Article de revue

Les réseaux transnationaux des ONG et le rôle joué par le facteur « savoir » dans la contestation menée contre les multinationales : l'exemple de la Coordination contre les risques de Bayer (CRB)

Pages 414 à 429

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  • Langer, S.
(2009). Les réseaux transnationaux des ONG et le rôle joué par le facteur « savoir » dans la contestation menée contre les multinationales : l'exemple de la Coordination contre les risques de Bayer (CRB) Annales de géographie, 668(4), 414-429. https://doi.org/10.3917/ag.668.0414.

  • Langer, Stephan.
« Les réseaux transnationaux des ONG et le rôle joué par le facteur “savoir” dans la contestation menée contre les multinationales : l'exemple de la Coordination contre les risques de Bayer (CRB) ». Annales de géographie, 2009/4 n° 668, 2009. p.414-429. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2009-4-page-414?lang=fr.

  • LANGER, Stephan,
2009. Les réseaux transnationaux des ONG et le rôle joué par le facteur « savoir » dans la contestation menée contre les multinationales : l'exemple de la Coordination contre les risques de Bayer (CRB) Annales de géographie, 2009/4 n° 668, p.414-429. DOI : 10.3917/ag.668.0414. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2009-4-page-414?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ag.668.0414


1 Au cours de ces dernières années, les organisations non-gouvernementales (les ONG) sont devenues des acteurs puissants, qui n’influencent pas seulement les décisions politiques à différents niveaux spatiaux et politiques mais également les décisions stratégiques des patrons d’entreprises multinationales. Il est encore possible d’avoir une vue d’ensemble des ONG dont le nombre est relatif et le budget reste limité. Malgré cela, elles ont réussi à s’organiser en réseaux transnationaux, ce qui leur permet un échange d’informations efficace mais également de générer un savoir qu’elles peuvent mettre à profit dans leurs campagnes contre les patrons de multinationales. Le présent article résume les résultats d’un projet de recherche qui a concentré son attention sur la coordination de l’ONG « CBG » contre les dangers de l’entreprise BAYER. CBG travaille en coopération avec de nombreux acteurs du monde entier localisés aux endroits où l’entreprise chimique BAYER est présente, représentée par des entreprises sœurs ou des filiales. Partant d’une base théorique comprenant les aspects importants de la théorie des réseaux ainsi que d’une vue d’ensemble des domaines de la recherche sur le savoir et le transfert du savoir, ce projet de recherche a pour but d’apporter des réponses à la question de savoir comment travaillent ensemble les différents acteurs d’un réseau non-gouvernemental transnational. Comment se déroule le transfert d’informations entre les différents acteurs et de quelle façon ce savoir est-il modifié de façon à ce qu’il puisse constituer une ressource de pouvoir essentiel contre les adversaires.

2 Au cours de ces dernières années, les organisations non-gouvernementales (les ONG) sont devenues des acteurs puissants, qui n’influencent pas seulement les décisions politiques à différents niveaux spatiaux et politiques mais également les décisions stratégiques des patrons d’entreprises multinationales.

3 Il est encore possible d’avoir une vue d’ensemble des ONG dont le nombre est relatif et le budget reste limité. Malgré cela, elles ont réussi à s’organiser en réseaux transnationaux, ce qui leur permet un échange d’informations efficace mais également de générer un savoir qu’elles peuvent mettre à profit dans leurs campagnes contre les patrons de multinationales. Le présent article résume les résultats d’un projet de recherche qui a concentré son attention sur la coordination de l’ONG « CBG » contre les dangers de l’entreprise BAYER. CBG travaille en coopération avec de nombreux acteurs du monde entier localisés aux endroits où l’entreprise chimique BAYER est présente, représentée par des entreprises sœurs ou des filiales. Partant d’une base théorique comprenant les aspects importants de la théorie des réseaux ainsi que d’une vue d’ensemble des domaines de la recherche sur le savoir et le transfert du savoir, ce projet de recherche a pour but d’apporter des réponses à la question de savoir comment travaillent ensemble les différents acteurs d’un réseau non-gouvernemental transnational. Comment se déroule le transfert d’informations entre les différents acteurs et de quelle façon ce savoir est-il modifié de façon à ce qu’il puisse constituer une ressource de pouvoir essentiel contre les adversaires.

Introduction

4 Ces dernières années, les organisations non-gouvernementales (ONG) n’ont cessé d’attirer l’attention, en accusant publiquement les multinationales de destruction de l’environnement et d’atteintes aux droits de l’Homme. Des multinationales se sont ainsi vu, à plusieurs reprises, contraintes à changer leur comportement ; les ONG étant capables, grâce à leur dimension transnationale, de mettre en œuvre leur savoir de façon pertinente et de le transformer en un pouvoir efficace. C’est la raison pour laquelle, au cœur de la recherche empirique qui sous-tend cet article, se trouvent les questions de la construction, du traitement ainsi que du transfert de savoir dans les réseaux transnationaux des ONG. Les questions essentielles au centre de cette étude sont les suivantes : quelle place occupe le savoir dans les réseaux des ONG, comment ce savoir naît-il et comment se trouve-t-il transféré dans un réseau transnational d’ONG ? Comment le savoir devient-il une ressource de pouvoir des ONG et dans quelle mesure les discours construits jouent-ils un rôle dans la confrontation entre les réseaux transnationaux des ONG et les entreprises multinationales ?

5 Nous avons choisi, pour notre étude empirique, de travailler sur l’ONG Coordination contre les risques de Bayer (CRB) qui, depuis presque trois décennies, a créé un réseau transnational destiné à surveiller les activités de la multinationale chimique et pharmaceutique BAYER. Cette mise en réseau transnationale de la CRB, destinée à surveiller l’acteur global, représente un cas particulier sur la scène des ONG qui souvent voient la globalisation d’un œil critique. Alors que la plupart des ONG s’occupent de différents secteurs privés issus de branches définies, de complexes thématiques spécifiques ou d’institutions politiques, la CRB s’est créé un réseau dont les membres fournissent en continu des informations ayant exclusivement trait à une multinationale ; ces membres, en contrepartie, profitent du savoir de la CRB lors de leurs campagnes de protestation contre BAYER. Le réseau transnational de la CRB a été, pour l’étude que nous avons menée, d’un grand intérêt, et ce pour deux raisons : il doit d’une part être considéré comme un cas unique, d’autre part, compte tenu de la longue attention dont il a été l’objet et des données existantes sur le transfert du savoir, l’étude de ce réseau semblait être particulièrement prometteuse.

6 Nous présenterons d’abord quelques bases conceptuelles, puis les résultats de la recherche empirique. La collecte des données a été effectuée en septembre 2004, elle comprenait des interviews qualitatives semi-directives menées auprès des représentants de la CRB en Allemagne et de leurs partenaires du réseau transnational qui, eux, en raison de la distance, ont dû être interviewés par téléphone. Les stratégies discursives de BAYER et de la CRB ont été examinées à l’aide d’une méthode fondée sur l’analyse discursive.

1 Réseaux transnationaux des ONG et le « facteur savoir »

7 Les réseaux des ONG sont capables, par-delà les frontières politiques et culturelles, de mobiliser du savoir et de le communiquer à l’opinion publique si efficacement qu’ils deviennent, pour les acteurs de la politique et de l’économie, des adversaires qu’il faut prendre au sérieux. Cependant, les observateurs des mass media ne voient souvent pas quelles tactiques ni quelles stratégies les ONG utilisent, quelles structures organisationnelles existent, ni comment la communication s’effectue dans les réseaux transnationaux.

1.1 Les représentants de la société civile contre la toute-puissance apparente des grands groupes

8 Le rôle des ONG comme représentants de la société civile fait certes l’objet, en particulier dans les sciences sociales, de discussions controversées (Klein, 2001, p.238 ; Wahl, 2000, p.309, cf. également l’article de R. Bläser et D. Soyez dans ce numéro), mais leur poids à la faveur de prises de décisions politiques nationales ou internationales, est largement reconnu. Une raison en est que les ONG pallient, avec leur expertise, les manques des appareils bureaucratiques étatiques.

9 Le fait qu’elles soient proches de la base et qu’elles connaissent les problématiques locales — dont les décideurs politiques ne sont souvent pas assez proches — joue ici un rôle important.

10 De plus, contrairement à l’État et à l’économie, les ONG disposent, dans la société, d’un haut degré de crédibilité et par là d’un poids important qu’elles savent mettre en œuvre avec succès dans leurs campagnes (Curbach, 2003, p. 47). Les ONG doivent cette ressource morale non seulement à leur acceptabilité et à leur légitimation, mais aussi à un pouvoir de définition qui leur permet par exemple de mettre à l’ordre du jour politique des problèmes sociaux et écologiques (Take, 2002, p. 63 et suiv.). Depuis les années 1990, elles combattent de plus en plus les zones d’ombre de la mondialisation économique et leurs acteurs principaux, les multinationales. Dans ce contexte, les succès qu’elles obtiennent, relayés de façon spectaculaire au niveau médiatique, sont autant d’exemples du pouvoir dont dispose la société civile globale.

11 Cependant, les relations entre les ONG et les entreprises ne se résument plus, depuis longtemps, aux actions ciblées comme la campagne Clean-Clothes par exemple, contre le fabriquant d’articles de sport Nike et la campagne Brent-Spar contre Shell ou aux manifestations comme celles de Seattle (1999) ou de Gênes (2001). D’un côté, les multinationales se voient exposées au pouvoir des ONG, à la stratégie du « monitoring », c’est-à-dire à la surveillance du comportement de ces entreprises et à ce qu’on appelle le Politics of Shame, cette forme théâtralisée et ironique qui épingle les manquements des entreprises et mène souvent les représentants de ces dernières à des situations embarassantes et à des explications défaillantes (Soyez, 2000, p. 38). De l’autre côté, ces confrontations avec les ONG ont fait comprendre aux multinationales qu’elles doivent, en suivant l’approche Stakeholder, intégrer de manière proactive les ONG dans leur planification d’entreprise. Cela explique la pratique désormais largement répandue de la coopération entre les entreprises et les ONG à travers le « sponsoring » environnemental, la certification des produits compatibles avec la protection de l’environnement et d’autres formes d’alliances stratégiques (Brunnengräber, Walk, 2001, p. 102 et suiv.).

1.2 Structures organisationnelles des ONG

12 Les types d’ONG sont aussi variés que les thèmes derrière lesquels elles se rangent, que les formes d’action qu’elles choisissent pour mettre en avant leurs objectifs. Dans les publications, on en distingue surtout deux types principaux : d’un côté les grandes organisations centralisées, qu’on appelle aussi les ONG à caractère de multinationale (cf. Greenpeace), de l’autre des réseaux et des coalitions plus ou moins stables formés à partir de différentes organisations de taille variée petites et grandes (cf. TANs, Transnational Advocacy Networks d’après Keck/Sikkink 1998, p. 8 et suiv.). Ces deux types allient, de façon différente, le niveau local, national et transnational. Les ONG à caractère de multinationale transmettent de manière centrale leurs connaissances et leurs programmes d’actions à leurs sections nationales et régionales, à partir de leurs centres internationaux de coordination. Les réseaux qui sont au centre de notre analyse sont formés de nombreux groupements relativement petits et constituent une structure flexible ce qui leur permet de pouvoir mobiliser différentes constellations de partenaires de réseaux (Curbach, 2003, p.65). Afin d’intensifier leur « force de frappe » contre les acteurs issus de l’État et de l’économie, les partenaires des réseaux transnationaux des ONG essaient de regrouper leurs ressources et d’étendre la portée de leurs actions par le biais de la transnationalisation. Dans le concept de Politics of Scale de Swyngedouw (1997), on voit bien que les ONG relient, stratégiquement parlant, les niveaux d’échelles spatiales locales, nationales et internationales au coup par coup, en traitant les problèmes à l’échelle à laquelle telle pression est suffisante à la solution du problème,

13 Afin d’étudier les réseaux des ONG, il est nécessaire de recourir à des approches et à des concepts théoriques issus des sciences économiques et sociales. Au centre de l’analyse des réseaux, toutes les organisations concernées sont présentes comme nœuds, ainsi que leurs formes d’interaction et d’échange que l’on nomme des liens. Les relations d’échange entre les liens et les nœuds représentent une caractéristique importante du réseau. Augel (1999, p. 30) fait la différence entre les réseaux bidirectionnels et multidirectionnels, selon que la communication se passe entre un centre de réseau et quelques partenaires ou qu’il y a un échange important entre les partenaires. Les liens sont aussi caractérisés, dans les sciences économiques, de manière lâche ou serrée (angl. loose/tied coupling). On parle parfois de « couplage ». Les liens lâches ou « couplage lâche » contrairement aux liens serrés unissant des acteurs dans des systèmes hiérarchiques, sont associés à des membres du réseau qui conservent leur autonomie et sont libres de décider s’ils veulent poursuivre leur collaboration ou non. La collaboration librement consentie dans un réseau génère un contexte stable pour l’interaction et la communication entre les acteurs, ce qui a pour résultat des processus d’apprentissage et d’innovation interactifs (Bathelt, Glückler, 2000, p.172). Grabher (1994) indique que les réseaux caractérisés par des liens lâches établis sur la base d’un système commun de valeurs et de normes (belief-system) peuvent engendrer une grande variété d’idées, et par là de meilleures options pour trouver des solutions aux problèmes.

14 Il est clair que les réseaux à liens ou à « couplage » lâches se maintiennent grâce à la réciprocité des échanges. Cette relation d’échange est caractérisée par une contre-partie approximative et adéquate ainsi que par une relation durable et sociale. Elle ne repose pas sur des engagements contractuels, mais sur des accords informels. Les attentes des membres du réseau quant à la réciprocité forment le liant qui soude ce réseau, alors qu’une non-réponse aux attentes peut mener au départ de membres, et, dans le cas extrême, à la dislocation d’un réseau (Sydow, 1992, p. 95). En dépit d’une autonomie relativement grande des membres des réseaux ONG, on insiste régulièrement dans les publications, sur le fait que ceux-ci sont caractérisés par des relations de pouvoir et de domination différemment marquées (Messner, 1995, p. 235). Même si le pouvoir des membres composant un réseau ONG marqué par des liens lâches, augmente, les problèmes classés comme pertinents, les stratégies et les instruments adéquats quant aux solutions à apporter à ces problèmes, proviennent fréquemment d’ONG riches en ressources. Le pouvoir dans un réseau se trouve ainsi souvent exercé par les groupements les plus importants, ce qui justifie la fréquence des critiques formulées contre les ONG, en particulier quand il s’agit des rapports entre les ONG du Nord et celles du Sud.

1.3 Création et transfert de savoir dans les réseaux ONG

15 Les ONG utilisent différentes stratégies afin de développer leur masse d’informations et de savoir. l’une de ces stratégies consiste à la mise en réseau avec d’autres ONG correspondant à des niveaux d’échelle spatiale différente. Les membres d’un réseau peuvent agir ensemble sans contrainte, ils peuvent collecter et échanger des ressources. Ceci permet des processus d’apprentissage, grâce à la mise en commun de savoirs et à la mobilisation de savoirs non codifiables. Les conférences et les forums communs en particulier, comme par exemple les forums sociaux, qui attirent l’attention du monde entier, offrent des occasions de contacts directs et sont des lieux d’échange d’expériences et de transfert de savoirs. C’est ainsi que des contacts occasionnels directs des partenaires de réseaux complètent la communication souvent informelle qui a lieu par échanges téléphoniques, courriels, télécopies, Newsletter...

16 La mise en réseau est également nécessaire pour l’acquisition d’un savoir expert. Ce savoir n’est pas seulement obtenu par l’emploi de scientifiques et la mise en place d’établissements scientifiques propres, mais aussi par l’intégration dans des communautés épistémiques (Roth, 2001, p. 59). Take (2002, p. 173) décrit en détail la collaboration étroite avec des instituts scientifiques reconnus comme partie de telles communautés épistémiques ; c’est cette collaboration qui permet aux réseaux ONG de légitimer leurs positions et leurs revendications, notamment grâce à des expertises scientifiques, et d’élargir leur propre base de savoir.

17 Le traitement ciblé du savoir est donc une autre tâche importante des ONG. Ces dernières reçoivent, grâce à leur stratégie de surveillance du comportement des acteurs économiques et étatiques, de grandes masses d’informations de manière continu. Ces informations, de même que le savoir expert des ONG, doivent être traitées pour être transformés en une forme de savoir appropriée aux objectifs de l’organisation (Curbach, 2003, p. 73). Le but essentiel du traitement du savoir doit conduire à présenter des ensembles complexes le plus simplement possible et à développer des lignes d’argumentation claires. Il s’agit de gagner l’opinion publique à la cause défendue et de rendre le savoir accessible à la fois aux partenaires de réseau et à d’autres acteurs qui, de part leur possible éloignement géographique, sont en position d’infériorité résultant d’un accès insuffisant aux sources d’informations pertinentes (Keck, Sikkink, 1998, p. 18). Ces objectifs atteints, ce savoir pourra être utilisé quand surviendront des conflits et dans des campagnes, contre les multinationales par exemple.

18 Cela implique donc que le savoir n’est pas seulement communiqué à l’intérieur du réseau, mais aussi en direction de l’opinion publique. L’une des stratégies de communication menée par les ONG a pour but d’instruire et d’éduquer la population, mais une autre peut aussi servir de moyen de pression dans le but de mobilise la population. (Curbach, 2003, p. 73). L’utilisation stratégique du savoir des ONG peut être efficace aussi bien en tant que source de pouvoir que possibilité de modifier les discours. Keller (2001, p. 124). En construisant pour atteindre leurs objectifs, certains modes d’interprétation, les ONG n’abordent pas seulement un sujet spécifique mais des chaînes d’images et d’analyses. Elles veulent ainsi mobiliser la solidarité de la société avec des campagnes et des mouvements de protestation transnationaux.

2 Le réseau ONG transnational de la CRB

19 Dans les paragraphes suivants, nous analyserons, à titre d’exemple, le transfert de savoir dans le réseau de Coordination contre les risques de BAYER (CRB). Ce réseau critique, depuis de nombreuses années, les activités de la multinationale chimique et pharmaceutique BAYER de par le monde.

20 Ce grand groupe a son siège à Leverkusen, près de Cologne. Sur son site internet, il décrit ses compétences fondamentales dans les domaines de la santé, de l’alimentation... ((www. bayer. de). Le grand groupe, représenté sur les cinq continents par le biais de filiales et de sous-traitants, y est depuis longtemps présent grâce à des sites de production et des laboratoires de recherche. Depuis 2002, il est coté à la Bourse de New York. Cet acteur global emploie 94 000 personnes, ce qui le place au rang d’une des premières entreprises d’Allemagne.

2.1 La CRB et ses partenaires de réseau

21 Au fil de son histoire, la CRB est devenue une petite ONG, qui effectue du travail efficace. Avec quatre employés, un comité directeur, des bureaux à Dusseldorf et à Cologne, et avec 1 000 membres actifs, elle est en mesure de maîtriser un éventail relativement large d’activités. De nombreux membres se mettent bénévolement à disposition pour traduire des textes pour le site internet ((www. cbgnetwork. org)en quatre langues européennes, pour distribuer des tracts et participer aux campagnes d’action. À cela s’ajoute un comité d’experts venus des sciences de la nature et du secteur technique ; ces experts font profiter la CRB de leurs conseils. L’ONG peut assurer son indépendance financière grâce aux cotisations de ses membres, et à de nombreuses sources de revenus certes modestes, comme par exemple une cyberlibrairie, un commerce d’art et des investissements dans des fonds environnementaux.

22 La CRB a, comme la multinationale pharmaceutique et chimique BAYER, ses racines à Wuppertal où elle a été fondée en 1978 sous le nom de Initiative citoyenne de Wuppertal contre les risques environnementaux dus à BAYER. Après sa création, la mise en réseau, dans toute l’Allemagne, avec d’autres mouvements de citoyens et des ONG, s’est rapidement opérée. À l’occasion d’une action de protestation orchestrée au niveau international avec Greenpeace et d’autres ONG contre le déversement de déchets toxiques issus de la production du site de BAYER à Leverkusen, le réseau s’est élargi pour atteindre, au début des années 1980, une dimension transnationale. Depuis, le réseau dense ainsi créé surveille au niveau transnational, les activités de BAYER ; les nœuds de ce réseau regroupent des initiatives citoyennes, des acteurs locaux, des ONG ou des personnes engagées (par exemple des journalistes).

23 Grâce à son réseau transnational d’ONG, la CRB est présente là où BAYER a des filiales ou coopère avec des sous-traitants. Outre des initiatives citoyennes, des ONG et des personnes se trouvant sur place, d’importants partenaires de réseau sont implantés dans des contextes spatiaux proches du pouvoir comme Essential Information (EI) à Washington D. C. et le Bureau européen pour l’Environnement à Bruxelles, d’où ils peuvent mettre en réseau leurs propres savoirs et tenter d’influencer les décideurs, par un lobbying adapté.

2.2 Architecture du réseau

24 Il s’agit de mettre en lumière les liens qui existent entre les nœuds participant du réseau. Dans les interviews effectuées auprès des collaborateurs de la CRB, ceux-ci ont eu à classer leurs organisations partenaires, en tenant compte de la fréquence et des modes de communication. Trois catégories ont ainsi pu être établies (voir également tab. 1) en fonction de la densité des liens :

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  • contacts réguliers (catégorie 1) : les collaborateurs de la CRB ont déclaré des contacts réguliers et intenses, soit au moins un contact par téléphone ou par courriel par mois. Ces contacts s’établissent presque exclusivement avec les organisations relativement grandes, qui contestent la mondialisation, et dont les activités concernent les échelles régionales à globale. Une relation assez étroite a ainsi pu se développer avec des organisations européennes telles que Corporate Europe Observatory (CEO) et Corporate Watch UK (CW UK). La relative proximité spatiale permet des rencontres occasionnelles avec CRB.
  • contacts irréguliers (catégorie 2) : la CRB entretient aussi, avec des partenaires de réseau des contacts en particulier par courriel. Le contact se caractérise aussi par un échange relativement réduit effectué par le biais d’autres médias de communication. Cependant, en raison de la grande extension géographique de cette catégorie de partenaires de réseau, de ses livraisons continues d’informations et de sa mobilisation, ce groupe joue un rôle important dans le réseau. Les collaborateurs de la CRB considèrent comme partenaires de cette catégorie, le Network of Concerned Farmers en Australie, l’organisation Corporate Crime Reporter et un journaliste de Kansas City.
  • contacts rares ou uniques (catégorie 3) : dans cette troisième catégorie, le contact est très sporadique, souvent de courte durée ; très intense pour une campagne, il lui arrive parfois de s’interrompre complètement après. La MV Foundation et la Anti-Bayer Action Union appartiennent à cette catégorie, comme tant d’autres avec lesquelles la CRB a collaboré au cours de son histoire.

26 Le réseau de la CRB se caractérise par des « couplages » lâches, les liens entre les différents nœuds sont donc, selon les cas, plus ou moins actifs. Ainsi, une représentante de l’ONG Essential Information à Washington D. C. indique quant à la collaboration avec la CRB qu’il s’agit « en premier lieu d’envoyer à la CRB des articles susceptibles de l’intéresser en ce qui concerne BAYER ». Cet échange plus ou moins continu d’informations a donc lieu de façon relativement anonyme sous forme de courriels ou de Newsletter. Cependant des contacts directs occasionnels sont importants pour renforcer la relation et la coopération. Selon les personnes interviewées, il est nécessaire, pour une coopération fructueuse sur le mode du « couplage » lâche au sein du réseau de la CRB, que les domaines thématiques principaux des organisations se rejoignent et que les ressources financières ainsi que les budgets-temps des différentes organisations ne soient pas sollicités outre mesure. Les attentes de réciprocité de la part des nœuds du réseau sont donc déterminées en fonction de ce que l’organisation est elle-même capable de fournir pour les préoccupations communes. Étant donné que, souvent, cela ne va pas au-delà de l’envoi d’une Newsletter par exemple, les partenaires de réseau s’attendent tout au plus à être informés en continu par courriels sur ce qui se passe.

27 Les interviews ont fait apparaître clairement que les « couplages » lâches permettent une ouverture et une flexibilité, vis-à-vis de nouvelles organisations qui veulent pénétrer dans le réseau ou simplement y apporter d’autres approches thématiques. C’est ainsi que la CRB a été en mesure de participer à l’organisation d’une campagne dans laquelle BAYER, et d’autres grands groupes chimiques, ont été publiquement critiqués parce que leurs fournisseurs en Inde permettaient le travail des enfants pour la production de semences. Bien que la CRB ne se soit auparavant jamais occupée de cette thématique, il lui a été rapidement possible, selon un de ses représentants, de s’entendre à la fois avec des organisations issues de son propre réseau et d’autres aux thématiques différentes, sur un mode d’action et une prise de position communs dans les médias.

28 Les partenaires du réseau CRB interrogés disent qu’ils ne sont pas en contact direct entre eux, même s’ils se connaissent de nom et s’ils travaillent dans le même éventail thématique. On peut ainsi décrire le réseau ONG transnational de la CRB comme un réseau bidirectionnel (Augel, 1999, p. 30) dans lequel la CRB garde le contact avec différentes organisations et interagit avec les différents nœuds, ces derniers ne communiquent toutefois pas de leur propre chef ou ne sont pas en relation les uns avec les autres indépendamment de la CRB.

Tab. 1

Vue d’ensemble des quatre organisations importantes, partenaires de réseaux de la CRB (Source : ébauche personnelle basée sur les interviews de Septembre 2004). Overview of the four most important organisations, partners in the CRB network (Source : personal draft based on interviews, September 2004)

Tableau comparatif des organisations internationales, leurs objectifs, membres et activités principales.

Vue d’ensemble des quatre organisations importantes, partenaires de réseaux de la CRB (Source : ébauche personnelle basée sur les interviews de Septembre 2004). Overview of the four most important organisations, partners in the CRB network (Source : personal draft based on interviews, September 2004)

Tab. 1

(suite)

Tableau comparatif de stratégies et ressources pour différentes organisations.

(suite)

2.3 Savoir et transfert de savoir dans le réseau de la CRB

29 En raison de sa longue expérience de contestation du groupe BAYER et de manifestations contre les dangers potentiels qu’il fait courir à l’homme et à l’environnement, la CRB possède un solide savoir expert concernant les activités transnationales de cet acteur global. Le suivi continu du grand groupe depuis 1978 et la récolte de toutes les observations rassemblées dans le monde par la CRB grâce à son réseau, permettent aux collaborateurs de celle-ci de livrer aux partenaires de réseau et à de nombreux autres contestataires du grand groupe et de la mondialisation, des informations détaillées. Celles-ci concernent le développement du groupe dans le temps, ses infrastructures de commercialisation et de production, sa gamme de produits, elles concernent aussi les conflits passés et la manière dont BAYER les a traités.

30 L’organisation dispose d’abondantes archives dans lesquelles figurent des documents, des articles de journaux, des publications de BAYER, du matériel audio et vidéo etc., Elle tient cela à la disposition de ses organisations partenaires et des journalistes. Ces matériaux fournissent d’un côté — de manière exemplaire à partir du cas BAYER — des informations importantes quant au développement de stratégies d’expansion globale de multinationales ; d’un autre côté, ils rendent visibles les stratégies et les tactiques utilisées par les contestataires de la mondialisation pour construire un contre-pouvoir. Les collaborateurs de la CRB peuvent fournir des renseignements sur la construction de réseaux, le suivi, la mobilisation de la société civile et l’utilisation des médias.

31 Les collaborateurs de la CRB ont montré clairement, lors des interviews, qu’il était essentiel, pour leur travail, de transformer un savoir individuel en savoir collectif. La compréhension et la présentation d’une prise de position fondée sur des thèmes tels que les conséquences de l’usage du génie génétique et des pesticides se font à partir du savoir spécialisé individuel d’experts. Au sein de la CRB, de nombreuses informations collectées par le réseau sont fournies aux experts en chimie ou en physique, afin qu’ils en mesurent et en évaluent la portée. Ces experts mettent alors le contenu de ces informations à la disposition du comité directeur de la CRB et, le cas échéant, en contrôlent aussi le bien-fondé. Ce traitement du savoir opéré ici par les experts de la CRB a comme fonction de permettre au comité directeur de la CRB d’être en mesure de justifier objectivement, vis-à-vis de l’opinion publique, son interprétation, par exemple des effets d’un pesticide ou d’un médicament de BAYER et d’en faire une lecture compréhensible pour tout le monde.

32 Le contact direct que la CRB entretient avec des acteurs sur les sites de production de BAYER lui permet d’utiliser une grande quantité de savoir émanant de personnes concernées ; ce savoir peut être communiqué à l’opinion publique en Allemagne, par exemple, sous forme de rapports de témoins.

33 De plus, lorsque des « activistes » originaires des pays en voie de développement viennent en Allemagne, c’est pour la CRB, une possibilité de reprendre à son compte des contenus explicites de savoir — par exemple sous forme de documents écrits. Cependant, il est encore plus important que des savoirs tacites puissent être acquis par ses partenaires, par exemple lors de workshops, de conversations informelles et de campagnes menées conjointement.

34 Le transfert de savoir dans le réseau ONG de la CRB a lieu à différents niveaux de la communication. Le secrétaire général de la CRB nous a indiqué que, pour les contacts internationaux, l’internet tout d’abord, puis le téléphone et les contacts directs jouaient un rôle dans la transmission de l’information. Les représentants des partenaires de réseau ont aussi confirmé que l’internet, moyen de communication relativement nouveau, occupait une place prépondérante, en particulier grâce à la possibilité d’envoyer rapidement et à moindre frais, des courriels à un ou plusieurs correspondants. De plus, le site internet de la CRB, qui n’est pas seulement disponible en allemand mais dans quatre autres langues européennes, met à disposition une partie du savoir de cette organisation, non seulement pour les partenaires transnationaux de réseau, mais pour tout un chacun. Depuis la mise en ligne du site de la CRB, le nombre d’utilisateurs n’a cessé de croître et atteint à l’heure actuelle les quelque 12000 consultations hebdomadaires. C’est aussi via l’internet que les Newsletters de la CRB, rédigées en anglais, sont envoyées à espaces réguliers aux partenaires de réseau.

35 La CRB fait passer aussi ce savoir par son magazine Stichwort BAYER (Mot-clé BAYER), qui paraît aussi en anglais sous le titre Keycode BAYER. De surcroît, les collaborateurs rédigent régulièrement des articles qui sont proposés — par l’intermédiaire du service de presse — aux différents quotidiens et hebdomadaires. Ce vaste travail en direction de la presse et de relations publiques est complété par des conférences que les collaborateurs de la CRB tiennent régulièrement dans des contextes différents. Ils sont également sollicités pour donner des renseignements sur leurs expériences sous forme de workshops et par la participation à des rencontres, comme par exemple le Forum social européen de Florence (novembre 2002). À ces occasions, ils sont sollicités en tant qu’experts. Les partenaires de réseau interviewés s’accordent à dire que leur savoir et les informations qu’ils transmettent à d’autres représentent une part importante de leur potentiel de pouvoir face aux multinationales. Une représentante de Essential Information (EI) explique dans ce contexte :

36

Promptly delivered information can catalyze a community to aggressively oppose a dangerous project, or provide an organization with substantiation for its claims in a heated campaign. Information provided by our organization has provided activists with organizing tools to confront corporate aggression.

37 Conformément à l’expérience des personnes interrogées, la mise en œuvre des bonnes informations au bon endroit et au bon moment a souvent l’effet souhaité : une entreprise puissante doit céder aux exigences d’un groupe relativement modeste d’opposants. Les actions concertées de personnes touchées localement et du réseau ONG transnational de la CRB ont pour objectif, en application de la Politics of Scale (Swyngedouw, 1997), de faire connaître les dommages et les problèmes causés par BAYER. Il s’agit aussi de contrôler le respect des accords, comme par exemple l’engagement de BAYER dans le cadre de son adhésion au Global Compact des Nations Unies. Ceci peut être illustré par la campagne que la CRB a menée en 2003 contre le travail des enfants dans la production indienne de semences par des fournisseurs de BAYER, MONSANTO et UNILEVER. Après que l’attention de la CRB ait été attirée par une organisation partenaire britannique, sur le cas, la CRB s’est mise en réseau avec des ONG indiennes qui, à leur tour, ont permis à la CRB d’être en mesure de donner le coup d’envoi d’une campagne médiatique en Allemagne. Par le rappel de ses engagements dans Global Compact, BAYER fut obligé à des prises de position et des changements de ses méthodes de production ; aujourd’hui encore, BAYER continue à être surveillée par des ONG locales.

38 L’intervention régulière des représentants de la CRB lors de l’assemblée générale des actionnaires de BAYER est un instrument important à l’aide duquel la CRB peut se servir de son savoir comme facteur de pouvoir. Devant plusieurs milliers de personnes et de nombreux représentants des médias, ceux qu’on appelle les actionnaires critiques de BAYER pointent du doigt des problèmes et des dangers qui émanent, dans le monde entier, de BAYER.

39 De plus, des partenaires de réseau interviennent régulièrement pour articuler leurs préoccupations concrètes, comme par exemple en 2003 le représentant de Pesticide Action Network (PAN) des états andins, qui a fait un rapport sur les méthodes de commercialisation du groupe dans sa région d’origine. Cette Politics of Shame mise en œuvre par la CRB relève d’un avocat américain qui, en 2002, a parlé au nom des victimes américaines du médicament LIPOBAY (Ostendorf, 2002). Par de telles interventions, la CRB ne fait pas qu’utiliser, avec un effet garanti dans l’opinion publique, son propre savoir d’experts, elle mobilise aussi celui de ses partenaires, pour mettre sous pression le groupe BAYER. Ainsi, même si ce n’est pas de manière directe, les activités de l’ONG concourent à déconstruire le discours de la puissante multinationale, ou tout au moins de le problématiser.

40 Lors de cette recherche, nous avons comparé les publications du sous-traitant Bayer CropScience et celles de la CRB à propos du thème du génie génétique, nous avons procédé à la confrontation du discours des acteurs. Nous avons constaté que les déclarations de fond contenues dans les publications de BAYER et celles de la CRB concernant l’évaluation de la sécurité, du contrôle et de l’utilité du génie génétique divergeaient foncièrement. La CRB tente de délégitimer, tant sur le fond que sur la forme, le discours de BAYER ; elle le fait en montrant l’inexactitude des déclarations de la multinationale et en attirant l’attention sur les éléments émanant de l’étranger, elle présente BAYER sous un jour critique. Les stratégies de déconstruction et de délégitimation du discours prôné par BAYER sont considérées par des représentants de la CRB et des partenaires de réseau interviewés, comme étant les éléments les plus importants de la contestation contre la multinationale. Ces stratégies montrent bien que le savoir existant qui concerne les activités de BAYER de par le monde peut être utilisé comme facteur de pouvoir.

41 Pour conclure, on peut constater que le savoir représente une ressource importante de pouvoir pour les ONG. Celles-ci peuvent l’utiliser efficacement dans des réseaux transnationaux contre des multinationales. Les structures organisationnelles permettent la transformation de savoir en ressource de pouvoir qui occupe une fonction de contrôle vis-à-vis des acteurs économiques et permettent de déconstruire efficacement dans l’opinion publique les discours tenus par les entreprises. La recherche empirique a clairement montré qu’une ONG relativement modeste comme la CRB, parce qu’elle est partie intégrante d’un réseau transnational, est à même de mettre en difficultés un acteur global et de l’amener à changer de comportement.

Conclusion

42 Cette recherche a montré que le réseau ONG transnational de la CRB représente une structure organisationnelle efficace, capable de contrôler et d’influencer la multinationale BAYER. Si un incident a lieu sur un site de production quelque part dans le monde, si des salariés sont licenciés illégalement ou si le groupe tait sciemment les effets secondaires de ses produits, la tâche des partenariats transnationaux n’est pas seulement de diffuser ces informations dans le réseau, mais aussi de les faire parvenir là où elles peuvent être utilisées par le biais de campagnes et d’actions de protestation concrètes. Le savoir, géré par la CRB, transféré dans le réseau et, au moment opportun, utilisé efficacement vis-à-vis de l’opinion publique, représente le fondement de la surveillance de la multinationale. Cela ne fait que confirmer la thèse de Castell (1995, p. 349) selon laquelle : « les gens vivent dans des lieux, le pouvoir s’exerce par les flux ». La présence physique des acteurs sur certains lieux est un élément central pour la production de savoir (cf. article de Bläser dans ce numéro). Cependant, le savoir ne devient moyen de pression et finalement facteur de pouvoir efficace dans l’espace qu’à partir du moment où il est transféré dans un réseau transnational d’ONG et présenté de telle façon que les discours hégémoniques des multinationales s’en trouvent déconstruits et délégitimés.

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Mots-clés éditeurs : mondialisation, multinationales, Organisation non gouvernementale, théorie des réseaux

Date de mise en ligne : 01/01/2010

https://doi.org/10.3917/ag.668.0414