Serge Dormard, L’économie du Nord-Pas-de-Calais. Histoire et bilan d’un demi-siècle de transformations, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, « Géographie et aménagement », 2001,315 p.
- Par Michel Demonet
Page XXIX
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- DEMONET, Michel,
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1 Ce livre retrace l’histoire économique de la région du Nord-Pas-de-Calais de la fin de la Seconde Guerre mondiale à l’an 2000, sans négliger pour autant les aspects démographiques et sociaux. Il constitue à la fois une mine d’informations et une synthèse, sur une longue période, d’une masse d’études, d’analyses et de statistiques concernant une région archétypique de ces zones de vieille industrie, entrées parmi les premières dans la révolution industrielle et qui, après un développement et une prospérité considérables, se sont retrouvées face à des problèmes de reconversion qu’elles ont eu le plus grand mal à résoudre. C’est également une région où l’action des pouvoirs publics a été particulièrement importante.
2 L’auteur s’appuie sur des séries statistiques, même si celles-ci sont parfois difficiles à constituer sur le long terme, en particulier à cause des changements de nomenclature. Il a également recours, sur pratiquement toutes les questions abordées, à une comparaison systématique entre la région et l’ensemble de la France, les grandeurs et les évolutions mesurées n’ayant évidemment qu’une valeur relative. Lorsque les informations disponibles le permettent, il teste l’homogénéité des différentes zones constitutives du Nord-Pas-de-Calais pour déterminer si les transformations observées vont dans le sens d’une unification ou dans celui de la constitution d’un ensemble régional de plus en plus hétérogène.
3 À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Nord-Pas-de-Calais constitue un pôle majeur, aussi bien sur le plan démographique avec une population nombreuse, une natalité élevée, que sous l’angle économique avec une industrie puissante; c’est aussi la première région productrice de charbon en France, à une époque où le pays a grand besoin d’énergie pour réaliser sa reconstruction. Néanmoins, on discerne déjà les signes de faiblesses qui expliquent l’évolution ultérieure : industrie insuffisamment diversifiée, main-d’œuvre peu qualifiée, taux d’activité faible à cause d’un emploi féminin rare. On assiste, dès les années 1950, au déclin des grandes activités traditionnelles : les houillères et le textile. Ainsi, les revenus régionaux assez élevés connaissent une faible progression. Les conditions de vie sont moins bonnes que dans le reste de la France, en particulier en ce qui concerne le logement et la santé.
4 Dans ces conditions, au cours des Trente glorieuses, la croissance de la région est inférieure à celle du reste du pays. L’emploi stagne : il connaît une baisse dans l’agriculture et l’industrie, tout juste compensée par l’accroissement du tertiaire, mais guère plus. La structure industrielle se transforme avec un déclin de ses secteurs traditionnels, charbonnages et textile, alors que la plupart des autres activités régionales créent des emplois, en particulier la construction automobile, mais en nombre insuffisant pour compenser les pertes, et un chômage supérieur à celui de l’ensemble du pays s’installe durablement. Par ailleurs, si l’on constate une plus grande diversification industrielle, les spécialisations régionales évoluent lentement et leur structure sectorielle reste défavorable. La main-d’œuvre demeure peu qualifiée et les conditions de vie plus mauvaises qu’ailleurs. La situation démographique se dégrade : baisse de la fécondité, qui reste néanmoins élevée, et déficit migratoire en augmentation.
5 Les aides de l’État en faveur des régions en difficulté concernent le Nord-Pas-de-Calais dès les années 1950, mais ce n’est que vers 1960 que l’effort des pouvoirs publics va s’accentuer en sa faveur, avec le développement de la sidérurgie et du port de Dunkerque. Un soutien à la création d’emplois est également réalisé dans d’autres secteurs, en particulier la construction automobile. Ces efforts semblent porter leurs fruits, et la situation se redresse au début des années 1970, grâce également au développement du secteur tertiaire.
6 Ce redressement est interrompu par le premier choc pétrolier. Entre celui-ci et la fin du XXe siècle, l’industrie du Nord-Pas-de-Calais va perdre la moitié de ses effectifs. Cette dégradation est encore aggravée par le second choc pétrolier. Si une diminution des effectifs employés concerne pratiquement tous les secteurs, les pertes sont particulièrement concentrées dans les charbonnages, la sidérurgie et le textile, conduisant à une plus grande diversification de l’industrie régionale qui n’exclut pas la permanence de spécialisations importantes. Certes, le contexte national est très défavorable, mais s’y ajoutent une mauvaise structure industrielle et un dynamisme insuffisant. L’auteur quantifie la part de responsabilité de ces trois facteurs dans les pertes d’emplois des différents secteurs. Il constate également un appauvrissement du tissu industriel, avec une baisse importante du nombre d’entreprises.
7 Le secteur tertiaire, pour sa part, voit son importance croître considérablement, sans pour autant que son expansion compense entièrement les pertes de l’industrie. Cet essor s’est accompagné d’une meilleure qualification de la main-d’œuvre. Mais si le tertiaire s’est diversifié entre 1967 et 1977, il a eu tendance en moyenne à se concentrer ensuite, ce qui laisse craindre « une certaine fragilité de l’appareil productif régional ». La modification de la structure industrielle régionale influe cependant favorablement sur les échanges de la région du Nord-Pas-de-Calais avec l’étranger, avec une augmentation continue des échanges extérieurs de 1964 à 1999 et une couverture des importations par les exportations qui devient positive en fin de période.
8 Comment la diminution des emplois industriels s’est-elle traduite en terme de chômage ? L’évolution de celui-ci suit fidèlement celle de l’ensemble du pays, mais avec un écart défavorable à la région et qui va s’aggravant entre 1975 et 1985, pour perdurer ensuite. Certaines catégories, les femmes et les jeunes, sont particulièrement touchées, et le chômage de longue durée est plus répandu qu’ailleurs. Parmi les solutions qui auraient pu remédier à cette situation, on retrouve, une fois de plus, la diversification de l’activité régionale.
9 La dégradation de la situation a également nui au revenu, en moyenne par habitant l’un des plus faible du pays, une part non négligeable de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. Il n’est donc pas étonnant que le niveau de consommation moyen soit alors plus bas ici que dans le reste de la France et que persiste un retard du niveau de vie, en particulier dans les domaines du logement et de la santé.
10 Après le premier choc pétrolier, les aides des pouvoirs publics se sont multipliées. Mais la situation a été rendue plus complexe avec l’apparition aux côtés de l’État de deux nouveaux acteurs, la région et l’Union européenne. Il convient naturellement de s’interroger sur l’efficacité des interventions publiques. L’auteur reconnaît la difficulté de déterminer ce qui « se serait passé sans cette politique ». Il propose néanmoins une méthode d’estimation qu’il applique, à titre d’exemple, à l’emploi dans deux arrondissements bénéficiant de « l’aide aux régions en retard de développement » accordée par la Commission européenne.
11 Quel bilan et quelles perspectives d’avenir pour un Nord-Pas-de-Calais qui « donne l’impression d’un long et irrésistible déclin » sur le plan démographique et économique ? Le lourd héritage du passé qui avait fait la prospérité de la région, charbonnage, textile et sidérurgie, n’explique pas tout. « D’autres régions, en France et en Europe, confrontées aux mêmes problèmes, [...] ont réussi plus rapidement [...] leur mutation et figurent aujourd’hui parmi les territoires les plus dynamiques en Europe. » D’autres raisons, nombreuses, justifient un certain pessimisme : « Faible qualification de la main-d’œuvre, taux de création d’emploi insuffisant, niveau d’équipement collectif inférieur à la moyenne française, taux d’activité de la population insuffisante [...]. » Néanmoins la région dispose également de bon nombre d’atouts : « Une position géographique privilégiée dans l’Europe du Nord-Ouest, des infrastructures nombreuses et de qualité, la proximité des grandes métropoles internationales » et également « une population jeune et dense, un savoir-faire reconnu dans de nombreux domaines ». Dans ces conditions, l’avenir du Nord-Pas-de-Calais reste entièrement ouvert.
12 MICHEL DEMONET
Date de mise en ligne : 01/12/2005