La mort et l’au-delà en France méridionale ( XIIe -XVe siècle), Toulouse, Privat, « Cahiers de Fanjeaux-33 », 1998,546 p.
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- SCHMITT, Jean-Claude,
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Notes
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[1]
MICHELLE FOURNIÉ, Le ciel peut-il attendre ? Le culte du purgatoire dans le Midi de la France (1320 environ-1520 environ), Paris, Le Cerf, 1997.
1 En dépit d’une série déjà longue de colloques annuels, le Centre d’histoire religieuse médiévale de Fanjeaux (Aude) parvient encore à renouveler le choix de ses thèmes et – en sortant de l’histoire strictement dominicaine qui fut sa préoccupation majeure – à réserver à ses lecteurs d’heureuses surprises. C’est le cas avec ce trente-troisième volume, consacré à la mort. Certes, le thème n’est pas entièrement neuf pour les historiens, mais le point de vue régional permet d’attirer l’attention sur des traits propres au Midi. Outre une présentation de Jean-Louis Biget et une riche conclusion de Claude Carozzi, le présent volume réunit dix-sept contributions, regroupées en deux ensembles : « La mort en pays d’Oc : rites et représentations » et « La société méridionale et la mort ». À vrai dire, cette division apparaît artificielle, sinon injustifiée, dans la mesure où elle laisserait croire que la « religion » et la « société » puissent être, en la matière, opposées, ce que toutes les communications, ou peu s’en faut, démentent. Une autre répartition eût été utile, plus attentive à la nature propre des sources utilisées et au « visage méridional de la mort » réfléchi par chacune, qu’il s’agisse, dans la première partie de l’ouvrage, de l’hagiographie (Paul-André Sigal), des Vitae Fratrum du dominicain Gérard de Frachet (Bernard Montagnes), de la liturgie (Paul-Marie Gy), des nécrologes (Jean-Loup Lemaître), des actes des chapitres provinciaux dominicains (Daniel Picard), de la littérature hérésiologique (Huguette Taviani-Carozzi et Jacques Paul), et, dans la seconde partie, des testaments (Louis Stouff), des fondations de « bassins du purgatoire » (Michelle Fournié et Charles Peytavie), de l’épigraphie hébraïque (Gérard Nahon), de l’archéologie des cimetières (Jean-Claude Hélas), des exempla (Marie Anne Polo de Beaulieu), des statuts synodaux (Joseph Avril), des procès devant l’officialité (Jean-Louis Biget), du droit canonique (Henri Gilles), de l’architecture des cloîtres-cimetières (Géraldine Mallet) ou des tombeaux princiers (Christian de Mérindol). Cette simple énumération montre assez que d’autres regroupements étaient possibles, de manière à mieux révéler le travail de l’historien sur sa documentation ou à établir plus clairement les liens thématiques entre certains articles. Quoi qu’il en soit, l’ouvrage réserve de vraies découvertes : sans viser à l’exhaustivité, on peut mentionner la réflexion de M. Fournié – dans la suite de sa belle thèse [1] – et de C. Peytavie, sur l’appropriation progressive par les élites urbaines et le gouvernement des villes du soin des morts, par la fondation d’autels, de chapelles confiées aux « prêtres purgatoriers » et surtout de bassins de quête pour les âmes du purgatoire. Prometteurs aussi semblent les premiers résultats de la fouille de tout un cimetière médiéval, celui de Saint-Côme de Montpellier (J.-C. Hélas), qui permet d’étudier systématiquement les questions de l’évolution des modes d’ensevelissement, de la réutilisation des mêmes emplacements dans un espace de plus en plus exigu, du sex ratio et de la place des enfants (dans ce cas bien plus présents que dans d’autres fouilles, où les petits enfants apparaissent peu malgré le taux de mortalité infantile très élevé). Cette question est du reste reposée autrement par la communication de J.-L. Biget à propos de l’ensevelissement des enfants impubères. La conclusion de C. Carozzi fait bien plus que reprendre la matière, pourtant riche, apportée par l’ensemble des contributions. Elle a le grand mérite de prendre du recul pour proposer quelques hypothèses neuves et importantes. D’abord en insistant sur la prégnance du modèle de la mort du Christ dans les manières de mourir ou d’imposer la mort, le cas extrême des condamnés à mort demandant à être réintroduit dans le système général de la mort à la fin du Moyen  ge. Par ailleurs, sur la place singulière du Midi, qui n’a pas bénéficié comme d’autres régions du mouvement pénitentiel de réforme des XIe - XIIe siècles (réforme grégorienne, extension de Cluny, puis de Cîteaux) et s’est montré pour cela d’autant plus accueillant à l’hérésie, qu’elle soit de type apostolique ou de type cathare (avec, dans ce dernier cas, la pratique du consolamentum, en lieu et place de la pénitence prônée par l’Église). D’où le choc que représentent l’arrivée des Mendiants et bientôt leur succès, là où un Bernard de Clairvaux avait échoué : « L’introduction dans le Midi de nouvelles pratiques pénitentielles et funéraires joua un rôle fondamental dans l’effacement de l’hérésie. » Le lien se fait ici aisément avec la contribution de M. Fournié et C. Peytavie : la main dans la main avec les Mendiants (alliance bien analysée aussi par J.-L. Biget), les élites urbaines abandonnent le soutien à l’hérésie et se mettent à diffuser les « bassins pour les âmes du purgatoire ». Ajoutons que ce volume est muni d’un très riche index et, suivant l’habitude de la collection, de résumés des communications et de leur traduction anglaise.
2 JEAN-CLAUDE SCHMITT
Date de mise en ligne : 01/12/2003