Michael Jackson ou l'adolescence incarnée
- Par Amélie Dalmazzo
Pages 979 à 993
Citer cet article
- DALMAZZO, Amélie,
- Dalmazzo, Amélie.
- Dalmazzo, A.
https://doi.org/10.3917/ado.086.0979
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Notes
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[1]
Accusé d’abus sexuel sur un jeune garçon, il fut entendu par la justice américaine en 2005. Huit cents journalistes, deux cents chaînes de télévision venant du monde entier, sont mobilisés pour couvrir le procès jour après jour, et trois mille citoyens américains sont convoqués pour composer le jury. En juin 2005, le procès se clôture sur la relaxe totale du chanteur. Il est innocenté, non sans le désaveu massif de la presse, des dix chefs d’accusation pour lesquels il était poursuivi.
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[2]
Pour rappel, l’image du corps correspond à la « représentation mentale que nous avons de notre corps. L’image du corps est l’image que l’individu se fait peu à peu de lui. Elle enferme les fantasmes inconscients, et fait également intervenir l’environnement » (Mijolla, 2002, p. 792).
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[3]
Cf. notamment l’interview qu’il donne à Barbara Walters, diffusée sur la chaîne américaine ABC, le 12 septembre 1997.
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[4]
Fait relaté dans quasiment toutes les biographies consacrées au chanteur depuis les années 1990.
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[5]
Anecdote rapportée par Katherine Jackson dans la biographie qu’elle consacre à son fils en 1992. Jackson K. (1992). Jackson & Jackson, histoire d’un rêve. Paris : Ergo press.
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[6]
Dans l’interview qu’il consacre à Oprah Winfrey en 1993, il dit à propos de son père : « Je ne sais si c’est parce que j’étais son fils prodige, ou quoi… Certains appellent cela une discipline très stricte. Il était très strict, très dur. Et il était effrayant. […] J’avais très peur de lui, j’étais terrifié. Il y a des moments où il venait me voir et ça me rendait malade. »
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[7]
Le biographe J. Randy Taraborrelli affirme même que Joe aurait eu un enfant hors mariage, ce qui aurait provoqué le divorce entre lui et Katherine Jackson (Taraborrelli J. R . (2009). Michael Jackson : The Magic and the Madness, The whole story. 1958-2009. USA : Headline and Pan Editions).
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[8]
Des enregistrements audio de conversations privées du chanteur rendues publiques témoignent de ce que Michael Jackson pouvait aisément parler d’une voix grave. Il était d’ailleurs capable de changer de timbre et de tessitures à chaque chanson.
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[9]
Joe Jackson était le premier manager des Jackson Five. Il fut congédié en 1985 à l’issue du Victory Tour.
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[10]
Peter Pan était le personnage fétiche de Michael Jackson, qui avait démarché Steven Spielberg avant le tournage du film Hook (1991) dans l’espoir d’y tenir le rôle de ce héros. In fine, c’est Robin Williams qui obtint le rôle aux côtés de Dustin Hoffman (en Capitaine Crochet).
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[11]
Dans le roman Peter Pan et Wendy, de J. M. Barrie, Neverland est le royaume dans lequel vit Peter Pan. C’est un pays imaginaire peuplé d’enfants.
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[12]
Les deux premiers enfants, Prince Michael et Paris Katherine, ont été conçus avec Debbie Rowe, une assistante dermatologue que fréquentait le chanteur, qu’il épousa en 1996 et dont il divorça en 1999. Cependant, en 2009, elle déclara au journal américain News of the World que le chanteur n’était pas le père biologique de ses enfants et qu’ils avaient fait appel à un donneur anonyme.
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[13]
Ses deux fils s’appellent respectivement Prince Michael et Prince Michael II.
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[14]
Selon Ph. Marion, les récits médiatiques contemporains sont caractérisés par leur portée « transmédiatique » et « intergénérique » : ils se déclinent sur de nombreux supports et adaptent leurs formes à divers genres. Selon lui, « le médiatique désigne des contenus, des idées, des formes, des personnages, etc. qui possèdent une aptitude transmédiatique souvent assortie d’une propension au glissement intergénérique : ils se propagent aisément de la presse écrite au cinéma, de la radio à la télévision, du journalisme à la publicité, du reportage au feuilleton… Ils inspirent la création de sites sur Internet et sont même l’objet de jeux vidéo ou de CD-Roms » (Marion, 1997, p. 70.) Selon cet auteur, « le médiatique, lorsqu’il prend la forme d’une dissémination organisée, peut alors se concevoir comme une mise en réseau » (Ibid., p. 74).
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[15]
Haywood M. (1988). Michael Jackson story. Paris : Hachette.
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[16]
La série de dessins animés The Jackson 5 Cartoon est diffusée en France en 1974 dans l’émission La courte échelle, puis est rediffusée en 1980 à la sortie de Off the Wall – premier album solo de Michael Jackson produit par Sony – et en 1984 après le succès planétaire de Thriller.
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[17]
Michael Jackson est par exemple le héros d’un film en 3 dimensions, Captain EO, réalisé par Francis Ford Coppola en 1986. Produit par les Studios Disney, il est diffusé dans les parcs d’attraction Disney.
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[18]
Le film Moonwalker, réalisé par Jerry Kramer et Colin Chilvers, est sorti en 1988.
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[19]
Voir par exemple le documentaire This is it, réalisé par Kenny Ortega et diffusé après la mort du chanteur en 2009.
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[20]
En 1990, Le jeu vidéo Moonwalker est produit et édité par SEGA pour les consoles Megadrive.
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[21]
Cette maladie de l’épiderme, due à une destruction des cellules mélanocytes (cellules produisant la mélanine), est relativement rare puisqu’elle touche seulement 1 à 2% de la population mondiale. Elle a pour conséquence de provoquer une dépigmentation de la peau, plus ou moins étendue selon la gravité de l’affection. Ainsi, le vitiligo peut causer une dépigmentation par « plaque » plus ou moins localisée, touchant généralement le visage, les mains, les pieds, les articulations et les parties génitales, mais peut aussi s’étendre au corps tout entier. Dans le cas d’un vitiligo généralisé (ou vitiligo universalis), l’individu peut alors devenir totalement blanc.
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[22]
Clip réalisé par John Landis en 1991. La séquence du morphing clôture la version courte du clip. Elle montre une succession de transformations qui font passer un individu à un autre.
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[23]
Mijolla-Mellor, 2004, p. 104.
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[24]
M. Foucault cité par Roussel R. (1963). Michel Foucault. Paris : Gallimard, pp. 111-112.
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[25]
Weber, 2006, p. 370.
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[26]
Ce teaser de quatre minutes, visant à promouvoir le double album HIStory, est réalisé par Ruppert Wayne-Wright en 1995. Présenté sous la nomination « Teaser » dans le DVD History volume II, ce mini-film s’appelle en réalité The Eastern Europe Redeemer (Le rédempteur de l’Europe de l’Est).
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[27]
Teaser de trois minutes quinze, réalisé par Bob Jenkins en 1991, diffusé comme préambule à l’entrée sur scène du chanteur lors des concerts de sa tournée de 1992-1993, Dangerous Tour.
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[28]
Clip réalisé par Martin Scorsese en 1987.
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[29]
Clip réalisé par John Landis en 1984.
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[30]
Raffy, 2000, p. 439.
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[31]
Ibid.
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[32]
Clip réalisé par Nicholas Brandt en 1996.
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[33]
Les chamanes considèrent que la Terre est animée par un esprit nourricier permettant la survie des espèces terrestres.
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[34]
Dans la mythologie grecque, Gaïa est la déesse primordiale personnifiant la Terre-Mère. C’est elle qui enfanta le monde terrestre : elle donna naissance au ciel (Ouranos, dieu des cieux), aux océans (Pontos, dieu des mers) et aux continents (Ouréa, dieu des montagnes).
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[35]
Winnicott, 1971, p. 10.
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[36]
Ibid, p. 30.
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[37]
Pour rappel, dans la psychanalyse de J. Lacan (1957-1958), l’objet (a) est l’objet symbolique qui incarne les désirs narcissiques de toute-puissance d’un individu, l’attribut d’un non-Moi qui, dès lors que le Moi le possède, apporte la perfection tant recherchée. « On appelle objet (a), un objet cause du désir […]. Par (a), Lacan désigne d’abord le petit autre, le semblable en tant qu’objet érotique (Lacan, 1998) puis, ayant montré que c’est un manque qui le fait objet érotique, il désigne par (a) ce qui symbolise ce manque et par la suite le manque lui-même » (Mijolla, 2002). L’objet (a) symbolise « le manque fondamental », l’objet qui manque à notre propre perfection et qui est, de ce fait, objet de notre désir narcissique. Il est l’objet qui manque au sujet pour qu’il soit à la fois « Moi et autre », l’attribut qu’il ne possède pas mais qui lui permettrait de se sentir à nouveau complet.
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[38]
Todorov T. (1070). Introduction à la littérature fantastique. Paris : Seuil, p. 115.
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[39]
Dalmazzo, 2009, pp. 165-169.
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[40]
En quarante ans de carrière, Michael Jackson aurait vendu plus de 250 millions d’albums et au cours des vingt dernières années seulement de sa carrière, il aurait cumulé la somme de 500 millions de dollars net d’impôts. Il disposait également de biens matériels dont la valeur est colossale (œuvres de maîtres, immobilier). Depuis 1985, il était notamment le propriétaire des droits des Beatles, dont la valeur est elle-même estimée à un demi milliard de dollars. Cette fortune, digne du capital d’une grande entreprise attirerait la convoitise. Outre les ouvrages sulfureux publiés par sa sœur La Toya et les tentatives d’extorsion de fonds de quelques-uns de ses anciens employés, c’est la famille Chandler qui réussit le mieux à déstabiliser le chanteur : en 1993, elle porte de graves accusations à l’encontre de Michael Jackson – le chanteur aurait abusé sexuellement du jeune Jordan Chandler, tandis qu’il l’avait pris sous son aile depuis quelques années. Avec ces accusations, les Chandler parviennent à obtenir 26 millions de dollars, car le chanteur souhaite faire cesser au plus vite cette affaire qui entache son image (Boudesoqc S. (2003). Michael Jackson : enquête sur une légende. Montesson : City Ed).
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[41]
Fin 2001, l’album Invincible, dernier disque édité par Sony, sort dans les bacs. Du fait d’un conflit entre l’artiste et la maison de disques, l’album se vend à cinq millions d’exemplaires à travers le monde durant les trois premiers mois après sa sortie. Bien que conséquent, ce chiffre est relativement peu élevé compte tenu des records de vente précédents réalisés par les albums Bad (1987) et Thriller (1982).
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[42]
Voir par exemple The Wacko Jacko Mask, un masque d’Halloween en vente sur Internet, représentant le visage du chanteur tel le monstre de Frankenstein. Ou bien encore, le court métrage Hollywood Zombies Tombtoon 1 – Wacko Jacko, produit par le site Hollywoodzombies.com et visible sur Youtube. Consulter également la page web A Photographic History of Michael Jackson’s Face, particulièrement emblématique des détournements d’images et caricature du chanteur à la fin des années 2000 (http://anomalies-unlimited.com/Jackson.html).
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[43]
Dalmazzo, 2010, p. 151.
1Il était une fois, un petit garçon Noir issu des quartiers défavorisés... Doté d’un talent précoce, Michael Jackson devient rapidement l’enfant star le plus médiatisé de son époque, et une figure incontournable de la fin du XXe siècle. Grandissant sous le regard curieux d’un public avide, il se donne à cœur d’assurer le spectacle en permanence, et interprète pour cela la plus invraisemblable des créatures, mi-réelle, mi-fantasque : The King of Pop. Véritable magicien, capable de se transformer sans cesse et de réaliser tous les exploits, il se montre tel un surhomme. Incarnant les fantasmes de toute-puissance, il est pour beaucoup un modèle. Mais le créateur, obsédé par son œuvre, se transforme bien vite en véritable créature : d’humain, il devient image ; de surhomme, il passe à non-Homme (on l’appelle « l’extraterrestre »). Lynché publiquement, il endure le procès [1] le plus médiatisé de l’histoire des États-Unis, et meurt mystérieusement la veille d’un come-back attendu, plongeant son public dans la stupeur.
2Telle est l’histoire fantastique du personnage médiatique incarné par Michael Jackson. Véritable mythe, il s’est construit à coup de rumeurs et de fantasmes, au fil des récits qu’en firent les médias, l’industrie culturelle et le public. À l’instar des récits collectifs dans lesquels chacun peut projeter une part de soi, il pourrait être un miroir de ce que nous sommes, tant collectivement qu’individuellement. Image à la fois séduisante et dérangeante, il serait le reflet de notre propre ambivalence, et pourrait témoigner de nos difficultés à cerner notre propre identité. Tel un archétype mythique, il figure une adolescence éternelle rejouant sans cesse le scénario d’une individuation pénible et inaccessible.
Métamorphoses et rupture généalogique
3Les métamorphoses incessantes du chanteur évoquent les transformations physiques et psychiques se jouant à l’adolescence. D’un point de vue symbolique, elles figurent la modification de l’image du corps [2] à la puberté. Chez Michael Jackson, elles rendent compte également d’une personnalité aux mille visages, explorant un Moi éclaté et contradictoire. Michael Jackson paraît s’inventer lui-même, comme s’il était mu par un impérieux désir d’auto-engendrement. Les médias y ont vu le signe d’une dysmorphophobie incurable. De son côté, le chanteur revendiquait ces actes comme une véritable démarche artistique [3] : son corps était un outil entièrement dévolu à son art. À la fois créateur qui enfante et créature enfantée, il s’affranchissait de sa propre généalogie et devenait par là même son propre père et son propre fils.
4On rapporte souvent les transformations de la star à la relation tumultueuse qu’il entretenait avec son père : il l’appelait « Big nose » dit-on [4], c’est pour cela que Michael Jackson se serait acharné à réduire la taille de son nez. Musicien lui-même, Joe Jackson rêvait de connaître la gloire avec son groupe The Falcon, en vain. Il devint plutôt le père d’une grande fratrie qu’il forma à la musique, au chant, à la danse, et qu’il chargea de réaliser ses propres ambitions. Mais The Jackson Brothers, formé de ses trois aînés Tito, Jackie et Jermaine, ne perce pas. Seul le petit Michael possède l’étincelle – cette qualité exceptionnelle capable de faire la différence et de mener à la réussite. Âgé de quelques années seulement, il dansait déjà sur le rythme de la machine à laver [5] et reproduisait les pas de James Brown qu’il avait vu à la télévision. Dès lors, Joe projette en ce fils tous ses espoirs. Grâce à Michael, le clan Jackson tout entier va accéder à la fortune.
5Dans de nombreuses biographies – sources privilégiées de l’écriture mythologique – le père du chanteur est montré comme un personnage violent, à la voix grave et au visage sévère. Aux dires du chanteur [6], il était particulièrement strict et se montrait souvent infidèle envers sa femme Katherine [7]. Serait-ce alors dans le but de rompre avec cet héritage que Michael adopte une voix suraiguë [8] ? Ou façonne à coups de scalpel son physique androgyne et asexué ? L’histoire nous dit que Michael Jackson n’a eu de cesse de se détacher de son influence : d’abord en le congédiant de sa place de manager [9], puis en le condamnant publiquement à plusieurs reprises, et enfin peut-être en tentant d’annihiler toute ressemblance physique entre eux. Effectivement, le chanteur arborait toujours un air inoffensif qui contrastait fortement avec les traits de son père. Cette posture lui valut même le surnom de « Bambi », en référence au célèbre faon de Walt Disney, qui – par une analogie signifiante – est un orphelin arraché à sa filiation, obligé de se construire par lui-même.
6Tel l’immuable Peter Pan [10], qui erre à Neverland [11] (pays de l’enfance perdue), Michael Jackson paraît figé pour l’éternité entre l’enfance et l’âge adulte. Comme pris au piège d’une posture réactionnaire, il reste soumis à l’emprise de cet autre parental, qu’il prend comme support d’une relation en miroir inversé. Nous ne saurons jamais ce qu’il en fut du véritable Michael Jackson, mais sa mythologie – cette histoire fantastique retraçant le parcours d’un personnage médiatique bien plus imaginaire que réel – ne raconte-t-elle pas le parcours d’un fils cherchant à se défaire du père pour se refaire lui-même ? D’une certaine manière, la créature semble imposer sa propre généalogie à celle du créateur : rebaptisé « King of Pop », fils du King Presley dont il épousa la fille, il eut trois enfants non biologiques [12], qu’il envisageait comme des princes et princesse [13].
7Cette idée d’une rupture généalogique volontaire imprègne si fortement le mythe et le personnage qu’on accusa régulièrement le chanteur de renier ses origines. Après sa mort soudaine, certains fans – convaincus qu’il avait feint son décès – reconnurent la star sous les traits de Dave Dave, un grand brûlé, ami de Michael Jackson, qui le considérait comme un père d’adoption. Or ce personnage incarne justement la scission du lien filial : après avoir été défiguré dans l’enfance au cours d’un incendie provoqué par son père, il renonça à son nom de famille – et renia le nom du père…
Fantasme d’auto-engendrement, individuation et construction identitaire
8À l’adolescence, le désir d’auto-engendrement est particulièrement puissant. D’une part parce que l’individu cherche à s’individuer sur le plan psychique, et que pour ce faire, il doit se détacher des figures parentales qui ont préformé son identité ; d’autre part parce qu’il cherche à se positionner dans la société alors qu’il n’est pas en capacité de négocier son identité sociale. En effet, à ce stade il n’est encore que le « fils de… », car il ne peut revendiquer d’identité professionnelle pour se catégoriser ou se distinguer de ses pairs. Aussi, il recourt à toutes sortes d’identités d’emprunt, qu’il adopte en s’appropriant les codes et les conduites prescrites. Les identités musicales présentent l’avantage d’être particulièrement stigmatisantes : elles sont riches de référentiels et de signes distinctifs qui favorisent la différenciation et autorisent la revendication des appartenances sociales. De même, elles sont souvent propices à l’établissement des codes de l’entre-soi qui facilitent la reconnaissance mutuelle des initiés. À ce titre, il convient de préciser que Michael Jackson est une figure qui répond efficacement aux besoins identitaires des adolescents. En effet, il est remarquablement médiagénique [14] : non seulement il se décline sur tous les supports, mais en plus, il se consomme sous toutes les formes. Bandes dessinées [15], dessins animés [16], parcs d’attraction [17], longs métrages cinématographiques [18], documentaires [19], jeux vidéo [20], etc. La « mise en choses » (Hennion, 1993) de Michael Jackson facilite ses multiples appropriations. De plus, grâce au déploiement de véritables emblèmes – tels que le chapeau Fédora ou le gant à sequins – Michael Jackson favorise la consommation de son univers sur le mode de la revendication sociale. Enfin, son apparence polymorphe maximise les possibilités identificatoires : son androgynie le situe tant du côté masculin que du côté féminin ; l’altération de sa couleur de peau (causée par un vitiligo universalis) [21] lui permet de représenter autant les peuples africains, que caucasiens ou asiatiques ; enfin sa voix et son caractère enfantin, associés à son apparente absence de sexualité, le placent entre l’enfance et l’âge adulte. Ses incarnations multiples et contrastées – dans ses clips notamment – mettent en lumière de nombreuses facettes de l’être humain et autorisent chacun à s’y projeter ou à s’y reconnaître. Personnage imaginaire et récit mythique malléable à souhait, le chanteur permet à chaque jeune de façonner son propre Michael Jackson, et de répondre ainsi à ses besoins spécifiques.
Un idéal qui façonne l’illusion de toute-puissance
9Le polymorphisme de Michael Jackson se fait également l’écho des désirs narcissiques des jeunes pubères. En effet, appréhendée à travers le prisme de l’illusion, la métamorphose alimente le fantasme de voir se réaliser la fusion identitaire propre à la toute-puissance : à l’image de la séquence de morphing du clip Black or White [22], Michael Jackson incarne le missionnaire d’un impossible mythe. Les multiples visages de ce personnage s’additionnent les uns aux autres pour constituer les différentes facettes d’un être unique, capable de soutenir simultanément l’identité et l’altérité. Or cette capacité à synthétiser les contraires en un seul et même corps, alimente les fantasmes de fusion des adolescents et leurs désirs de complétude narcissique. Quelle métaphore pourrait être plus limpide que celle à laquelle nous invite la séquence du morphing ? Michael Jackson abolit toutes les limites. Symboliquement, il fournit à notre inconscient une preuve qu’il est possible de recouvrer la toute-puissance et d’accéder à la jouissance qu’elle procure. S. de Mijolla-Mellor le rappelle : « Qu’il s’agisse d’amour sacré ou profane, le fantasme est identique et le but en est toujours l’immersion de l’être dans les abîmes du cosmos par la voie orgiaque, l’évasion hors des frontières individuelles » [23].
10D’un point de vue symbolique, la métamorphose raconte aussi un éternel recommencement. Elle confère à celui qui l’accomplit une immortalité séduisante : lorsque Michael Jackson se transforme, il procède à une sorte de renaissance. En investissant un autre corps, il trouve le moyen de ne pas mourir. Mieux que la réincarnation, la métamorphose permet d’épouser de son vivant un corps dans la continuité d’une seule et même vie, idéalement renouvelée. Comme le dit M. Foucault, il s’agit de « faire triompher la vie en joignant les êtres » ou de « tromper la mort en les faisant passer d’une figure dans une autre » [24]. À cette rupture qu’est la mort, les métamorphoses de Michael Jackson opposent donc la continuité de la vie. Et quelle illusion pourrait mieux séduire un jeune en quête d’idéal que celle suggérant qu’il est possible de survivre au corps éphémère ?
11Mais Michael Jackson ne se contente pas de faire naître l’illusion par l’intermédiaire de ses métamorphoses évocatrices. En travaillant savamment ses mises en scène et en brouillant les frontières entre la créature et le créateur, il sait faire croire à la réalité de son mythe et légitimer son charisme. En théologie, le charisme est associé à une grâce, un don de Dieu ou une force surnaturelle, qui permettent d’accomplir des actes extraordinaires. Pour le sociologue M. Weber, la légitimité d’une figure charismatique trouve sa confirmation « par des miracles, des victoires et d’autres succès, par des bienfaits apportés aux dominés » [25]. C’est ainsi que Michael Jackson devait démontrer sa dimension supérieure, sa puissance, en réalisant l’impossible. Pour signifier son omnipotence magique, Michael Jackson a notamment démontré son aptitude à commander les hommes en exerçant sur eux son autorité naturelle. Dans ses mises en scène – dans les teasers HIStory [26] et Brace Yourself [27] par exemple –, il apparaît entouré de fidèles ou en train de prendre la tête d’une armée de soldats. Il se place ainsi en position de leader respecté. Dans une moindre mesure, les clips Bad [28] et Thriller [29] répondent également à cette stratégie : le chanteur y incarne respectivement le chef d’une bande de voyous et d’un groupe de zombis. Michael Jackson met aussi en œuvre cette logique lorsqu’il représente ses fans à l’écran. Dans le film Moonwalker, ou dans les teasers Brace Yourself et HIStory, il les montre toujours exaltés, voyant en lui un dieu accomplissant des miracles. Certains s’évanouissent à sa vue, d’autres tendent les bras dans l’espoir de le toucher. D’autres encore adressent des prières au ciel. Ces mises en scène suggèrent la faculté du chanteur d’unir les hommes et la force de son pouvoir d’attraction. Or, lorsqu’il s’identifie à une figure charismatique, l’adolescent a toujours le désir de voir se réaliser l’idéal qu’elle incarne. Quoi de plus efficace alors qu’un rassemblement gigantesque pour concrétiser les espoirs ?
12Par ailleurs, ces images de ferveur répondent à l’envie du jeune de devenir « désirable dans le champ de l’adulte » [30]. D’autant que cette période de maturation psychique est un moment crucial pour l’établissement de son identité sexuelle. Or, c’est dans le regard de l’autre qu’il la construit en grande part. De plus, l’adolescent est guidé par « une sensualité cherchant la satisfaction orgasmique dans une rencontre avec l’autre » [31], ce qui le rend pleinement dépendant de celui qu’il désire. Ainsi, lorsque Michael Jackson illustre avec force l’étendue de sa désirabilité, il invite le jeune à l’imiter : quand il aura fait l’introjection des qualités admirées, il passera du statut de sujet désirant à celui d’objet désiré. Dès lors, l’accès à la jouissance ne dépendra plus que de lui-même.
13Cette stratégie de légitimation du charisme de Michael Jackson par l’accomplissement de prodiges, est encore plus frappante au regard de l’ascendant qu’il prétend avoir sur les éléments terrestres et les lois physiques. En témoigne le clip Earth Song [32] dans lequel le chanteur se désole du sort que réservent les hommes à la nature. Submergé par un sentiment de révolte, il erre dans un décor apocalyptique. La rage l’envahit. Tombant à genoux, avec d’autres victimes de l’industrialisation représentées à l’écran, il enfonce ses mains dans la terre et déroule une longue complainte. Puis, comme connecté à la Terre-Mère [33], il se ressaisit. Le sol tremble, des éclairs déchirent le ciel et le vent, qui s’est mis à souffler violemment, emporte sur son passage les ennemis de l’humanité. Michael Jackson, aidé par Gaïa [34], répare les injures faites à la planète et aux peuples. Grâce à ses pouvoirs magiques, il remonte le temps : les arbres coupés s’enracinent à nouveau. Les carcasses d’éléphants, dépossédées de leurs défenses, reprennent vie. Les tanks sont rejetés. Les victimes de l’armée reviennent à la vie… Michael Jackson accomplit toutes ces prouesses par la seule force de son esprit. Il se connecte à l’univers et en prend le contrôle.
14On le voit bien, le chanteur veut nous faire croire à la pensée magique : par ces mises en scène, il suggère qu’il a dépassé son statut d’être humain et que l’esprit peut tout maîtriser. Il semble échapper à l’impuissance, la faillibilité, la dépendance, la mortalité… propres à la condition humaine. Il prétend même posséder un pouvoir de vie ou de mort sur ses congénères. S’il le souhaite, il saura insuffler à un corps sans vie l’énergie vitale nécessaire pour le réanimer. Plus que simple magicien, Michael Jackson s’est montré tel un dieu qui accomplit de véritables miracles.
Un objet transitionnel qui conduit vers l’acceptation du réel
15Ainsi, Michael Jackson fut capable d’incarner l’idéal du Moi des adolescents et a pu servir de support à leur construction identitaire. En effet, les jeunes éprouvent un vif besoin de croire en l’illusion, car la puberté s’accompagne d’un renoncement pénible à la toute-puissance censé les conduire progressivement à l’acceptation du réel. Au sortir de la période de latence, les angoisses de mort relatives au complexe de castration sont ravivées. Elles dureront jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte, en se soldant soit par la réussite soit par l’échec des processus de deuil. Paradoxalement, c’est l’illusion qui permettra à l’individu d’accéder pleinement au réel et à l’altérité, en s’établissant comme un espace transitionnel au sens où D. W. Winnicott le définit, soit comme un lieu assurant la « transition entre Moi et non-Moi, la perte et la présence, l’enfant et la mère » [35]. Véritable troisième aire qui n’est ni intérieure ni extérieure, l’illusion est un « lieu de repos pour l’individu engagé dans cette tâche humaine interminable qui consiste à maintenir, à la fois séparées et reliées l’une à l’autre, réalité intérieure et réalité extérieure » [36].
16L’illusion de toute-puissance que produit Michael Jackson permet aux adolescents d’éviter l’angoisse dépressive, et de pallier le manque insupportable. Grâce à elle, ils pourront entreprendre le deuil douloureux de la castration, en acceptant leur vulnérabilité. Mieux encore, Michael Jackson est dans son entier un véritable objet transitionnel remplaçant l’objet (a) [37] au moment où le sujet peine à supporter son absence, « sa perte ». Pour le jeune pubère, il est un formidable substitut aux figures parentales désacralisées, leur permettant d’entériner les processus d’individuation.
17À cela il faut encore ajouter que cette figure a aussi été un véritable guide figurant la conquête intérieure par l’intermédiaire de ses multiples transformations. Pour le philosophe et historien T. Todorov, la métamorphose symbolise « la transgression de la séparation entre matière et esprit, telle qu’elle est généralement conçue » [38]. Ainsi, elle signifie d’une part que l’esprit peut contrôler la matière – ce que suggère clairement Michael Jackson dans ses mises en scène –, d’autre part que le corps et l’esprit – qu’on oppose couramment – se rencontrent et s’harmonisent. En ce sens, le personnage de Michael Jackson prend la forme d’un modèle initiatique, retraçant le parcours sinueux d’un jeune à la recherche de son identité. Ses métamorphoses sont le symbole d’une « réussite psychique » qui conduit à l’unité intérieure, car elles suggèrent la synthèse des contradictions internes et la réunion des facettes d’un Moi éclaté. Au travers de son polymorphisme, le chanteur invite donc les jeunes à prendre contact avec leurs « autres soi », et à découvrir ainsi les parts méconnues de leur être.
De l’idéalisation à la désacralisation de l’imago
18Ainsi Michael Jackson est à la fois l’incarnation immuable d’une adolescence éternelle, qui sans cesse rejoue les processus de l’individuation, et un modèle idéal pour la construction et l’affirmation identitaire des jeunes. Mais encore, les réactions suscitées par cet image-imago, ainsi que les résonances sociétales de sa mythologie, s’inscrivent dans la dynamique des identifications propres à l’adolescence. En effet, la structure narrative du mythe retrace dans son ensemble le parcours d’une identification type, marquée en bout de course par un rejet féroce du modèle : Michael Jackson, d’abord sacralisé, puis envié et approprié, finira conspué et rejeté. Trois phases biographiques, trois mouvements narratifs précisément, montrent cela [39] : le premier mouvement – qui retrace le parcours de Michael Jackson depuis l’enfance jusqu’à sa formidable ascension vers la gloire (biographies hagiographiques des années 1984/1993) – correspond à la phase d’idéalisation du personnage par le public. Michael Jackson est starifié et sacralisé car on s’y identifie. Il semble tout-puissant, inébranlable, bon et juste. La deuxième étape narrative – qui raconte l’histoire de Michael Jackson à partir du moment où il est au sommet de la gloire jusqu’à sa chute (le procès pour pédophilie) – décrit un héros convoité et jalousé de toutes parts (biographies des années 1995-2000). Elle correspond à la tentative d’appropriation de son idéalité par les publics : chacun veut sa part du héros [40]. Le troisième moment – qui correspond à une remise en perspective transversale de la mythologie de Michael Jackson (biographies pamphlétaires publiées depuis son premier échec commercial [41] jusqu’à sa mort) – consiste en un mouvement de rejet réactionnel. Michael Jackson est alors une créature à l’apparence hors norme mais au talent exceptionnel. Il attise d’abord l’enthousiasme et la fascination, puis la crainte et la répulsion. Le héros idolâtré est soudainement rejeté pour son insupportable étrangeté et son incapacité à se conformer. On le pourchasse, on veut le pendre publiquement. Le héros en réchappe mais chacun continue de lui en vouloir, il est mis au ban de la société. Alors, condamné à une solitude désespérée, il erre sans fin dans son château immense, où il finira par mourir de désespoir. Cette dernière phase du récit évoque le retrait des investissements libidinaux projetés auparavant sur le modèle – processus particulièrement notable chez les adolescents rompant avec le modèle parental.
19Rappelons qu’une figure admirée et idéalisée, quelle qu’elle soit, sous-tend l’identification du sujet qui ne poursuit qu’un seul but : l’introjection des qualités idéales. L’identification ne saurait durer car elle engendre une aliénation. Le modèle doit être détruit, car la mort certaine du héros entérinera l’autonomisation du sujet. Une quatrième phase biographique est en train de se faire depuis la mort du chanteur. Avec cette publication, nous participons d’ailleurs à son écriture. Elle constitue certainement la fin de l’histoire de Michael Jackson que nous écrivons de concert depuis des décennies : la phase finale du deuil qui permettra l’existence du chanteur dans une mémoire à nouveau idéalisée, et non menaçante. Mais aussi et surtout, elle marque l’ultime étape d’un long processus d’individuation qui permettra aux adolescents en construction de retrouver leur indépendance vis-à-vis du modèle, et de faire revenir en eux-mêmes la libido projetée.
20On le voit bien, le personnage Michael Jackson et la mythologie qu’il porte stigmatisent les problématiques identitaires de l’adolescence : il relate les difficultés d’un sujet à s’auto investir. En héros tragique, tel Narcisse, Michael Jackson se cherche en vain dans l’au-delà de l’image. À cela rien d’étonnant quand on sait que, dès son plus jeune âge, il fut dépossédé de la sienne propre : il ne s’appartenait plus. Il fut à son père, puis à l’industrie du disque, aux médias, aux publics, aux fans…. il finit par être à tout le monde, et chacun en dessina les contours… au point qu’il n’y eut plus un seul Michael Jackson mais des millions ! Comme autant d’imagos peuplant l’imaginaire de chacun.
21Les récits médiatiques qui relatent les transformations répétitives de Michael Jackson, le font apparaître comme autant de tentatives de retrouver l’entière propriété de lui-même : pour reprendre le contrôle de sa propre identité, il aurait tenté – comme Narcisse – de se réapproprier son reflet, image idéale en laquelle s’incarnait le personnage public. Son corps devint alors le reflet de la créature, et il substitua l’image au réel. C’est ainsi qu’à la fin de sa vie, Michael Jackson fut régulièrement représenté comme un zombie [42], car en devenant simple reflet, pure image, il n’était plus qu’une pale copie du vivant. Le créateur, corps réel, fut laissé pour mort, car désinvesti de toute libido narcissique au profit du reflet idéal, de la créature. Cette quête inépuisable vers lui-même, Michael Jackson l’a mise au service de notre propre identité. Son idéal est devenu le nôtre, alors collectivement nous l’avons idéalisé et idolâtré. Mais ce faisant il était condamné à passer du statut de « figure sacrée » à celui de « figure sacrificielle ». Sous l’apparence du King of Pop, il nous renvoyait à notre médiocrité : reflet d’un « soi-même » accomplissant nos désirs, il nous confinait dans notre réalité, du mauvais côté du miroir. Aliéné à une relation d’emprise envers cet être fascinant, « Je » ne pouvait véritablement exister. « À la manière d’un adolescent qui gagne son autonomie en détruisant son modèle parental, il fallait le tuer – du moins symboliquement –, le désacraliser. Nous devions en faire un monstre » [43].
Bibliographie
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Mots-clés éditeurs : auto-engendrement, charisme, fascination, identification, monstruosité, mythe, rupture généalogique
Date de mise en ligne : 06/01/2014
https://doi.org/10.3917/ado.086.0979