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Compte rendu

Hans IMMLER, Wolfdietrich SCHMIED-KOWARZIK, Marx und die Naturfrage. Ein Wissenschaftsstreit um die Kritik der politische Ökonomie, Kassel, Kassel University press, 2011, 207 pages

Pages 198d à 204d

Citer cet article


  • Löwy, M.
(2012). Hans IMMLER, Wolfdietrich SCHMIED-KOWARZIK, Marx und die Naturfrage. Ein Wissenschaftsstreit um die Kritik der politische Ökonomie, Kassel, Kassel University press, 2011, 207 pages. Actuel Marx, 51(1), 198d-204d. https://doi.org/10.3917/amx.051.0198d.

  • Löwy, Michael.
« Hans IMMLER, Wolfdietrich SCHMIED-KOWARZIK, Marx und die Naturfrage. Ein Wissenschaftsstreit um die Kritik der politische Ökonomie, Kassel, Kassel University press, 2011, 207 pages ». Actuel Marx, 2012/1 n° 51, 2012. p.198d-204d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2012-1-page-198d?lang=fr.

  • LÖWY, Michael,
2012. Hans IMMLER, Wolfdietrich SCHMIED-KOWARZIK, Marx und die Naturfrage. Ein Wissenschaftsstreit um die Kritik der politische Ökonomie, Kassel, Kassel University press, 2011, 207 pages. Actuel Marx, 2012/1 n° 51, p.198d-204d. DOI : 10.3917/amx.051.0198d. URL : https://shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2012-1-page-198d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/amx.051.0198d


1 Il s’agit du débat interdisciplinaire entre deux chercheurs, l’économiste écologique H. Immler, et le philosophe marxiste W. Schmied-Kowarzik – auteur d’un livre important sur Marx et la question de la nature (1983) – autour du rapport de la critique de l’économie politique de Marx à la nature. Commencé en 1983, l’échange polémique se prolonge jusqu’en 2011, avec une certaine radicalisation des positions, malgré l’amitié et le respect réciproque des deux discutants. Dans une préface rédigée en commun, les deux auteurs énumèrent les principales questions en discussion : 1) la théorie et la praxis marxiste constituent-elles une voie pour la solution des problèmes écologiques – les auteurs utilisent le terme allemand Naturfrage, « la question de la nature » – ou, au contraire, contribuent-elles autant à ces problèmes que leurs équivalents capitalistes ? 2) La théorie marxiste de la valeur est-elle l’une des causes de l’économie destructrice de la nature des pays du socialisme réel ? 3) Les conflits écologiques exigent-ils une réévaluation fondamentale des théories marxiennes ?

2 Selon Immler, la grande erreur de Marx a été de proclamer que seul le travail humain est producteur de valeur. En affirmant que la nature est non-productrice de valeur, Marx a contribué au mépris de la nature manifesté par les expériences du socialisme réel. L’alternative théorique à Marx serait la philosophie de la liberté et la philosophie de la nature de schelling, longtemps déclarés réactionnaires, mais qui sont de la plus grande actualité. Les positions de l’économiste écologique se sont radicalisées : tandis qu’en 1983 il demandait aux marxistes une correction des thèses économiques de Marx au sujet de la production de valeur par la nature, dans une lettre à W. Schmied-Kowarzik de 2011, publiée dans l’introduction du livre, on trouve l’injonction suivante : « Oublie Marx, découvre Schelling ! »

3 En fait, le philosophe marxiste est lui-même un admirateur de Schelling, dont il propose une lecture de gauche – semblable à celle d’Ernst Bloch ou de Enrique Dussel – qui met en avant ses affinités avec la pensée de Marx. Toutefois, contrairement à son collègue, il pense que l’auteur du Capital a été le premier philosophe et théoricien social à penser, de manière fondamentale, les problèmes de la crise écologique – qui étaient, il y a 150 années, à peine perceptibles. Il s’agit, reconnaît-il, d’une interprétation à contre-courant : Marx est considéré, non seulement par ses adversaires mais aussi – et même plus – par ses partisans dogmatiques, comme un propagandiste du développement sans entraves des forces productives industrielles et de la domination de la nature. Cette lecture « productiviste » a prédominé dans les pays du socialisme réel, avec les conséquences négatives qu’on connaît.

4 Il existe chez Immler, observe Schmied-Kowarzik, un malentendu : comme il l’écrit clairement dans la Critique du programme de Gotha, Marx distingue entre la valeur d’échange des marchandises (purement quantitative), qui résulte du travail abstrait, et la valeur d’usage, c’est-à-dire la véritable richesse (qualitative) qui est produite aussi par la nature. La critique de l’économie politique de Marx est une critique du caractère aliéné et réifié des forces productives industrielles sous le capitalisme ; au service de l’accumulation du capital, elles ne sont que des moyens pour exploiter les êtres humains et la nature.

5 Le mode de production capitaliste, écrit Marx dans le volume I du Capital, « ruine les sources de toute richesse : la terre et le travailleur ». Certes, l’objectif essentiel de Marx dans sa critique de l’économie politique est négatif : comprendre la logique abstraite de valorisation du capital, qui ne peut que conduire au mépris de la nature. Ce n’est que dans quelques passages, notamment dans le livre III du Capital, qu’il est question du « Royaume de la Liberté » et de la nécessité d’une société qui puisse préserver la nature pour les générations suivantes. Le combat révolutionnaire pour supprimer le capitalisme exige à la fois la dimension négative, critique, et des anticipations utopiques/concrètes, au sens que donnait à ce terme Ernst Bloch.

6 On pourrait reprocher à Schmied-Kowarzik de sous-estimer les tensions internes à l’œuvre de Marx et la tentation « productiviste » de certains textes (notamment dans les Grundrisse), mais sa lecture de la critique marxienne de l’économie politique me semble fondamentalement juste, et ses réponses aux objections confuses de Immler, tout à fait pertinentes.

7 Michael LÖWY


Date de mise en ligne : 30/05/2012

https://doi.org/10.3917/amx.051.0198d