6. Une mémoire frileuse
- Par Bertrand Badie
Pages 119 à 122
Citer ce chapitre
- BADIE, Bertrand,
- Badie, Bertrand.
- Badie, B.
Citer ce chapitre
- Badie, B.
- Badie, Bertrand.
- BADIE, Bertrand,
Notes
-
[1]
Une proposition de loi visait alors à inclure dans les manuels scolaires d’histoire des références aux « aspects positifs » de la colonisation.
Le récent débat sur la colonisation a été vif, parce qu’il attaquait la mémoire et réveillait les souffrances. Il reste des plus grave, puisqu’il évoque la prétention de mettre l’enseignement sous la tutelle du pouvoir politique et le droit du législateur de régenter la connaissance. Comportement absurde, autant attentatoire aux libertés publiques qu’à la science et au bon sens. Parler soudainement de la colonisation pour en affirmer les « aspects positifs » peut en outre surprendre, alors que celle-ci a été de fait abolie il y a près d’un demi-siècle, que la communauté internationale, par le biais des Nations unies, l’a officiellement bannie. La déclaration de l’Assemblée générale, en date du 14 décembre 1960, proclamait que le fait de soumettre des peuples à l’emprise, à la domination et à l’exploitation des puissances étrangères constituait un déni des droits fondamentaux de l’homme.
Nous vivons cependant dans un monde qui ranime les schémas coloniaux, vantant les bienfaits d’une tutelle sévère mais nécessaire du fort sur le faible. « Racailles » et « sauvageons » sont explicitement associés, par certains politiques, historiens ou philosophes, à ces populations venues de l’ancien empire et qui n’auraient pas encore totalement appris la civilisation, malgré les efforts prodigués. L’application avec laquelle on est allé chercher une loi forgée au moment des guerres coloniales pour lutter aujourd’hui contre la violence des banlieues est, de ce point de vue, riche d’enseignements…
Date de mise en ligne : 10/12/2025
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
11,99 €
Acheter ce chapitre
5,00 €