Corps emprisonné, parole libérée
- Par Taïna Tervonen
Pages 220 à 221
Citer cet article
- TERVONEN, Taïna,
- Tervonen, Taïna.
- Tervonen, T.
https://doi.org/10.3917/afcul.062.0220
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- Tervonen, T.
- Tervonen, Taïna.
- TERVONEN, Taïna,
https://doi.org/10.3917/afcul.062.0220
De tout temps, l’enfermement a servi de prétexte à raconter des histoires. Quand les corps sont emprisonnés, la parole et la narration apparaissent comme une fenêtre vers l’extérieur, vers la vie, vers la liberté. C’est ce qu’affirment, chacun à leur façon, Tanella Boni, John Edgar Wideman et Chimamanda Ngozi Adichie.
« J’ai vécu le début de ce fait divers. J’ai du mal à raconter comment cela s’est passé. J’ai retenu quelques flashs qui traversent encore ma mémoire. J’essaie de faire un effort pour me rappeler. Je ne sais pas si je vais y arriver. »Matins de couvre-feu, troisième roman de Tanella Boni, est un immense effort de mémoire. La narratrice, une patronne de restaurant assignée à résidence dans une ville sous le couvre-feu, n’a d’autre occupation que de fouiller dans sa mémoire pour tenter de reconstituer son histoire. Est-ce une façon de réaffirmer son identité, pour ne pas sombrer dans la folie qui semble s’être emparée du monde autour ?
Ainsi vont les matins et les nuits de couvre-feu, qui s’ouvrent comme des tiroirs sur des souvenirs enfouis, sur les zones d’ombre de l’histoire familiale. La narratrice se glisse dans la peau de ses parents, dévoilant des destins individuels là où les Anges protecteurs qui gouvernent le pays ne voudraient voir qu’une histoire « nationale » commune, faite de vérités simplifiées. Le lecteur se promène dans ce labyrinthe et découvre une histoire de métissages, de rencontres improbables, de liens tissés en dépit des barrières instaurées, en pied de nez aux discours officiels…