G. P. Brogiolo et Bryan Ward-Perkins (éds), The Idea and Ideal of Town between Late Antiquity and the Early Middle Ages, Leyde, Brill, « The Transformation of the Roman World-4 », 1999, XVI-265 p.
- Par Jean Durliat
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- DURLIAT, Jean,
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1 La richesse du vaste programme international « The Transformation of the Roman World » s’exprime dans la publication, à un rythme soutenu, d’ouvrages riches de points de vue comme d’informations et nourris par de longues discussions préliminaires. Celui-ci en est une illustration. Dix communications visent à étudier l’évolution de l’idéal urbain entre la fin de l’Antiquité et le Moyen  ge, aussi bien dans le monde byzantin (J. Haldon, W. Brandes), à Athènes (P. Castrén), dans la Syrie umayyade, à travers l’exemple de ‘Anjar (R. Hillenbrand), en Italie (G. P. Brogiolo) ou en Occident (A. M. Orselli, N. Gauthier), ou bien envisagent des thèmes précis sur toute l’étendue de l’espace considéré : les images de la ville (C. Bertelli), la place des sépultures dans la cité (G. C. Wataghin), le réemploi des monuments dans les nouvelles construc~tions (Bryan Ward-Perkins). Tous les thèmes importants sont donc abordés et aucune région n’est oubliée, sinon l’Afrique. La conclusion de G. P. Brogiolo, qui souligne cette richesse et fait apparaître en outre les questions à débattre les plus cruciales ainsi que l’ampleur du travail à réaliser pour leur apporter une réponse, est claire dans sa formulation générale et nuancée dans l’étude des cas particuliers.
2 Le petit nombre des sources écrites, sou~vent disponibles dans des éditions trop anciennes, et le caractère ponctuel des fouilles archéologiques, régulièrement incomplètes, imposent une confrontation permanente entre deux types de documents. Toutes les commu~nications se plient à cette exigence. L’abon~dance et la qualité de leurs résultats confir~ment qu’il n’est plus possible, désormais, d’ignorer l’une ou l’autre partie des sources disponibles. C’est peut-être leur apport majeur.
3 Il ressort en particulier que, partout, les villes se sont profondément transformées sous l’influence de l’idéologie chrétienne relayée par la législation impériale, que les temples et les bâtiments publics antiques servirent de carrières pour les nouvelles constructions – même s’ils furent rarement transformés en églises; que les cathédrales furent établies dans les zones peu urbanisées; que les églises périphériques, édifiées près des martyria,accompagnent un déplacement de la popula~tion, capable de compenser en partie l’aban~don du centre; que l’interdiction d’enterrer dans les villes n’était plus respectée. Sur ce point, les évidences des fouilles africaines confirment ce qu’on établit difficilement en Italie, grâce aux textes (G. P. Brogiolo). Ces données, vérifiées sur toute l’étendue du monde civilisé, ne sont plus contestables, même si elles doivent admettre quelques exceptions. Elles imposent la conclusion que la « crise » urbaine exprime autant la mutation de l’idéal urbain qu’une contraction des villes, surtout en Occident. Les contemporains avaient nettement conscience de créer un monde nouveau porteur d’espoir, même si leurs constructions n’étaient pas organisées par une idée globale de la ville chrétienne.
4 Les divergences portent sur les causes et l’ampleur du « déclin » des villes : la difficulté de trouver les traces des premières églises, construites en matériaux légers et enfouies sous les aménagements postérieurs, ne donnerait-elle pas l’impression d’une rétractation trop importante des constructions ? Le déclin, indé~niable, résulte-t-il d’une crise économique ou d’un mépris pour l’urbanisme ?
5 Par ailleurs, il conviendra de souligner davantage, dans des recherches postérieures, que les édifices publics – civils ou religieux – sont payés sur le budget de l’État, par le souve~rain ou avec son autorisation. La question du « déclin » reçoit alors un éclairage différent, puisque les dépenses nouvelles pour les forti~fications ou les églises compensent sans doute l’abandon de celles consacrées aux temples et aux bâtiments civils. La place faite à la généro~sité des nobles en est diminuée d’autant, dans la construction des cathédrales ou des églises paroissiales. De même, la prise en compte des travaux récents sur la noblesse, en particulier par le biais de la prosopographie, conduira à rechercher les maisons de ses membres, en identifiant correctement leur aspect et leurs fonctions.
6 Important par ses conclusions, ce recueil l’est aussi par les questions qu’il suscite.
7 JEAN DURLIAT
Date de mise en ligne : 01/10/2003