Compte rendu

Silvia Orvietani Busch, Medieval Mediterranean Ports. The Catalan and Tuscan Coasts 1100 to 1235, Leyde, E. J. Brill, 2001, XV-298 p.

Page XIX

Citer cet article


  • Balard, M.
(2003). Silvia Orvietani Busch, Medieval Mediterranean Ports. The Catalan and Tuscan Coasts 1100 to 1235, Leyde, E. J. Brill, 2001, XV-298 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 58e année(6), XIX-XIX. https://shs.cairn.info/revue-annales-2003-6-page-XIX?lang=fr.

  • Balard, Michel.
« Silvia Orvietani Busch, Medieval Mediterranean Ports. The Catalan and Tuscan Coasts 1100 to 1235, Leyde, E. J. Brill, 2001, XV-298 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/6 58e année, 2003. p.XIX-XIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2003-6-page-XIX?lang=fr.

  • BALARD, Michel,
2003. Silvia Orvietani Busch, Medieval Mediterranean Ports. The Catalan and Tuscan Coasts 1100 to 1235, Leyde, E. J. Brill, 2001, XV-298 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/6 58e année, p.XIX-XIX. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2003-6-page-XIX?lang=fr.

Notes

  • [1]
    CHRISTIAN GUILLERÉ, Girona al segle XIV, 2 vols, Barcelone, Publications de l’Abadia de Montserrat, 1993-1994.

1 Dans la lignée de Fernand Braudel, auquel mainte référence est faite au cours de son ouvrage, Silvia Orvietani Busch s’est intéressée à une période moins connue de l’histoire des relations maritimes et du grand commerce, celle qui précède l’apogée commercial des grands ports de la Méditerranée occidentale, Barcelone, Pise et Gênes. Son objectif est de montrer que les facteurs géomorphologiques, géographiques et politiques conditionnent la fondation et l’essor des grands ports sans doute davantage que les facteurs sociaux et économiques, traditionnellement retenus par les historiens. Son étude multidisciplinaire, s’appuyant sur la géographie physique, les fouilles archéologiques et d’importants dépouillements dans les archives de Barcelone, Tarragone, Perpignan et Pise, montre de manière comparative l’évolution des ports de Catalogne et de la Toscane du Nord, au cours des cent cinquante ans qui précèdent les débuts de l’expansion catalane et la plus grande splendeur de Pise, avant les déboires que subit cette ville à la fin du XIIIe siècle.

2 L’ouvrage est organisé en sept chapitres, les quatre premiers s’intéressant exclusivement à la Catalogne, les deux suivants à une comparaison entre les ports catalans et toscans, ainsi qu’à leurs relations au cours de la période considérée, le dernier constituant une ample conclusion. L’auteur retrace d’abord les grandes lignes de l’histoire de la couronne d’Aragon, depuis la fondation de la fédération Catalogne-Aragon en 1137, à la suite du mariage du comte de Barcelone Ramon Berenguer IVavec Pétronille, héritière contestée du royaume d’Aragon, jusqu’aux premières décennies du brillant règne de Jacques Ier le Conquérant. Elle souligne les étapes de l’expansion, depuis la première tentative contre les Baléares (« croisade » de 1113-1115) jusqu’à l’expédition victorieuse de 1229-1230. La géographie l’emporte dans le second chapitre qui examine la structure de la côte catalane, en partant de Collioure au nord, jusqu’à Cambrils, au sud de Tarragone. Tous les facteurs favorables à l’établissement d’un site portuaire sont précisément examinés.

3 L’auteur distingue ensuite les petits ports de la côte catalane et les deux grands organismes portuaires que sont Barcelone et Tarragone. En ce qui concerne les premiers, elle relève toutes les traces documentaires et décrit l’histoire de ces sites, le plus souvent d’origine romaine, qui bénéficient de facteurs favorables à une économie portuaire : une longue plage de sable et des hauts-fonds en un temps où le débarquement et le chargement des marchandises s’effectuent par allèges qui desservent les navires ancrés à quelque distance du rivage, protection d’une baie par un promontoire qui arrête vents et courants défavorables, présence dans l’arrière-pays d’un territoire fertile capable d’exporter ses productions, bon réseau de routes reliant la ville portuaire à des centres économiques importants. Les pouvoirs locaux, seigneurs laïques ou abbayes, interfèrent peu dans le devenir des petits ports, sinon pour prélever une partie des taxes portuaires.

4 Un très beau développement est consacré aux origines du port de Barcelone, dont les premiers documents commerciaux ne remontent guère au-delà de la fin du XIe siècle. L’essor est cependant rapide, bien que vers 1230, terme de l’étude, Barcelone ne dispose pas encore de véritable infrastructure portuaire, en dehors d’un funduq près du rivage, d’un chantier naval et d’une grande plage pour le déchargement des allèges. Le site portuaire s’est déplacé au cours du Moyen  ge de l’ouest au nord de la colline de Montjuïc. Son activité en forte croissance doit beaucoup à la position favorable de Barcelone par rapport aux centres de production et au soutien des autorités comtales. Mais, en opposition aux républiques maritimes italiennes, l’absence de fusion entre le groupe des guerriers et celui des marchands ralentit les investissements. Quant à Tarragone, centre de la province romaine et port prééminent sous les Wisigoths, elle subit une éclipse avec la conquête arabe (vers 720) et, redevenue chrétienne, peine à se redresser au XIIe siècle, face à la concurrence de Salou et de Cambrils, sur lesquelles elle ne l’emporte que tardivement.

5 Le chapitre V examine les ports de la Toscane du Nord : Luni, disparue vers l’an Mil, et surtout Pise, dont l’auteur retrace l’expansion en Méditerranée occidentale au cours du XIe siècle, marquée par les expéditions contre les Sarrasins. Le système portuaire de Pise est longuement décrit : port urbain d’abord, n’accueillant que des vaisseaux légers, Porto Pisano, ensuite, aménagé entre 1156 et 1163, puis l’ensemble des escales que Pise se ménage sur la côte sud de la Toscane et dans les îles Tyrrhéniennes. L’auteur s’efforce de montrer les similitudes et les différences entre ports catalans et toscans, la principale dissemblance étant l’écart d’un siècle entre l’essor de Pise et celui de Barcelone.

6 L’examen des échanges entre les cités catalanes et toscanes fait intervenir d’autres partenaires, en particulier Gênes qui a cherché au cours du XIIe siècle à établir son hégémonie commerciale en Méditerranée occidentale, tantôt par des accords avec les Catalans, tantôt par des traités avec le comte de Toulouse, en inimitié avec le comte-roi de Barcelone, tantôt par des conflits avec Pise. Et c’est ici peut-être que la conception générale de l’ouvrage peut être critiquée. Pourquoi avoir choisi à titre de comparaison uniquement le système portuaire pisan, sans avoir dit grand-chose sur l’essor de Gênes et de son propre port ? Certes, ici, les facteurs géomorphologiques, géographiques et politiques jouent un moindre rôle que la volonté des hommes de transformer un petit port de pêche, quasi inconnu sous la romanité, en une grande ville portuaire. Le rôle clef de ces facteurs, que l’auteur rappelle dans son dernier chapitre, s’applique beaucoup moins à Gênes et à Raguse, dont on s’étonne de voir soulignée la facilité des communications avec l’arrière-pays dinarique (p. 260). Les ports ligures auraient mérité d’entrer dans cette comparaison, plus largement que dans un dernier chapitre. La bibliographie aurait pu retenir les travaux de Christian Guilleré sur Gérone [1], à l’origine de la prospérité de Sant Feliu de Guixols, son débouché naturel. On regrette aussi que des coquilles (pp. 271,272,284 et 285) déparent la présentation de la bibliographie où la pagination des articles n’est pas toujours indiquée.

7 Quoi qu’il en soit, le mérite de cet ouvrage est grand : l’étude des origines et du premier essor des ports catalans et toscans vient ajouter une pierre blanche à notre connaissance du commerce méditerranéen dans la première phase de son expansion.

8 MICHEL BALARD


Date de mise en ligne : 01/12/2003