S'abonner
Compte rendu

Contanzo PREVE, Histoire critique du marxisme, Paris, Armand Colin, 2011 (avec une préface de D. Colin et une postface d’a. Tosel), 309 pages

Pages 198e à 206e

Citer cet article


  • Renault, E.
(2012). Contanzo PREVE, Histoire critique du marxisme, Paris, Armand Colin, 2011 (avec une préface de D. Colin et une postface d’a. Tosel), 309 pages. Actuel Marx, 51(1), 198e-206e. https://doi.org/10.3917/amx.051.0198e.

  • Renault, Emmanuel.
« Contanzo PREVE, Histoire critique du marxisme, Paris, Armand Colin, 2011 (avec une préface de D. Colin et une postface d’a. Tosel), 309 pages ». Actuel Marx, 2012/1 n° 51, 2012. p.198e-206e. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2012-1-page-198e?lang=fr.

  • RENAULT, Emmanuel,
2012. Contanzo PREVE, Histoire critique du marxisme, Paris, Armand Colin, 2011 (avec une préface de D. Colin et une postface d’a. Tosel), 309 pages. Actuel Marx, 2012/1 n° 51, p.198e-206e. DOI : 10.3917/amx.051.0198e. URL : https://shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2012-1-page-198e?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/amx.051.0198e


1 Contanzo Preve, pour la première fois traduit en France, est une figure du marxisme italien dont une utile postface d’A. Tosel retrace le parcours de l’opéraisme à une défense de l’indépendance nationale conçue comme alternative à l’impérialisme états-unien. L’histoire du marxisme annoncée dans le titre doit être entendue en référence au marxisme comme idéologie et comme projet politique plutôt que comme un projet théorico-politique. Les reformulations théoriques ne sont pas analysées pour elles-mêmes mais considérées comme des symptômes des différentes crises du marxisme et des illustrations des voies possibles pour trouver des solutions adaptées à de nouvelles situations historiques. Ainsi, Sartre, Lukács et Althusser sont-ils considérés comme les productions les plus représentatives de l’âge de la dissolution du marxisme. C’est surtout les réorientations du projet politique de Marx et ses dérives idéologiques qui retiennent l’attention, de sorte que les grands personnages de cette histoire sont Engels, Kautsky, Lénine, Staline et Mao. Preve ne prétend pas à l’exhaustivité et son propos reste général mais une longue notice bibliographique (pp. 263-289) permettra au lecteur d’approfondir les questions envisagées. Son ambition est de restituer en termes accessibles la réalité et la complexité d’une histoire non transmise et non étudiée si ce n’est sous le mode de la caricature (dans le cas du stalinisme et du maoïsme par exemple). La dimension générationnelle de l’entreprise est forte, Preve reprochant à la génération de 1968 d’avoir « empoisonné l’eau du puits » après avoir changé de bord. Cette histoire ambitionne également un point de vue critique au sens d’une rupture radicale avec l’autocompréhension marxiste du marxisme et de son histoire. Le propos est volontairement iconoclaste et provocateur, comme en témoignent les pages où Preve se demande si finalement, la seule chose qui peut rester valide de Marx et du marxisme n’est pas, comme Mao le suggère, l’affirmation du droit à se révolter contre l’oppression (pp. 208-209) – ce qui fait légitimement craindre à Preve que son histoire ne trouver pas son public…

2 L’ouvrage est composé de 6 chapitres en fonction d’une périodisation. Les deux premiers portent sur Marx et le contexte où sa théorie a émergé. Les trois suivants concernent les trois grandes phases du marxisme : « Le proto-marxisme (1875-1915) : l’âge de la fondation », « Le marxisme intermédiaire (1914-1956) : l’âge de la construction », « Le marxisme tardif (1956-1991) : l’âge de la dissolution ». Le dernier chapitre aborde la situation actuelle par l’intermédiaire de l’alternative, jugée pour l’instant indécidable : postmarxisme ou refondation du marxisme ? La thèse défendue, qui sous-tend l’ensemble de cette histoire, est qu’une refondation du marxisme ne dépendrait ni d’une actualisation ni d’un approfondissement mais d’un véritable « changement de paradigme » (pp. 236-237) qui ne devrait pas hésiter à puiser hors du marxisme (comme le fait d’ailleurs Preve en se référant notamment à Polanyi).

3 L’ouvrage, qui fourmille d’anecdotes et de polémiques, est structuré autour de quelques idées-forces. Marx est présenté comme un philosophe inconsciemment idéaliste et un chercheur en sciences sociales inconsciemment matérialiste, comme un utilitariste ayant élaboré une « théologie négative du mode de production capitaliste » (p. 17). Il aurait légué un chantier en construction à ses successeurs, chargé d’apories et de tendances contradictoires. Le marxisme est une succession de transformations impliquées par l’échec du projet politique initial. Cet échec renvoie, d’une part, à la stabilité du capitalisme, qui a suscité la reformulation économiciste et scientiste du proto-marxisme, et, d’autre part, à l’incapacité de la classe ouvrière de conduire une transformation révolutionnaire. L’innovation principale de Lénine aurait consisté à prendre conscience que cette incapacité et il aurait remplacé la classe ouvrière par le parti, en renversant le primat de l’économie en primat du politique. Quant à Mao, il aurait pris conscience du fait que la classe paysanne a toujours été plus révolutionnaire que la classe ouvrière, mais le projet d’une alliance des paysans pauvres et des ouvriers d’usine était voué à l’échec car il s’agit là des « deux classes sociales les plus incapables d’hégémonie » (p. 210) que l’histoire ait connues. On notera que la classe ouvrière et la subalternité sont peintes en noir : non seulement elles seraient marquées par une incapacité à engager des transformations structurelles et à construire des hégémonies, mais la subalternité du prolétariat serait à l’origine d’une pensée magique, fondée sur les deux principes de l’unité microcosme/macrocosme (dialectique de la manière/ dialectique de l’histoire) et du sauvetage messianique, qui n’a cessé de toujours plus dominer le marxisme de Engels à Staline.

4 Emmanuel RENAULT


Date de mise en ligne : 30/05/2012

https://doi.org/10.3917/amx.051.0198e