8. Des usages politiques de l’ethnicité
- Par Bertrand Badie
Pages 55 à 57
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- BADIE, Bertrand,
- Badie, Bertrand.
- Badie, B.
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On ne sait pas bien la définir, mais on ne cesse d’en parler : l’ethnicité devient une catégorie banale du discours politique, souvent pour faire peur, souvent aussi pour mieux s’affirmer. Anthropologues et sociologues l’ont maintes fois démontré : sa simplicité est trompeuse et les classements qu’elle inspire n’ont que l’apparence du naturel. Tout groupe, vaste ou petit, proclamé « ethnique » est construit comme tel par celui qui l’observe, acteur politique ou intellectuel : il n’est durable que par le jeu plus ou moins bien intentionné de volontés multiples et volatiles, surgies du dedans ou du dehors. La mondialisation qui prétend à l’universel, qui uniformise, qui met en contact et qui brasse aurait dû l’éteindre : elle l’a en fait réinventée comme support d’expression, de protestation ou de résistance à des dominations trop insupportables.
L’actualité repasse plus que jamais, en tout cas vue de France, les plats de l’obsession ethnique. L’idée a curieusement dominé la composition du dernier gouvernement, à égalité d’ardeur avec celle d’ouverture. Un soupçon de discrimination positive prend soudain une allure de double : attentif à replacer certaines minorités au cœur même de l’équation gouvernementale, le président de la République a voulu faire usage d’une méthode inventée dans un tout autre contexte, celui des États-Unis des années soixante. Il s’agissait alors de corriger là-bas un quasi-apartheid et de renouer ainsi avec la vieille tradition du creuset multiculturel…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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