10. La démocratie sans le peuple
- Par Bertrand Badie
Pages 135 à 137
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- Badie, B.
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On a pu se réjouir, ostensiblement et officiellement, de la ratification par voie parlementaire du Traité constitutionnel européen. La France aurait ainsi levé, aux yeux de ses partenaires et au-delà encore, l’obstacle que l’échec du référendum de mai 2005 avait placé sur la route de l’Europe. Nul ne contestera certes que le blocage était redoutable. On sait que le traité de Nice ne pouvait plus faire face aux exigences nées de l’élargissement : fragile et boiteux, il n’offrait plus le cadre institutionnel dont l’Union avait besoin.
Si la politique est l’art du bricolage et si les institutions tiennent leur efficacité de la seule proclamation de leur existence, la manœuvre était pleinement réussie. Si l’une et l’autre dépendent au contraire d’une franche adhésion des sociétés, le stratagème risque de faire long feu et de se révéler coûteux. L’Europe souffre, tout au long de son processus d’intégration, d’un défaut d’appropriation sociale. Reconstruite après guerre, alors que les sociétés étaient exsangues, elle a abandonné aux États, à leur gouvernement et leurs grands serviteurs, le soin d’imaginer et d’organiser son union. Celle-ci fut conduite selon un dédale institution-nel que seul le spécialiste peut aujourd’hui parcourir sans s’y égarer. L’opinion ne la connaissait pas, ne la comprenait pas et l’évitait pour ne revivre que dans des élections nationales qui conservaient une illusion délibérative, à l’heure où les choix nationaux se révélaient pourtant de moins en moins déterminants…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
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