5. Démocratie à géométrie variable
- Par Bertrand Badie
Pages 85 à 88
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- BADIE, Bertrand,
- Badie, Bertrand.
- Badie, B.
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Dans une interview donnée juste après les élections palestiniennes qui consacrèrent la victoire du Hamas, Javier Solana, représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère, a avancé une bien curieuse remarque : « La démocratie ne se réduit pas aux élections […]. La légitimité ne naît pas seulement du vote mais aussi de l’action. » Il rejoignait ainsi de nombreux commentaires qui traduisaient l’embarras des chancelleries étrangères occidentales. Le propos est troublant, puisqu’il modifie de façon sensible une approche de la démocratie qui, jusqu’ici, faisait l’unanimité et présentait l’avantage de l’objectivité : la démocratie consacrait le droit de libre compétition entre les candidats au pouvoir, remettant au peuple souverain le pouvoir ultime de trancher. Cette nouvelle appréciation, si elle fait école, ajoute une disposition inédite : un régime ne sera tenu pour démocratique que s’il agit conformément aux attentes de celui qui a les moyens de le juger.
Cette audace philosophique peut s’appuyer sur une idée forte, aujourd’hui à la mode et dont on aime attribuer la paternité à Leo Strauss : le peuple souverain peut ne pas être à la hauteur de la vertu et doit parfois être rappelé à l’ordre des valeurs. Appréciation au demeurant risquée, puisqu’elle ne confère à la démocratie qu’une qualité relative, une cote circonstancielle, et qu’elle situe définitivement le pouvoir ultime entre les mains de grands arbitres proclamés (ou autoproclamés) plus sages que le grand nombre…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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