3. La politique d’inversion
- Par Bertrand Badie
Pages 167 à 170
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- BADIE, Bertrand,
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- Badie, B.
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Il était un temps où la cohérence devait être la vertu principale des politiques publiques. Une telle exigence se prêterait d’évidence très mal à la politique internationale. Plus que jamais, celle-ci regorge de contradictions tellement profondes qu’on ne peut s’empêcher d’y voir une logique forte qui dépasse l’accident, constitue une méthodique inversion, devenue elle-même symptôme nouveau du jeu international contemporain. Au milieu d’exemples qui prolifèrent, quatre illustrations se détachent dans l’actualité la plus brûlante.
L’immigration est le premier de ces cas d’école. Alors que chacun parle de mondialisation, de progrès fulgurants de la communication, de libéralisation et mobilité extrêmes, combien de gouvernements se laissent obséder par la recherche de plans de plus en plus sophistiqués destinés à renforcer l’étanchéité des frontières et de la fermeture des États ! Comme si l’imaginaire de l’homme du Sud allait s’éteindre à coups de polices des frontières et comme si tout pouvait bouger de plus en plus à la seule exception de l’être humain rivé à son désespoir. C’est oublier que la migration s’inscrit de plus en plus dans l’ordinaire de l’homme et que le temps est venu de penser les nations en intégrant cette évidence, plutôt que de commanditer la force pour la contenir, aux prix les plus prohibitifs.
La hantise oligarchique constitue une autre curiosité. Ici, le tour d’adresse est de vanter la démocratie comme première vertu politique, de plaider une nouvelle fois les effets inclusifs de la mondialisation tout en faisant renaître avec une rare application les variantes les plus insolites de la diplomatie de club…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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