Teofilo Fabian Ruiz A King Travels : Festive Traditions in Late Medieval and Early Modern Spain Princeton/Oxford, Princeton University Press, 2012, XV-356 p.
- Par François Foronda
Page 813
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Notes
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[1]
Alain BOUREAU, « Les cérémonies royales françaises entre performance juridique et compétence liturgique », Annales ESC, 46-6, 1991, p. 1253- 1264.
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[2]
Jean BOUTIER, Alain DEWERPE et Daniel NORDMAN, Un tour de France royal. Le voyage de Charles IX, 1564-1566, Paris, Aubier, 1984.
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[3]
Teofilo Fabian RUIZ, « Elite and Popular Culture in Late Fifteenth-Century Castilian Festivals : The Case of Jaén », in B. A. HANAWALT et K. L. REYERSON (éd.), City and Spectacle in Medieval Europe, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1994, p. 296-318.
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[4]
José Manuel NIETO SORIA, Ceremonias de la realeza : propaganda y legitimación en la Castilla Trastámara, Madrid, Nerea, 1993.
1 L’historien américain d’origine cubaine Teofilo Fabian Ruiz est bien connu du public français, grâce, notamment, à deux articles publiés dans les Annales : le premier sur la non-sacralité de la monarchie castillane (1984), le second sur le déploiement festif de mai 1428 à Valladolid (1991), où le privé de Jean II de Castille, Don Álvaro de Luna, s’employa à mettre en scène un triomphe monarchique qui célébrait en même temps sa propre victoire contre le parti des cousins du roi, les infants d’Aragon. Ces articles alimentèrent le débat sur la sacralité du pouvoir royal en Castille. Au-delà, ils représentèrent une contribution marquante à la discussion portant sur le sens à donner à la ritualisation du pouvoir, dont un moment majeur fut la critique par Alain Boureau de la lecture univoque de l’école cérémonialiste américaine [1].
2 Les rituels, les déploiements festifs et la symbolique du pouvoir sont à nouveau au cœur de l’ouvrage de T. Ruiz, lequel fait figure de retour aux sources, ce dont témoigne l’appendice consacré aux célébrations vallisolétaines de 1428. Le point de départ est cependant bien plus tardif : les voyages de Philippe II d’Espagne dans les royaumes de sa couronne d’Aragon en 1584-1585 et 1592. Contemporain et comparable, même si d’une autre dimension spatiotemporelle, le tour de France de Charles IX avait donné lieu à une analyse modélique que n’avait pas manqué de saluer Bernard Lepetit dans les Annales [2]. Mais en faisant du tour de Philippe II le prétexte d’un propos sur les traditions festives en Espagne du milieu du XIVeau milieu du XVIIe siècle, T. Ruiz présente un livre peu convaincant. L’intention n’est pas en cause. Déconstruire un objet, identifier les différents éléments qui le configurent, remonter les chaînes de leurs précédents, contextualiser ces maillons, et tenter ainsi tant de souligner leur sens changeant que de les replacer dans une perspective de longue durée constitue un beau programme. Mais la mise en œuvre est loin de répondre à l’ambition affichée, pour deux raisons structurelles : un plan d’ouvrage déroutant et une pratique du remploi discutable.
3 Le plan tout d’abord. Le tour royal de Philippe II n’est analysé qu’à partir du cinquième chapitre. Le traiter d’emblée aurait permis à l’auteur de mieux justifier les choix des remontées (quelques tableaux et statistiques étaient envisageables) qu’il opère pour illustrer les entrées royales, la fête chevaleresque, les combats simulés et autres « entremets » guerriers, le carnaval ou encore la fête duCorpus Christi. Apparaissant trop tardivement, le tour de Philippe II force le lecteur à prendre un chemin de supposées traditions festives dont le tracé se perd à force de redites, de renvois vers des étapes déjà passées et d’autres à venir, ou encore d’allers-retours temporels qui, parfois, lui font dévaler des pentes anhistoricistes.
4 Le remploi ensuite. Les compilations d’articles sont un genre utile. Elles permettent aux lecteurs un accès plus aisé à une réflexion dont le suivi peut être rendu malaisé par la dispersion éditoriale. Pour l’historien, c’est l’occasion de marquer un arrêt, d’ordonner sa production et de souligner certains axes de ses recherches. Mais ce genre ne va pas sans transparence. Elle fait défaut ici, alors même qu’une bonne part de l’ouvrage reprend, réagence et réécrit des réflexions et des travaux déjà publiés. On ne peut reprocher à T. Ruiz d’avoir de la constance dans ses thèmes de recherche, mais elle vire trop souvent ici à l’auto-copier-coller. Le lecteur comparera ainsi certains passages de ce King Travels et du précédent Spanish Society (2001), en particulier ceux relatifs aux typologies festives, au carnaval, à la fête duCorpus Christi ou aux autodafés. Il pourra encore comparer les chapitres consacrés aux entrées royales aux articles que l’auteur a publiés sur les célébrations festives à Jaén et sur les entrées royales à Séville [3].
5 À lire ces pages consacrées aux entrées – près du quart de l’ouvrage, sans compter les entrées de Philippe II, dont celle de 1585 à Saragosse qui avait donné lieu à un article publié en 2012 –, le lecteur pourrait croire que, depuis les travaux de Rosana de Andrés Díaz (un article descriptif seulement basé sur les relations de ces entrées dans les chroniques et publié en 1984) et de J. Nieto Soria [4], ce champ de la ritualité politique est resté en jachère. T. Ruiz a fait tout simplement l’économie d’une actualisation. Il manque dès lors ces jalons essentiels que sont les travaux d’Ana Isabel Carrasco Manchado pour la Castille et de Miguel Raufast Chico pour la couronne d’Aragon. Quant à la série des entrées à Séville, à laquelle l’auteur consacre un long développement, elle est incomplète du fait de l’oubli des entrées d’Henri III en 1396 et 1402 et d’Henri IV (certes ratée) en 1454, dont j’ai souligné qu’elles formaient, avec celle d’Isabelle de Castille en 1477, une sous-série rituelle et narrative marquée par l’articulation profonde entre entrée et audience publique.
Date de mise en ligne : 14/10/2014