Compte rendu

Thomas Brennan, Burgundy to Champagne. The Wine Trade in Early Modern France, Baltimore-Londres, The Johns Hopkins University Press, 1997, XXI-350 p.

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  • Lachiver, M.
(2002). Thomas Brennan, Burgundy to Champagne. The Wine Trade in Early Modern France, Baltimore-Londres, The Johns Hopkins University Press, 1997, XXI-350 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 57e année(5), XIV-XIV. https://shs.cairn.info/revue-annales-2002-5-page-XIV?lang=fr.

  • Lachiver, Marcel.
« Thomas Brennan, Burgundy to Champagne. The Wine Trade in Early Modern France, Baltimore-Londres, The Johns Hopkins University Press, 1997, XXI-350 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002/5 57e année, 2002. p.XIV-XIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2002-5-page-XIV?lang=fr.

  • LACHIVER, Marcel,
2002. Thomas Brennan, Burgundy to Champagne. The Wine Trade in Early Modern France, Baltimore-Londres, The Johns Hopkins University Press, 1997, XXI-350 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002/5 57e année, p.XIV-XIV. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2002-5-page-XIV?lang=fr.

1 La recherche et les travaux de synthèse ont permis, depuis une trentaine d’années, de mieux connaître les techniques anciennes de culture de la vigne et de l’élaboration des vins. On sait bien désormais comment sont nés les grands crus, aussi bien dans le Bordelais qu’en Bourgogne; on sait moins comment ont été élaborés les premiers champagnes, la polémique, sur ce sujet, occupant le devant de la scène depuis quelques années.

2 En revanche, les conditions de vie des vignerons restent encore floues et les historiens se sont moins intéressés aux pratiques commerciales et à la constitution des marchés. Or, sans argent, le vigneron n’est rien puisqu’il produit pour vendre et qu’il dépend souvent de marchés qui dépassent largement le cadre restreint dans lequel il vit. C’est cette lacune que le livre de Thomas Brennan essaie de combler en braquant le projecteur sur deux provinces tournées à la fois vers le marché parisien et vers les pays du Nord, deux provinces qui savent produire des vins de qualité au XVIIIe siècle, mais qui éprouvent parfois des difficultés à les vendre en fonction de la conjoncture nationale ou internationale. Mais l’auteur ne cherche pas à affiner la nature et l’importance de ces liens commerciaux à longue distance, pas plus qu’à mesurer les quantités vendues. Il s’intéresse surtout aux courtiers qui sont les intermédiaires obligés de ce commerce particulier et lointain qui ne ressemble en rien au commerce des blés. Aussi le livre aurait-il dû avoir pour titre « La place des courtiers dans le commerce du vin », et non « Le commerce du vin ».

3 On sait que les courtiers existent depuis le Moyen Âge et que leur profession est réglementée. Au sens strict du terme, le courtier n’est qu’un intermédiaire qui, par sa connaissance des vignerons et de la production locale, est habilité à conseiller les marchands qui recherchent des vins; il connaît les qualités, l’importance des cuves détenues par les vignerons; il est le garant de la bonne fin du marché conclu en sa présence en s’engageant à faire livrer, au lieu indiqué par le marchand, le vin de la qualité goûtée, tiré au clair dans les tonneaux et transporté dans les meilleures conditions, par eau le plus souvent. Il garantit en outre la solvabilité de l’acheteur, ce qui rassure le vigneron. Reconnu par les échevins de la ville, il applique une marque d’origine sur les tonneaux transportés, garantissant ainsi le cru et la qualité. Pour son salaire, il touche 5 % du prix de la vente.

4 Or, à partir de la fin du XVIIe siècle, le métier de courtier évolue; il devient souvent un commissionnaire, un intermédiaire qui travaille pour son propre compte en liaison avec des marchands qui ne se déplacent plus; c’est lui qui avance l’argent qui doit être payé au vendeur; il devient alors, plus ou moins, un banquier qui régule le marché, organise l’abondance ou la pénurie et pèse sur les prix. L’État ayant toujours besoin d’argent, Louis XIV, par les édits de 1691 et de 1704, essaie de transformer les courtiers en titulaires d’offices royaux vendus contre argent sonnant et trébuchant, à charge pour les courtiers de se dédommager par la perception de taxes en fonction de l’importance des transactions. Les courtiers résistent pour ne pas payer et, souvent, les villes et les provinces acquittent de lourdes taxes pour racheter les offices royaux et libérer le commerce de toute entrave. La monarchie finit par céder en 1706.

5 Dans le cours du XVIIIe siècle, le rôle du courtier évolue rapidement. Plus souvent commissionnaire pour le compte d’autrui, il devient négociant lui-même, entrepreneur privé soucieux d’écouler le vin fin de ses propres vignes. Car certains courtiers se constituent de solides fortunes et achètent les meilleurs crus, tandis que d’autres, qui ont trop spéculé, se trouvent acculés à la faillite en laissant des passifs de plusieurs dizaines de milliers de livres. Dans des villes comme Épernay, Auxerre, Tonnerre, Chablis, Beaune, se constituent des dynasties de courtiers qui président le grenier à sel et sont lieutenant du bailliage; bref, une élite privilégiée voit le jour, qui, exemptée de la taille, contrôle le marché et les moyens de transport. Qu’on pense aux Bertin du Rocheret à Épernay, aux Robinet d’Auxerre.

6 Ils alimentent le commerce international en vins de qualité et recherchent une clientèle particulière dans les grandes villes, à Paris principalement, où beaucoup de gros consommateurs achètent directement en tonneaux au lieu de se servir, comme au Moyen Âge, chez les taverniers. Grâce à eux, le commerce national se développe. Ce n’est plus seulement la basse Bourgogne qui alimente Paris, mais aussi la Bourgogne du Sud, le Mâconnais, le Beaujolais. Ce sont eux également qui sont les artisans de la transformation du marché champenois. Aux vins rouges et tranquilles qui forment l’essentiel de la production vendue à Paris au XVIIe siècle, ils ajoutent, dans le courant du siècle suivant, la mise en bouteilles des vins pétillants, des vins blancs, avec toutes les vicissitudes que l’on connaît, les bouteilles d’alors supportant plus ou moins la mousse. À Bertin du Rocheret viennent s’adjoindre des noms promis à la célébrité; Ruinart, Clicquot, Moët, Jacob, Jacquesson.

7 T. Brennan connaît bien son sujet et son érudition est certaine; les notes sont nombreuses et l’index bien fait. Cependant, on peut lui reprocher de ne voir, dans le vigneron, qu’un homme soucieux de convertir du vin en argent, de ne jamais le camper dans sa vigne ou dans son cellier, de n’envisager son sujet que comme une étude de l’évolution du marché vers le capitalisme. Par ailleurs, l’auteur revient sans cesse sur ce qui fait le métier de courtier, d’où des redites parfois agaçantes. De ce point de vue, le livre ressemble à un cours destiné à faire entrer quelques vérités dans la tête d’étudiants indolents. Enfin, l’auteur ne s’intéresse guère aux jaugeurs, compléments indispensables des courtiers à une époque où la métrologie est si fluctuante. D’ailleurs, sur le marché parisien, beaucoup d’intermédiaires sont à la fois courtiers et jaugeurs. Ironie suprême, la jaquette de couverture représente une scène de jaugeage des environs de 1500, intitulée : « Wine gaugers on a quay of the Seine ». Souhaitons cependant qu’une traduction française assure à ce livre la place qui lui revient.

8 MARCEL LACHIVER


Date de mise en ligne : 01/10/2002