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Comment apprend-on à être « à part » ? Construction familiale des manières socialement différenciées d’« être individu »

Pages 183 à 205

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  • Sève, L.
(2026). Comment apprend-on à être « à part » ? Construction familiale des manières socialement différenciées d’« être individu » Dans
  • G. Leroy
Penser l'enfant comme individu : un défi sociologique (p. 183-205). Presses universitaires de Vincennes. https://doi.org/10.3917/puv.leroy.2026.01.0183.

  • Sève, Laure.
« Comment apprend-on à être “à part” ? Construction familiale des manières socialement différenciées d’“être individu” ». Penser l'enfant comme individu : un défi sociologique, Presses universitaires de Vincennes, 2026. p.183-205. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/penser-l-enfant-comme-un-individu--9782379246098-page-183?lang=fr.

  • SÈVE, Laure,
2026. Comment apprend-on à être « à part » ? Construction familiale des manières socialement différenciées d’« être individu » In :
  • LEROY, Ghislain,
Penser l'enfant comme individu : un défi sociologique. Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes. Hors collection, p.183-205. DOI : 10.3917/puv.leroy.2026.01.0183. URL : https://shs.cairn.info/penser-l-enfant-comme-un-individu--9782379246098-page-183?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puv.leroy.2026.01.0183


Notes

  • [1]
    Bernard Lahire, L’Homme pluriel : les ressorts de l’action, Paris, Nathan, 1998.
  • [2]
    Muriel Darmon, La Socialisation, Paris, Armand Colin, 2010.
  • [3]
    Christian Le Bart, L’Individualisation, Paris, Presses de Sciences Po, 2008.
  • [4]
    Ibid, p. 26, souligné par l’auteur.
  • [5]
    Ibid, p. 228.
  • [6]
    Adrie Kusserow, American Individualisms : Child Rearing and Social Class in Three Neighborhoods, New York, Palgrave Macmillan, 2004.
  • [7]
    On peut par exemple lire au sujet de l’individualisme de différenciation : « c’est seulement au terme de ce travail sur soi, œuvre de toute une vie, que l’individu peut espérer savoir qui il est vraiment. D’où le mythe de l’identité authentique cachée au fond de soi, et que masque l’épaisse couche des socialisations artificielles. Cet individualisme est fondamentalement réflexif : il suppose des individus toujours en quête d’eux-mêmes, subjectivement incapables de se situer en référence à un monde et un seul, à une classe, à un métier, etc. » Christian Le Bart,Le Discours politique [1998], Paris, Presses universitaires de France, 2010, p. 31-32. L’entremêlement des registres du sens commun et de l’analyse sociologique brouille la compréhension du positionnement de l’auteur.
  • [8]
    François de Singly, Comment aider l’enfant à devenir lui-même : guide de voyage à l’intention du parent, Paris, Armand Colin, 2009.
  • [9]
    Vincent Descombes, « Individuation et individualisation »,Revue européenne des sciences sociales, nXLI-127, 2003, p. 17-35.
  • [10]
    Bernard Lahire, Dans les plis singuliers du social, Paris, La Découverte, 2013, p. 11.
  • [11]
    Muriel Darmon, La Socialisation, Paris, Armand Colin, 2010.
  • [12]
    Cette définition est davantage une hypothèse de travail qu’une formulation définitive. Le travail de thèse dont cette contribution est issue aura pour objectif de l’affiner.
  • [13]
    On peut penser à la famille de Rose-Marie Lagrave et ce qu’elle écrit du « précepte paternel interdisant tout penchant à la singularisation, à vouloir sortir du lot indistinct des enfants ». Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir : enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe, Paris, La Découverte, 2021, p. 20.
  • [14]
    Par manque de place pour développer ces aspects, les différenciations internes aux classes moyennes et supérieures ne seront pas abordées ici.
  • [15]
    Olivier Masclet (dir.), Être comme tout le monde : employées et ouvriers dans la France contemporaine, Paris, Raisons d’agir, 2020.
  • [16]
    Les chambres individuelles sont la norme parmi les familles de classes moyennes et supérieures étudiées (19 sur 22), alors qu’elles ne sont, à l’inverse, pas majoritaires dans les familles de classes populaires (4 sur 10).
  • [17]
    Christine Mennesson, Julien Bertrand et Sarah Nicaise, « Quand le sport construit la classe », dans Bernard Lahire (dir.), Enfances de classe. De l’inégalité parmi les enfants, Paris, Seuil, 2019, p. 1117-1136.
  • [18]
    Les noms et prénoms des personnes enquêtées ont été anonymisés.
  • [19]
    La position des familles dans l’espace social est codée selon les catégories proposées par la PCS Ménage de l’INSEE (PCS 2020).
  • [20]
    Ce dernier extrait, qui évoque les matins de week-end où les parents souhaitent pouvoir dormir plus longtemps et enjoignent leurs enfants à s’occuper indépendamment d’eux, correspond à une situation évoquée par plusieurs parents des classes moyennes et supérieures.
  • [21]
    Olivier Masclet, « “C’est mon moment”. Le temps pour soi des ouvrières et des employées », Travail, genre et sociétés, vol. 39, n1, p. 101-119.
  • [22]
    Annette Lareau, Enfances inégales : classes, race et vie de famille [Berkeley, University of California Press, 2003], Lyon, ENS éditions, 2024.
  • [23]
    Les chambres partagées concernent 6 des 10 familles de classes populaires enquêtées contre seulement 3 des 22 familles de classes moyennes et supérieures.
  • [24]
    Dominique Pasquier, « Porteur d’avenir ou fauteur de troubles ? L’arrivée d’Internet dans les foyers modestes de la France rurale », dans Sylvie Octobre, Régine Sirota (dir.), Inégalités culturelles : retour en enfance, Paris, Presses de Sciences Po/Ministère de la culture, 2021, p. 257-275.
  • [25]
    Basil Bernstein, Pédagogie, contrôle symbolique et identité : Théorie, recherche, critique, Laval, Presses de l’Université de Laval, 2007 ; Mathias Millet, Daniel Thin, Ruptures scolaires, Paris, Presses universitaires de France, 2012, p. 85-92 ; Bernard Lahire, Enfances de classe. De l’inégalité parmi les enfants, Paris, Seuil, 2019, p. 1007-1028.
  • [26]
    François de Singly, « Les ruses totalitaires de la pédagogie anti-autoritaire », Revue de l’Institut de sociologie, n1-2, 1988, p. 115-126 ; Gaële Henri-Panabière et al., « La montre et le martinet », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 226-227, n1, 2019, p. 16-30.
  • [27]
    Cela est aussi lié à l’âge d’Amiyah, qui a 31 ans au moment de l’entretien.
  • [28]
    Jean Kellerhals, Cléopâtre Montandon, Les Stratégies éducatives des familles : milieu social, dynamique familiale et éducation des pré-adolescents, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1991 ; Héloïse Durler, L’Autonomie obligatoire : sociologie du gouvernement de soi à l’école, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.
  • [29]
    Marie Cartier (dir.), La France des « petits-moyens » : enquête sur la banlieue pavillonnaire, Paris, La Découverte, 2008.
  • [30]
    Clément Rivière, Leurs enfants dans la ville : enquête auprès de parents à Paris et à Milan, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2021.
  • [31]
    Marie-Hélène Lechien, Yasmine Siblot. « “Eux/nous/ils”  ? Sociabilités et contacts sociaux en milieu populaire », Sociologie, n1, vol. 10, 2019 ; Olivier Masclet (dir.), Être comme tout le monde : employées et ouvriers dans la France contemporaine, Paris, Raisons d’agir, 2020.
  • [32]
    Les pédagogies alternatives insistent par exemple sur l’importance de considérer les enfants comme des personnes à part entière et de s’adapter aux besoins uniques et différenciés de chacun. Ghislain Leroy, Sociologies des pédagogies alternatives, Paris, La Découverte, 2022.
  • [33]
    Muriel Darmon, « Devenir “sans pareil” ? La construction de la différence dans la fratrie gémellaire », dans François de Singly (dir.), Être soi d’un âge à l’autre. Famille et individualisation, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 99-114.
  • [34]
    Peter Francis Harvey, « “Everyone Thinks They’re Special” : How Schools Teach Children Their Social Station », American Sociological Review, vol. 88, n3, 2023, p. 493-521.
  • [35]
    Adrie Kusserow, American Individualisms : Child Rearing and Social Class in Three Neighborhoods, New York, Palgrave Macmillan, 2004.
  • [36]
    Joël Laillier et Christine Mennesson, « Usages du temps libre et genèse des inégalités sociales dans la petite enfance », dans Sylvie Octobre, Régine Sirota (dir.), Inégalités culturelles : retour en enfance, Paris, Presses de Sciences Po/ministère de la Culture, 2021, p. 125-145.
  • [37]
    Annette Lareau, Enfances inégales : classes, race et vie de famille, op. cit.
  • [38]
    Claude Grignon et Christiane Grignon, « Styles d’alimentation et goûts vestimentaires », Revue française de sociologie, vol. 21, n4, 1980, p. 531-569.
  • [39]
    Wilfried Lignier, « L’identification des enfants. Un modèle utile pour l’analyse des primes socialisations », Sociologie, vol. 6, n2, 2015, p. 177-194.
  • [40]
    Bernard Lahire, Dans les plis singuliers du social, Paris, La Découverte, 2013, p. 23-57.
  • [41]
    Pierre Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979.

Comment étudier l’individu en sociologue ? En France, la critique lahirienne de la sociologie bourdieusienne et le développement de la sociologie de la socialisation ont marqué un tournant dans l’approche sociologique des individus. Pour autant, si nombre d’aspects des socialisations individuelles sont désormais étudiés par les chercheurs et chercheuses, ce sont principalement les tenants de la « sociologie de l’individu » qui articulent leurs théories autour de ce que serait « l’individu contemporain » (entre autres, François de Singly et Jean-Claude Kaufmann, Danilo Martucelli). L’individu que ces derniers étudient pourrait être qualifié de « positif », au sens où c’est lorsqu’il choisit volontairement de s’écarter ou de se différencier des autres, de se détacher de ses ancrages culturels et sociaux pour construire sa propre identité et revendiquer une singularité qu’il existe en tant que tel. Pour ces auteurs, l’émergence de l’individu « positif » correspond à un ensemble de processus historiques, synthétisés au sein de plusieurs types d’individualismes dont le développement est partiellement concomitant. Celui dans lequel nous serions entrés depuis les années 1960, théorisé par François de Singly et appelé « individualisme de différenciation », est présenté par Christian Le Bart de la manière suivante :
[Cet individualisme] témoigne d’une logique identitaire fondamentalement différente [du précédent individualisme]. Désormais les individus cherchent à exister et à s’affirmer en tant qu’individus singuliers, différenciés, irréductibles à aucun autrui ni à aucun rôle social…


Date de mise en ligne : 21/05/2026

https://doi.org/10.3917/puv.leroy.2026.01.0183

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