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Compte rendu

MORENO Alfonso, Feeding the Democracy, The Athenian Grain Supply in the Fifth and Fourth Century BC (Oxford Classical Monographs), Oxford, Oxford University Press, 2007, 1 vol. 14,5 × 22, XX + 420 p.

Pages 345k à 438k

Citer cet article


  • Pernin, I.
(2009). MORENO Alfonso, Feeding the Democracy, The Athenian Grain Supply in the Fifth and Fourth Century BC (Oxford Classical Monographs), Oxford, Oxford University Press, 2007, 1 vol. 14,5 × 22, XX + 420 p. Revue archéologique, 48(2), 345k-438k. https://doi.org/10.3917/arch.092.0345k.

  • Pernin, Isabelle.
« MORENO Alfonso, Feeding the Democracy, The Athenian Grain Supply in the Fifth and Fourth Century BC (Oxford Classical Monographs), Oxford, Oxford University Press, 2007, 1 vol. 14,5 × 22, XX + 420 p. ». Revue archéologique, 2009/2 n° 48, 2009. p.345k-438k. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-archeologique-2009-2-page-345k?lang=fr.

  • PERNIN, Isabelle,
2009. MORENO Alfonso, Feeding the Democracy, The Athenian Grain Supply in the Fifth and Fourth Century BC (Oxford Classical Monographs), Oxford, Oxford University Press, 2007, 1 vol. 14,5 × 22, XX + 420 p. Revue archéologique, 2009/2 n° 48, p.345k-438k. DOI : 10.3917/arch.092.0345k. URL : https://shs.cairn.info/revue-archeologique-2009-2-page-345k?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arch.092.0345k


1 A. Moreno, Fellow and Tutor au Magdalen College d’Oxford, et successeur d’O. Murray dans l’enseignement de l’histoire sociale et économique d’Athènes à Oxford, publie une étude de l’approvisionnement en grain d’Athènes à l’époque classique, plus exactement entre 507, la réforme clisthénienne des institutions, et 322, date de la capitulation d’Athènes dans la guerre lamiaque marquant la fin du régime démocratique. En effet, le point de vue de l’auteur est d’étudier l’approvisionnement en grain en lien étroit avec le fonctionnement de la démocratie athénienne. Il s’appuie pour ce faire non seulement sur les sources écrites, littéraires et épigraphiques, mais également sur les sources archéologiques, en particulier pour ce qui concerne l’agriculture attique.

2 Dans une première partie, « Models and Calculations », A. M. fait la synthèse et la critique des modèles grâce auxquels on a tenté de calculer la production attique de grain. Dans une seconde partie, intitulée « Archaeology », il examine les sources archéologiques des différentes zones de production du grain que l’on trouvait sur le marché athénien, qu’il s’agisse du dème attique d’Euonymon, des terres athéniennes de l’Empire avec l’exemple de l’Eubée ou des régions de la mer Noire. Enfin dans la troisième et dernière partie, « Literature », A. M. examine le corpus des orateurs attiques pour tenter de mettre en évidence une « idéologie » de l’approvisionnement en grain.

3 Mais cette tripartition en fonction des sources étudiées ne reflète que partiellement la thèse d’A. M. En effet, ce dernier cherche tout d’abord à montrer que l’Attique ne peut subvenir complètement aux besoins de la cité et que la péninsule athénienne serait vouée à la production de « cash-crops » vendues sur le marché athénien pour acheter le grain manquant. Pour ce faire, il se livre d’abord (Part I, 1) à l’étude critique des modèles proposés par A. Jardé, P. Garnsey et R. Sallares (et, dans une moindre mesure, celui de R. Osborne), puis à l’étude des données, en particulier les données archéologiques recueillies pour le dème d’Euonymon (Part II, 2).

4 A. M. montre ensuite que, une fois établie la nécessité pour Athènes d’importer du grain de manière régulière tout au long de la période, jusqu’à la fin de la guerre du Péloponnèse l’approvisionnement de la cité se faisait grâce au blé des clérouquies (exemple de l’Eubée) (Part II, 3), puis, à partir de la fin du Ve s., les relations diplomatiques établies avec les souverains successifs permirent aux Athéniens de s’approvisionner en blé du Bosphore cimmérien (Part II, 4).

5 Qu’il s’agisse de l’exploitation des clérouquies, puis de l’importation du blé du royaume du Bosphore, l’approvisionnement en grain de la cité est une question majeure de la politique athénienne, à l’ordre du jour de chaque assemblée ordinaire. En dernier ressort (Part III, 5), A. M. interroge le corpus des orateurs attiques et en tire l’hypothèse qu’une élite politique contrôlait ce commerce du grain.

6 Dans la première partie, il se livre à une critique raisonnable des estimations proposées par A. Jardé, P. Garnsey, et R. Sallares. Pour le premier (Les céréales dans l’Antiquité grecque, 1925), l’Attique aurait été capable de nourrir 33 personnes au km2, soit une population de 80 000 personnes au maximum. Athènes, à l’époque classique, était donc dépendante de l’importation de céréales, un point de vue largement accepté jusqu’aux travaux de P. Garnsey. Ce dernier, s’inspirant de M. I. Finley, minimise le volume et l’importance des échanges commerciaux (Famine and Food Supply in the Graeco-Roman World: Responses to Risk and Crisis, 1988). Il estime que, grâce à une mise en culture intensive par un système de rotations des cultures (sans assolement, donc sans jachère), l’Attique était capable de nourrir une population de 150 000 personnes ; elle aurait donc été autosuffisante. Plus récemment, R. Sallares (The Ecology of the Ancient Greek World, 1991) est parvenu à la conclusion que les rendements à l’hectare envisagés par P. Garnsey seraient trop élevés et que l’Attique, qui pouvait nourrir au plus 55 000 à 80 000 personnes, dépendait largement de ses importations de céréales.

7 Fort de ces chiffres et face aux divergences de ses prédécesseurs, A. M. se propose donc d’élaborer un nouveau modèle, son estimation de la population athénienne, question cruciale quant à l’approvisionnement, étant bien supérieure à celle de ses prédécesseurs : 337 000 individus au début de la guerre du Péloponnèse et environ 200 000 personnes dans la seconde moitié du IVe s. À partir du cas concret du dème d’Euonymon, A. M. cherche à montrer, par une série de calculs, que la culture intensive pratiquée dans le dème ne nourrissait au mieux qu’un tiers ou la moitié de sa population. S’appuyant sur les travaux de J. Bradford (AJ 36 [1956], p. 172-180), il indique qu’un système de terrasses couvrait environ 30 km2 autour d’Euonymon. S’appuyant sur le bail du dème d’Aixoné, dème voisin au Sud-Est de celui d’Euonymon, A. M. suppose que les terrasses accueillaient des rangées d’oliviers entre lesquelles pouvaient s’intercaler légumineuses ou céréales, comme le suggère par ex. le bail de Rhamnonte, le seul des baux attiques à mentionner des cultures intercalaires. Selon A. M., cette culture intensive de l’olivier aurait permis aux habitants du dème de dégager des surplus dont le produit de la vente sur le marché d’Athènes aurait favorisé l’achat des céréales manquantes.

8 A. M. en vient ensuite à s’intéresser aux sources de l’approvisionnement en céréales du marché athénien. Son objectif est de réhabiliter le point de vue d’historiens anciens tels que L. Gernet ou A. Jardé qui pensaient, face à l’avis d’O. Picard, que l’Eubée constituait pour Athènes un important producteur de blé depuis 506 (défaite de Chalcis et installation de clérouques athéniens) et fut même son principal fournisseur entre 446 et 411. Or, les sources dont nous disposons n’indiquent pas clairement que l’Eubée fournissait du grain à Athènes et encore moins dans quelle proportion. À partir de l’exemple de l’Eubée, A. M. postule que, durant le Ve et le début du IVe s., ce sont les clérouques athéniens installés dans l’Empire qui fournissaient l’essentiel du grain dont Athènes avait besoin. Il utilise la loi athénienne de 374/373 comme preuve supplémentaire de l’implication des clérouques dans l’approvisionnement en grain ; il suppose même que les clérouques installés un peu partout autour de la mer Égée étaient des « wealthy land-holders ». Ces riches « tenanciers », une fois l’Empire perdu, après 404, revinrent à Athènes et purent prendre la tête d’un nouveau réseau diplomatique de l’approvisionnement en grain. Or, contrairement à la simplification opérée par A. M., rien dans la loi de 374/373 ne permet d’affirmer que les taxes prélevées en nature par Athènes sur le grain venant des îles l’étaient précisément sur des récoltes des terres des clérouques. Ph. Gauthier (À propos des clérouquies athéniennes du Ve s., dans M. I. Finley dir., Problèmes de la terre en Grèce ancienne, 1973, p. 163-178) a montré depuis longtemps que, parmi les terres soumises à la domination athénienne, il existait différentes formes juridiques d’exploitation du sol par les Athéniens, qui ne se limitaient pas à l’institution des clérouquies, et, surtout, il semble difficile, en l’état actuel de la documentation, d’affirmer que les clérouques étaient des citoyens athéniens aisés : voir Ph. Gauthier, REG, 79, 1966, p. 64-88. Une fois les revenus de l’Empire perdus, les Athéniens ont dû trouver d’autres sources d’approvisionnement ; les testimonia, en particulier littéraires, indiquent qu’ils ont importé une partie de leurs céréales des régions pontiques. Ainsi, un certain nombre de plaidoyers attiques et d’inscriptions attestent les liens commerciaux qu’Athènes avait établis avec le royaume du Bosphore. En ce qui concerne son blé, A. M. s’intéresse moins aux conditions de production et d’exportation de ces céréales vers Athènes, qu’aux conditions politiques et idéologiques des échanges commerciaux entre les élites du Bosphore et celles d’Athènes. Il postule une communauté idéologique entre les aristocraties athénienne et bosporane, les enfants de l’aristocratie du Bosphore venant se former auprès des maîtres de rhétorique et de philosophie d’Athènes. Que les élites du Bosphore soient hellénisées, l’emploi dans leur titulature du titre d’ « archonte » par les rois du Bosphore n’en est qu’une preuve parmi d’autres.

9 Pour terminer, A. M. étudie dans les plaidoyers du IVe s. et les inscriptions l’élite politique impliquée dans l’approvisionnement d’Athènes et surtout l’idéologie de ces discours. Il montre que les Athéniens, et ce depuis la constitution de l’Empire au Ve s., concevaient les territoires qu’ils contrôlaient comme des extensions territoriales de l’Attique, sur lesquelles le dèmos aurait régné comme un monarque. La rhétorique aurait permis de concilier idéal démocratique et réalité du contrôle exercé par un petit nombre de puissants sur l’approvisionnement en grain de la cité.

10 La partie la plus innovante et la plus stimulante de l’ouvrage est sans conteste l’élaboration d’un modèle de culture pour l’Attique avec l’étude à la fois des sources archéologiques et épigraphiques liées à la région du dème d’Euonymon, même si la rareté des sources invite à plus de prudence que ne le fait A. M. Ce modèle de culture lui permet également de proposer un modèle de diffusion des productions et d’approvisionnement en grain qui, s’il peut être discuté, a le mérite d’enrichir un débat en cours.

11 Isabelle PERNIN,

12 Université de Provence, Aix-Marseille 1,
29, avenue Robert-Schuman,
13621 Aix-en-Provence Cedex 1.
isabelle. pernin@ free. fr


Date de mise en ligne : 18/03/2010

https://doi.org/10.3917/arch.092.0345k