I. Quand l’anti-intellectualisme et le populisme interpellent l’éducation
- Par Aziz Jellab
Pages 11 à 32
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- Jellab, Aziz.
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Notes
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[1]
Christian Godin, « Qu’est-ce que le populisme ? », in Cités, 2012/1 n° 49, p. 11.
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[2]
Pierre Rosanvallon, « Penser le populisme », in La vie des idées, 2011.
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[3]
IFOP, Enquête sur la mésinformation des jeunes et leur rapport à la science et au paranormal à l’heure des réseaux sociaux, janvier 2023, <https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2023/01/Presentation_119379_Reboot-FJJ-Volet-A_11.01.23-1.pdf>.
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[4]
48% des jeunes croient à l’existence des esprits, 27 % au « créationnisme », 32% à la dangerosité des vaccins, 49% à la valeur scientifique de l’astrologie, et 31% souscrivent à la thèse des trumpistes selon laquelle l’élection présidentielle de 2020 a été volée.
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[5]
Bernier Arcand, La dérive populiste, Montréal, Québec : Les Éditions Poètes de brousse, 2013.
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[6]
Christian Godin, « Qu’est-ce que le populisme ? », in Cités, 2012/1, N° 49, p. 18.
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[7]
Michel Foessel, « Je ne suis pas un intellectuel. La consécration présidentielle d’un lieu commun », in Esprit, 2007/8, p. 231.
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[8]
Patrick Zylberman, La guerre des vaccins, Odile Jacob, 2020.
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[9]
Vincent. Duclert, « Anti-intellectualisme et intellectuels pendant l’affaire Dreyfus », in Mil neuf cent, n°15, 1997.
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[10]
Maurice Barrés, « La protestation des intellectuels », in Le Journal, 1er février 1898.
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[11]
Vincent Duclert écrit : « L’histoire intellectuelle rappelle ainsi que les intellectuels se constituent dans une relation à la vérité et dans son usage critique. L’anti-intellectualisme de l’affaire Dreyfus, en niant cette relation, a obligé les intellectuels à l’assumer consciemment. L’anti-intellectualisme les a contraints aussi au devoir de s’opposer systématiquement aux haines que leur naissance a exacerbées. La défense de la démocratie, de la raison, des étrangers, des juifs institue l’intellectuel et définit son engagement depuis l’affaire Dreyfus, un engagement que l’anti-intellectualisme rend plus nécessaire, et plus politique encore » (1997, op. cit., p. 83).
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[12]
Il convient cependant de souligner que la place des intellectuels dans la société ne tient pas seulement à leur savoir scientifique et aux « usages » qui peuvent en découler, comme par exemple s’agissant du vaccin contre la Covid-19 ou encore de la lutte contre le réchauffement climatique. Leur place, qui peut aussi susciter de la réprobation et un anti-intellectualisme critiquant leur légitimité et leur engagement profane, réfère aussi à leur mobilisation sur des thématiques lorsqu’ils endossent le statut de « l’intellectuel total », expression que l’on doit à Pierre Bourdieu, à savoir un intellectuel « engagé sur tous les fronts de la pensée », ce qui qualifie par exemple les engagements de Jean-Paul Sartre (Cf. Pierre Bourdieu, « Sartre, l’invention de l’intellectuel total », in Agone n° 26-27, 2002 [1983], p. 232). Voir également sur ce point Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au xxe siècle, Fayard, 1990.
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[13]
Sarah Al-Matary, La Haine des clercs. L’anti-intellectualisme en France, Seuil, 2019.
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[14]
C’est le titre d’un ouvrage publié par Sophie Coignard et Romain Gubert (Albin Michel, 2012) qui ressemble à une chronique mondaine de la vie politique et économique en France, et dans lequel les auteurs critiquent l’oligarchie composée de dirigeants d’entreprises, de hauts fonctionnaires, d’experts, de femmes et d’hommes politiques et médiatiques. Ils racontent, sur le mode d’anecdotes, comment à leurs yeux, ces oligarques ont mis l’État sous leur domination, méprisant au passage le peuple, ce qui pourrait « mal finir ».
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[15]
Michel Foessel, « Je ne suis pas un intellectuel. La consécration présidentielle d’un lieu commun », in Esprit, 2007/8, op. cit., p. 229.
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[16]
Eric Fassin, « Sens commun », in La Revue nouvelle, 2020/5 N° 5.
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[17]
Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Minuit, 1980.
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[18]
Pierre Bourdieu, Choses dites, Minuit, 1987, p. 22.
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[19]
Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, Vrin, 1993 [première édition : 1938].
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[20]
Joseph Gabel, « Le concept d’aliénation politique », in Revue française de sociologie, 1960, 1-4.
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[21]
Isaac Asimov, « A Cult of Ignorance », in Newsweek, January 21, 1980.
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[22]
Richard Hofstadter, Anti-Intellectualism in American Life, New York Alfred A. Knopf, 1963.
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[23]
Richard Hofstadter écrit : « Compared with the intellectual as expert, who must be accepted even when he is feared, the intellectual as ideologist is an object of unqualified suspicion, resentment, and distrust. The expert appears as a threat to dominate or destroy the ordinary individual, but the ideologist is widely believed to have already destroyed a cherished American society. To understand the background of this belief, it is necessary to recall how consistently the intellectual has found himself ranged in politics against the right-wing mind. This is, of course, no peculiarity of American politics. The modern idea of the intellectuals as constituting a class, as a separate social force, even the term intellectual itself, is identified with the idea of political and moral protest » (1963, op. cit., p. 38). Ainsi, l’intellectuel posé comme idéologue et non comme un expert, appartenant à une classe distincte, est identifié à un obstacle, à une menace contre la société et ses valeurs libérales.
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[24]
Philippe Corcuff, « Le progressisme au défi du conservatisme », in Pouvoirs, 2021, vol. 179, n° 4.
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[25]
Theodor Wiesengrund-Adorno, Études sur la personnalité autoritaire, Allia, 2007 (première édition : 1950).
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[26]
Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, 1951, trad. fr. en 3 t. 1972, rééd. Gallimard, coll. « Quarto », 2002.
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[27]
Alain Dieckhoff, « Peuples et populisme », in Annuaire international de justice constitutionnelle, 34-2018, 2019, p. 696
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[28]
Guy Hermet, « Populisme des anciens, populisme des modernes, populisme libéral-médiatique », in La tentation populiste, Janine Chêne et al. (dir.), La Découverte, 2003, p. 30.
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[29]
Cas Mudde, Cristóbal Rovira Kaltwasser, Brève introduction au populisme, Éditions de l’Aube, 2018 (Titre original et édition : Populism : A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2017).
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[30]
Guy Hermet, « Populisme des anciens, populisme des modernes, populisme libéral-médiatique », in Janine Chêne et al., La tentation populiste au cœur de l’Europe, La Découverte « Recherches », 2003, p. 28.
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[31]
Daniel, Lindenberg « Figures et rhétorique de l’anti-intellectualisme », in Mil neuf cent, n°15, 1997.
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[32]
Bénichou Paul, Le sacre de l’écrivain, 1750-1780. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, José Corti, 1973, p. 117.
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[33]
Le terme de « clerc » désignait, au Moyen Âge, un moine qui traduisait, par écrit, des œuvres de langue ancienne en langue plus contemporaine, compréhensible par le public. La notion a fini par désigner un individu cultivé.
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[34]
Michel Winock, « Les intellectuels dans le siècle », in Vingtième Siècle, revue d’histoire, n° 2, avril 1984, p. 5.
Christian Godin affirme qu’« il n’est pas impossible que le populisme soit au xxie siècle ce que le totalitarisme aura été au xxe siècle : pour la démocratie le principal danger. Puisque la démocratie est essentiellement représentative, la crise de la démocratie représentative, dont le populisme est le symptôme manifeste, est une crise de la démocratie ». Pourtant, comme le rappelle Pierre Rosanvallon, il existe une grande différence entre populisme et totalitarisme puisque celui-ci « a défini une forme de pouvoir, construit des institutions d’État », tandis que le premier construit une « politique de décomposition démocratique ». Le populisme partage cependant avec le totalitarisme un « retournement de la démocratie contre elle-même ». Il est alors nécessaire d’interroger cette notion et sa pertinence, pour comprendre les tensions qui traversent les sociétés contemporaines et leurs démocraties. Car le populisme et ses variantes interrogent quant à leurs effets sur le fonctionnement de la démocratie, et invitent à repenser celle-ci, ses fragilités et ses impasses. Il soulève fondamentalement la question relative aux raisons amenant une partie de la population à être séduite par sa rhétorique et à y adhérer, au moment où l’on assiste à l’amplification de la défiance à l’égard des institutions, à l’affaiblissement du crédit accordé à la science et aux scientifiques – ceux-ci étant identifiés à « l’élite » dirigeante –, et à la croyance en des vérités alternatives, sur fond de sensibilité aux idéologies complotistes et conspirationnistes…
Date de mise en ligne : 06/05/2024
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