D’un livre sur Péguy
- Par Jules Isaac
Pages 143 à 149
Citer cet article
- ISAAC, Jules,
- Isaac, Jules.
- Isaac, J.
https://doi.org/10.3917/peguy.186.0143
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- Isaac, J.
- Isaac, Jules.
- ISAAC, Jules,
https://doi.org/10.3917/peguy.186.0143
Je dois aux frères Tharaud une confession préliminaire.
La première fois qu’ils m’ont écrit – comme à quelques autres – pour faire appel à mes souvenirs sur Péguy, je n’ai pas répondu. Pourquoi ? On était encore trop près de la guerre, je venais de lire Quand Israël est roi, et, sortant des tranchées, je n’étais pas d’humeur à recevoir cette mitraille dans le dos, et à dire merci.
La deuxième fois, du temps avait coulé. Je n’ai pas jugé utile de chercher querelle à mes vieux camarades. J’ai dû leur répondre à peu près ceci : parmi mes souvenirs, ceux qui étaient communicables ne leur apprendraient rien, les autres ne m’appartenaient pas ; au surplus, j’étais convaincu qu’avec leurs souvenirs personnels ils feraient un très beau livre.
Réponse diplomatique ? Oui et non. La période pendant laquelle j’ai vécu assez près de Péguy, de 1897 à 1902, est en effet la période de la vie de Péguy que les Tharaud (l’un ou l’autre frère) ont le mieux connue. C’est la période héroïque, tragique, de la librairie Bellais, de l’Affaire, de la « Société nouvelle », de la rupture avec la Société nouvelle, de la fondation des Cahiers. Les Tharaud ont bonne mémoire. Tout au plus aurais-je pu leur rappeler – mais ils le savent aussi bien que moi, et à quoi bon ? – qu’au logis exigu des Fossés-Saint-Jacques, les jeunes Cahiers, ces extraordinaires Cahiers de la Première série, joignaient un autre domicile, un logis plus exigu encore de la rue de Tournon, chambrette d’étudiant pauvre – la mienne – aplatie sous les combles au-dessus d’appartements seigneuriaux…