Calament Florence, La révélation d’Antinoé par Albert Gayet, Histoire, archéologie, muséographie (Bibliothèque d’études coptes, 18/1), Le Caire, IFAO, 2005, 2 vol. 20 × 27,5 ; vol. 1 : XXII + p. 1-332, 50 fig. h. t. ; vol. 2 : p. 333-616.
Pages 129b à 154b
Citer cet article
- RUTSCHOWSCAYA, Marie‑Hélène,
- Rutschowscaya, Marie‑Hélène.
- Rutschowscaya, M.-H.
https://doi.org/10.3917/arch.071.0129b
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- Rutschowscaya, M.-H.
- Rutschowscaya, Marie‑Hélène.
- RUTSCHOWSCAYA, Marie‑Hélène,
https://doi.org/10.3917/arch.071.0129b
1 Ces deux volumes sont le résultat d’une étude commencée en 1988 dans le cadre d’une maîtrise intitulée Essai de classification des objets provenant des nécropoles d’Antinoé en Égypte et développée dans une thèse de doctorat soutenue en 2000 à l’Université de Paris IV - Sorbonne.
2 Le volume I est divisé en cinq chapitres :
3 — I. Ce chapitre est consacré à la cité antique : l’histoire de la ville depuis la première occupation du site à l’époque pharaonique jusqu’à la veille des fouilles d’Albert Gayet en 1895. Elle présente, de façon complète et très détaillée, la topographie du site et de ses monuments, la fondation d’Hadrien en 130 apr. J.-C., son évolution jusqu’à son déclin qui suit la conquête arabe au milieu du VIIe s., enfin les descriptions des voyageurs à partir du XVIe s.
4 — II. L’A. relate les causes, le déroulement et les conséquences des 19 campagnes archéologiques, accompagnés des portraits d’É. Guimet (1836-1918), commanditaire des premières fouilles, et d’A. Gayet (1856-1916).
5 — III. Bilan des fouilles, marqué principalement par la dispersion du matériel en France et à l’étranger, malheureusement peu ou très mal documenté, malgré l’abondance des écrits du fouilleur. À part les notices et catalogues sommaires d’expositions où l’on voit qu’A. Gayet mélangeait allégrement les objets, les époques et les campagnes de fouilles, aucun rapport de fouille ne fut ni publié ni même rendu. Par trois fois (p. 165, 170 et 332), l’A. mentionne un éventuel journal de fouilles, dont aucune trace n’a été retrouvée. Cependant, il aurait fallu citer l’affirmation péremptoire de Gayet dans sa très intéressante préface à son livre Ce que racontent les momies d’Antinoë, Le roman de Claude d’Antioche, Paris, 1914, révélatrice de l’état d’esprit amer et irascible du personnage. À partir de la p. XXVI, l’A. aborde l’existence d’un journal de fouilles et d’un inventaire des collections en indiquant qu’il avait décidé de le cacher à ses « adversaires ».
6 Sur le retentissement de l’exploration (p. 173-181) et l’impact des tissus coptes de 1901 au milieu du XXe s., voir M.-H. Rutschowscaya, Tissus coptes, Paris, 1990, p. 16-21 ; Ead., L’art copte en Égypte, 2000 ans de christianisme, Paris, 2000, p. 20-21 ; Ead., Résurrection des tissus coptes : un choc et une tentation, dans Au fil du Nil, Couleurs de l’Égypte chrétienne, Paris, 2001, p. 177-178, notices 129-130, p. 179-181 et 131, p. 182 ; Ead., Le châle de Sabine, Paris, 2004, p. 97-101. Au sujet de la « Dame du Vatican », p. 189, n. 582, voir D. Renner, Die koptischen Textilien in den Vatikanischen Museen, Wiesbaden, 1982, p. 31-36 et pl. I.
7 — IV. Un état des collections dans les musées et institutions parisiens ainsi qu’en région témoigne de leur ampleur et des difficultés qui s’ensuivent pour leur étude et leur conservation.
8 Il est dommage que les réflexions et les mentions (particulièrement les numéros d’inventaire des objets) les plus pertinentes de ce travail aient été rejetées en notes (par ex., p. 213, n. 627-628). Toutes ces informations auraient pu être plus facilement consultables en incluant ici l’annexe II du vol. II sur le sommaire des collections en région, augmenté d’un sommaire des musées parisiens, exclu délibérément par l’A., ce qui nous paraît infondé.
9 En ce qui concerne les musées nantais, p. 243, voir M.-H. Rutschowscaya, La collection romano-byzantine du Musée Dobrée (Nantes) (Études coptes, VIII = Cahiers de la bibliothèque copte, 13), Lille / Paris, 2003, p. 293-304. Il aurait été intéressant de mentionner aussi, p. 244, les quatre momies du musée des Beaux-Arts de Lille, retrouvées lors de la rénovation des salles en 1991. À propos des analyses au14C, nous pouvons ajouter, p. 256, n. 789, la publication de M. Van Strydonck, A. De Moor, D. Bénazeth,14C Dating Compared to Art Historical Dating of Roman and Coptic Textiles from Egypt, Radiocarbon, 46, 1, 2004, p. 231-244.
10 — V. En reprenant les publications d’A. Gayet, l’A. expose des propositions de restitution : les modes de sépulture, la toilette des défunts, les pratiques funéraires.
11 Il aurait été sans doute utile de tenter une analyse critique du contenu des tombes, poser la question de la pertinence des noms donnés par Gayet à certains propriétaires et faire une synthèse des modes d’ensevelissement et des pratiques funéraires, au lieu de scinder chacune de ces parties. C’est ainsi qu’à partir de la p. 272 la description des types de caveaux, déjà faite par Gayet dans ses publications, accompagnée ici de longues citations du fouilleur, n’est pas mise en relation avec les défunts et le mobilier funéraire.
12 L’A. ne dégage pas avec clarté l’évolution entre les pratiques funéraires païennes et chrétiennes. Les coutumes qui paraissent spécifiquement chrétiennes, p. 295-296, sont mêlées aux coutumes païennes, p. 297-299 ; de même p. 300, où il est question de cercueils manifestement chrétiens. N’aurait-il pas été intéressant d’étudier minutieusement le contenu des tombes d’après le classement de Gayet, puisqu’il a reconnu une nécropole égyptienne A, une nécropole romaine B, une nécropole byzantine C et des sépultures coptes D (mentionnées p. 164) ? Le tableau synoptique, vol. II, p. 546-547, aurait pu être étendu à d’autres sépultures et surtout commenté en expliquant les datations proposées, entre le début du IIe s. et la fin du VIIe s. apr. J.-C.
13 Les cartonnages, linceuls et portraits romano-égyptiens sur bois ont été depuis longtemps très étudiés et ne méritaient pas un aussi long développement, p. 299-304. Il n’y a d’ailleurs aucune ambiguïté quant à l’appartenance païenne des personnages représentés sur les linceuls peints, p. 301. L’A. affirme, p. 316-317, qu’il y a, exceptionnellement, très peu de tombes collectives à Antinoé ; cependant, elle indique avec prudence en note 1076 qu’il s’agit peut-être de l’effet trompeur des descriptions dans les catalogues d’exposition.
14 Pour la formule « qui est entré dans le repos le... », p. 263, n. 814, voir R.-G. Coquin et M.-H. Rutschowscaya, Les stèles coptes du Département des antiquités égyptiennes du Louvre, BIFAO, 94, 1994, p. 114, no 07 (= E 27221 : prov. d’Hermopolis Magna) ; p. 115, no 08 (= E 12982 : prov. d’Antinoé) ; p. 116-117, no 09 (= AF 6265 : prov. d’Esna) ; p. 123-125, no 16 (= N 323).
15 À partir de la p. 280, l’A. se penche sur le costume oriental en citant abondamment la publication de C. Fluck et G. Vogelsang-Eastwood éd., Riding Costume from Egypt, Leyde, 2004, qui donne les résultats d’un colloque sur le costume oriental (tenu au VIIe Congrès international d’Études coptes, Leyde, 2000) ; cependant il y est peu question du costume dit « romano-copte ». À la p. 284, elle mentionne seulement à propos du costume féminin « la tunique... vêtement unisexe commun dans tout le monde romain au IVe s. » : notons que l’usage de ces tuniques se poursuit jusqu’en pleine période islamique. Il aurait été intéressant d’analyser précisément ces costumes dans les tombes masculines puis féminines, pour avoir une réponse claire sur cette affirmation. N’oublions pas que des vêtements des deux origines, « romano-copte » et orientale, pouvaient être portés par le même personnage (voir l’ensemble conservé au musée de Berlin). En mentionnant le port de vêtements rouges et bleus, l’A. fait référence à la symbolique des couleurs portées par la Vierge et le Christ, p. 287, n. 921 ; on peut signaler aussi que l’usage de la couleur rouge se rattache à une coutume antérieure, appliquée à l’iconographie des personnages consulaires et impériaux, revêtus de vêtements teints à la pourpre, dont les images seront par la suite utilisées pour représenter la puissance et la dignité de la Vierge et du Christ.
16 À propos des coiffures : pour celles en « résille », p. 288-289, voir les récentes restaurations dans D. Bénazeth et M.-H. Rutschowscaya, Avancées des recherches sur les tissus de provenance égyptienne conservés dans les collections publiques françaises, Antiquité tardive, 12, 2004, p. 81 et n. 12-13. Les « bigoudis » sont indiqués avec raison comme des objets rares dans la n. 938 ; voir la restauration des exemplaires conservés au musée du Louvre dans Au fil du Nil, no 46, p. 76. Pour les bonnets, p. 291, n. 944, voir le bonnet du Louvre dans Au fil du Nil, no 30, p. 64.
17 Le volume II est consacré au Corpus, à un Appendice, aux Indices et à la Bibliographie. Le parti pris dans le Corpus de recopier les notices de Gayet et de renvoyer en note les identifications des objets complique considérablement la lecture et le repérage de ce matériel abondant. C’est en fait le contenu des notes qui constitue l’intérêt de cette étude. Il nous semble qu’il aurait été plus rationnel de le classer selon les matériaux et la typologie, en indiquant les lieux de conservation, les numéros d’inventaire et la bibliographie ; les références aux publications de Gayet (notices et autres) auraient pu être placées en note. Un index des musées et des numéros d’inventaire aurait été bienvenu, car il est très difficile de retrouver le matériel dispersé dans les deux volumes.
18 En conclusion, cette publication rassemble plus de dix ans de recherche dans les archives et les musées français. C’est une masse documentaire extrêmement précieuse, qui fut l’objet d’une informatisation systématique par l’A. elle-même, à laquelle nous laissons la parole : « Perfectible et évolutive, cette base de données renvoie ici à un état des lieux du matériel d’Antinoé et se révélera, nous l’espérons, un outil utile à de futurs chercheurs, tant pour la compréhension de ce site que pour d’autres études similaires en Égypte » (p. 332). Cette modestie doit être corrigée, car l’apport d’une telle recherche est considérable : durant toutes ces années, Fl. Calament a mené une enquête sans relâche sur les pas d’É. Guimet et d’A. Gayet, visant à repérer et à identifier de très nombreuses œuvres grâce à sa ténacité ; personne, jusque-là, n’avait eu le courage d’une telle entreprise. Sa crédibilité et le sérieux de sa méthode d’investigation lui ont permis d’aboutir à la clarification du déroulement des événements et de la destinée des trouvailles, trop souvent déformés en raison de leur complexité. Toutes ces informations, jusque-là dispersées comme le matériel de fouille, sont désormais centralisées dans cet ouvrage de référence, qui présente en outre le mérite d’être rédigé dans une écriture alerte et rigoureuse.
19 Marie-Hélène Rutschowscaya,
20 Musée du Louvre,
Département des Antiquités égyptiennes,
34-36, quai du Louvre,
75058 Paris Cedex 01.