Plongés dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale : l’officier Albert Gozlan et sa famille
- Par Olivier Jacques
Pages 55 à 68
Citer cet article
- JACQUES, Olivier,
- Jacques, Olivier.
- Jacques, O.
https://doi.org/10.3917/aj1.542.0055
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- Jacques, O.
- Jacques, Olivier.
- JACQUES, Olivier,
https://doi.org/10.3917/aj1.542.0055
Notes
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[1]
Le fonds documentaire est constitué d’une cinquantaine de lettres, enveloppes et cartes postales, toutes datées de 1935 à 1945. Il s’agit de correspondances manuscrites entre le lieutenant Albert Gozlan et sa famille (sa mère et ses deux sœurs). Quelques pièces éparses complètent le lot, dont une vingtaine de listes récapitulatives de colis adressés à Albert Gozlan par sa famille alors qu’il était prisonnier de guerre, ainsi qu’un petit cahier d’écolier utilisé par le lieutenant Gozlan alors qu’il était prisonnier dans l’oflag XVIIIA.
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[2]
Delphine Richard a notamment présenté son travail de recherche au cours de la Journée jeunes chercheurs et nouvelles recherches sur la Seconde Guerre mondiale, organisée le 17 octobre 2019 au Mémorial de Caen, sous la présidence de François Rouquet, directeur du laboratoire Histoire, Territoires, Mémoires (HisTeMé) de l’Université de Caen.
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[3]
Le fonds documentaire ne comporte malheureusement pas de lettres se rapportant à la période de captivité d’Albert. Sur les conditions de détention des prisonniers de guerre français sur le territoire du Reich, voir par ex. : Antony Sternberg, Vie de château et oflags de discipline : souvenirs de captivité Colditz Lübeck, Paris, chez l’auteur, 1948 ; Georges Bauman, récit de sa captivité à Lübeck, accessible depuis le site genami.org. Voir aussi : Delphine Richard, « La captivité en Allemagne des soldats juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale : l’ébauche d’un phénomène diasporique éphémère ? », Diasporas. Circulations, migrations, histoire, n° 31, 2018, p. 65-80 [aussi en ligne sur journalsopenedition.org, consulté le 17/02/2021].
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[4]
Le fonds documentaire contient une note du ministère de l’Instruction publique révélant qu’Albert, issu d’une famille modeste, a bénéficié d’une bourse du Protectorat français lui permettant de venir étudier à Paris et de réussir brillamment sa scolarité à l’École nationale supérieure des Mines.
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[5]
La dénomination exacte de son affectation est le service technique et recherches scientifiques du ministère de l’Air.
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[6]
Le site de généalogie en ligne, GENEANET, révèle que les parents d’Albert eurent un quatrième enfant, Joffre, né en 1914 et mort prématurément en 1915. Il convient de préciser que le patronyme Gozlan, issu de l’arabe dialectal « ghuzlan », évoque une gazelle. C’est un nom typiquement algérien, provenant essentiellement de la région du Constantinois, le site GENEANET y dénombrant 1 249 occurrences sur les 1 580 recensées. Le grand-père paternel d’Albert, Haï Gozlan, originaire de Constantine, y exerçait la profession de tailleur. Rachel, l’épouse de Haï, née à Tunis, était couturière.
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[7]
La Bombarde, bulletin de la 2e batterie, 103e RALA, n° 1, sans date. Rédacteur en chef : J. de Valois. Accessible en ligne depuis : Argonnaute.parisnanterre.fr qui est une bibliothèque numérique de La Contemporaine, ex-BDIC.
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[8]
La Bombarde, n° 1, non daté, p. 3.
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[9]
L’exode est le nom donné au mouvement de population qui, en mai mai-juin 1940, précède l’avancée de l’offensive allemande à travers les Ardennes belges, puis Sedan. Celui-ci a touché au total de huit à dix millions de personnes en provenance de Belgique, de Hollande, du Luxembourg et bien sûr de France. Ceux que Jean-Pierre Azéma dénomme « les exodiens » dans son livre 1940 : l’année noire, Paris, Fayard, 2010, refluent vers le sud de la France. C’est le cas de près de deux millions d’habitants de la région parisienne. Les correspondances privées montrent à quel point l’exode fut une épreuve angoissante pour les familles plongées dans l’incertitude, le danger et la précarité.
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[10]
D’après la lettre de Julie Gozlan à l’association des anciens élèves de l’école des Mines, Vichy, 9 septembre 1939.
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[11]
Lettre de la mère d’Albert à son fils, 17 décembre 1939.
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[12]
C’est sur cette note d’espérance que Marcelle termine sa lettre du 29 décembre 1939. À la fin de celle-ci, en post-scriptum, Marcelle prend le soin de donner des nouvelles de personnes proches de la famille, signe qu’elle parvient à entretenir des relations avec son entourage juif immédiat.
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[13]
Lors de son entretien d’embauche avec le directeur de l’agence bancaire, un ancien inspecteur des banques pourvu d’une jambe de bois, il lui a été annoncé un salaire de 30 francs par jour ouvrable, soir environ 600 francs par mois, ce qui semble correspondre au salaire communément admis pour cette catégorie d’emploi.
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[14]
Lettre de Lydie à Albert, Toulouse, 15 janvier 1940.
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[15]
Lydie Gozlan avait également candidaté pour un emploi de bureau à la poudrerie de Toulouse. Elle n’y donna pas suite.
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[16]
Albert Gozlan fait ici référence au rituel juif de la fête de Pessa’h symbolisant la liberté retrouvée, qu’il semble associer aux permissions tant espérées. Selon le témoignage oral recueilli le 1er août 2020 auprès de son cousin, Gérard Gouzlan, il semble que la religion ait tenu une place importante dans la vie d’Albert Gozlan, surtout à la fin de sa vie.
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[17]
Les soldats faits prisonniers sont internés, soit dans des stalags, soit dans des oflags, selon qu’il s’agit de simples soldats ou d’officiers. Il faut rappeler que dans les oflags, les officiers ne sont pas supposés travailler, en application de la Convention de Genève.
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[18]
Le débarquement américain en Afrique du Nord (opération Torch) entraîne, le 11 novembre 1942, l’occupation de la zone libre par les forces de l’Axe : les Italiens s’installent dans le Sud-Est et en Corse, les Allemands dans le reste de ce que l’on appelle dès lors la zone Sud. À Toulouse, les Juifs étrangers sont pourchassés depuis août 1942, malgré des protestations de certains membres du haut clergé catholique, en particulier de Mgr Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, mais désormais les juifs français sont eux aussi menacés (Jean Estèbe, « Les Juifs en midi toulousain pendant la Seconde Guerre mondiale : état de la question », Annales du Midi, tome 104, n° 199-200, juillet-décembre 1992, p. 461-475).
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[19]
Voir notamment : Yves Durand, La Captivité. Histoire des prisonniers de guerre français 1939-1945, Paris, Éditions FNCPG, 1980.
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[20]
Selon le témoignage de Gérard Gouzlan, 1er août 2020.
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[21]
L’ami d’Albert écrit : « Comme tu le vois, mon cher vieux, j’ai reçu moi, toutes tes lettres. »
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[22]
Jean Estèbe, op. cit.
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[23]
Voir la notice Gozlan Lydie (dite Line Paget), in Catherine Richet (coord.), Organisation juive de combat : résistance-sauvetage. France 1940-1945, Paris, Éditions Autrement, Coll. « Mémoires » n° 124, 2006, p. 148-149 ; voir aussi le site ajpn.org.
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[24]
Voir, sur le site ajpn.org, la notice biographique dédiée à Mila Racine, résistante juive du MJS ; Emmanuelle Polack, « Mila Myriam Racine, assistante sociale et résistante », Archives juives. Revue d’histoire des Juifs de France, 2015/1 (vol. 48), p. 143-145.
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[25]
Olfa Ben Achour, « L’émigration des Juifs de Tunisie en Palestine dans les années 1940. L’impact de l’idéal sioniste », Archives juives. Revue d’histoire des Juifs de France, 2017/2 (vol. 50), p. 127-147.
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[26]
Comité pour l’histoire de l’aéronautique (COMAERO), Un demi-siècle d’aéronautique en France, études et recherches, t. 2, Paris, Centre des hautes études de l’armement, division Histoire de l’armement, 2008.
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[27]
Carlo Ginzburg, Le Fil et les traces : un vrai faux fictif, traduit de l’italien par Martin Rueff, Lagrasse, Verdier, 2010.
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[28]
À l’occasion d’un entretien téléphonique (1er août 2020), M. Gérard Gouzlan nous a confié avoir transmis divers documents à la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle sur l’action de Lydie Gozlan auprès des enfants juifs pendant et après la guerre. L’auteur souhaite remercier M. Gouzlan pour sa collaboration, déterminante dans la compréhension du sujet. Il a bien voulu contribuer à l’illustration du présent article communiquant notamment une photographie de Lydie Gozlan tirée de son passeport établi par la préfecture de police de Paris (reproduite ici).
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[29]
Il a évoqué ainsi la perquisition menée par la police française et les autorités allemandes chez la famille Gozlan pendant son séjour à Toulouse. À cette occasion, il semblerait que Marcelle, en possession d’une liste d’enfants juifs à faire passer en Espagne, ait été obligée de se cacher dans un arbre. Après quoi, elle serait tombée de l’arbre et se serait fracturé le bassin, ce dont elle aurait conservé des séquelles sa vie durant.
Plunged into the turmoil of the Second World War: Officer Albert Gozlan and his family, by Olivier Jacques
This article results from the exploitation of a documentary fund relating to a French officer of Jewish confession, taken prisoner after the defeat of 1940, then retained in a prison camp, in Austria first, in the oflag XVIIIA of Lienz, then in Germany in the Lübeck oflag XC. With the letters exchanged between the officer and the members of his family who remained in France, the reader is projected into the past, on the brink of World War II, plunged into the whirlwind that swept away the families and dispersed them across the european continent. The situation of French families of Jewish faith is emblematic of this turmoil.