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2. La fidélité

Pages 25 à 40

Citer ce chapitre


  • Comte-Sponville, A.
(1999). 2. La fidélité. Petit traité des grandes vertus (5e éd., p. 25-40). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/petit-traite-des-grandes-vertus--9782130466710-page-25?lang=fr.

  • Comte-Sponville, André.
« 2. La fidélité ». Petit traité des grandes vertus, Presses Universitaires de France, 1999. p.25-40. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/petit-traite-des-grandes-vertus--9782130466710-page-25?lang=fr.

  • COMTE-SPONVILLE, André,
1999. 2. La fidélité. In : Petit traité des grandes vertus. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Perspectives critiques, p.25-40. URL : https://shs.cairn.info/petit-traite-des-grandes-vertus--9782130466710-page-25?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Saint Augustin, Confessions, XI (spécialement chap. 20, p. 269 de la trad. Trabucco, G.-F., 1964).
  • [2]
    Nietzsche, Considérations intempestives, II (trad. G. Bianquis, Aubier-Montaigne, 1964, rééd. 1979, p. 207).
  • [3]
    Selon l’heureuse expression de François George, à propos de Nietzsche : « D’un critère nouveau en philosophie », L’âme et le corps, sous la direction de M.-P. Haroche, Pion, 1990.
  • [4]
    Vladimir Jankélévitch, L’imprescriptible, Seuil, 1986, p. 55.
  • [5]
    Voir supra, Avant-propos, p. 12
  • [6]
    Ethique à Eudème, VII, 2, 1237 b 37-40 (trad. V. Décarie, Vrin-Presses de l’Université de Montréal, 1984, p. 164).
  • [7]
    Aristote, Ethique à Nicomaque, IX, 3, 1165 b 32-36 (trad. Tricot, Vrin, 1979, p. 441).
  • [8]
    V. Jankélévitch, Traite des vertus, II : Les vertus et l’amour, t. 1, chap. 2, Flammarion, 1986, p. 140.
  • [9]
    V. Jankélévitch, ibid., p. 140 à 142.
  • [10]
    Ibid., p. 142-143. Dans la fidélité, remarque Jankélévitch au même endroit, « les stoïciens auraient reconnu la Constantin sapientis » (la constance du sage).
  • [11]
    Ibid., p. 141.
  • [12]
    Pensées, 673-123 (éd. Lafuma).
  • [13]
    M. Conche, Montaigne et la philosophie, éd. de Mégare, 1987, p. 118-119. Voir aussi Montaigne, Apologie de Raymond Sebond, p. 602-603 de l’éd. Villey-Saulnier, rééd. puf, 1978 (spécialement l’évocation d’Epicharme).
  • [14]
    Les vertus et l’amour, t. 1, p. 154 (c’est là, pour Jankélévitch, « la fidélité par excellence »).
  • [15]
    V. Jankélévitch, L’imprescriptible, p. 60.
  • [16]
    M. Conche, Orientation philosophique, rééd. puf, 1990, p. 106.
  • [17]
    Les deux sources de la morale et de la religion, p. 86-90 (p. 1047-1050 de l’éd. du Centenaire, rééd. puf, 1970).
  • [18]
    « Education morale et laïcité », Foi et vie, n° 2, janvier 1928, p. 8. Voir aussi mon article Jean Cavaillès ou l’héroïsme de la raison, Une éducation philosophique, puf, 1989, p. 287 à 308.
  • [19]
    Supra, chap. 1, p. 15 et s.
  • [20]
    Ethique, III, explication de la définition 27 des affections (sauf précision contraire, je cite Spinoza, dans tout ce traité, d’après la trad. Appuhn des Œuvres complètes (rééd. Garnier-Flammarion, 1964, 1965 et 1966), qu’il m’arrivera parfois de modifier quelque peu.
  • [21]
    Nietzsche, La volonté de puissance, liv. III, § 498 (trad. G. Bianquis, Gallimard, 1937, t. 2, p. 156).

Le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore : l’oubli et l’improvisation sont faits de nature. Quoi de plus improvisé, à chaque fois, que le printemps ? Et quoi de plus vite oublié ? La répétition elle-même, si frappante, n’est qu’un leurre : c’est parce que les saisons s’oublient qu’elles se répètent, et cela même qui rend la nature toujours neuve est cause qu’elle n’innove que rarement. Toute invention vraie, toute création vraie suppose la mémoire. C’est ce qu’avait vu Bergson, qui dut pour cela inventer une mémoire du monde (la durée) ; mais cette mémoire serait Dieu, et c’est pourquoi elle n’est pas. La nature oublie d’être Dieu, ou Dieu s’oublie dans la nature. S’il y a une histoire de l’univers — et bien sûr il y en a une —, c’est une suite d’improvisations chaotiques ou chanceuses, sans projet (fût-ce celui d’improviser) ni mémoire. Le contraire d’une œuvre, ou qui ne fait œuvre que par rencontre. Un bœuf improbable et sans lendemain. Car cela même qui dure ou se répète n’advient qu’en changeant ; et rien ne commence qui ne doive finir. L’inconstance est la règle. L’oubli est la règle. Le réel, d’instant en instant, est toujours neuf ; et cette nouveauté de tout à tout, cette nouveauté pérenne, c’est le monde.
La nature est la grande oublieuse, et c’est en quoi aussi elle est matérielle. La matière est l’oubli même : il n’est mémoire que de l’esprit. C’est donc l’oubli qui aura le dernier mot comme il a eu le premier, comme il ne cesse de l’avoir. Le réel est ce premier mot de l’être, ce perpétuel premier mot…


Date de mise en ligne : 01/07/2014

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