Article de revue

Pierres, mortiers et parements de la tour des Minimes au regard du compte de construction de 1495-1496, des investigations archéologiques et des analyses pétrographiques

Pages 25 à 43

Citer cet article


  • Gaugain, L.,
  • Bréheret, J.-G.,
  • Mechling, J.-M.
  • et Prigent, D.
(2017). Pierres, mortiers et parements de la tour des Minimes au regard du compte de construction de 1495-1496, des investigations archéologiques et des analyses pétrographiques. ArcheoSciences, 41-1(1), 25-43. https://doi.org/10.4000/archeosciences.4868.

  • Gaugain, Lucie.,
  • et al.
« Pierres, mortiers et parements de la tour des Minimes au regard du compte de construction de 1495-1496, des investigations archéologiques et des analyses pétrographiques ». ArcheoSciences, 2017/1 n° 41-1, 2017. p.25-43. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-archeosciences-2017-1-page-25?lang=fr.

  • GAUGAIN, Lucie,
  • BRÉHERET, Jean-Gabriel,
  • MECHLING, Jean-Michel
  • et PRIGENT, Daniel,
2017. Pierres, mortiers et parements de la tour des Minimes au regard du compte de construction de 1495-1496, des investigations archéologiques et des analyses pétrographiques. ArcheoSciences, 2017/1 n° 41-1, p.25-43. DOI : 10.4000/archeosciences.4868. URL : https://shs.cairn.info/revue-archeosciences-2017-1-page-25?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/archeosciences.4868


Notes

  • [1]
    S’il est possible de travailler à l’échelle de la commune, il est en revanche impossible de proposer d’identifier les carrières. La carte de localisation des carrières est publiée (Gaugain, 2014 : XVIII, fig. 35 CC).
  • [2]
    Le toponyme le plus proche reste Céré-la-Ronde (Indre-et-Loire), qui dispose d’anciennes carrières à La Ronde, mais on emprunte le pont de Chédigné (Indre-et-Loire) et non la route de Montrichard (Loir-et-Cher) pour aller la chercher, ce qui ne semble pas logique sauf à ce que le charretier (Jean Gandillon, Martin Palu ou Pierre Davy) ait habité du côté de Chédigné, située à une dizaine de kilomètres de Céré.
  • [3]
    Archives Nationales, série KK, Compte de construction du château d’Amboise (1495-1496), fo 89 ro.
  • [4]
    Ibid., fo 153 ro.
  • [5]
    Ibid., fo 219, 272 vo-273 ro.
  • [6]
    Le talus compte 12 assises. Au niveau du talus, pris dans la douve, se développe une galerie de contremine, assez remaniée et qui emploie ponctuellement la brique.
  • [7]
    Archives Nationales, série KK, Compte de construction du château d’Amboise (1495-1496), fo 215 ro.
  • [8]
    Il n’en existe que 5 en Europe : 2 à Amboise, 1 à Urbino (Italie, v. 1480), 1 à Rome au château saint-Ange (antique), 1 à Orvieto (1527) et 1 en Allemagne, à Albrechtsburg de Meissen (1481-1485), mais d’un type différent puisqu’il s’agit d’une vis pourvue de marches tournant autour d’un noyau creux. Enfin, le grand escalier de Chambord (v. 1520) s’inscrit également dans la mouvance de ce modèle.
  • [9]
    Le diamètre atteint 26,9 m au niveau du talus.
  • [10]
    Les parements extérieurs et de l’intérieur du noyau n’ont donc pas été mesurés faute d’accès. Les douze assises du talus n’ont pas été prises en considération non plus.
  • [11]
    Pour chaque pierre ont été mesurés, au millimètre près, sa longueur et sa largeur, l’épaisseur de son joint de lit et celle du son joint montant.
  • [12]
    Le nombre de pierres mises en œuvre dans la tour des Minimes en 1495-1496 est calculé sur la base de 40 travées d’ogives mise en œuvre au cours de cette période, entre la 1re et la 47e assises intérieures.
  • [13]
    On notera que quelques rares pierres d’ogives ou de formeret ont rosi. Il semble que ce soit la pierre de Belleroche qui présente cette altération microbienne.
  • [14]
    À l’intérieur de la rampe, certaines pierres en tuffeau jaune verdissent. Il semble que ce soient celle du Bas-Lussault ou de Malvau exposés à l’humidité.
  • [15]
    Bourré livre près d’un tiers des « quartiers ». Emploi de « quartiers » blancs très similaires aux pierres de piédroits d’ébrasement. Saint-Aignan, Les Terriz et Bourré ont donc le même faciès macroscopique (figure 2).
  • [16]
    Les analyses pétrographiques réalisées sur le mur intérieur du noyau ont conclu à l’emploi d’un tuffeau dont la composition est assimilable à celle d’un tuffeau jaune, en dépit de sa couleur blanchâtre.
  • [17]
    BnF, ms.fr. 26108, fo 417.
  • [18]
    Idem.
  • [19]
    On qualifie de gras des joints larges.
  • [20]
    Pour les mois de septembre, octobre et novembre, le chantier compte 157 maçons ; contre 171 en janvier, février et mars ; 134 en avril, mai et juin ; et 115 en juillet, août et septembre.
  • [21]
    Archives Nationales, série KK, Compte de construction du château d’Amboise (1495-1496), fo 89 ro-vo : « A lui, 88 livres de chandelles par lui baillé au temps dessusdit pour servir aux maçons, menuisiers et autre ouvriers qui ont besoigné de nuit a ladite chandelle pour le fait desidts ediffices aupris de 14 d. la livre a esté payé par cedit commis par vertu dudit roolle comme par sadite quictance appert la somme de 152 s. 8 d. » Le paragraphe suivant concerne l’achat de « 256 livres autre et meme chandelle […] pour servir comme dessus ».
  • [22]
    Ibid., fo 168 ro : « A Jehan Bernard, pour huit rortees de boys a compte par lui baillé et livré au mois de decembre pour chauffer et dejeler lesdits pris pendans dont les voultes ont este faictes aupris de sept sols la rotee a esté payé par cedit commis par vertu dudit roole comme par sa quictance cy rendue appert la somme de 56 s. t. ».
  • [23]
    Bien d’autres approches sont utilisées (Palazzo-Bertholon, 1999 ; Baronio, Binda, 1997 ; Coutelas et al., 2009 : 123-153 ; Elsen et al., 2011 : 123-153 ; Feneuille et al., 2016) ; l’analyse de la distribution granulométrique, robuste, reproductible et peu onéreuse, suit les normes classiques (Fournier et al., 2012).
  • [24]
    Les trois maîtres-maçon, Colin Biart, Guillaume Senault et Louis Amangeart reçoivent 6 sols 3 deniers par jour. Un quatrième homme, Pierre Bridonneau, rétribué à la même hauteur, mais qualifié de simple maçon, a pu tenir un 4e pôle d’activité du chantier.
  • [25]
    Archives Nationales, série KK, Compte de construction du château d’Amboise (1495-1496), fo 78 ro : « A Pierre Beauhardi pour cinq toise de gouttieres par lui bailles au temps dessusdit pour servir aux maçons a faire couler le mortier du hault en bas au pris de 3 s. la toise a esté payé par cedit commis par vertu dudit roolle comme par sa quictance cy rendue appert la somme de 20 s. » On notera que le promontoire mesure environ 22 m de haut.Fo 147 ro : « A lui pour soixante quinze toyses de cheuvrons par lui bayllez comme dessus pour employer a faire une loge ou appentiz au Petit Fort pres la tour que on y fait de present pour servir a faire besongner les maçons cant il fait mauvais temps ou autrement aupris de 7 d. 0 v t. la toise a esté payé par cedit commis par vertu dudit roolle comme par sa quictance rendue sur la partie precedent servant cy appert la somme de 46 s. 10 0 b. t. »
  • [26]
    Les parties sculptées devaient avancer plus lentement, alors que celles en brique utilisant jusqu’à sept fois plus de mortier devaient progresser rapidement.
  • [27]
    Données aimablement fournies par Gille Delaage et Frédéric Bourreau dans le cadre d’un projet de restitution du chantier virtuel monté par la Fondation Saint-Louis (suivi scientifique Lucie Gaugain). Le suivi des restaurations devrait permettre d’affiner ces chiffres, surtout celui de l’estimation du volume de pierres de taille.
  • [28]
    Le lait de chaux s’obtient en mélangeant trois volumes d’eau à 1 volume de chaux grasse éteinte.
  • [29]
    Cf. note 11.
  • [30]
    Les résultats repris dans les 2 figures ci-après ont été corrigés (soustraction des signaux ATG et ATD obtenus dans des conditions identiques avec le creuset vide).
  • [31]
    Des analyses en plus grand nombre à l’échelle de bâtiment seraient toutefois nécessaires pour l’affirmer avec certitude.
  • [32]
    Archives Nationales, série KK, Compte de construction du château d’Amboise (1495-1496), fo 205 vo. Lieu appelé « Rillé » dans le compte.
Français

Le chantier de Charles VIII (1483-1498) au château d’Amboise se déroula entre 1492 et 1498. L’année 1495-1496 est documentée par un livre de compte concernant notamment la tour cavalière des Minimes, aujourd’hui bien conservée. L’étude croisée du bâti, du livre de compte, des pierres de taille (pétrographie et statistique), des mortiers (granulométrie et analyses de la chaux) et du badigeon recouvrant les joints a nécessité la mise en place d’une méthodologie précise, demandant de continuels échanges entre historiens de l’architecture, géologues et archéologues. Ces investigations permettent d’identifier les dénominations des pierres et le vocabulaire technique en usage à la fin du Moyen Âge. Mais bien au-delà, elles démontrent l’intervention probable d’un appareilleur, l’organisation du chantier régi en plusieurs pôles et ateliers, ainsi que son rythme très soutenu puisque, pour la seule tour, plus de 15 m de maçonneries voûtées furent élevées. Ce fut possible grâce à la connaissance empirique des matériaux qu’avaient les hommes œuvrant à la construction, à la qualité des matériaux employés et à la remarquable mise en œuvre qui en fut faite. Il en résulte un ouvrage hors du commun, d’une rare audace où quatre révolutions et demie de voûtes d’ogives montent autour d’un noyau creux.

  • mortier
  • pétrographie
  • archéologie du bâti
  • architecture
  • tuffeau
  • appareil
  • chantier
  • comptabilité

Mots-clés éditeurs : appareil, archéologie du bâti, architecture, chantier, comptabilité, mortier, pétrographie, tuffeau


English

Amboise Tour des Minimes stones, mortars and facing of walls. Comparative study of the 1495-1496 account book, archeology research and petrographic analysis

Charles VIII (1483-1498) construction period in the castle at Amboise took place from 1492 to 1498. In 1495-1496, an account book was written mainly about the well-preserved Tour des Minimes, a tower one could climb up on horseback. A comparative study of the building, along with the account book, cut stones (petrography and statistics), mortars (grain size distribution and lime) and the whitewash jointing, requires a specific methodology and a constant dialogue between architectural historians, geologists, and archaeologists. The research enables to identify the name of the stones and the technical vocabulary used at the end of the middle ages. Moreover, it proves that achief stone dresser probably worked on the tower, and that the building site was likely to have been split into several centresand workshops; and it also reveals the rhythm of work to have been intense, since for the tower only, more than 15m of vaulted masonry had been created. All this have been allowed thanks to workers with an empirical knowledge of materials, the high quality of the chosen materials and the remarkable implementation they did. It resulted in an outstanding genuine edifice in which four revolutions and a half climb around an openwork newel.

  • mortar
  • archaeology
  • petrography
  • architecture
  • tuffeau
  • bond
  • building site
  • accounts

Mots-clés éditeurs : accounts, archaeology, architecture, bond, building site, mortar, petrography, tuffeau


Date de mise en ligne : 10/07/2017

https://doi.org/10.4000/archeosciences.4868