Chapitre IX - La grande coalition (1213-1214)
- Par Bruno Galland
Pages 177 à 202
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Il advint que le roi Philippe dormait une nuit dans son lit ; tout à coup il sauta à terre, comme sous le coup d’une émotion profonde, et il s’écria : Dieu ! qu’est-ce que j’attends pour aller à la conquête de l’Angleterre ? Les chambellans qui couchaient devant lui furent tout à fait émerveillés, mais ils n’osèrent rien dire. Aussitôt le roi commanda qu’ils fassent venir frère Guérin, l’hospitalier qui était son principal conseiller, Barthélemy de Roye, un chevalier qui était très bien avec lui, et Henri le Maréchal, un petit chevalier qui l’avait très bien servi, qu’il aimait beaucoup et auquel il avait fait beaucoup de bien […] Le roi leur ordonna d’envoyer, dans tous les ports de mer de son royaume, retenir tous les vaisseaux qu’on pourrait trouver et d’en faire grandir de nouveaux en grande quantité, parce qu’il voulait passer en Angleterre et en conquérir le royaume.
Ainsi une chronique flamande contemporaine, l’Histoire des ducs de Normandie, présente-t-elle la décision de Philippe Auguste. Si les choses ne se passèrent pas vraiment de la sorte, le récit témoigne bien de la réputation qu’avait acquise le roi de France auprès de ses contemporains – rapide dans ses décisions, impulsif et impérieux – et de la stupéfaction qu’ils éprouvèrent devant une telle initiative.
Le projet de Philippe trouvait son origine dans le conflit qui, depuis quelques années, opposait Jean sans Terre au pape Innocent III au sujet de la nomination de l’archevêque de Canterbury. Le premier siège épiscopal d’Angleterre était un enjeu important…
Date de mise en ligne : 29/10/2019
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