10. La menace de l’inacceptable
- Par Bertrand Badie
Pages 63 à 65
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- BADIE, Bertrand,
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- Badie, B.
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Entre l’élection présidentielle américaine et les soubresauts de la crise financière mondiale, une information est passée presque inaperçue, alors qu’elle est probablement plus déterminante que bien d’autres. Le PNUD est venu nous dire que le nombre d’affamés sur terre avait progressé pour atteindre le seuil record des neuf cent vingt-cinq millions d’êtres humains. La main sur le cœur, les délégués des pays les plus riches avaient pourtant souscrit, huit ans auparavant, aux engagements dits du Millénaire qui devaient ramener ce score à cinq cents millions d’âmes d’ici à 2015. Le contraste est d’autant plus saisissant que nombre de gouvernements du « Nord », France en tête si on en croit Oxfam, revoient tranquillement à la baisse leur aide publique au développement…
Jadis, la faim dans le monde ne frappait que les consciences et ne faisait hélas guère de bruit… Alors qu’on sait que notre planète peut sans difficultés nourrir jusqu’à treize milliards de bouches, la faim des autres était mise sur le compte d’une triste fatalité ou du désordre né de l’incompétence, voire de l’avidité des princes du Sud. L’affamé ne faisait pas peur, car on savait que les plus pauvres étaient plus résignés que violents. Le don n’était que charité puisque les sous-sols du développement étaient condamnés à mourir en silence : après tout, les miséreux du globe ne se révoltaient pas, se montraient à peine et surtout ne menaçaient nullement les victoires électorales des princes du Nord. Aucun plan d’urgence ne se justifiait donc dans les chancelleries du monde développé…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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