1. Les désillusions de l’usage de la force
- Par Bertrand Badie
Pages 99 à 102
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- BADIE, Bertrand,
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- Badie, B.
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La force était d’un usage courant dans les relations internationales, jusqu’à irriguer banalement les rapports entre États. Qu’elle fût dissuasive ou persuasive, qu’elle allât jusqu’à la guerre ou qu’elle se contentât de la menace, voire de l’intimidation, qu’elle sanctionnât ou qu’elle brisât, elle appartenait tout entière au langage diplomatique jusqu’à se confondre avec lui. Gladiateurs pour Hobbes, perpétuels compétiteurs de puissance pour les réalistes contemporains, les États ont fait de la violence un instrument de leur développement, de leur participation à la vie internationale, une source d’affirmation, en fait une marque exclusive de leur identité.
Les deux guerres mondiales ont mené cet usage jusqu’à un paroxysme qui devait conduire à tourner la page. Ce fut partiellement fait avec la guerre froide, mais de manière hypocrite : entre pays développés, on simulait la force alors qu’on l’utilisait, directement ou indirectement, pour agir au Sud, avec d’autant moins de scrupules que les pays en développement avaient tendance, disait-on, à s’en repaître avant d’atteindre le paradis de la modernité…
Les années quatre-vingt-dix ont scellé une apparence de vertueux réajustement. La force serait désormais utilisée dans la vie internationale non plus pour servir les intérêts nationaux, mais pour protéger ceux qui sont menacés, pour soulager des victimes et pour garantir le droit. Entre une fonction humanitaire et un rôle de maintien de la paix, décliné sous tous les modes, la force était maintenant liée à cette « responsabilité de protéger » qui redonnait des couleurs au multilatéralisme et consacrait ainsi l’ingérence vertueuse…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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