finira avec les guerres. Il n’y a tout de même que la religion et la patrie pour inspirer de tels accents. Pour faire cesser la guerre russo-japonaise, M. Fabrion propose ceci : sa proclamation et ses vers seraient expédiés dans les cinq parties du monde et vendus aux nègres (sic) comme aux Chinois 10 centimes seulement. Avec le bénéfice de cette vente on payerait l’indemnité de guerre réclamée par le Japon. C’est génial, tout simplement. Nul doute que la conférence interparlementaire et les chefs d’État auxquels M. Fabrion s’est adressé ne fassent à sa proclamation l’accueille (sic) le plus empressé. » [56]
16 La guerre russo-japonaise se termine le 5 septembre 1905 avec la défaite russe. Si la presse a relayé ses écrits, les démarches épistolaires entreprises par Jules auprès du Palais royal sont, elles aussi, entendues. Au cours des années qui suivent, il reçoit des accusés de réception et, à sa demande, son adresse « Aux habitants du Monde » [57], une nouvelle publication de 1908, est communiquée aux membres de la Conférence de La Haye, comme en témoigne une réponse polie du comité de la XVe conférence interparlementaire de Berlin. [58] Une belle victoire pour Jules.
Chef de famille
Le Conservatoire royal de Musique de Bruxelles à la fin du XIXe siècle. AVB, Collection iconographique, C-1492.
Le Conservatoire royal de Musique de Bruxelles à la fin du XIXe siècle. AVB, Collection iconographique, C-1492.
17 Jules s’est particulièrement soucié de sa progéniture, veillant à donner à ses enfants une bonne éducation et à développer leurs qualités personnelles. Il les sensibilise aussi à ses propres centres d’intérêts. Emile et Edmond reçoivent tous deux une formation de photographe, probablement dispensée par leur père. Lorsque Jules exploite son commerce place de la Chapelle à Bruxelles-Ville, son fils Emile, alors âgé de 18 ans, y est d’ailleurs identifié comme photographe. Mais seul Edmond persévérera dans cette discipline, devenant plus tard ouvrier-photographe. Jules Fabrion désire également développer le sens artistique de sa tribu. Et il paraît avoir bien réussi avec ses aînés. Nous avons déjà croisé Louisa qui semble être très proche de son père. De ce dernier, elle a hérité du virus des planches. Louisa chante et joue la comédie avec lui, mais également seule. Elle devient une comédienne appréciée dans le répertoire wallon namurois. Le 12 janvier 1896, elle se produit au Théâtre de Dinant, tenant le rôle de Toinette dans Dentisse Maugré li, une comédie-vaudeville de Victor Collard. [59] En mars 1897, on l’applaudit au Grand Café d’Ixelles lors de la fête organisée par la Ligue wallonne d’Ixelles. [60] Un an plus tard, elle est jugée « inimitable » dans le rôle de Gustine du Chef-d’œuvre da Mitchi, œuvre présentée à la fête dramatique wallonne de Namur. [61] En 1903, elle se produit avec son père lors d’une représentation qui se tient dans la salle Malibran, à Ixelles. On qualifie alors Mademoiselle Fabrion d’étoile qui « ne mérite que des éloges » ! [62] Pourtant, sa vie personnelle lui fait peu à peu quitter la scène. Le 12 janvier 1901, à Anderlecht où elle réside, Louisa donne le jour à une petite Yvonne. Et le 30 novembre de la même année, toujours à Anderlecht, elle épouse Edmond Stappers, un jeune médecin vétérinaire à Genappe, qui a légitimé la petite fille. [63] À présent mariée et mère de famille, Louisa va s’installer durablement dans le Brabant wallon, sans pour autant couper les liens avec sa famille. [64]
18 Artistiquement, Emile et Arthur, les aînés des garçons, se distinguent également. Les deux frères ont suivi leur formation au Conservatoire de Bruxelles qu’ils ont intégré ensemble. On peut analyser leurs résultats d’apprentissage grâce aux fiches d’étudiants qui ont été conservées [65], mais aussi grâce aux articles de presse qui relatent les palmarès de l’école. Après les cours de solfège, Emile entame l’apprentissage du violon, du piano, puis d’ensemble instrumental. Il quitte le Conservatoire en 1891, avec un premier accessit de violon. Après le solfège, Arthur suit des cours de musique de chambre et de violon. Paraissant plus doué que son frère aîné, il quitte le Conservatoire en 1894 avec un premier prix de violon. [66] En octobre 1895, leur jeune frère Edmond entame à son tour une formation au Conservatoire, y suivant des cours de solfège et d’alto. Mais il quitte l’institution moins d’un an plus tard. Il ne semble pas qu’il ait persévéré dans le monde musical. À présent diplômés du Conservatoire, Emile et Arthur entament tous deux une carrière professionnelle dans le monde musical. Se définissant comme artiste-musicien, Emile quitte la Belgique en 1892 pour gagner Lille avant Rennes. Finalement, il s’installe à Paris. Vivant dans le 18e arrondissement avec Louise Busch, une jeune femme de nationalité hollandaise (rencontrée à Lille alors qu’elle était femme de chambre), il a plusieurs enfants. Mais le couple ne se mariera jamais. Quant à Arthur, qui se définit comme violoniste, il vit depuis 1892 avec Marie Louise Crolop, une jeune couturière. [67] Le couple se marie à Saint-Gilles en 1897, apparemment sans l’accord des parents Fabrion. [68] À la fin du 19e siècle, il gagne la principauté de Monaco puis Paris. Arthur et Marie Louise ont plusieurs enfants avant de se séparer. Alors que son épouse demeure en France avec sa progéniture, Arthur rejoint ses parents dans leur habitation du 22 de la chaussée de Bruxelles à Forest.
19 En 1902, les Fabrion quittent Forest pour regagner Bruxelles-Ville. En plus de leur fils Arthur, ils ont encore leurs deux plus jeunes enfants avec eux : Berthe et Edmond. La famille emménage tout d’abord au n° 171 de la rue Terre-Neuve, puis au n° 209 de la rue des Tanneurs. Elle s’installera ensuite au n° 2 de la rue De Lenglentier (1903), non loin de là, avant d’établir son domicile au n° 45 de la rue du Miroir (1904), toujours dans le quartier des Marolles. Des événements contrastés vont bousculer la vie de famille au cours des années qui suivent. Edmond quitte le foyer en janvier 1904 pour gagner la commune de Schaerbeek, où il se marie et fonde une famille. Un deuil frappe ensuite les Fabrion. Très souffrante, Florentine, l’épouse de Jules, est prise en charge à l’hôpital Saint-Pierre à l’été 1906. On lui diagnostique une éventration et une hernie étranglée. [69] Âgée de 60 ans, elle rend son dernier soupir l’après-midi du 11 juillet. [70] Enfin Berthe, qui exerce la profession de demoiselle de magasin, emménage à Saint-Gilles et s’y marie en 1909 avec Edouard Thys, un peintre bruxellois. [71] En cette même année, Jules Fabrion et son fils Arthur, le dernier de ses enfants à vivre avec lui, quittent la rue du Miroir pour emménager au n° 25 de la très proche rue des Ursulines. [72] Notons qu’à ce moment, Jules est toujours identifié comme ouvrier-photographe et Arthur comme musicien. Ils y demeurent trois années avant de gagner le n° 23 de la rue Notre Seigneur, dans le même quartier. Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, Jules et Arthur y sont toujours domiciliés.
Le fantasme du prix Nobel de la paix
Lettre de Jules Fabrion au roi Albert, 20-12-1910. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
Lettre de Jules Fabrion au roi Albert, 20-12-1910. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
20 Décerné annuellement, le prix Nobel de la paix [73] récompense une personnalité ou une communauté ayant contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix. Le premier Belge à en bénéficier est l’homme politique Auguste Beernaert, pour son travail au sein des conférences internationales de la paix qui se sont tenues à La Haye en 1899 et en 1907. Il reçoit la prestigieuse récompense en 1909. [74] Jules Fabrion a bien évidemment suivi tout cela dans la presse. Rapidement, l’esprit du photographe s’enflamme. Et pourquoi pas lui ? En décembre 1910, il adresse une lettre à Albert, nouveau roi des Belges, réclamant son appui pour sa propre candidature : « C’est avec le plus profond respect que je viens supplier Votre Majesté de bien vouloir intervenir afin que je sois présenté par le gouvernement belge comme candidat au prix Nobel. Monsieur le Secrétaire du Comité Nobel m’a écrit que, d’après les statuts, la candidature devait être présentée. Je prends la respectueuse liberté d’ajouter à cette supplique les documents ci-joints qui sont nécessaires pour l’appréciation. » [75] La lettre est accompagnée d’un document imprimé et intitulé « Pour la Paix du monde », dans lequel Fabrion revient sur ses théories et explique, dans le détail, toutes les démarches qu’il a entreprises afin de les faire connaître. Fabrion écrit : « La XVIe conférence a eu lieu [76] , les engins meurtriers sont encore braqués sur tous les peuples et je réfléchis à ce qu’il faudrait faire pour que ma voix soit entendue. Ah ! Que je ne puis-je obtenir l’appui nécessaire pour faire comprendre partout dans le monde tous les bienfaits que l’on pourrait obtenir en faisant prévaloir mon principe d’équité. » Il ajoute : « Aux braves cœurs qui se rendront en Belgique en 1910, je recommande de ne pas la quitter sans avoir vu les plus beaux sites pittoresques de la vallée de la Meuse et notamment le site charmant de la ville de Dinant ». Et il conclut par « Vive Dinant ! », le texte d’une chanson écrite par lui… Un secrétaire écrit à l’encre rouge sur le courrier : « C’est un fou »…
21 Le quotidien Le XXe Siècle relate : « La pacifisme vient de faire dans notre pays une intéressante recrue. Cet ami de la paix, inconnu hier encore, vient de se révéler en présentant sa candidature au prix Nobel dans une lettre adressée au président et aux membres de la Chambre des représentants. [77] Jules-Eugène-Hubert Fabrion prie en effet les députés du pays de bien vouloir lui accorder son appui et de le recommander aux suffrages du Parlement norwégien (sic). M. Fabrion joint à sa demande le texte des proclamations qu’il a adressées aux souverains et aux citoyens du monde entier pour assurer la paix par la suppression de la guerre. Le candidat, qui est poète à ses heures, joint à sa demande un fragment de ses poésies. Voici en quels termes il s’adresse aux membres de l’Union interparlementaire pour la paix :
« Je voudrais voir cesser toute bataille
Trôner le droit sans canon ni mitraille
Chasser les remords de la cruauté
Par les bienfaits de la fraternité.
Que fait-il pour avoir cet idéal ?
Un très bon accord international
Pour nous donner une noble mission
Pour la révision de l’exploitation.
Réclamez-le avec intelligence
Pour la loyauté pas de réticences
Réorganisez sans iniquité
On peut désarmer par l’Humanité ! » [78]
23 Dans La Meuse, un journaliste précise : « Nous avons dit que les candidats au prix Nobel pour la paix devront être présentés par le Parlement belge avant le 31 janvier 1911. On eût pu croire que les postulants eussent fait défaut sur notre terre où fleurit si abondamment l’indifférentisme. Mais voici qu’un homme se révèle et sollicite le suffrage de nos Honorables ! Jules-Eugène-Hubert Fabrion. (…) Fabrion est Ardennais (sic) ; il se dit pamphlétaire, mais pamphlétaire en faveur de la paix mondiale. Poète à ses heures, c’est dans la langue des dieux que sa requête est conçue. (…) C’est senti ! Reste à savoir si la Chambre, dont l’atmosphère est d’un écœurant prosaïsme, aidera Jules-Eugène-Hubert Fabrion à obtenir les 193 000 balles qu’il convoite ! » [79]
24 La candidature de Jules fera long feu. Mais il n’abandonne pas. En décembre 1912, il adresse une nouvelle – et longue – lettre au roi Albert, dans laquelle il plaide pour une réunion des chefs d’État afin d’obtenir la paix. Nous sommes alors en plein conflit dans les Balkans. « Écoutez les voix d’outre-tombe, des voix que vous avez entendues dès votre enfance. Elles vous disent aussi : agissez pour votre plus grand bien ! Agissez pour vous éviter autant que possible des contrariétés. Veuillez écouter la voix de Monsieur Albert Nobel (sic), elle vous crie : De Fabrion, écouter la prière. Réunissez-vous pour l’Humanité. Que mon comité soit juste et sincère pour le bonheur et la prospérité. (…) Avec la bienfaisance bien appliquée, partout et sous tous les rapports, le maintien de l’ordre pourrait se faire sans beaucoup de difficulté et puisque tout serait pour le bien dans le monde, que nous importerait les frontières ? Au lieu d’une grande armée, que ne puissiez-vous voir se constituer une corporation pour les travailleurs dirigée par des hommes capables et intelligents qui auraient à cœur de s’intéresser bien sérieusement au bien-être de la vie humaine (…) ? » Il conclut : « Après ma mort, n’oubliez pas la propagande de mes théories. Jusqu’au dernier moment de ma vie, je solliciterai une consciencieuse appréciation. Jules Fabrion, 23 rue Notre Seigneur. » [80] C’est évident, l’homme paraît s’enfermer dans un délire obsessionnel. À la veille de la Grande Guerre, il poursuit inlassablement l’envoi de courriers à diverses personnalités. Il bénéficie de divers soutiens, tel que celui de l’Union Nationale wallonne qui appuie ses démarches. Son président écrit même au Palais : « Monsieur Jules Fabrion est un poète belge. Par son talent comme chansonnier, et comme artiste, il s’est dévoué toute sa vie pour des œuvres de bienfaisance. Ses théories ayant un grand mérite, il nous serait agréable de les voir approuvées et récompensées. » [81] Sur le courrier qui a atterri sur son bureau, un collaborateur du roi note : « On peut se demander si les auteurs de cette requête prennent la chose au sérieux. Cela ressemble singulièrement à une zwanze. » [82] La candidature de Jules Fabrion au prix Nobel n’est-elle qu’un canular ? En lisant sa prose exaltée et ses vers, on a du mal à y croire. Mais si la sincérité de Jules ne fait aucun doute, qu’en est-il de celles et ceux qui l’entourent et le soutiennent ? Sa famille ? Ses amis et ceux qui impriment ses discours délirants ? Impossible de le savoir…
La guerre et les dernières années à Bruxelles
« Pour la Paix du Monde ». Adresse de Jules Fabrion, 1924. Archives du Palais royal de Bruxelles.
« Pour la Paix du Monde ». Adresse de Jules Fabrion, 1924. Archives du Palais royal de Bruxelles.
25 La guerre éclate au cours de l’été 1914. Les armées allemandes envahissent le territoire de la Belgique, pays pourtant neutre. Au milieu du mois d’août, Dinant est le cadre de combats entre les Allemands et les Français. Dans les jours qui suivent, la cité est incendiée et près de 700 habitants sont passés par les armes, accusés d’être des francs-tireurs par l’envahisseur. Une légende. Les atrocités commises alors marqueront durablement les esprits en Belgique et chez les Alliés. Les armées allemandes progressent rapidement à travers toute la Belgique. Elles entrent dans la capitale du pays dès le 20 août. À cette époque, Jules Fabrion réside toujours à Bruxelles-Ville, avec son fils Arthur. À n’en pas douter, les rares nouvelles provenant de sa ville natale ont dû l’ébranler. Comme tous les Bruxellois, Jules va subir une occupation militaire de 51 mois. C’est une longue période de privations et de pénuries de nourriture qui débute, les Allemands réquisitionnant tout. La famille Fabrion sera aussi marquée par le conflit armé. L’aîné des petits-fils de Jules, Georges Fabrion, fils d’Emile, meurt au combat. [83] Éprouvé par ce décès, son père Emile lui rend hommage en composant « À Saint-Georges », une chanson de route pour son régiment, qu’il édite à Paris. [84] C’est sans doute aussi la mort de son fils qui le décide à s’engager. Emile Fabrion rejoint le centre d’instruction de l’armée belge à Saint-Lô (Normandie) le 11 août 1916 comme volontaire de guerre. [85] Il y demeurera jusqu’au 18 juillet 1917, date de sa mise en congé sans solde. [86] Le 11 novembre 1918 est signé l’armistice. La Première Guerre mondiale est enfin terminée. Les derniers Allemands quittant la capitale belge, la libération officielle de la ville est proclamée le 17 novembre et, cinq jours plus tard, le roi Albert fait une entrée triomphale dans sa capitale. À cette époque, Jules Fabrion a atteint l’âge de 75 ans.
26 Peu avant l’armistice, alors qu’il se trouve hospitalisé à Saint-Pierre pour des problèmes dermatologiques (un eczéma infecté) [87], Jules veut relancer la diffusion de ses idées et quelques propositions. Le 10 novembre 1918, il écrit à l’échevin de l’Assistance publique et des Cultes de la Ville de Bruxelles, lui communiquant une version personnelle de la Brabançonne, à laquelle il ajoute ces mots : « Appel au Bon Génie. Dans l’espoir d’obtenir la constitution d’une autorité pour la raison, le droit de l’Humanité partout dans le Monde, il faudrait un bon mouvement pour le bien. Braves cœurs, où êtes-vous ? Montrez-vous. Vive l’Union sociale et que Dieu protège la Belgique. » Il y note au sujet de son hymne : « Chantée pour la première fois chez Octave à St-Gilles, à la réunion wallonne, présidée par le camarade Halleux [88], cette Brabançonne est dédiée à Messieurs les Président et membres du Conseil communal de Bruxelles, avec mes supplications pour qu’elle soit éditée et vendue au profit du Bureau de bienfaisance de la ville de Bruxelles. Il me serait agréable de recevoir quelques mots d’écrits, pour savoir s’il a été fait un bon accueil à mes supplications. Prière d’écrire à Mr Fabrion, Hôpital St Pierre à Bruxelles (signé) Papa Fabrion ». [89] Le 14 novembre, il reçoit une réponse du cabinet de l’échevin : « Monsieur, Je suis en possession de votre lettre contenant la nouvelle Brabançonne que vous dédiez à l’administration communale. Je me suis empressé de transmettre votre document à Monsieur Lemonnier, ff de Bourgmestre, et vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération. » [90] Satisfait, Jules écrit dans les jours qui suivent une lettre au roi Albert, revenant sur sa carrière de pacifiste : « Je prends la respectueuse liberté de rappeler à votre Majesté tout le travail que j’ai fait depuis 1890 pour contribuer à empêcher les cruautés engendrées par la guerre. » Après avoir énoncé ces diverses démarches, il ajoute : « Sur la fin de l’année 1917, [91] le secrétaire de la fondation Nobel m’a accusé encore réception de mes théories en me disant que pour être considéré comme candidat au prix Nobel, je devais me faire représenter par des membres du Gouvernement ou par des membres de la Chambre des représentants. » Une nouvelle fois, Jules demande à ce que le Palais intercède en sa faveur « afin d’obtenir des signatures (…) afin que je puisse obtenir la récompense que j’ai bien méritée et donc la plus grande partie sera remise pour la bienfaisance dans mon pays. » Mais c’est peine perdue ; un collaborateur du roi note sur le courrier : « Déséquilibré »… [92]
27 En janvier 1920, Jules, « gravement malade » (de nouveaux problèmes d’affection cutanée), est encore soigné à l’Hôpital Saint-Pierre. [93] Au même moment, son fils Arthur, qui se retrouve seul, est signalé auprès des autorités communales de Bruxelles-Ville comme atteint de troubles mentaux. Une enquête est diligentée. Un médecin-expert est chargé de rédiger un rapport et conclut à une maladie mentale organique. [94] Colloqué, Arthur fait ensuite l’objet d’une demande de transfert dans une institution spécialisée. Le 4 février 1920, âgé de 48 ans, il entre comme pensionnaire à la maison de santé de Lierneux, en région liégeoise. [95] Quant à Jules, sa santé s’est rétablie. De 1920 à 1922, il est domicilié au n° 27 de la rue de l’Épargne, à Bruxelles-Ville, au-dessus d’une boutique. Il vit ensuite au n° 34 de la rue du Maçon, dans la même commune (1923). En 1924, il part pour la chaussée de Bruxelles, dans le village brabançon de Plancenoit, sans doute hébergé par la famille de sa fille Louisa Stappers-Fabrion. C’est là qu’il fait imprimer un texte en vers intitulé « Pour la Paix du Monde » qu’il adresse à « Messieurs les Président et Membres de la Conférence de Londres du 16 juillet 1924 » [96], texte qu’il conclut par ses mots : « Plus de guerre, plus d’abomination, en écoutant bien Papa Fabrion » ! [97] En septembre, il écrit à Giuseppe Motta, alors président de l’Assemblée générale de la Société des Nations, à Genève. Rêvant de la création d’un grand institut pour la paix mondiale, il note à ce sujet : « J’ai dans l’idée l’Union pacificatrice. Mon grand désir c’est que le comité principal soit placé en Belgique, sous l’égide du Roi et de la Reine des Belges avec le bienveillant concours des Ambassadeurs comme membres d’honneur. C’est dans l’espoir d’obtenir cet institut dans tous les pays en 1925, à l’époque où seront célébrées les noces d’argent de nos biens aimés Souverains. » Royaliste et patriote, il poursuit avec une nouvelle création de sa plume intitulée « Les bons souhaits de Papa Fabrion » qu’il conclut par ces mots : « Au palais du grand bienfaiteur Carnegie [98] le 15 juin 1925, je souhaite la réunion des Souverains, des chefs d’État et des membres du Conseil de la ligue des Nations pour qu’il y soit proclamé le désarmement par la sainte alliance des peuples. » [99]
28 Le 18 octobre 1924, Jules s’adresse une nouvelle fois au roi Albert : « Quoique malade octogénaire impotent, j’ai le plaisir d’adresser à Votre Majesté mes bons souhaits et mes pensées pour la paix du monde qui ont été communiquées à la Conférence de Londres et au Conseil de la ligue des nations à Genève. Sous peu, j’aurai la satisfaction de fonder l’Union pacificatrice avec les personnes qui ont appuyé les sociétés qui ont fait parvenir mes théories en 1911 au gouvernement norvégien et au Comité de la fondation Nobel à Christiania (sic). » Fabrion demande au roi son soutien et revient sur la genèse de ses fameuses « théories » : « En 1911, à plusieurs reprises dans les concerts de bienfaisance, lorsque je chantais mes chansons wallonnes intitulées L’heure de Greenwich et On va torto vôté, j’ai donné le présage de la maudite guerre. C’est alors que plusieurs sociétés ont fait parvenir mes théories et mes idées pour la paix du monde au gouvernement norvégien et au Comité de la fondation Nobel. » Jules déclare que s’il bénéficiait alors du soutien de la fondation, c’est le ministre belge des Sciences et des Arts, Prosper Poullet, qui aurait « travaillé » contre lui, soit parce qu’il était Wallon, soit parce qu’il était soutenu par des sociétés libérales. Ses demandes de soutien auprès des autorités communales de Bruxelles se seraient soldées par des échecs : « Au lieu d’obtenir satisfaction, depuis cette époque, et il y a dix ans, j’ai été victime d’infamies et de cruautés. » Il envisage même de demander réparation. « Je suis un honnête homme. J’ai dépensé beaucoup d’argent en travaillant pour le bien. Est-il raisonnable de me faire du chagrin ? » Il conclut en signant le « vieux chansonnier dinantais Jules Eugène Hubert Fabrion ». [100] Le cabinet du roi classe son courrier sans suite. À la fin de l’année, Jules est de retour à Bruxelles-Ville et s’installe au n° 25 de la rue des Bogards. Au début de l’année 1927, il emménage au n° 262 de la rue Gray, à Ixelles. Après quelques mois, il rejoint brièvement Saint-Josse-ten-Noode (rue des Plantes, n° 43) avant de s’établir Schaerbeek (rue d’Aerschot, n° 9). [101] Son séjour n’y est pas long. En juillet 1928, il quitte la région bruxelloise suite à une décision médicale. Le docteur Raoul Titeca [102], spécialiste en maladies mentales, établit un rapport sur la personnalité de Jules, dont voici un extrait : « Délire au sujet de la paix universelle, déclare avoir mérité le prix Nobel et est en relation, depuis 10 ans, avec la Suède pour faire connaître ses idées spéciales sur la paix mondiale. En résumé, atteint de troubles mentaux organiques. » [103] Sur avis des autorités communales de Schaerbeek, Jules est transféré à l’hospice de Saint-Charles Borromée de Froidmont, dans le Tournaisis.
Épilogue
Détail de la proclamation de Jules Fabrion de 1901. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
Détail de la proclamation de Jules Fabrion de 1901. Archives du Palais royal de Bruxelles, Secrétariat des commandements du Roi, Dossier Fabrion.
29 Froidmont, surnommé le village des « sots », abrite depuis longtemps une institution des Frères de la Charité, vouée aux malades mentaux et aux indigents. L’hôpital compte plusieurs centaines de patients. Après une fermeture causée par la guerre, l’hospice rouvre ses portes en 1920. Le docteur Arthur Deroubaix [104] officie en tant que médecin-chef depuis le début du 20e siècle. [105] Il suit l’admission de Jules Fabrion au sein de l’institution. Grâce à ses registres, on en sait plus sur la vie de Jules au sein de l’hôpital. Admis le 7 juillet 1928, il est inscrit comme indigent. On précise qu’il a un fils aliéné à Lierneux, qu’il n’est pas dépendant à l’alcool mais qu’il « a beaucoup travaillé de la tête ». [106] Sa prise en charge découlerait d’une « première atteinte » sans antécédents. Jules était jusqu’à présent à charge de ses enfants et vivait pauvrement. Sa santé générale est très bonne, si ce n’est l’existence de « troubles mentaux organiques ». Quant à son état moral et intellectuel, Jules possèderait des dispositions « bienveillantes », serait expansif, ses sentiments moraux et affectifs seraient un peu « altérés ». [107] Sous la rubrique « Observations à faire sur la marche de la maladie pendant les cinq premiers jours », Deroubaix écrit le 8 juillet : « Fabrion est un peu turbulent (…). Il nous chante des couplets de sa composition contre la guerre. Il veut la paix universelle, fait tout ce qu’il peut pour arriver à ses fins et fait preuve ici d’euphorie et de bonne humeur. C’est un respectable vieillard avec des dispositions bienveillantes, en excellente santé physique d’ailleurs. » Le lendemain, le médecin note : « Légère agitation vespérale. Manie délirante. » Mêmes remarques les deux jours suivants, puis le 12 juillet : « Il désire avoir du papier pour écrire le protocole qu’il a promis à Genève et dont il est l’inventeur. La collocation peut être maintenue. » Des observations sur l’état de santé de Fabrion sont encore notées par la suite. En août, on écrit : « Sans changement. Le malade écrit de longs mémoires pour la Société des Nations et compose des chants de paix universelle. » Le mois suivant : « Plus calme. Se tient beaucoup au lit. » C’est une longue période d’alitement qui débute, sans autre indication, sauf en mai 1929 : « Réclame sa sortie. Se dit capable de gagner sa vie, d’inventer encore bien des choses. » Mais au cours des mois qui suivent, l’état général de Jules se dégrade et il « s’affaisse progressivement ». Dernière note médicale rédigée par Deroubaix le concernant : « Il succombe épuisé le 25 octobre 1931. »
30 Ainsi se termine l’existence étonnante de Jules Fabrion. Horloger-bijoutier, photographe, fabricant de baromètres puis ouvrier-photographe, il ne paraît pas avoir connu une véritable réussite professionnelle. Passant de patron à ouvrier, il finit sa vie comme indigent. Originaire de Dinant, il a quitté plusieurs fois sa région natale pour gagner la province de Luxembourg, puis celle de Liège avant d’atterrir en région bruxelloise, à l’âge de 43 ans. Il n’est pas parvenu à s’y fixer réellement, se sentant toujours comme un Wallon exilé dans la capitale. Sur les 45 ans qu’il a passés dans cette région, il a déménagé une vingtaine de fois, avant de finir sa vie dans un hospice en province de Hainaut. Sa vie de famille fut-elle épanouissante ? Veuf à l’âge de 63 ans, il a vu mourir cinq de ses neuf enfants et son fils Arthur, musicien prometteur, a fini par être interné. S’il a connu un certain succès sur les scènes bruxelloises de théâtre wallon, c’est pourtant dans ses idées sur la paix et la justice sociale que Jules Fabrion a manifesté la plus grande constance et connu une véritable stabilité. Cette obstination un brin mégalomane mais encouragée par certains, cette folie délirante diront certains, n’était-elle pas la seule chose qui le tenait debout ? Une ahurissante fuite vers un idéal qui l’aidait à oublier la médiocrité de son existence ? Des questions auxquelles les médecins qui l’ont traité n’ont pas répondu.