Article de revue

Médecine

Pages 5 à 7

Citer cet article


(2010). Médecine. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 65e année(1), 5-7. https://shs.cairn.info/revue-annales-2010-1-page-5?lang=fr.

« Médecine ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2010/1 65e année, 2010. p.5-7. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2010-1-page-5?lang=fr.

2010. Médecine. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2010/1 65e année, p.5-7. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2010-1-page-5?lang=fr.

Notes

  • [1]
    - Annales ESC, 24-6,1969, en particulier les articles de Mirko Grmek, Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, et Bernard Vincent. Au même moment, Jean MEYER, « Une enquête de l’Académie de médecine sur les épidémies (1774-1794) », Annales ESC, 21-4, 1966, p. 729-749 et Jean-Pierre PETER, « Une enquête de la Société royale de médecine : malades et maladies à la fin du XVIIIesiècle », Annales ESC, 22-4, 1967, p. 711-751 publiaient les résultats d’une enquête sur les archives de l’Académie royale de médecine à la fin du XVIIIe siècle.
  • [2]
    - Voir notamment Aline ROUSSELLE, « Du sanctuaire au thaumaturge : la guérison en Gaule au IVe siècle », Annales ESC, 31-6, 1976, p. 1085-1107.
  • [3]
    - Michel FOUCAULT, Naissance de la clinique. Une archéologie du regard médical, Paris, PUF, 1963.
  • [4]
    - Jacques LÉONARD, Les médecins de l’Ouest au XIXe siècle, Lille, Atelier Reproduction des thèses, Université de Lille III, 1978 ; Christophe CHARLE, « Histoire professionnelle, histoire sociale ? Les médecins de l’Ouest au XIXesiècle », Annales ESC, 34-4, 1979, p. 787-794.
  • [5]
    - Danielle JACQUART, Le milieu médical en France du XIIe au XVe siècle, Genève, Droz, 1981 ; Danielle GOURÉVITCH, Le triangle hippocratique dans le monde gréco-romain. Le malade, sa maladie et son médecin, Rome, École française de Rome, 1983.
  • [6]
    - Voir Agostino PARAVICINI BAGLIANI, Le corps du pape, Paris, Éd. du Seuil, [1994] 1997, ou Marilyn NICOUD, Les régimes de santé au Moyen Âge. Naissance et diffusion d’une écriture médicale, XIIe-XVe siècle, Rome, École française de Rome, 2007.
  • [7]
    - « Médicaments et société », Annales HSS, 62-2, 2007.

1 Pour les historiens en général, et pour les Annales en particulier, l’histoire de la médecine a d’abord été une histoire de la maladie, et même une histoire de la morbidité. Les grandes avancées de la démographie historique, dans les années 1960, ont particulièrement stimulé l’intérêt des historiens pour l’histoire des maladies et des épidémies. Guidées par l’étude des crises démographiques, de grandes entreprises collectives ont ainsi fait collaborer historiens et médecins autour de terrains comme l’histoire de la peste, dont témoigne en particulier le numéro des Annales en 1969, intitulé « Histoire biologique et société », qui contenait, à côté d’études démographiques, plusieurs articles explorant les pistes d’une histoire des maladies  [1]. Bacilles et microbes devenaient ainsi de nouveaux objets pour l’historien, qui se rêvait un peu épidémiologue. Puis, le regard s’est progressivement déplacé vers l’anthropologie historique de la maladie, du rapport à la souffrance et à la mort, ainsi que vers les pratiques de guérison, entre médecine et thaumaturgie  [2]. Mais déjà la question des institutions médicales se faisait jour à travers l’analyse même de la documentation constituée par les médecins de l’époque moderne. Sous l’influence notamment des travaux de Michel Foucault, une grande inflexion a marqué les travaux des historiens en focalisant l’attention autour de la clinique, dans sa double acception d’institution et de savoir  [3]. Les liens entre la spécificité du regard médical, fondé sur la sémiologie des corps, et la constitution de la santé en problème public furent, et restent, un des principaux horizons de recherche de nombreux historiens, tandis que les grands travaux d’histoire sociale de la médecine, comme ceux de Jacques Léonard sur les médecins du XIXe siècle, apportaient une contribution importante à la connaissance des milieux thérapeutiques [4]. Au même moment, en particulier pour les époques antique et médiévale, l’étude des sources médicales et leur analyse érudite prenaient un nouvel essor, ce qui a permis de mettre au jour la logique intellectuelle des traditions médicales de l’Occident avant la modernité scientifique  [5]. Ces approches ont convergé plus récemment dans une histoire du corps en plein développement, au croisement de l’anthropologie historique, de l’histoire des savoirs et d’une sociologie des pouvoirs  [6].

2 Enfin, ces dernières années, les principaux renouvellements sont sans doute venus des sciences studies qui permettent de réinterpréter l’histoire des savoirs médicaux en évitant un double péril : celui d’une lecture strictement internaliste des théories médicales et celui, symétrique, d’une détermination univoque par les conditions sociales ou les impératifs politiques. Ni histoire héroïque des découvertes médicales, ni dévoilement pessimiste du biopouvoir, cette histoire des savoirs médicaux étudie leur place dans l’ordre des connaissances, leur circulation sociale, leurs usages thérapeutiques et leurs enjeux politiques. Il y a trois ans, les Annales ont contribué à cette réflexion en publiant un dossier sur la sociologie des médicaments, qui proposait de réfléchir aux multiples enjeux – administratifs, sociaux, politiques, économiques, scientifiques – de la mise sur le marché de nouveaux agents thérapeutiques  [7]. Le numéro que nous proposons aujourd’hui est plus ouvertement historique et plus large thématiquement : de l’uroscopie médiévale au cancer du poumon, les articles réunis proposent des objets très différents répartis sur une longue période de temps. L’objectif est explicitement de donner à lire, sans aucune ambition d’exhaustivité, la diversité des approches aujourd’hui mises en œuvre en histoire de la médecine, et plus particulièrement en histoire des savoirs médicaux, de l’histoire sociale des doctrines à l’histoire du risque, en passant par l’épistémologie historique, l’histoire des sciences et l’histoire industrielle. Certains articles privilégient la circulation textuelle et sociale de ces savoirs (Laurence Moulinier-Brogi) ou leurs implications théologiques (Claire Gantet), d’autres leurs enjeux politiques (Guillaume Lachenal, Luc Berlivet) ou leurs mises en œuvre industrielles (Jean-Paul Gaudillière), d’autres encore la textualité même du regard médical sur les signes de la maladie (Sabine Arnaud). Les objets sur lesquels porte l’analyse conduisent des catégories de la pensée médicale aux artefacts produits par l’industrie pharmaceutique, sans négliger les traités savants ou plus populaires, les expériences utopiques de la médecine coloniale ou les opérations d’expertise dans un contexte sociopolitique complexe.

3 Ce qui rassemble les textes ici réunis, au-delà de cette diversité méthodologique et historiographique, est une commune volonté de lier précisément l’évolution des savoirs – médicaux, pharmaceutiques, biologiques –, les techniques et les pratiques qui les constituent, et les usages qui en sont faits. Repoussant la tentation téléologique d’une histoire des progrès de la science médicale, ils montrent que la production même de ces savoirs est intimement dépendante des contextes sociaux, confessionnels, politiques dans lesquels ils sont constitués, enseignés, pratiqués, et mettent en évidence leurs dynamiques et les régulations sociales qui leur sont associées – à l’heure où la menace d’une épidémie de grippe soumet à l’examen public aussi bien les savoirs des experts médicaux et les produits de l’industrie pharmaceutique que les décisions de l’administration sanitaire.


Date de mise en ligne : 08/03/2010