Adolescence et fonction symboligène de l’institution
- Par Anne Perret,
- Carolina Queiroz,
- Yousra Lahlou,
- Laurence Bessière,
- Floriana Pacelli,
- Victoire Vierling
- et Isée Bernateau
Pages 385 à 401
Citer cet article
- PERRET, Anne,
- QUEIROZ, Carolina,
- LAHLOU, Yousra,
- BESSIÈRE, Laurence,
- PACELLI, Floriana,
- VIERLING, Victoire
- et BERNATEAU, Isée,
- Perret, Anne.,
- et al.
- Perret, A.,
- Queiroz, C.,
- Lahlou, Y.,
- Bessière, L.,
- Pacelli, F.,
- Vierling, V.
- et Bernateau, I.
https://doi.org/10.3917/ado.104.0385
Citer cet article
- Perret, A.,
- Queiroz, C.,
- Lahlou, Y.,
- Bessière, L.,
- Pacelli, F.,
- Vierling, V.
- et Bernateau, I.
- Perret, Anne.,
- et al.
- PERRET, Anne,
- QUEIROZ, Carolina,
- LAHLOU, Yousra,
- BESSIÈRE, Laurence,
- PACELLI, Floriana,
- VIERLING, Victoire
- et BERNATEAU, Isée,
https://doi.org/10.3917/ado.104.0385
Le téléphone sonne dans l’unité d’hospitalisation pour adolescents. C’est la mère de Pamela, une adolescente hospitalisée depuis plusieurs mois, qui appelle, la voix rauque et à peine audible : « Ils la ramènent… elle vient d’essayer de sauter. » L’équipe est interloquée, ne comprend pas. Pamela arrive, sidérée, pâle et perplexe, tout d’abord mutique. Elle est raccompagnée par Marcos, un des jeunes hospitalisé dans la même unité. « On m’a dit de sauter », « C’est la voix, c’est ma voix. Je n’ai pas pu résister ». Un autre jeune qui la raccompagne raconte : ils étaient en « permission » et s’étaient donnés rendez-vous sur un terrain à proximité de l’hôpital quand la jeune Pamela, qui s’était isolée avec une autre, se précipite sur le pont pour sauter. L’un d’eux se met à courir et l’en empêche… à temps. Ce passage à l’acte succède à bien d’autres, mais c’est la première fois que l’acte prend une dimension aussi spectaculaire et démonstrative. Tout le service est sidéré.
2Nous choisissons de nommer « clinique limite » de l’adolescence, une clinique qui articule hallucinations, passages à l’acte, violences hétéro ou auto-agressive. Notre pratique institutionnelle propose un dispositif de soin qui tend à inscrire ces manifestations dans un transfert institutionnel, dans la perspective d’une symbolisation qui ne met pas à l’abri de la violence propre à l’institution et de phénomènes de répétitions. Notre dispositif de soin fonde son exercice notamment sur le travail institutionnel et sur des ateliers de pratique artistique. Nous tenterons de montrer comment l’institution peut, face à cette clinique, se doter de potentialités symboligènes, comment elle peut devenir lieu d’adresse et faire advenir ce qui n’a pas « eu lieu » ou ce qui n’a pas « été éprouvé » [1], ce qui n’a pas encore accédé au statut d’échange langagier. À partir du cas de Pamela, il s’agit de réfléchir à la transformation de cette « clinique limite » de l’adolescence par le transfert institutionnel, en montrant comment le passage à l’acte trouve ici sa voie et devient mise en scène. L’hystérisation produite par l’institution serait-elle une manière de donner forme et consistance à la violence, violence inhérente à cette clinique et que l’institution, en écho, se fait habituellement fort de renforcer ? L’état actuel de la psychiatrie dans son rapport notamment à l’institution, permet-il ou non d’élaborer des pistes de travail quant à ses capacités de nouage et d’organisateur pulsionnel, de liaison de la violence, ouvrant dès lors vers un travail d’humanisation ?
Paméla, ou le moment psychotique à l’adolescence
Pamela, treize ans, a été hospitalisée quelques mois auparavant à la suite d’un passage à l’acte suicidaire : elle avait absorbé une grande quantité de médicaments. Elle explique qu’elle ne voulait pas retourner au collège. Elle a pris ces médicaments pour obliger sa mère à la « laisser tranquille ». Elle exprime ceci de manière très radicale, sans compromis possible, et ne veut pas dire ce qui se passe au collège. Cela reste très mystérieux. Les tensions entre la mère et la fille sont vives et rendent le quotidien impossible. Pamela est l’aînée d’une famille nombreuse. Ses parents, originaires du Maghreb, sont venus en France alors qu’elle n’avait que deux ans. Sa naissance a été entourée par la dépression mélancolique de sa mère, qui est restée alitée, dans le noir, pendant de longs mois et qui ne pouvait pas s’occuper de l’enfant. C’est la grand-mère maternelle qui a pris soin d’elle. Son père n’a rejoint la mère et la fille que quelques mois après leur arrivée en France. Pamela ne reconnaissait pas alors son père et ne pouvait pas venir dans ses bras. Ceci se répète d’une autre manière plus tard, puisqu’elle ne supporte aucune proximité physique avec tout autre homme adulte, refusant notamment d’être examinée par le pédiatre de la PMI, au point que celui-ci fait un signalement, suspectant le père d’attouchements sexuels sur sa fille. La mère décrit sa fille comme plutôt solitaire lorsqu’elle était enfant. Elle jouait seule avec ses poupées et les « animait » : « Elle faisait, dit sa mère, comme si ses jeux étaient vivants. » La mère se rappelle que Pamela les entendait réellement parler, qu’elle entendait réellement ses jouets faire du bruit, comme s’il s’agissait pour elle de les rendre vivants, et par là même, de réanimer sa mère et de se rendre vivante, comme si une partie d’elle-même n’était pas éveillée à la vie. Cette enfant, au caractère bien affirmé, se développe « normalement ». Elle passe sa scolarité de primaire sans incident hormis une tonalité peut-être persécutive de la relation avec ses pairs. Pamela développe également tôt une dysmorphophobie centrée notamment sur son visage. Elle présente un hypertélorisme, trait réel qu’elle a hérité de son père et porte depuis la prime enfance des lunettes pour cacher ses yeux. Cette dysmorphophobie s’étend à l’ensemble de son corps à l’orée de l’adolescence, période à laquelle apparaissent des troubles des conduites alimentaires. Pamela peut progressivement énoncer les facteurs qui l’empêchent de retourner au collège : elle évoque la rupture avec un jeune garçon de son collège en 6ème, puis la mort d’un autre garçon en 5ème, enfin des « embrouilles » avec des copines qui l’envahissent au point qu’elle décide d’interrompre ses études, qu’elle réussit pourtant fort bien. Elle évoque également une activité hallucinatoire éphémère, survenant dans des moments d’angoisse d’abandon : elle entend par exemple, quand elle est angoissée, qu’on l’appelle par son prénom. Elle a le sentiment de ne pas exister pour ses copines, qu’elle attend, par exemple, pendant des heures devant leur immeuble.
L’adolescence semble conduire Pamela à une véritable bascule psychique. À l’entrée dans l’unité, elle est amimique, ralentie, affichant une tristesse insondable, des idées d’indignité et d’autodépréciation majeure. Elle tient des propos suicidaires très inquiétants. Elle exprime une forte culpabilité notamment à l’égard de sa mère. Ce tableau mélancolique est très préoccupant. Il fait écho à la dépression mélancolique de la mère au moment de sa naissance. Plus tard, elle évoque une activité hallucinatoire : elle entend des voix qui la rabaissent, qui l’insultent (« sa propre voix » dit-elle), ce qui la conduit à vouloir se tuer sans véritable injonction hallucinatoire. Pamela parle souvent de son sentiment de « vide de la pensée ». Elle se sent extrêmement seule, c’est, en tout cas, ce que l’équipe soignante entend d’elle. Il s’agit, en fait, plus précisément d’un sentiment de « non-existence » qui fait éprouver à l’équipe cette solitude d’être. C’est comme si elle nous transmettait, à travers son vide de la pensée, son absence ou la défaillance de son inscription symbolique. Rien ne semble fonder son existence. C’est ce qu’elle vient rejouer dans l’unité et ce que l’équipe soignante accueille dans un premier temps. Le lien avec l’équipe se construit peu à peu. D’abord très méfiante, elle noue progressivement un lien de confiance, se laissant petit à petit approcher, materner. Elle revisite, dans l’institution à travers les échanges avec l’équipe soignante, les étapes infantiles qui n’ont pas été encore symbolisées : le registre schizo-paranoïde des premiers temps de son existence fait retour. C’est à partir de là que se tissent les liens dans l’institution.
4Les manifestations de cette jeune adolescente traduisent particulièrement bien la rencontre entre les enjeux archaïques de séparation et de différenciation propres à l’adolescence, avec ce qu’ils réactivent des premières phases infantiles, et la rencontre avec l’actuel de la puberté. Ses troubles ont commencé dans la période pubertaire par de vives altercations avec sa mère qui avaient comme objet sa scolarisation. Son refus d’aller au collège vient exprimer aussi les conflits relationnels avec ses pairs qui se colorent de persécution. Se dessinent les deux pôles de l’adolescence : les enjeux de séparation avec les figures parentales et ceux de différenciation, visibles dans les liens à ses pairs. La perte de deux jeunes garçons au tout début de l’adolescence la fait régresser du côté d’un lien primitif maternel où elle ne trouve pas de voie de symbolisation. L’inscription paternelle ne joue pas de rôle tiers différenciateur. Ces pertes viennent rejouer la défaillance d’inscription du côté paternel et marquent la clinique de la dimension du sexuel. Le registre persécutif des relations avec ses copines traduit la trace paranoïde persistante du lien maternel. Ces pertes successives la font basculer du côté mélancolique. Comme si elle tentait d’accéder à une position dépressive sans en avoir encore les moyens psychiques. Le défaut de référent paternel et le défaut de symbolisation d’une référence masculine prendront progressivement une autre consistance. C’est ce que nous constaterons ultérieurement dans la manière dont elle sexualisera, à travers ses pairs, les liens dans l’institution. Initialement isolée, voulant résolument rester dans une chambre seule, elle s’ouvre petit à petit aux autres et participe aux moments de travail collectif. Une certaine excitation émerge et modifie la tonalité des liens. Son transfert maternel à l’équipe se déplace sur ses pairs, sur des filles et des garçons dont elle tombe tour à tour amoureuse. Le passage allant du maternel au féminin tente ainsi de se construire.
5L’évolution du travail institutionnel, le travail du transfert dans l’institution, permettent de donner consistance progressivement à une adresse. Ceci se fera douloureusement, pour Pamela, à travers maintes crises et agirs répétés, et douloureusement aussi pour l’équipe soignante, souvent épuisée et submergée par la violence agie et projetée sur l’institution. À la première phase mélancolique succède en effet la phase des passages à l’acte. Elle multiplie, dans l’unité, des passages à l’acte suicidaires qui mettront l’équipe en grand émoi : tentative de strangulation, absorption de shampoing… Cette phase initie cependant des enjeux transférentiels d’une autre qualité. Elle peut construire progressivement une adresse à travers ses agirs, et dit notamment au bout d’un certain temps « qu’elle a peur qu’on l’oublie ». Ces gestes font jouer l’alternance absence/présence et sont une manière de se marquer dans l’Autre. Cette première nomination de son inscription dans l’Autre de l’institution, marquera une étape dans sa prise en charge, avec son engagement dès lors dans les soins : elle participe aux ateliers, ses soignants référents s’engagent plus auprès d’elle. Un projet « photo » est mis en place pour elle. Une période de séparation liée aux vacances et à la fermeture de l’unité modifie également son engagement dans l’institution. Le déplacement du transfert de l’équipe à ses pairs donne alors consistance à une autre clinique, plus en rapport avec la sexualisation des liens : elle adopte des attitudes séductrices dans l’unité et parle beaucoup de ses liens amoureux noués dans l’institution. Ceci engendre une excitation croissante, une attitude de toute-puissance avec une grande difficulté à se confronter aux limites de l’institution. La clinique, initialement mélancoliforme, s’hystérise et donne lieu à des passages à l’acte de plus en plus démonstratifs. Sa détermination à ne pas retourner au collège, qui faisait jouer des enjeux de séparation maternelle impossibles à nommer, et la dimension persécutive des relations avec ses pairs, laissent place à des tentatives régulièrement avortées de triangulation. Elle ne pouvait d’abord que rompre. Elle noue désormais autrement les liens : liaison et déliaison se croisent au rythme de ses agirs répétés.
6Les enjeux originaires, son défaut d’inscription primaire, de même que l’émergence de la sexualisation des liens engendre une grande violence difficile à métaboliser. L’institution est traversée avec cette patiente par de profonds processus de déliaison. La dimension destructrice des agirs a d’abord beaucoup de mal à être entendue par les soignants du côté d’une demande, d’une demande d’un lieu d’adresse, de la construction d’un lien à l’autre et d’un recours vivant et différenciateur. Ceci engendre des conflits au sein de l’équipe et induit des phénomènes de clivage : ceux qui optent pour l’identification mélancolique, ceux qui sont dans le rejet, en miroir avec l’ambivalence archaïque primitive. Parvenir à renouer avec la dimension du vivant, rester présent et disponible psychiquement, réinscrire et soutenir du désir et de l’autre non détruit, est un exercice délicat. Nous avons sans doute été aidés par le fait d’avoir multiplié dans l’institution des espaces d’ateliers, notamment des ateliers artistiques, au potentiel différenciateur. La quête et les tâtonnements adolescents y trouvent des objets potentiels. Ceci permet de garder vivante l’institution face aux attaques mortifères, et de travailler la diversification du transfert, et la multiplication de points d’appui symboligènes. Pamela participe ainsi à divers ateliers, notamment à l’atelier théâtre et à l’atelier esthétique. Son investissement et son évolution dans ces deux ateliers sont tout à fait remarquables.
Dans un premier temps, Pamela a pris la place de photographe au sein de l’atelier théâtre, ce qui lui permet d’avoir un rôle dans la troupe sans être sous le regard de l’autre. Le metteur en scène qui dirige l’atelier dira à son sujet : « Elle reste au bord du plateau. » De la même manière, Pamela ne pouvait pas entrer au début dans l’atelier esthétique : elle y participait à sa façon en tant qu’observatrice, en s’étayant sur les soignants qui l’accompagnaient de façon individuelle et en dehors du groupe. « Quelque chose du regard de l’autre la terrifie », remarque un soignant. C’est ce qui a été abordé dans ces deux ateliers, centrés sur la scène et sur l’image : comment apprivoiser le regard de l’autre ?
Au fil du temps, Pamela peut prendre sa place sur le plateau de l’atelier théâtre, portée par ses pairs, l’équipe soignante et l’artiste : elle peut jouer et dans un même temps elle peut aussi retirer ses lunettes, objet essentiel, à fonction contraphobique et protecteur du regard de l’autre pour elle. Le metteur en scène parle à ce moment-là d’une « belle évolution » au sein de la troupe. Au fur et à mesure des séances, Pamela se montre plus à l’aise et s’implique dans l’atelier esthétique. Elle entre dans le groupe en amenant sa propre trousse de maquillage : elle aime surtout se faire coiffer par les soignantes et choisir le vernis à ongles pour la manucure. Elle accepte progressivement de se faire maquiller avec du rouge à lèvres et du fard. Il est toutefois rare qu’elle se maquille ou se fasse maquiller les yeux car elle reste attachée à ses lunettes, dernier rempart qui la protège du regard des autres. Dans cet atelier, la dimension du maternage (prendre soin d’elle dans la coiffure et le maquillage à côté du groupe, puis dans le groupe), très présente dans la première période de la prise en charge, s’est unie progressivement à celle de la féminité et du lien entre filles. Pamela devient proche de certaines adolescentes, alternant un jeu de miroir/de double et un jeu de séduction.
Dans la dernière période de son hospitalisation, Pamela investit également l’atelier hip pop qui se tient une fois par semaine en dehors de l’institution. Elle éprouve un vrai plaisir à danser au rythme de musiques latines. Elle demande à l’artiste danseur de lui apprendre des chorégraphies de salsa qu’elle continue de danser au sein de l’institution en invitant les autres adolescents, garçons et filles, à la suivre. Elle devient ainsi une figure leader qui anime le groupe. Si, à certains moments, la danse en dehors de l’atelier a pu prendre une dimension hypomaniaque de surexcitation, à d’autres, Pamela a induit et catalysé une énergie positive de liaison dans le groupe des pairs. Mais, tout en observant une évolution certaine de Pamela dans ces différents ateliers, l’équipe fait face à sa grande labilité dans les investissements, avec des allers-retours incessants qui mettent à mal l’équipe tout au long de sa prise en charge.
8Le groupe des soignants, qui est au quotidien avec les adolescents (infirmière, aides-soignants, éducateur), se sent impuissant face aux passages à l’acte de Pamela. Il en éprouve une grande souffrance narcissique. Se mettent alors en place des défenses. La mise au travail de cette part de l’éprouvé de l’équipe est un point névralgique dans ce type de prise en charge. Quand il y a échec de cette mise au travail, l’absence de possibilité de symbolisation entraîne des mécanismes de défenses comme le clivage ou des mécanismes de projection qui se manifestent par le rejet ou la démission de certains membres de l’équipe. L’institution est le lieu de l’autre, le lieu d’une possible subjectivation. Elle est aussi une expérience d’inscription dans le social. Le groupe des pairs peut avoir un véritable effet de portage au sens du holding de D. W. Winnicott, ce qui se traduit, par exemple, par une plainte récurrente des adolescents au moment des temps rituels quotidiens où ils se retrouvent seuls « en chambre ». C’est un moment difficilement supporté, qu’ils peuvent vivre comme un lâchage, ne se sentant alors plus portés par le groupe. Les patients font corps. Ils s’appuient les uns sur les autres. Leur lien peut être thérapeutique et il est intéressant de constater leur soulagement quand ils s’aperçoivent qu’ils sont capables d’avoir une place au sein du groupe de pairs, car bien souvent ils sont coupés de tout lien social. Mais, de par sa dynamique, le groupe, du fait des jeux identificatoires, peut aussi être très mortifère. C’est le groupe des soignants qui doit alors exercer une forme de contenance afin que le groupe des adolescents puisse fonctionner.
9Les enjeux psychiques de cette « clinique limite » adolescente font se croiser la dimension de l’archaïque avec le sexuel pubertaire. Ceci se traduit par une clinique très labile, traversée par des processus de déliaison où le débordement pulsionnel, « l’excès pulsionnel » propre à l’adolescence comme Freud l’avait déjà indiqué [2], cherche des modalités d’inscription. Ces tâtonnements sont lisibles à travers les divers symptômes que sont les agirs répétitifs et compulsifs, les attaques du corps, les différentes formes de dépendance, de même que des moments de bascule psychique marqués par des angoisses de dépersonnalisation, la désorganisation de la pensée, des moments hallucinatoires et délirants. La collusion entre sexualité et enjeux de vie et de mort, la manière dont la sexualité fait effraction dans un corps d’enfant, rend cette clinique limite adolescente et la pratique qui lui est liée, particulièrement délicate. Ces enjeux et notamment l’impensé de la sexualité génèrent de l’insupportable et de la violence tant pour l’adolescent que pour les soignants. Le travail institutionnel consiste à se représenter cet impensé pour tenter d’éviter les effets de projection au sein-même de l’équipe soignante. Dans le cas de Pamela, les attaques ont été nombreuses entre les soignants. La capacité de Pamela à cliver l’équipe et à opérer des clivages aussi dans le groupe des adolescents a été particulièrement forte. Elle se maintenait dans une position de toute-puissance. Toujours dans l’excès, elle mettait l’équipe dans une impuissance totale, passant de la position la plus tyrannique à la déchéance mélancolique, induisant alternativement compassion et rejet.
10Pamela avait investi particulièrement certaines infirmières et aides-soignantes qui étaient des « bonnes mères » pour elle. Dans ses phases mélancoliques, Pamela se laissait approcher seulement par ces soignantes, alors qu’elle pouvait devenir très agressive et méfiante à l’égard des autres. Les soignantes désignés « bon objet » pouvaient se permettre de la recadrer a minima, alors que les autres étaient attaquées avec virulence dans leurs tentatives de mettre des limites ou même de la protéger d’elle-même. Tous ces mouvements et leur répétition dans le temps, devenaient sources de rivalité et de clivage, en miroir, dans l’équipe. Si Pamela était dans une phase de désespoir, avachie par terre dans sa chambre ou dans la salle commune, la compassion des « bons soignants » qui accouraient vers elle pouvait s’accompagner du rejet des soignants « mauvais objets » qui tendaient consciemment et inconsciemment à transmettre à l’équipe et à l’institution leur sentiment d’échec et d’impuissance. Au bout de quelques mois, l’idée parmi les soignants circulait que Pamela n’avait « plus sa place au sein de l’institution », qu’on « ne l’aidait pas », qu’il fallait « qu’elle aille dans une autre institution ». Pamela renvoyait un insupportable à l’équipe, une violence que cette équipe n’avait pas encore apprise à transformer en langage et qui lui faisait infiniment violence. Pamela est aussi devenue un enjeu institutionnel. Entre blessure narcissique et sentiment d’insécurité, une partie de l’équipe agissait ce que Pamela redoutait le plus : le rejet du groupe à son encontre. Ces attaques de l’institution sont en rapport avec les enjeux de déliaison psychique sous-jacents, et les soignants se sont trouvés en difficulté pour penser leur pratique, et ce malgré les espaces de parole, d’extériorité et de supervision. Il s’agissait notamment d’essayer d’entendre, d’écouter et d’injecter de la parole face à ce qui ne pouvait se dire.
Clinique de l’adolescence
11La clinique de l’adolescence est un moment révélateur des enjeux inconscients. Elle constitue un moment de dévoilement de la vie psychique et un point de surgissement de l’originaire. Elle se fait miroir du fonctionnement et de l’organisation psychique. Elle révèle la manière dont l’enfant s’est constitué comme sujet, dont la sexualité infantile a été traversée, dont il s’est constitué dans l’Autre, à travers les identifications parentales et les signifiants culturels et sociaux. Les manifestations cliniques qui apparaissent à cet âge, se font l’écho des traces mnésiques infantiles et traduisent, dans le même temps, l’actuel des bouleversements pulsionnels propres à la puberté. La rencontre et l’appropriation des questions fondatrices que sont celles de l’origine et de l’appartenance à une filiation, croisent celles de la différence sexuée et du manque lié à la castration. Cette confrontation nouvelle marquée du sceau d’un réel incontournable oblige, cette fois-ci, à réaliser un choix d’objet sexué, ce qui ne se fait pas sans allers-retours, embuches et détours que la clinique met à jour. La clinique de l’adolescence est un « moment clinique » spécifique, témoignant à la fois d’une histoire singulière et d’une rencontre actuelle. Histoire singulière, faite du désir qui a porté l’adolescent et qui l’a constitué à une place et autour d’un certain nombre de signifiants. Rencontre actuelle avec le manque et la castration à partir de ce corps nouvellement sexué. La relance pulsionnelle liée à la puberté est source à la fois de répétition mais aussi d’engagement dans de nouveaux choix d’objets, ouvrant dès lors l’espace des possibles. Ce moment clinique adolescent est un moment psychique dynamique de mise à plat de la logique désirante, des points de repères et des failles structurelles. C’est ce qui rend compte de la richesse et de l’intérêt de cette clinique, dont la mouvance traduit aussi bien la labilité identificatoire que les possibilités de déconstruction et de reconstruction psychiques. P.-L. Assoun (2001) le souligne en évoquant l’adolescence comme un moment de « désymbolisation », auquel répondent les tentatives de resymbolisation dont les symptômes et les actes symptomatiques témoignent notamment. Cette clinique dévoile également les enjeux généalogiques, et notamment la manière dont les configurations œdipiennes s’emboitent et résonnent les unes à travers les autres. L’adolescence est un temps de création qui passe donc parfois par des chemins erratiques, le temps, comme l’écrit D. W. Winnicott (1971), de « trouver-créer » les voies de traverse de la nouvelle subjectivation marquée à la fois par l’interdit de l’inceste et par l’incomplétude et l’impossible inhérents au rapport sexuel. Pris entre l’aliénation de l’emprise narcissique originaire mêlée aux enjeux œdipiens et le désir d’un espace de liberté ouvert par de nouveaux trajets pulsionnels, l’adolescent découvre ce qu’il en est de la différence des sexes et de l’impossible qui lui est lié. À l’interdit de l’inceste s’ajoute la rencontre avec la différence sexuelle. À la suite du père œdipien, c’est le père réel des origines qui est convoqué.
12À la différence de l’enfant, qui reste dans l’illusion de retrouvailles possibles avec l’objet, l’adolescent est confronté à un manque irréductible, au registre de l’originaire avec sa part de réel démasqué. Le masque recouvert antérieurement par les enjeux incestueux et œdipiens est levé. L’acte sexuel potentiel a vocation à libérer le corps des fantasmes incestueux et parenticidaires. La sexualité infantile se transforme et l’accès à l’érotisme permet de nouer courants tendres et courants sensuels. Tout symptôme à l’adolescence peut être aussi une tentative de symboliser le manque rencontré, une tentative de représentation d’expériences primaires non symbolisées, un mode d’expression des identifications parentales. À l’inverse, il peut aussi être le signe d’un défaut constitutif de la fonction symbolique, où les identifications parentales se situent non pas en position métaphorique mais en position métonymique et font identité – ce que révèlent notamment les effets de répétitions d’une génération à l’autre. La nature et la fonction du symptôme éclairent sur le registre structurel sous-jacent et orientent quant à la réponse à y apporter et à la prise en charge. Sa fonction de représentation, de métaphore, signe qu’il prend sens et qu’il peut se travailler individuellement et dans l’espace intergénérationnel. Sa fonction métonymique orientera différemment le travail clinique. Ce moment de l’adolescence éprouve ainsi la fonction symbolique articulée à la fonction phallique et sa solidité, les « effets structurants du manque » (Chamon, 2004), de même que les apories de la fonction paternelle qui lui sont liées. L’adolescence est un moment de profond remaniement psychique, qui est aussi un moment électif d’éclosion psychotique, l’âge de début des psychoses amenées à évoluer à l’âge adulte. Cette clinique limite est très mouvante et sensible à l’environnement. On parlait classiquement de moment psychotique, d’instant psychotique ou encore d’expériences psychotiques (Racamier, 1984), signant un moment de bascule psychique s’opposant à la notion d’organisation ou de structure psychotiques, ou encore de « potentialités psychotiques » [3] révélant « une catastrophe identificatoire qui a déjà eu lieu » [4]. L’Œdipe ne jouant pas son rôle d’organisateur dans la psychose constituée, alors que cette référence reste présente, même si elle défaille, lors du moment psychotique. Qu’en est-il actuellement ? Que nous enseigne la clinique contemporaine de l’adolescence ?
« Clinique limite » de l’adolescence
13Cette clinique contemporaine, cette « clinique limite » de l’adolescence, serait une « clinique du réel ». Le réel pubertaire vient renouer avec le registre de l’archaïque, avec la jouissance maternelle non symbolisée, et elle se lie difficilement à la sexualité naissante. La manière dont l’adolescent fait rencontrer sa sexualité à l’institution, sa passivité notamment, risque de mettre l’adulte en position perverse. Le fantasme de l’adolescent peut être pris au pied de la lettre. L’adulte est confronté à « la confusion des langues entre les adultes et l’enfant » (Ferenczi, 1933) mais c’est plutôt l’adulte, cette fois-ci, qui la subit. Celui-ci rencontre un entre-deux où la sexualité adulte est renvoyée du côté de l’enfant. La confusion des langues entre adulte et enfant devient possible. La déliaison laisse en panne l’attente latente des processus de liaison. La singularité de la violence dans cette clinique est en lien avec le destin de la sexualité infantile remaniée par l’adolescence. L’adolescent est confronté à la sexualité dans un corps qui est encore un corps d’enfant. La sexualité adolescente a la caractéristique de se situer avant un choix d’objet, avant « la trouvaille de l’objet » (Freud, 1905). Le débordement pulsionnel, l’excitation ne passe pas par une boucle pulsionnelle, ce qui rend compte de cette violence inapaisable, de cette violence muette et peut-être de l’impensé adolescent. « Le transfert s’instaure souvent de manière si passionnelle que l’adolescent éprouve la nécessité de faire des coupures temporelles. La passion est parfois directement érotique du fait de la recrudescence œdipienne » [5]. Ceci est lisible du côté de la réalité interne de l’adolescent et se retrouve également dans son environnement. Les passages à l’acte ne sont pas liés à un dire potentiel refoulé, à ce qui ne serait pas entendu, notamment par la génération des parents et adultes environnants mais par un impossible à dire, par un défaut de symbolisation que l’on retrouve à la génération ascendante : les parents et les familles de ces adolescents sont la plupart du temps eux-mêmes dans de grandes difficultés de symbolisation et dans un impossible à dire. Les enjeux de vie et de mort sont très présents, traduisant la manière dont la dimension de la haine traverse la filiation. Les processus de déliaison traduisent les défauts de symbolisation primaire qui se répondent de génération en génération.
14Dans cette clinique, la plupart des familles ne se parlent pas. Elles font face à une violence muette, aux racines transgénérationnelles non dévoilées. Ainsi ces jeunes sont-ils confrontés non plus à la question de leur place au sein de leur filiation et des générations qui les précèdent mais à celle de leur existence même, partagée très probablement avec la génération qui les précède. Il ne s’agit plus de savoir : « Quelle place j’occupe pour l’autre ? », mais « Est-ce que j’existe ? » et « Quel est le statut de cet autre, Nebenmensch » ? Ces effets d’écho spéculaires empêchent la dialectisation et le travail de nouage inhérent et nécessaire à la symbolisation de la violence. C’est là que l’institution peut prendre sa place pour réintroduire notamment la dimension de la parole et des échanges symboliques. La particularité du cas de Pamela réside aussi dans le parcours migratoire de la famille. Ses parents sont traversés par une trajectoire complexe. Ils ne paraissent pas être subjectivement arrivés dans le pays qu’ils ont choisi. Ils parlent difficilement français. Ils restent comme au bord, dans un entre-deux, que leur fille vient pointer. Celle-ci est ainsi également le symptôme d’une séparation intergénérationnelle qui n’aurait pas dû avoir lieu. Les enjeux originaires croisent ceux liés à la sexualité adolescente. Cette clinique contemporaine est « une clinique de la désinhibition » qui nous informe sur le fonctionnement social. Le refoulement n’y serait pas opérant, ce qui en fait en quelque sorte le baromètre du social, avec ce qu’il recouvre comme manque, comme défaut, en matière de limites et d’interdits. Ceci pourrait être le signe non pas du refoulement mais de la répression dans la culture et pose la question de l’inscription originaire. L’inscription aurait eu lieu mais ne serait pas opérante. La fonction phallique différenciatrice existe bien mais n’opère pas. C’est ce que semble démontrer la manière dont la dimension du transfert est travaillée par l’institution et dont une adresse peut progressivement se construire. C’est également ce qui se traduit par la mise en scène de la sexualisation des liens au sein même de l’institution.
De l’acte à la mise en scène
15Les passages à l’acte dans les institutions de soin pour adolescents sont fréquents. Il peut s’agir de passage à l’acte à tonalité mélancoliforme et/ou de passages à l’acte à tonalité hystérique, témoins de la sexualisation des liens. Il s’agit souvent de formes intermédiaires comportant à la fois une dimension mélancolique et une dimension hystérique. On pourrait dire que le travail de l’institution est un travail d’hystérisation. La scène transférentielle de l’institution « est le lieu où le corps recompose ses trajets pulsionnels » [6] et devient une scène où l’agir de l’adolescent peut s’inscrire dans de nouveaux échanges symboliques. Les passages à l’acte peuvent cependant aussi bien se situer du côté des soignants, dans des effets de renvoi en miroir, notamment quand les enjeux mortifères n’ont pu être suffisamment représentés et conscientisés. Ce sont des « mouvements de survie psychique, produits et producteurs de violence » [7]. Pamela nous confronte à la violence d’agirs autodestructeurs répétés, centrale dans la clinique adolescente contemporaine. C’est une tentative de suicide médicamenteuse qui motive l’admission de cette adolescente en hospitalisation. La violence autodestructrice se déchaîne dans l’institution avec la répétition des passages à l’acte qui s’articuleront progressivement à une adresse. J. Marro parle « d’une violence hétéro-adressée, car toute terrifiante qu’elle puisse être, elle s’adresse » [8]. La dimension de l’autre prend corps peu à peu à travers les agirs. La singularité de cette clinique limite est de passer par l’agir, d’atteindre le corps, de l’attaquer dans des gestes réitérés paraissant de prime abord dénués de potentiel symboligène. La violence autodestructrice est constamment présente que ce soit à travers les conduites suicidaires, les scarifications, les absorptions médicamenteuses ou de toxiques, les addictions de toutes sortes, les troubles des conduites alimentaires et parfois, dans un autre registre, les réclusions à domicile, véritables descentes aux enfers aboutissant à des situations de déscolarisation durable avec incurie. Pour autant, le plus souvent, la dimension de l’adresse reste présente dans cette clinique. L’Autre veille, il est aux oubliettes mais n’a pas disparu. C’est ce qui en fait peut-être une des singularités et qui la rend accessible à un travail institutionnel.
16L’institution présente une multitude de facettes et chaque adolescent rencontre l’institution, à travers le transfert diffracté, de façon tout à fait singulière. La dimension groupale est très importante dans ces rencontres. Il s’agit aussi de parvenir à réintroduire, par le travail du transfert, la dimension de l’altérité et du lien, et le recul nécessaire. L’institution permet l’incarnation des enjeux inconscients qui se situent en-deçà de la représentation et qui ne sont pas encore organisés en fantasme. Elle transforme les agirs, les met en forme et donne corps au fantasme. Il s’agit de border, contenir, étayer, donner sens à ce qui n’est pas encore représentable. C’est ainsi que l’institution offre des points d’appui symboligènes, permet une métaphorisation de l’infantile et du bouleversement pulsionnel actuel de l’adolescence. Le passage de l’acte à la mise en scène devient dès lors possible. L’institution devient « le lieu même de l’écriture du symptôme, et d’une possible compréhension de son écueil » [9].
17L’institution peut cependant aussi avoir un effet pathogène, notamment quand elle est prise au piège des répétitions. Ainsi le lieu de la mise en scène institutionnelle peut-il se traduire en une surenchère de passages à l’acte qui risquent d’épuiser l’équipe en la confrontant à un sentiment d’impuissance et à des phénomènes de rejet en miroir de la violence adolescente, en faisant alors obstacle à des voies de symbolisation possibles. Pour éviter cette impasse douloureuse, il est nécessaire que l’institution se dote de moyens adéquats pour analyser le transfert, réintroduire la dimension de l’écoute et de la parole pour penser les enjeux inconscients et soutenir les soignants dans leur pratique. Dans le cas de Pamela, le travail institutionnel a traversé des étapes douloureuses s’étalant sur plusieurs mois qui ont mis l’équipe à dure épreuve. L’effet symboligène de l’institution peut ainsi demander un temps long et douloureux, en écho à la violence et à la gravité de la problématique. Parfois, d’autres institutions en partenariat peuvent venir étayer le processus psychique amorcé et réintroduire une nouvelle fois du tiers, pour tenter de symboliser les enjeux de séparation déplacés et enkystés sur la scène de l’institution hospitalière.
18Si ce temps psychique de symbolisation est rendu possible par le transfert (et son analyse) sur la scène institutionnelle, le travail institutionnel est cependant de plus en plus confronté de nos jours aux nouvelles règles de la psychiatrie. En effet, l’évolution actuelle de certains courants de la psychiatrie, sa tendance au réductionnisme scientifique et son retour à la neuropsychiatrie, tendent à raréfier les espaces de parole, d’écoute et de symbolisation. Cette évolution ne permet pas de tenir compte de la complexité de l’être humain. La dimension du soin s’éloigne petit à petit des pratiques tenant compte de la singularité du sujet pour se replier sur des logiques comptables. La convergence entre les impératifs économiques, administratifs et pseudo scientifiques abrase et attaque les processus de pensée. L’impératif de l’évaluation et du contrôle, de la traçabilité, de la rentabilité économique des dépenses en matière de santé, l’impératif du diagnostic et de l’organicisme à tout prix d’une psychiatrie retournant à la neuropsychiatrie, sont générateurs de violence. C’est le fondement même du travail institutionnel qui est mis en jeu. La violence et l’enfermement asilaire font retour sous la forme de violence et d’enfermement économiques et administratifs. Les discours opératoires et désubjectivés d’une certaine psychiatrie contemporaine, qui ne parvient plus à dialectiser corps, biologie et psyché, engendrent des formes nouvelles de violence. La contention des corps s’accompagne cette fois-ci d’interruption des processus de pensée. La clinique de l’adolescence est un terrain d’exercice qui met particulièrement bien en lumière ces risques actuels. L’institution doit aussi apprendre à faire face, en développant des points d’appui symboligènes, pour maintenir une clinique du sujet qui prenne en compte la dimension de l’inconscient et du transfert et qui permette au remaniement de la sexualité infantile propre à l’adolescence de trouver des modalités de métaphorisation.
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Mots-clés éditeurs : Clinique, Institution, Passage à l’acte, Transfert, Violence
Date de mise en ligne : 08/10/2019
https://doi.org/10.3917/ado.104.0385