5. Les embarras du multilatéralisme
- Par Bertrand Badie
Pages 175 à 177
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- Badie, B.
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On avait dit l’ONU affaiblie et meurtrie par son incapacité d’empêcher l’intervention américaine en Irak ; on l’avait tenue pour marginalisée, voire humiliée par le retour en force de l’unilatéralisme américain ; on l’avait alors qualifiée d’impuissante, manquant la marche qui aurait dû la conduire au sommet de l’édifice postbipolaire.
L’accusation n’était pas juste. Assemblée d’États souverains, légalisant de surcroît, dans son acte fondateur, le droit de veto des plus puissants, l’Organisation des Nations unies ne peut pas être tenue pour comptable de la chevauchée solitaire et peu rationnelle de la superpuissance américaine. C’est même l’effet contraire qui s’est imposé : jamais l’organisation n’a été aussi populaire, aussi connue, aussi entendue que durant la crise du printemps 2003. Les mesures d’opinion montraient que nombreux étaient ceux qui savaient alors distinguer entre une intervention multilatérale bénéficiant de l’onction onusienne et l’action de guerre décidée par un État ou une coalition d’États au gré de leur stratégie. La détermination et l’habileté de Kofi Annan surent même, pour la première fois dans l’histoire, installer la Maison de Verre dans une posture de condamnation sans ambiguïté d’un des leaders du monde et de ses manquements au droit.
L’optimisme ne s’est donc pas éclipsé en 2003, mais il s’est en revanche sérieusement érodé dès l’automne 2005. Le sommet du Soixantenaire devait ouvrir à une réforme ambitieuse de l’institution onusienne : celle-ci n’a pas été au-delà de quelques réformettes, tandis que Japon, Allemagne, Brésil, Inde et d’autres attendent en vain, et probablement encore longtemps, que le Conseil de Sécurité du troisième millénaire ne se contente plus de refléter l’état des forces en 1945. Le système onusien, et en particulier le PNUD, avait courageusement défini les contours d’une sécurité humaine qui devait prendre en compte les grands enjeux sociaux de la planète (alimentation, santé mondiale, environnement…), incontestablement plus menaçants qu’un programme nucléaire iranien ou nord-coréen : on ne cueille aujourd’hui que les fruits rhétoriques d’une intuition qui ne progresse plus…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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