Prostitution(s). Construction et déconstruction d'un objet historiographique
Essai bibliographique
- Par Françoise Blum
Pages 105 à 108
Citer cet article
- BLUM, Françoise,
- Blum, Françoise.
- Blum, F.
https://doi.org/10.3917/arss.198.0105
Citer cet article
- Blum, F.
- Blum, Françoise.
- BLUM, Françoise,
https://doi.org/10.3917/arss.198.0105
Notes
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[1]
La bibliographie est trop importante pour prétendre à quelque exhaustivité que ce soit. Nous ne donnons ici que quelques références, au détriment de bien d’autres. Nous nous sommes par ailleurs interdit de citer la littérature produite par les associations. Nous remercions Lilian Mathieu pour ses remarques fort pertinentes.
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[2]
Alain Corbin, Les Filles de noce : misère sexuelle et prostitution aux 19e et 20e siècles, Paris, Aubier, coll. « Historique », 1978.
-
[3]
Pour une bibliographie des écrits parus avant 1975, voir Vern L. Bulloug et Barrett W. Elcano, Annoted Bibliography of Prostitution. Reference Library in Social Science, New York, Garland, 1976.
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[4]
Georges Duby et Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1991-1992, 5 vols.
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[5]
Un paragraphe est consacré à la prostitution à l’intérieur du chapitre « Sexualités dangereuses » : Judith Walkowitz, « Sexualités dangereuses », in Georges Duby et Michelle Perrot, Histoire des femmes en Occident, le XIXe siècle, t.4, Paris, Plon, 1991, p. 389-418.
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[6]
« ProstituéEs », Clio, Histoire, femmes et sociétés, 17, 2003.
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[7]
« Prostitution : marchés, organisations, mobilisations », Travail, genre et sociétés, 10, 2003.
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[8]
Christine Machiels, « Les féminismes face à la prostitution aux XIXe et XXe siècles. Belgique, France, Suisse », thèse d’histoire, Louvain-La-Neuve/Angers, université catholique de Louvain/université d’Angers, 2011.
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[9]
On pourra lire avec profit à propos de la bibliographie anglo-saxonne l’article de Timothy J. Gilfoyle, “Prostitutes in history: from parables of pornography to metaphors of modernity”, The American Historical Review, 104(1), février 1999, p. 117-141.
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[10]
Lilian Mathieu, Mobilisations de prostituées, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 2001.
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[11]
Lilian Mathieu, La Condition prostituée, Paris, Textuel, coll. « La discorde », 2007, voir notamment p. 167-188.
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[12]
Gayle S. Rubin et Judith Butler, Marché au sexe, Paris, EPEL, 2001.
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[13]
Stéphanie Pryen, Stigmate et métier. Une approche sociologique de la prostitution de rue, Rennes, PUR, 1999.
-
[14]
Milena Chimienti, Prostitution et migration : la dynamique de l’agir faible, Zurich, Seismo, 2009.
-
[15]
Nasima Moujoud et Dolorès Pourette, « “Traite” des femmes migrantes, domesticité et prostitution. À propos de migrations interne et externe », Cahiers d’études africaines, 179-180, 2005, p. 1093-1121.
-
[16]
Florence Lévy et Marylène Lieber, « La sexualité comme ressource migratoire. Les Chinoises du Nord à Paris », Revue française de sociologie, 50(4), 2009, p. 719-746.
-
[17]
Catherine Deschamps, Le Sexe et l’argent des trottoirs, Paris, Hachette Littératures, coll. « Les docs », 2006.
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[18]
Mechtild Maurer, Tourisme, prostitution, sida, Paris, L’Harmattan, 1992 ; Sébastien Roux, No money, no honey. Économies intimes du tourisme sexuel en Thaïlande, Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui/genre & sexualité », 2011.
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[19]
Par exemple, Michel Houellebecq, Plateforme, Flammarion, 2001.
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[20]
On distinguait traditionnellement trois modèles en matière de politique publique : le prohibitionnisme (cf. États-Unis), le réglementarisme (la France jusqu’à la loi Marthe Richard de 1946), l’abolitionnisme. Une récente étude affine cette typologie en rajoutant deux modèles de politique publique en matière de prostitution : politique de professionnalisation et politique de victimisation, voir Lucile Ouvrard, La Prostitution : analyse juridique et choix de politique criminelle, Paris, L’Harmattan, 2000. Pour les politiques de criminalisation/décriminalisation de la prostitution aux États-Unis, à Amsterdam et à Francfort, voir Ronald Weitzer, Legalizing Prostitution: From Illicit Vice to Lawful Business, New York-Londres, New York University Press, 2012.
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[21]
Sur la militante abolitionniste que fut Marthe Richard, il existe deux biographies : Elizabeth Coquart, Marthe Richard. De la petite à la grande vertu, Paris, Payot, 2006 et Natacha Henry, Marthe Richard, l’aventurière des maisons closes, Paris, Punctum, 2006 ; Amélie Maugère, Les Politiques de la prostitution. Du Moyen Âge au XXIe siècle, préface de Janine Mossuz-Lavau, Paris, Dalloz, 2009.
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[22]
Najat Vallaud-Belkacem, « Je souhaite que la prostitution disparaisse : interview », Le Journal du dimanche, 23 juin 2012, p. 1.
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[23]
Éric Fassin, « Fluctuat nec mergitur : la politisation des questions sexuelles dans l’espace public au miroir transatlantique », in Daniel Borrillo et Danièle Lochak (dir.), La Liberté sexuelle, Paris, PUF, 2005.
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[24]
Sur l’histoire des sexualités voir Anne-Claire Rebreyend, « Comment écrire l’histoire des sexualités au XXe siècle. Bilan historiographique comparé français/anglo-américain », Clio. Histoire, femmes et sociétés, 22, 2005, p. 185-209.
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[25]
Voir par exemple, « Actualité des échanges économico-sexuels », Genre, sexualité et société, 2, 2009.
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[26]
Helena Hirata et al., Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, 2000, p. 161-166 et p. 166-171.
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[27]
Paola Tabet, La Grande Arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel, Paris, L’Harmattan, coll. « Bibliothèque du féminisme », 2004.
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[28]
Gail Pheterson, « Prostitution II », in H. Hirata et al., Dictionnaire critique du féminisme, op. cit., p. 166.
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[29]
Lionel Le Corre, Les Publications françaises sur les prostitutions (1975-2008), préface de Gabrielle Houbre, Paris, L’Harmattan/Pepper, 2011.
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[30]
Il définit comme savants « les ouvrages et articles scientifiques, toutes disciplines confondues, en l’occurrence les sciences sociales, les études féministes, les études de lettres, l’histoire, l’histoire de l’art, la philosophie, la psychanalyse, le droit, les sciences médicales, les sciences politiques… ».
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[31]
A. Corbin, Les Filles de noce…, op. cit.
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[32]
Alexandre Parent-Duchâtelet, La Prostitution à Paris au XIXe siècle, Paris, Seuil, coll. « L’univers historique », 1981.
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[33]
Dr. Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis. Eine klinisch-forensische Studie, Stuttgart, Ferdinand Enke, 1886. La première traduction française a été faite en 1895.
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[34]
Cesare Lombroso et Guglielmo Ferrero, La Donna delinquente, la prostituta et la donna normale, Turin, Roux, 1893.
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[35]
Cesare Lombroso, La Femme criminelle et la prostituée, Grenoble, Jérôme Millon, coll. « Mémoires du corps », 1993.
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[36]
A. Maugère, Les Politiques de la prostitution…, op. cit.
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[37]
Tiphaine Besnard, Les Prostituées à la Salpêtrière et dans le discours médical, 1850-1914. Une folle débauche, préface de Lilian Mathieu, Paris, L’Harmattan, coll. « Historiques série Travaux », 2010.
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[38]
Par exemple, Claude Croubois, La Prostitution en Touraine à l’époque des maisons closes (1920-1946), Chambray-lès-Tours, CLD, 1999 ; Serge Pacaud, La Prostitution à Bordeaux au temps de la tolérance (1802-1946), Biarritz, Atlantica, 2007.
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[39]
Judith R. Walkowitz, Prostitution and Victorian Society: Women, Class, and the State, Cambridge-New York, Cambridge University Press, 1980.
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[40]
Donna J. Guy, Sex and Danger in Buenos Aires. Prostitution, Family, and Nation in Argentina, Lincoln, University of Nebraska Press, 1991.
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[41]
Laurie Bernstein, Sonia’s Daughters. Prostitutes and Their Regulation in Imperial Russia, Berkeley, University of California Press, 1995.
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[42]
Gabrielle Houbre, Le Livre des courtisanes. Archives secrètes de la police des mœurs (1871-1876), Paris, Tallandier, 2006.
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[43]
Erica-Marie Benabou, La Prostitution et la police des mœurs au XVIIIe siècle, Paris, Perrin, 1987. La thèse de doctorat entamée par cette dernière avant même la parution du livre d’Alain Corbin ne sera jamais terminée du fait de son décès en 1985. Le volume qui paraît en 1987 sous la responsabilité de Pierre Goubert est fait des matériaux déjà fort abondants que la chercheuse avait réunis. Le livre de Jean-Marc Berlière, La Police des mœurs sous la IIIe République, Paris, Seuil, 1992, accorde une large place à la prostitution mais son objet principal est bien la police et non la prostitution.
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[44]
Marie-Elizabeth Handman et Janine Mossuz-Lavau (dir.), La Prostitution à Paris, Paris, La Martinière, 2005.
-
[45]
Jenny Daggers et Diana Neal (éds), Sex, Gender and Religion. Josephine Butler Revisited, Francfort-sur-le-Main/New York, Peter Lang, 2006.
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[46]
Séverine Dard, « L’union temporaire contre la prostitution réglementée et la traite des femmes, 1926-1946 », mémoire de maîtrise en histoire contemporaine, Paris, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1992.
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[47]
Anne-Marie Käppeli, Sublime croisade. Éthique et politique dans le féminisme protestant, 1875-1928, Genève, Zoé, 1990.
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[48]
Céline Leglaive-Perani, « Les Juifs français dans la lutte contre la traite des blanches (1880-1930) », Archives juives, 44(2), 2011.
-
[49]
Jean-Michel Chaumont et Christine Machiels (éds), Du sordide au mythe. L’affaire de la traite des blanches (Bruxelles, 1880), Louvain-La-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2009.
-
[50]
Jean-Michel Chaumont, Le Mythe de la traite des blanches : enquête sur la fabrication d’un fléau, Paris, La Découverte, 2009.
-
[51]
Jacques Solé, L’Âge d’or de la prostitution de 1870 à nos jours, Paris, Plon, 1993.
-
[52]
A. Maugère, Les Politiques de la prostitution…, op. cit.
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[53]
Violaine Vanoyéké, La Prostitution en Grèce et à Rome, Paris, Les Belles Lettres, 1990 ; Florence Dupont, « La matrone, la louve et le soldat : pourquoi des prostitué(e)s “ingénues” à Rome », Clio. Histoire, femmes et sociétés, 17, 2003, p. 21-44.
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[54]
Jacques Rossiaud, La Prostitution médiévale, Paris, Flammarion, coll. « Bibliothèque des savoirs », 1988.
-
[55]
Christian Henriot, Belles de Shanghai. Prostitution et sexualité en Chine aux XIXe-XXe siècles, Paris, CNRS Éd., 1997 ; Gail Hershatter, Dangerous Pleasures. Prostitution and Modernity in Twentieth-Century Shanghai, Berkeley, University of California Press, 1997.
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[56]
Luise White, The Comforts of Home. Prostitution in Colonial Nairobi, Chicago, The University of Chicago Press, 1990 ; Christelle Taraud, La Prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc (1830-1962), Paris, Payot, 2003 ; Isabelle Tracol-Huynh, « La prostitution au Tonkin colonial, entre races et genres », Genre, sexualité et société, 2, 2009 (http://gss.revues.org/index1219.html).
-
[57]
Christophe Brochier, « Le travail des prostituées à Rio de Janeiro », Revue française de sociologie, 46(1), 2005, p. 75-113.
-
[58]
Mathilde Darley, « La prostitution en clubs dans les régions frontalières de la République tchèque », Revue française de sociologie, 48(2), 2007, p. 273-306.
-
[59]
Philippe Alonzo, Tania Angeloff et Delphine Gardey, « Prostitution : marchés, organisation, mobilisations », Travail, genre et sociétés, 10, novembre 2003, p. 28.
-
[60]
Ibid.
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[61]
Jacques Rossiaud, « Prostitution, jeunesse et société dans les villes du Sud-Est au XVe siècle », Annales ESC, 2, 1976, p. 289-325.
-
[62]
Jacques Rossiaud, Amours vénales. La prostitution en Occident, XIIe-XVIe siècles, Paris, Aubier, coll. « Historique », 2010.
-
[63]
Judith R. Walkowitz, City of Dreadful Delight: Narratives of Sexual Danger in Late-Victorian London, Londres, Virago, 1992.
-
[64]
Régis Revenin, Homosexualité et prostitution masculines à Paris, 1870-1918, Paris, L’Harmattan, 2005 ; « La prostitution des mineur(e)s au XXe siècle », RHEI. Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 10, octobre 2008.
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[65]
Florence Dupont et Thierry Éloi, L’Érotisme masculin dans la Rome antique, Paris, Belin, coll. « L’Antiquité au présent », 2001.
-
[66]
Daniel Welzer-Lang, Odette Barbosa et Lilian Mathieu, Prostitution : les uns, les unes et les autres, Paris, Métailié, 1994 ; M.-E. Handman et J. Mossuz-Lavau (dir.), La Prostitution à Paris, op. cit. ; Eva Clouet, La Prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication, Paris, Max Milo, coll. « Essais & documents », 2008 ; S. Roux, No money, no honey…, op. cit.
-
[67]
Ronald Weitzer (éd.), Sex for Sale. Prostitution, Pornography and the Sex Industry, New York-Londres, Routledge, 2000.
-
[68]
A. Corbin, Les Filles de noce…, op. cit.
-
[69]
T. J. Gilfoyle, “Prostitutes in history…”, art. cit.
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[70]
Richard Poulin, La Mondialisation des industries du sexe. Prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants, Paris, Imago, 2005.
1La parution en 1978 du livre d’Alain Corbin, Les Filles de noce [2], peut être considéré comme l’évènement fondateur d’un champ historiographique original : les études académiques consacrées à la prostitution [3]. Pourtant, Alain Corbin n’est pas un des promoteurs d’une histoire des femmes qui se développe au début des années 1970, dans l’entourage de Michelle Perrot, et qui trouve sa consécration – peut-être illusoire – avec la publication de cinq volumes [4]. La prostitution [5] n’y a droit qu’à une place mineure. La revue d’histoire des femmes, Clio [6], ne se saisit d’ailleurs de l’objet qu’en 2003, année où parait également un numéro de Travail, genre et sociétés intitulé « Prostitution, marchés, organisations, mobilisations » [7]. Cet intérêt tardif fait écho à l’intérêt tout aussi tardif du mouvement féministe français pour le sujet [8]. L’histoire de la prostitution est donc fondée, en France, comme un champ neuf au sein duquel les études vont se multiplier jusqu’à nos jours, mais les intérêts s’infléchir et les contours de l’objet perdre de leur netteté. Avant d’esquisser les grandes directions prises tout en tentant la comparaison avec l’historiographie anglo-saxonne [9], on remarquera que ce champ historiographique jouit, à partir de la fin des années 1970, d’une relative autonomie au sein du champ académique, mais que cette autonomie n’exclut pas une certaine porosité avec les évolutions sociopolitiques, de même qu’avec le monde militant et/ou associatif. L’acuité des débats, à côté des évolutions historiographiques plus générales (gender, genre, histoire de la sexualité et histoire globale), explique une incontestable sensibilité à l’égard des conjonctures politiques – productrices de nombre de rapports voire de lois et décrets – et médiatiques – productrices de récits et témoignages innombrables, ou de scandales. Le livre d’Alain Corbin paraît trois ans après le mouvement des prostituées de Lyon (1975) – et y consacre d’ailleurs quelques pages –, ces « travailleuses du sexe » qui militent contre la répression policière, pour leurs droits et pour de meilleures conditions d’exercice, et dont Lilian Mathieu a produit le récit détaillé [10]. Le mouvement est soutenu, au moins au départ, par des associations d’aide aux prostituées comme le Nid, pourtant abolitionniste, ou par des mouvements féministes, en « un ralliement éphémère et décalé », qui ne se reproduira pas lors des mobilisations de l’automne 2002 [11]. Il marque l’avènement d’une parole des prostituées sur la place publique qui coïncide avec le développement des études académiques sur la prostitution, rôle qu’a joué aux États-Unis la formation des premiers syndicats de travailleuses du sexe, marquée par la forte implication des lesbiennes [12]. Le deuxième temps fort de cette histoire est l’irruption du sida dans les années 1980 et l’attention nouvelle portée par les experts en santé publique aux prostitutions homosexuelles et plus généralement masculines. La création d’associations communautaires où s’impliquent médecins, travailleurs sociaux mais aussi chercheurs va de pair avec un renouvellement et une multiplication des études et enquêtes sur la prostitution, attentives à la mise en place et au fonctionnement de ces dispositifs de santé communautaire [13]. Enfin, le troisième temps est celui du lien fait entre prostitution et immigration [14], avec l’arrivée d’Africaines [15], de Chinoises [16] et, peut-être surtout, de filles de l’Est, concurrençant, au moins dans les imaginaires, les prostituées « traditionnelles » [17]. On assiste dans le même temps à la massification de cette migration « à l’envers » qu’est le tourisme sexuel [18], dont la littérature s’est fait l’écho bien souvent scandaleux [19]. Ce troisième temps est marqué par l’inflexion sécuritaire du modèle abolitionniste [20], prévalant en France depuis la loi dite Marthe Richard de 1946 [21] ; avec notamment la loi de mars 2003 sur la sécurité intérieure. Il correspond aussi à une recomposition sociologique du monde de la prostitution, avec un clivage source de concurrences conflictuelles, entre des « anciennes » devenues moins dépendantes des milieux proxénètes proches du grand banditisme, et une prostitution de migrantes et/ou toxicomanes, ignorantes des règles du « métier », qui lui est soumise. Peut-être les récentes déclarations de Najat Vallaud-Belkacem [22], et les politiques qui s’en suivront vont-elles ouvrir une quatrième phase ? Au-delà même du débat sur la prostitution, c’est aussi la politisation des questions sexuelles, ou, pour parler comme Éric Fassin [23], l’utilisation du sexe comme langage qui influe sur les destinées académiques de l’objet « prostitution », en permettant d’en diversifier les approches, qu’il s’agisse de l’intégrer au continent historiographique de l’histoire des femmes et/ou du genre, et des sexualités [24], ou de l’inclure, jusqu’à le déconstruire, dans une anthropologie du marché économico-sexuel [25]. Cette politisation de la sexualité a paradoxalement bénéficié de la politique conservatrice des Républicains aux États-Unis alors que dans la France socialiste de la même époque, elle n’existait que sur un mode mineur. Les sex wars américaines ont été autrement plus violentes qu’en France où, néanmoins, le même clivage existe au sein du mouvement féministe. Les éditrices du Dictionnaire critique du féminisme [26] se sont vues dans l’obligation de consacrer deux notices à la prostitution : « Prostitution I » rédigée par la militante abolitionniste Claudine Legardinier et « Prostitution II » rédigée par Gail Pheterson, dans la mouvance des travaux d’une Paola Tabet [27] ou, outre-Atlantique, d’une Gayle Rubin : « l’existence d’un continuum dans les échanges économico-sexuels entre les femmes et les hommes est un trait récurrent de l’organisation sociale, à travers les cultures et au long de l’histoire » [28].
2Aux débats largement publicisés fait écho une bibliographie en croissance continue. Lionel Le Corre en a produit l’analyse statistique, des années 1975 à 2008 [29]. Le rythme des parutions va s’accélérant de façon exponentielle, et les travaux qu’il définit comme savants y occupent une place également exponentielle [30] (70 % de 1975 à 1984 pour 88 % de 1995 à 2004).
3S’il y a une sorte de coïncidence d’ordre statistique (nombre des publications, inflation des débats publics), le lien sémantique est aussi bien réel, quoique moins évident, tout comme la mondialisation de la prostitution rencontre la mondialisation des problématiques.
4D’abord, la veine filée par Alain Corbin est poursuivie. Les Filles de noce [31] nourrissait son propos du discours médical, sanitaire et policier de la fin du XIXe jusqu’en 1914, discours alimenté par la grande peur vénérienne, d’autant plus prégnante qu’elle confondait dans la même hantise classes populaires/dangereuses/vicieuses et péril hygiéniste. Discours d’hommes en tous cas qui ne s’intéressent qu’aux filles et très peu aux clients. Discours de médecins comme ce Parent-Duchâtelet que Corbin réédite [32], de psychiatres comme Krafft-Ebing [33], d’hygiénistes et divers réformateurs, à une époque où criminalistes ou anthropologues criminels font de la prostituée l’équivalent au féminin du criminel né. La Donna deliquente, la prostituta et la donna normale [34] de Cesare Lombroso, très tôt traduite en français a été curieusement rééditée en 1991, sans introduction ni appareil de notes [35]. C’est Amélie Maugère qui en fait la virtuose critique dans un livre consacré aux politiques publiques de la prostitution [36]. L’ouvrage tout récent de Tiphaine Besnard ressort encore de cette analyse de discours – le discours médical sur « les filles de la Salpêtrière » [37], qui a également été au fondement de nombreuses études régionales [38]. Dans l’historiographie anglo-saxonne, la parution de Prostitution and Victorian Society: Women, Class, and the State de Judith Walkowitz joue d’une certaine manière le rôle du livre de Corbin en France [39], tant du point de vue de l’impulsion académique que de celui des perspectives. La prostitution est pensée comme un phénomène national et urbain, directement connecté aux transformations économiques et aux déséquilibres hommes/femmes s’ensuivant dans les villes. Il en va de même avec Donna J. Guy sur l’Argentine [40] et Laurie Bernstein sur la Russie [41]. Les registres de la police des mœurs servent de sources à quelques belles études comme celles de Gabrielle Houbre [les courtisanes [42]] et d’Erica-Marie Benabou [43] pour un XVIIIe siècle dont les censeurs de l’ordre public portent aux débauchés un intérêt que le XIXe et le début du XXe oublieront. Ce n’est que tout récemment que le client fera l’objet d’études sociologiques et/ou politiques, compensant pour des périodes contemporaines le vide des archives sur d’autres temps [44]. Les oppositions militantes, très généralement protestantes, à la prostitution réglementée alimentent également quelques travaux, qu’il s’agisse de biographies telle celle de l’icône incontestée de l’abolitionnisme, Joséphine Butler [45], de monographies d’associations [46] ou d’analyse de réseaux [47], de même que les oppositions juives à la « traite des blanches » [48]. La construction du mythe de la traite des blanches [49] tout comme les mécanismes de l’entreprise de falsification qu’avait été sa validation scientifique par un comité spécial d’experts de la SDN [50] ont été passés au crible de la critique historienne.
5Mais les temps et les espaces de l’historien(ne) de la prostitution s’élargissent au-delà de son « âge d’or » [51], c’est-à-dire celui de l’intervention de l’État. Ces interventions étatiques, cette « attention manifeste et prolixe » et « l’explosion discursive » qui l’accompagnent, ont le mérite de produire des archives abondantes, tout en masquant peut-être la réalité d’autres types d’amours vénales, prostitution clandestine, femmes entretenues, etc. L’approche par les politiques publiques, et donc par le rapport entre État et prostitution, qu’Amélie Maugère privilégie encore en 2009 [52], sous le double angle du temps long et du juridique, n’a plus le monopole, de même que l’on conduit l’investigation au-delà de l’hexagone. La Grèce et la Rome antique [53], le Moyen Âge [54], la Chine [55], les mondes coloniaux [56], le Brésil [57], la Tchécoslovaquie [58], etc. Mais si Christelle Taraud analyse l’application à l’Afrique du Nord d’un modèle réglementariste, plus proche de l’archétype que celui mis en place en métropole et qui lui survit, elle interroge aussi les multiples métissages induits par le phénomène prostitutionnel, et qui sont autant de brèches dans les remparts de la réglementation. Luise White, dans une étude qui pourrait se réclamer tant de la Labour History que des Subaltern Studies, focalise son attention sur les prostituées elles-mêmes par le biais d’entretiens. Parallèlement, et sans doute à cause de cet élargissement des perspectives, on assiste à une réflexion renouvelée sur le concept même de prostitution, qui va de pair avec la mise en lumière de « l’hétérogénéité historique et géographique des modalités d’exercice et d’organisation de la sexualité vénale » [59], et avec une tendance à « déspécifier la question prostitutionnelle » [60]. Ce n’est pas un hasard si le livre de Jacques Rossiaud paru 34 ans après son article précurseur dans les Annales [61] et vingt ans après son Prostitution médiévale, s’intitule cette fois Amours vénales [62] : le terme prostitution y est généralement employé au pluriel. Ce n’est pas un hasard si Judith Walkowitz élargit son étude sur la prostitution à l’ère victorienne dans City of Dreadful Delight: Narratives of Sexual Danger in Late-Victorian London [63], qui offre l’analyse de discours multiples sur le genre et la sexualité. Enfin, dernier mais non des moindres avatars de cette réinterprétation sémantique, les prostitutions masculines, transgenres et infantiles deviennent aussi objets d’histoire [64]. Régis Revenin publie une étude sur homosexualité et prostitution masculines, qu’il inscrit explicitement dans les « études gay et lesbiennes ». La prostitution n’y est qu’un des aspects des multiples sociabilités homosexuelles. Si l’on prend l’exemple de l’article de Florence Dupont sur Rome, la chercheuse a isolé pour Clio un élément d’une recherche plus large consacré à l’érotisme masculin à Rome [65]. Dans les deux cas, il s’agit sans aucun doute d’effets de champ, de réponse à une demande du marché académique, qui conduisent à autonomiser un des objets de la recherche, que ce soit au niveau d’un titre [Revenin] ou dans un article [Dupont]. Dans les mêmes temps, de multiples enquêtes mettent en lumière la diversité des prostitutions contemporaines que ce soit en France [66] ou dans le monde anglo-saxon [67] et en analysent certains aspects : prostitutions étudiantes, bars à hôtesses, prostitution via minitel et internet, massification du tourisme sexuel, industries de la pornographie, etc. Cela crée une sorte de flou autour de l’objet, bien défini lorsqu’il s’agit de l’appréhender au prisme des politiques publiques mais polysémique en termes de pratiques.
6Les Filles de noce [68] avait ouvert des perspectives historiographiques qui singularisaient l’objet « Prostitution », et lui conférait en quelque sorte des lettres de noblesse. Trente-deux ans plus tard, l’objet a acquis une légitimité historiographique – aux États-Unis, il a été nettement dissocié de la sphère de la pornographie auquel il était consigné [69] – suffisante pour qu’il n’y ait plus besoin de l’autonomiser, et que l’on puisse sans risque de perte de sens, le « déspécifier » et/ou l’interroger en l’intégrant dans des questions historiographiques plus larges : monographies urbaines, économie de la sexualité, mondialisation des pratiques et des marchés [70]. En un sens, la « prostitution » offre un bel exemple de la manière dont historiens et sociologues construisent, conceptualisent puis déconstruisent un objet proposé avec éclat par l’actualité sociale et politique, l’autonomisant un temps pour mieux le réinsérer, peut-être, dans de plus générales problématiques.