Compte rendu

À lire, à voir

La nation inachevée

Page 55

Citer cet article


  • Dumont, F.
(2023). À lire, à voir La nation inachevée. Après-demain, N ° 66, NF(2), 55-55. https://doi.org/10.3917/apdem.066.0055.

  • Dumont, Françoise.
« À lire, à voir : La nation inachevée ». Après-demain, 2023/2 N ° 66, NF, 2023. p.55-55. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-apres-demain-2023-2-page-55?lang=fr.

  • DUMONT, Françoise,
2023. À lire, à voir La nation inachevée. Après-demain, 2023/2 N ° 66, NF, p.55-55. DOI : 10.3917/apdem.066.0055. URL : https://shs.cairn.info/revue-apres-demain-2023-2-page-55?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/apdem.066.0055


Sébastian Roché, La Nation inachevée, La jeunesse face à l’école et la police, Paris, Grasset, 2022

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec titre "La nation inachevée" par Sébastian Roché.
Description

Sébastian Roché, La Nation inachevée, La jeunesse face à l’école et la police, Paris, Grasset, 2022

1 Directeur de recherche au CNRS, enseignant à Sciences Po Grenoble, Sébastian Roché est politologue, spécialisé en criminologie, et l’auteur d’une dizaine d’ouvrages portant sur les questions de délinquance et de sécurité, sur l’évolution des politiques judiciaires et policières, ainsi que sur la gouvernance de la police. Jusqu’en 2019, il a enseigné à l’École nationale supérieure de la police et lors de la crise des gilets jaunes, il s’est montré très critique quant à la gestion du maintien de l’ordre déployée à cette occasion.

2 Dans son dernier ouvrage, La Nation inachevée, paru en 2022 chez Grasset, il s’intéresse à la façon dont les jeunes construisent leur sentiment d’appartenance à la nation. Ses constats sont l’aboutissement de travaux de recherche menés depuis dix ans auprès d’adolescents en France et en Europe.

3 Pour étayer ses conclusions, Sébastian Roché privilégie trois aspects qui lui sont apparus comme essentiels : la valeur accordée au vote, l’adhésion au principe de laïcité et la confiance dans les institutions. Sur la question du vote, le constat est sans appel : les jeunes adultes sont incontestablement la catégorie la plus abstentionniste et c’est évidemment inquiétant. Pour autant, il convient, dit-il, d’aborder cette réalité dans toute sa complexité car l’attachement des jeunes à la démocratie ne faiblit pas et de nombreuses enquêtes montrent qu’il n’y a pas, chez eux, de désaffection majoritaire pour le vote. Tout au plus, le vote tend-il à être considéré comme un moyen d’expression parmi d’autres et non plus comme un « acquis des luttes » ou un devoir. Par ailleurs, la réussite scolaire impacte fortement l’adhésion à l’idée que le vote est important.

4 En ce qui concerne la laïcité, Sébastian Roché constate que les jeunes défendent l’idée d’une laïcité inclusive, qui assure la liberté de choix pour les vêtements et l’alimentation. Quand on aborde la question de l’interdiction des signes religieux à l’école, leurs réponses montrent qu’ils sont partagés. Toutefois, plus ils sont dans un établissement défavorisé plus ils doutent qu’il faille interdire tel ou tel vêtement. De même, les jeunes sont loin d’une vision exclusive de la nation. Ils sont Français mais pas seulement… Ceux qui sont issus de milieux favorisés se projettent dans l’Europe et d’ailleurs ce sont eux qui constituent l’essentiel des étudiants s’inscrivant dans les dispositifs Erasmus. Ceux dont les parents sont d’origine étrangère sont souvent attachés au pays de leurs ascendants.

5 Reste le rapport aux institutions que Sébastian Roché aborde à travers l’école et la police. Il constate qu’à l’école, l’éducation civique reste encore très verticale, très abstraite, et que « ses leçons » ont bien du mal à contrebalancer le sentiment de dévalorisation éprouvé par certains jeunes confrontés à la compétition scolaire et à la réalité de la ségrégation scolaire. Le fait que beaucoup de jeunes soient très tôt exposés à des contrôles au faciès et à des humiliations récurrentes sont aussi, pour l’auteur de l’ouvrage, un élément déterminant dans la façon dont ceux-ci construisent leur sentiment national. D’une manière quasiment mécanique, plus les jeunes se sentent l’objet de discriminations, moins ils se sentent français.

6 La thèse développée par Sébastian Roché pourrait se résumer ainsi : chez les jeunes, le sentiment d’appartenance à la nation ne se construit pas à coups de discours sur la loi, de salut du drapeau national ou d’obligation d’entonner la Marseillaise. Il repose sur un attachement subjectif et une adhésion volontaire des individus à partir de rencontres concrètes que ceux-ci vont avoir avec les représentants de l’État et notamment avec les enseignants et les policiers.

7 Aujourd’hui, les pouvoirs publics semblent avoir trouvé avec le Service national universel (le SNU) une réponse magique (et combien onéreuse !) pour contrecarrer « ce sentiment de désaffiliation nationale ». Avant de généraliser ce dispositif – voire de le rendre obligatoire – ils seraient sans doute bien avisés d’entendre pourquoi la plupart des organisations de jeunes y sont clairement opposées, tout comme la lecture de l’ouvrage de Sébastian Roché pourrait les éclairer sur les mesures qu’il convient effectivement de prendre.


Date de mise en ligne : 10/05/2023

https://doi.org/10.3917/apdem.066.0055