Article de revue

Le passage des frontiÈres de mÉdecines pas trÈs douces : prévenir l'innocuité ou préserver l'authenticité ?

Le problème des formulations iatrochimiques dans la médication siddha

Pages 71 à 98

Citer cet article


  • Sébastia, B.
(2011). Le passage des frontiÈres de mÉdecines pas trÈs douces : prévenir l'innocuité ou préserver l'authenticité ? Le problème des formulations iatrochimiques dans la médication siddha. Revue d'anthropologie des connaissances, . 5, n° 1(1), 71-98. https://doi.org/10.3917/rac.012.0071.

  • Sébastia, Brigitte.
« Le passage des frontiÈres de mÉdecines pas trÈs douces : prévenir l'innocuité ou préserver l'authenticité ? : Le problème des formulations iatrochimiques dans la médication siddha ». Revue d'anthropologie des connaissances, 2011/1 Vol. 5, n° 1, 2011. p.71-98. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2011-1-page-71?lang=fr.

  • SÉBASTIA, Brigitte,
2011. Le passage des frontiÈres de mÉdecines pas trÈs douces : prévenir l'innocuité ou préserver l'authenticité ? Le problème des formulations iatrochimiques dans la médication siddha. Revue d'anthropologie des connaissances, 2011/1 Vol. 5, n° 1, p.71-98. DOI : 10.3917/rac.012.0071. URL : https://shs.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2011-1-page-71?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rac.012.0071


Notes

  • [1]
    Cette étude fait partie d’une recherche sur la médecine siddha que j’ai menée entre 2005 et 2008 au sein du programme « Sociétés et médecines en Asie du Sud » du Département de sciences sociales de l’Institut Français de Pondichéry (UMIFRE 21 CNRS-MAEE). Cette recherche a bénéficié d’une allocation de recherche de deux ans dispensée par cet institut.
  • [2]
    Les termes vernaculaires du texte privilégient la translittération tamoule. Ainsi, le terme sanskrit « siddha » est rendu par « citta » en tamoul. Le pluriel des termes tamouls est respecté de sorte que la particule « ka? » est ajoutée après la consonne finale, « a?ka? » lorsque la consonne finale est un m et « kkal » après une voyelle finale.
  • [3]
    Une étude sur la place de la médecine traditionnelle du Tamil Nadu dans les discours de valorisation de la culture tamoule développés par le mouvement dravidien reste à faire. Le mouvement dravidien ayant été lancé en réaction contre l’hégémonie de la culture brahmanique, on peut s’attendre à ce que les promoteurs de l’identité tamoule aient valorisé la médecine du Tamil Nadu au détriment de la médecine ayurvédique qui est emblématique de la culture brahmanique. Les auteurs tels qu’Eugene F. Irschick (1969, 1986) qui sont spécialisés dans le mouvement dravidien, sont peu éloquents sur la valorisation de la médecine siddha en tant que paradigme de la culture tamoule. Néanmoins, dans son étude sur la médecine siddha, Richard S. Weiss (2009) s’intéresse de très près aux discours des praticiens qui alimentent la relation étroite de cette médecine à l’identité tamoule.
  • [4]
    La médecine unani (ou y?n?n?) est d’origine gréco-arabe. Elle est pratiquée en Inde au sein des communautés musulmanes. Au Tamil Nadu où la médecine unani est peu exercée, des musulmans pratiquent la médecine siddha et des patients musulmans s’adressent aux praticiens siddha pour se soigner. Dans la pratique siddha, les barrières de caste et confession sont très lâches du fait des courants idéologiques portés par certains cittarka? qui se sont opposés au modèle socio-religieux brahmanique en rejetant la caste, le ritualisme et en privilégiant une relation directe avec le divin (Ganapathy, 1993 ; Meenakshi, 2001). Cette idéologie est encore très vivace aujourd’hui comme en attestent les cultes de Ramalinga, yogi considéré comme un cittar, ou de Sri Narayanan, un saint yogi vénéré par les castes Ezhava et Natar de l’ex-Travancore, tous deux ayant pratiqué la médecine traditionnelle. Cette idéologie s’exprime par l’aphorisme ‘One caste, one religion’ et la vénération de la flamme (j?ti) comme représentation du divin qui rappelle le mouvement de la Réforme à l’encontre du culte des images.
  • [5]
    Le Department of Indian Systems of Medicine and Homeopathy (ISM&H) a été créé en 1995 en tant que branche du Ministry of Heath and Family Welfare. La médecine siddha compose avec les médecines ayurvédique et unani les trois systèmes médicaux indiens. L’ISM&H a été renommé en 2003 sous l’acronyme d’AYUSH (Department of Ayurveda, Yoga & Naturopathy, Unani, Siddha and Homoeopathy).
  • [6]
    Information collectée en mai 2009 auprès des médecins siddha du NIS en charge du programme de recherche. À cette époque, le programme en était à sa phase de rédaction.
  • [7]
    Quelques métaux tels qu’arsenic, mercure, cuivre et leurs complexes sont classés comme p??a??m dans la nomenclature siddha, c’est-à-dire comme toxiques ou poisons qui requièrent une grande attention lors du procédé de purification (cutti). En tamoul, p??a??m signifie également arsenic.
  • [8]
    Ces chiffres correspondent à ceux qui sont couramment mentionnés par les médecins des collèges de médecine siddha de Chennai, Tambaram et Palayamcottai, le directeur et les médecins du CRIS, le directeur de IMCOPS (Indian Medical Practitioners’ Cooperative Pharmacy and Store), le chargé de communication de TAMPCOL (Tamil Nadu Medicinal Plants Corporation Limited) et quelques fabricants de médicaments siddha/ayurvéda.
  • [9]
    Une surcharge d’arsenic peut affecter le foie, la moelle osseuse, le système cardiovasculaire, le système nerveux central et provoquer des nausées, des douleurs intestinales, des vomissements, des crampes musculaires, des anomalies cardiaques, des anémies, des maladies de peau. Une intoxication au plomb endommage les reins, les systèmes gastro-intestinal et nerveux central, et se manifeste par une perte de poids, de l’anémie, des insomnies, des vertiges, la paralysie, et enfin, un empoisonnement au mercure affecte les reins et le système nerveux central et occasionne convulsions, insomnies, pertes de mémoire, affaiblissement des fonctions mentales et neurologiques avec diminution de la capacité motrice et sensorielle (Ang et al., 2003 ; Hall, 2002 ; Hardy et al., 1995).
  • [10]
    Selon un article de pharmabiz.com – site d’information indien à l’usage des professionnels de l’industrie pharmaceutique traitant des questions relatives à la fabrication, à la législation, à la recherche, au commerce – du 29 juillet 2004 intitulé « In search of a global face », le volume commercial de l’exportation de la médecine ayurvédique a atteint 100 millions de dollars pour l’année 2004. Ce volume correspond à 60 % de plantes, 30 % de produits finis et 10 % de produits partiellement transformés (essences végétales, teintures mères, poudres, etc.) Le terme ayurvédique utilisé dans ce contexte comprend des plantes utilisées en médecine siddha exportées du Tamil Nadu par les ports de Chennai et, plus récemment, de Tuticorin.
  • [11]
    Les statistiques du département AYUSH rapportées par l’OMS (WHO, 2007) dénombrent 4.963 praticiens enregistrés en tant que qualifiés, c’est-à-dire possédant un diplôme universitaire en médecine siddha, et 21.337 praticiens enregistrés non qualifiés (traditionnels). Il faut souligner que ces statistiques ne tiennent compte que des praticiens enregistrés et donc le déséquilibre entre praticiens institutionnels et traditionnels est nettement plus important du fait qu’à cause des réglementations de l’enregistrement des praticiens traditionnels, une faible proportion d’entre eux ont pu être enregistrés (Sébastia, à paraître).
  • [12]
    Sur la biomédicalisation des médecines traditionnelles, on se reportera aux nombreux travaux dans les deux ouvrages dirigés par Leslie qui sont devenus aujourd’hui des classiques de l’anthropologie des médecines traditionnelles asiatiques (Leslie et Young, 1992 ; Leslie, 1998).
  • [13]
    D’après la localisation de quelques patients pris en compte dans cette étude, il n’est pas impossible que la médecine gréco-arabe unani soit également responsable d’intoxications. Du fait que l’ayurvéda soit bien connu à l’étranger, ce terme est utilisé comme synonyme de médecine indienne.
  • [14]
    Les limites autorisées pour les métaux lourds selon les normes établies par l’OMS et la FDA (Food and Drug Administration, USA) sont : mercure : 1 ppm ; plomb : 10 ppm ; arsenic : 10 ppm ; cadmium : 0.3 ppm.
  • [15]
    Concernant Singapour, une étude de contrôle de qualité de 3.320 composés médicinaux chinois (Chinese Proprietary Medicine, CPM), réalisée entre 1990 et 2001, a montré que 138 produits contenaient des métaux toxiques en quantité supérieure aux limites légales et que la contamination des médicaments tend à s’accroître entre 1990 et 2001 (Yee et al., 2005). Il faut souligner que Singapour accueille une forte communauté tamoule. C’est un des rares pays où la médecine siddha est importée.
  • [16]
    La première étude cherchant à évaluer le nombre d’usagers de médecine ayurvédique aux États-Unis a été publiée en mai 2004 par le National Center for Health Statistics et le National Center for Complementary and Alternative Medicine. À partir d’un échantillon de 31.000 personnes utilisant les CAM (Complementary and Alternatives medicines), l’étude évalue à 751.000, le nombre de personnes choisissant uniquement l’ayurvéda comme CAM, et à 154.000, celles qui recourent à cette médecine depuis un an.
  • [17]
    Cette réputation des médecines traditionnelles est également prégnante en Inde. Bien que les Indiens, et notamment les Tamouls familiarisés avec la médecine siddha, savent que des minéraux et des produits organiques entrent dans la composition des médicaments siddha ou aurvédiques, ils les qualifient systématiquement de « herbal medicine » et, par opposition aux médicaments de biomédicine, les considèrent exempts de tout effet iatrogénique.
  • [18]
    Health Canada (ou Santé Canada) et Swissmedic sont les journaux publiés par les instituts gouvernementaux canadien et suisse de même nom qui ont pour rôle d’informer leurs citoyens sur les problèmes de santé publique. Health Canada est le ministère fédéral responsable de la santé des Canadiens tandis que Swissmedic se définit comme l’Institut suisse des produits thérapeutiques. Les organismes français œuvrant dans les champs sanitaire, épidémiologique ou thérapeutique, sont pour leur part restés silencieux sur cette affaire, peut-être en raison du faible volume de médicaments de médecines traditionnelles importés dans le pays.
  • [19]
    « As a precaution, Health Canada advises Canadians not to use any other Karela, Safi, Maha Sudarshan churna, Yograj guggul, Sudarshan or Shilajit products unless they have the required market authorization » (Health Canada Journal, 14 juillet 2005).
  • [20]
    Selon les chiffres présentés par Shri Rajiv Pratap Rudy, ministre du Commerce et de l’Industrie (Press Information Bureau, 2002), la vente de ces produits a rapporté en 1998 et1999 un peu plus de 4 milliards de roupies, chiffre qui, deux ans après, s’est élevé à 5,8 milliards.
  • [21]
    Les Bonnes Pratiques de Fabrication (en anglais, Good Manufacturing Practices) consistent en un ensemble de lois conçu pour optimiser la qualité et l’innocuité des produits qui réglemente le protocole de fabrication, l’équipement, les installations et les contrôles de qualité appliqués aux produits pharmaceutiques humains et vétérinaires, aux produits cosmétiques, aux appareils médicaux et aux aliments.
  • [22]
    Les textes d’amendement sont consultables à l’adresse suivante : http://www.whoindia.org/LinkFiles/Traditional_Medicine_Legal_status-Orders.pdf.
  • [23]
    Les chiffres des manufactures siddha et ayurvéda proviennent de la rubrique « summary of infrastructure facilities under ayurveda, yoga and naturopathy, unani, siddha et homeopathy (AYUSH) as on 1.4.2007 », consulté à l’adresse suivante : http://indianmedicine.nic.in/summary-of-infrastructure.asp.
  • [24]
    Cette entreprise est aujourd’hui dirigée par les deux petit-fils du fondateur. Dans ses débuts, la manufacture produisait cinquante sortes de médicaments qui étaient exportés dès les années 1950 vers le Sri Lanka, Singapour et la Malaisie, mais aujourd’hui, il ne sort plus de l’usine qu’un seul médicament qui est toujours exporté, une huile médicinale destinée à soigner les maux de tête, les douleurs articulaires, etc. Umapathy, un des directeurs actuels, justifie la situation par le manque d’ambition et d’intérêt de son père pour l’entreprise. Il cherche aujourd’hui à reprendre la fabrication des médicaments abandonnés, mais se heurte au refus de son père qui ne souhaite pas lui dévoiler les formulations familiales. Les enfants des familles de praticiens traditionnels ne sont pas toujours privilégiés pour hériter du savoir médical jalousement gardé par leurs parents et ces failles au niveau de la transmission sont bien souvent le reflet ou la source de conflits familiaux.
  • [25]
    Le don thérapeutique implique la capacité des praticiens siddha à soigner grâce à leurs connaissances et compétences de la pharmacopée mais aussi des mantras utilisés pour soigner des troubles qu’ils pensent découlés d’actes magiques. Les praticiens siddha, bien que certains d’entre eux ont vu leurs ancêtres utiliser les mantras et leur accordent une action psychologique pouvant améliorer l’état morbide du patient, refusent aujourd’hui de les utiliser. Ils les considèrent en anachronisme par rapport à l’évolution des connaissances contemporaines et en inadéquation avec la scientificité de leur médecine, étant entendu que la reconnaissance d’une scientificité aux médecines indiennes a longuement été débattue durant l’époque coloniale et qu’elle continue de faire débat sous les attaques des promoteurs de la biomédecine.
  • [26]
    Les camps médicaux consistent en des actions ponctuelles, organisées par le ministère de la Santé ou des services médicaux privés biomédicaux ou traditionnels, qui visent à soigner gratuitement les populations de villages ou les communautés défavorisées des zones urbaines. En biomédecine, ces camps sont orientés sur une pathologie précise telle que les opérations de la cataracte, sur les vaccinations ou sur l’identification de certaines maladies : troubles psychiatriques, cancer, maladies métaboliques etc. Concernant la médecine siddha, ils visent à soigner toutes les pathologies mais certains d’entre eux sont organisés pour répondre à une urgence, comme lors d’épidémie de chikungunya.
  • [27]
    Cette coopérative a été fondée à Madras en 1944 par Srinivasa Murti, secrétaire du comité d’Usman, qui avait été nommé par le gouvernement britannique en vue de créer l’école des médecines indigènes de Madras.
  • [28]
    Un praticien, dont la famille était fort renommée dans la région de Kanniyakumari pour l’efficacité de ses médicaments, me montra une affiche que son père avait fait imprimer pour dénoncer l’appropriation de son nom et de celui de son père par quelques confrères indélicats.
  • [29]
    Citons pour les plus importantes et les mieux diffusées: MSS Asan Exports/Zigma Herbal Remedies (1940, Nagercoil) ; IMPCOPS (1944, Chennai) ; VKS Raja Sidhaa Marundagam (1961, Tirumangalam) ; Solaimalai Indian Herbal Drugs (1965, Paramakudi) ; Lakshmi Seva Sangam (1981, Gandhigram) ; TAMPCOL (1983, Chennai); Santhigiri Ayurveda & Siddha Vaidyasala (1988, Koliyacode) ; Dr JRK’s Siddha Research and Pharmaceuticals (1990, Chennai) ; SKM Siddha & Ayurveda (1993, Erode) ; Aravindh Herbal Labs (1995, Rajapalayam).
  • [30]
    Combinaison de trois « fruits » (myrobolans), Terminalia chebula, Terminalia bellerica et Phyllanthus emblica, séchés et pulvérisés. C’est un médicament très utilisé pour ses qualités laxatives et cicatrisantes.
  • [31]
    Signalons néanmoins les produits siddha de Dr JRK’s Siddha Research and Pharmaceuticals qui sont distribués dans quinze des vingt-huit États indiens, et ceux d’Aravindh Herbal Labs à Kolkatta et à Mumbai.
  • [32]
    Certains praticiens traditionnels qui ont une large clientèle, reçoivent une dizaine de représentants par semaine. Ils achètent des médicaments pour traiter les pathologies pour lesquelles ils sont aujourd’hui de plus en plus sollicités, comme les syndromes métaboliques et les maladies qui leur sont associés ou des médicaments dont la forme galénique est plus acceptable par le patient (sirop, gélules, comprimés, etc.).
  • [33]
    Le varmakkalai est un art (kalai) de connaître les varma?kal ou centres d’énergie pranique. Il se compose de deux arts antinomiques : la médecine qui consiste à identifier le varmam responsable d’une maladie ou d’un trouble et à y exercer des pressions et des massages pour le restaurer ; l’art martial qui vise à neutraliser l’ennemi en le blessant à un point de varmam. Un domaine dans lequel le fondateur de l’institut de thanuology cherche à faire valoir cet art d’accupression, est la médecine du sport. Le terme de thanu n’est ni répertorié dans les dictionnaires tamouls que j’ai consulté ni dans le Tamil lexicon. Le fondateur de l’institut utilise ce terme comme synonyme de varmakkalai en le faisant dériver du nom de Thanu qui serait Shiva. Selon le mythe qu’il présente dans son site web (www.varma.org), Shiva, après avoir stoppé le combat entre ses deux fils Vin?yakar et Murukan, leur aurait confié le secret des varma?ka? pour soigner leurs blessures.
  • [34]
    Hanuman, dans le contexte de la médecine siddha, est réputé avoir importé la panacée cañc?vi au Tamil Nadu en laissant tomber un fragment de l’Himalaya qu’il transportait au Sri Lanka afin de ranimer Rama. Akattiyar, bien que considéré comme un sage du nord de l’Inde (sk. Agastiya) est défini par les Tamouls comme le père de la grammaire tamoule. Il fait partie des dix-huit cittarka? de la tradition tamoule et on lui attribue de très nombreux textes de médecine, d’alchimie, de materia medica, de yoga, d’astrologie, de magie et de varma. Tirum?lar, également un des dix-huit cittarka? est surtout connu pour son Tirumantiram, un texte qui traite de philosophie shivaïte, de yoga, et accessoirement, de médecine.
  • [35]
    Ce point est important à souligner à cause des pratiques d’automédicamentation très courante aussi bien en Inde et dans les pays en développement que dans les pays riches, qui peuvent accentuer les risques d’intoxication par la concentration des métaux. Sur l’importance de l’automédication, voir Trisha Greehalgh (1987), van der Geest et al. (1996), van der Geest (1987), ou encore V. R. Kamat et M. Nichter (1998).
  • [36]
    Egilane explique la relation étroite qui lie le yoga et la fabrication de préparations médicinales ainsi : les préparations médicinales siddha sont nécessaires au yogi car elles purifient et fortifient leur corps ; le yoga est la voie d’excellence pour développer ses connaissances de la médecine siddha car, par sa pratique, l’ascète peut se voir révéler l’endroit où se trouvent les plantes nécessaires à la fabrication d’un médicament, le procédé pour améliorer la purification d’un métal ou pour créer une nouvelle formule médicinale.
  • [37]
    http://indianmedicine.nic.in.
Français

RéSUMé

En dehors du Sud de l’Inde et de quelques pays asiatiques possédant une communauté tamoule de quelque importance, la médecine siddha est peu connue, voire inconnue. Depuis ces dernières décennies, la revitalisation de cette médecine savante issue de l’État du Tamil Nadu se traduit par une volonté de promotion sur le marché international. La diffusion de cette médecine n’est pas sans problème car les praticiens font un large usage de métaux, de complexes métalliques dont les seuils de tolérance dans les produits finis, pour certains d’entre eux, sont très bas en raison de leur toxicité. Des alertes émanant du Canada et d’Angleterre sur des taux élevés de métaux détectés dans certains composés médicamenteux provenant des traditions médicales de l’Inde, ont incité le ministère de la Santé de ce pays à affermir sa politique de contrôle de qualité en contraignant les industriels en produits pharmaceutiques à appliquer les Bonnes Pratiques de Fabrication. Cette réglementation a eu des conséquences sur la production pharmaceutique siddha et son exportation, mais aussi sur la pratique des médecins siddha et notamment de ceux qui détiennent un rôle non négligeable dans la vente de médicaments consommés à l’étranger. Quels types de savoir les praticiens mobilisent-ils afin d’éviter les risques d’intoxication et de préserver leur réputation ? Comment légitiment-ils leurs choix, et quelles peuvent en être les conséquences sur le devenir de cette médecine qui fonde sa spécificité et son efficacité thérapeutique sur un savoir iatrochimique dérivé de l’alchimie ? Cet article détaille les controverses entourant l’usage thérapeutique et la toxicité des métaux, puis explore les transformations du savoir et de la pratique thérapeutique traditionnelle induites par la contrainte réglementaire des pays occidentaux.

Mots clés

  • siddha
  • ayurvéda
  • savoir-faire
  • manufacture
  • exportation
  • intoxication
  • métaux lourds

Mots-clés éditeurs : ayurvéda, exportation, intoxication, manufacture, métaux lourds, savoir-faire, siddha


English

ABSTRACT: DRUGS ABOUT TO CROSS THE BORDERS: THE FUTURE OF SIDDHA MEDICINE

Little is known about Siddha medicine outside those Asian countries with significant Tamil communities. Over these last decades, however, the revitalization of that scholarly medical system originating in the state of Tamil Nadu has been acting as a push towards promotion on the international markets. The distribution of this medicine is not without problems as its practitioners make much use of metals and mineral compounds whose tolerance thresholds in the finished product are, in some cases, drastic due their toxicity. Warnings of the high levels of metal detected Canada and England in some drugs belonging to traditional Indian medicines have prompted the Indian health ministry to strengthen its quality control policy by compelling the pharmaceutical manufacturers to apply « Good Manufacturing Practices ». This regulation has had some consequences on siddha pharmaceutical production and its export, but also on the practice of siddha doctors, notably among those who hold significant place for selling medicaments abroad. As far as the knowledge of practitioners is concerned, what are the choices they make in order to avoid the risk of intoxication and to protect their reputation? How do they justify these choices, and what are their consequences on the future of this medicine which bases its specificity and therapeutic efficacy on the knowledge of iatrochemistry and alchemy? These questions, which explore transformations of traditional medical knowledge due to the pressure of western countries to apply a regulation to these medicines similar to theirs, will be tackled in the second part of this article, after having exposed the case of heavy metals.

Keywords:

  • siddha medicine
  • ayurveda
  • how-know
  • manufacturing units
  • exportation
  • intoxication
  • heavy metals

Palabras claves:

  • medicina siddha
  • ayurveda
  • know-how
  • unidades manufactureras farmaceuticas
  • exportacion de medicinas
  • intoxicacion
  • metales pesados

Mots-clés éditeurs : ayurveda, exportation, heavy metals, how-know, intoxication, know-how, manufacturing units, medicina siddha, siddha medicine, unidades manufactureras farmaceuticas


Español

RESUMEN: MEDICINAS A PUNTO DE CRUZAR FRONTERAS: EL FUTURO DE LA MEDICINA SIDDHA

Se conocenpocas cosas sobre la medicina Siddha afuera de los países asiáticos que tienen grandes comunadades Tamil. Sin emabargo, en las últimas decenias, la revitalización de este sistema médico que tiene sus orígenes en el estado de Tamil Nadu ha empujado a una mayor promoción en mercados internacionales. La distribución de las medicinas tienes problemas relacionados a los compuestos metálicos en las formlaciones que a veces rebasan mucho los límites de toxicidad. Se han declarado avisos de prudencia al respecto en Canadá e Inglaterra en algunas medicinas que pertenecen a las tradiciones médicas indias que a su vez generaron políticas de control de calidad de lel ministerio de la salud de la India quien ha pedido a los fabricantes aplicar “Buenas practices manufactureras”. Esta reglamentación ha tenido efectos sobre la producción farmaceútica y su exportación pero también sobre las prácticas médicas de los doctores siddha, en particular aquellos que ocupan una posición importante por su promoción y venta de las medicinas en el extranjero. En cuanto a estas prácticas médicas ¿cuál han sido las opciones elegidas por los médicos para evitar los riesgos de contaminación y proteger su reputación? ¿Cómo se justifican estas opciones y cuáles han sido las consecuencias para el futuro de esta medicina que se basa su especificidad y eficacia terapeútica en sus conocimientos iatroquímicos y alquímicos? Estas preguntas que exploran la transformación del conocimiento médico tradicional bajo la presión de los paises occidentales para aplicar regulaciones similares a sus propias medicinas, forma la segunda parte del articulo después de haber expuesto el caso de los metales pesados.


Date de mise en ligne : 12/05/2011

https://doi.org/10.3917/rac.012.0071

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