William Van Andringa , Quotidien des dieux et des hommes. La vie religieuse dans les cités du Vésuve à l’époque romaine Rome, École française de Rome, 2009, XXIV-404 p.
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- LACAM, Jean-Claude,
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- Lacam, J.-C.
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Notes
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Des ouvrages parus depuis pourront permettre d’approfondir et d’actualiser certains aspects de cette étude : ainsi sur les cultes domestiques, Marie-Odile LAFORGE, La religion privée à Pompéi, Naples, Centre Jean Bérard, 2009, et, plus globalement, sur les dernières découvertes archéologiques, Steven J. R. ELLIS (éd.), The Making of Pompeii : Studies in the History and Urban Development of an Ancient Town, Portsmouth, Journal of Roman Archaeology, 2011.
1 En dépit des innombrables ouvrages qui n’ont cessé de paraître sur Pompéi, il manquait une synthèse sur la vie religieuse de cette cité. William Van Andringa nous en offre une magistrale. Frappé par l’omniprésence des dieux au cœur des espaces publics et des demeures privées, l’auteur entreprend de dessiner pour nous un paysage cultuel des cités ensevelies par l’éruption du Vésuve en 79. Ne prenant en compte que l’époque romaine (depuis la fondation de la colonie à l’époque syllanienne), W. Van Andringa s’appuie, avec une grande maîtrise, sur un ensemble documentaire (essentiellement archéologique) exceptionnel, quoique d’exploitation délicate : aux disparités spatiales (Pompéi étant évidemment privilégiée, au détriment d’Herculanum, de Stabies et des territoires ruraux) s’ajoutent les méfaits des incessantes spoliations (commencées dès l’Antiquité) qui rendent difficile l’identification de nombreux édifices cultuels, sans parler des dégâts causés par l’érosion archéologique contemporaine.
2 La première partie aborde les cultes publics (divinités et édifices) : après une mise au point terminologique (sur les sanctuaires dits « publics » et « privés », sur les loca sacra et religiosa), l’auteur dresse l’inventaire des lieux de culte civiques au moment de la fondation de la colonia Veneria Pompeianorum. Il constate que les cultes préromains (vieux temples d’Apollon et d’Athéna, plus récents sanctuaires à Isis et à Jupiter) ont su trouver leur place au sein de la nouvelle communauté, au prix d’évolutions (ne serait-ce que l’adoption d’une nomenclature romaine) et de réorganisations (comme l’installation de la triade capitoline dans le temple toscan à six colonnes du forum).
3 Le chapitre suivant montre comment s’est poursuivie, deux générations plus tard, la recomposition du panthéon pompéien avec l’avènement du pouvoir impérial et l’introduction de nouveaux cultes. C’est l’occasion pour l’auteur de revenir sur l’identification souvent hésitante de nombreux édifices du forum. Il propose ainsi de voir dans le temple dit « de Vespasien » un templum Augusti, prenant comme argument essentiel le décor de l’autel ; en revanche, pour le sanctuaire édifié par la dénommée Mamia, il préfère discerner la présence d’un culte au Génie de la colonie (comme il en existait à Pouzzoles et Nola) plutôt qu’au Génie d’Auguste, habituellement admis. Quoi qu’il en soit, l’importance des honneurs rendus désormais à la famille impériale transparaît dans bien d’autres bâtiments : le portique dédié à Concorde Auguste par Eumachia, tout comme le temple de Fortune Auguste qui accueillait une statue du Princeps, et plus encore le sanctuaire dit « des Lares publics » qui serait en fait un espace consacré à la domus diuina (sur le modèle de la « basilique » d’Herculanum). Ces vénérations nouvelles – d’ailleurs peu présentes dans la sphère privée – n’éclipsent pas pour autant le culte des dieux plus anciennement implantés, dont les temples (tels ceux de Vénus, d’Apollon et de Minerve) continuent d’être embellis à l’époque impériale.
4 Le dernier chapitre de la partie souligne l’omniprésence des notables dans la religion publique : les pontifes et les augures, les flamines et autres sacerdotes sont systématiquement recrutés au sein de l’aristocratie locale, celle-là même qui fournit les magistrats (tous les prêtres inventoriés ont d’ailleurs exercé une charge publique). De même, la construction et la rénovation des temples incombent généralement à la cité, mais résultent parfois d’actes d’évergésie de la part des élites locales et même, durant les dernières années, de la part de familles d’affranchis (ce qui facilite leur intégration politique). La mainmise des notables est tout aussi prégnante à l’échelle des quartiers, dans la célébration des fêtes de vici.
5 Toujours consacrée au domaine public, la deuxième partie s’intéresse, quant à elle, aux pratiques religieuses. Un premier chapitre décrit « la vie dans les sanctuaires », insistant sur l’aspect fermé de nombreux lieux de culte qui peuvent prendre l’aspect de véritables « forteresses », tel l’Iseum avec son haut mur d’enceinte et ses huit serrures ! Ce n’est pas dans la cella, domaine de la divinité (matérialisée par une statue ornée), que les rites se déroulent, mais à l’extérieur : le sacrifice dans la cour, les banquets dans des salles qui donnent sur les portiques. À partir des structures archéologiques, l’auteur analyse avec précision les zones sacrificielles, relevant la position et la hiérarchisation des autels au sein des sanctuaires ; il définit les espaces de commensalité (cuisines et salles de repas) et souligne la présence constante et indispensable de l’eau (à des fins purificatrices).
6 Le chapitre suivant s’appuie sur une riche documentation iconographique (peintures et bas-reliefs, toujours prudemment et précisément analysés par l’auteur) pour nous faire revivre les nombreuses cérémonies qui scandaient la vie des Pompéiens : les sacrifices (au temple d’Auguste, dans l’Iseum, aux carrefours), les processions de la rue de l’Abondance (entre le forum et l’amphithéâtre), telle la pompa de Magna Mater, et même une lustration (qui serait représentée sur une peinture récemment découverte à Murégine).
7 L’ultime chapitre de cette partie se concentre sur le macellum où l’on vendait la viande des sacrifices publics (réalisés notamment sur le forum voisin) et au sein duquel l’auteur identifie, de manière convaincante, deux salles de culte, l’une dévolue au culte impérial, l’autre à celui de Mercure.
8 La troisième partie est consacrée à la religion privée et s’articule en trois chapitres (le cadre domestique, la sphère professionnelle, le domaine des morts). La maison est le domaine privilégié des Lares, dont le sanctuaire principal s’élève généralement dans un angle de l’atrium : chargés de protéger toute la familia et d’y faire régner la concorde, ils patronnent particulièrement la préparation de la nourriture, ce qui explique leur présence quasi exclusive dans les cuisines. L’analyse des décorations ornant les laraires et des restes osseux retrouvés dans les fouilles permet à l’auteur de préciser la nature des offrandes effectuées en leur honneur : porcs, figues, dattes, pommes de pin, guirlandes. Aux côtés des Lares, les panthéons domestiques accueillent le Génie du père de famille mais aussi des divinités bien connues de l’espace public : Vénus, Jupiter, Hercule, ou encore Mercure.
9 Les ateliers et les boutiques offrent eux aussi l’hospitalité à bien des dieux : les Lares encore, car il s’agit également d’espaces domestiques ; Mercure et Bacchus dans les auberges, Vesta dans les boulangeries ; et tandis que Cérès et Bacchus patronnent les activités agricoles, le dieu Sarno et Neptune sont appelés à favoriser les transports. Quelques pages reviennent sur le cas particulier des « associations religieuses » (telle la thiase bachique au sanctuaire de Sant’Abbondio) qui semblent fonctionner comme des collèges classiques, avec le repas en commun pour activité principale.
10 Croisant les sources textuelles et les données archéologiques (notamment de la nécropole de Porta Nocera), l’ultime chapitre s’intéresse, un peu rapidement, aux rites funéraires : au moment de la crémation (le corps étant brûlé le plus souvent au sein même de l’enclos funéraire) et quand la tombe devient un lieu de culte, apte à recevoir diverses offrandes (couronnes, grains, libations versées dans un tube) et même à accueillir des repas funèbres qui réunissaient vivants et défunts.
11 Sur le plan formel, la mise en page est soignée, la qualité des nombreuses illustrations, souvent en couleurs, est remarquable, les indices sont bien conçus et les coquilles fort rares. Un peu plus gênants peut-être sont le manque d’uniformité dans la citation des sources littéraires et épigraphiques (texte latin parfois sans traduction ou traduction parfois sans texte latin), ainsi qu’un certain déséquilibre entre les parties et, plus encore, entre les chapitres. La bibliographie aurait aussi sans doute gagné en clarté et commodité si avaient été réunis en une seule rubrique les « ouvrages de référence » (comme celui de Thomas Fröhlich) et les « travaux cités ». On peut regretter enfin une absence de bilans consistants au terme de chaque grande partie, de même qu’une certaine sécheresse de la conclusion finale.
12 Mais il ne s’agit là que de fautes vénielles qui ne remettent nullement en cause l’ampleur et l’excellence du travail réalisé, dans la lignée des réflexions de John Scheid sur le ritualisme romain et des dernières recherches sur l’archéologie du rite [1].
13 JEAN-CLAUDE LACAM
Date de mise en ligne : 10/12/2012