6. Un nouvel imaginaire initiatique
- Par David Le Breton
Pages 162 à 175
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- LE BRETON, David,
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- Le Breton, D.
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Notes
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[1]
Nous parlons de reboutage (cf. rebouteux) pour souligner combien nous sommes ici dans le registre de l'efficacité symbolique, mais bien sûr l'acteur l'ignore.
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[2]
David Le Breton, « La crise initiatique », in Nouvelle Revue de psychologie, 1986, n° 5.
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[3]
Valérie Dax, Le cancer, c'est ma chance, Paris, Alésia, 1983, p. 3. Ou encore : « Je ne souhaite à personne de mourir, mais je souhaite à tous de retrouver la saveur de la vie, de pouvoir choisir ses amis sans s'embarrasser de préséances ou de “précautions”, de se sentir libre et dégagé de l'inquiétude. Voilà ce que la lutte m'a apporté. Petit à petit, en résistant, en refusant de me laisser aller même dans les moments les plus noirs, en tentant de construire en moi un nouvel équilibre, en essayant d'accepter ma maladie, j'ai découvert que j'étais vivante et que je respirais » (p. 186). Ou encore : « Il faut s'arrêter, regarder, aimer, sourire. Voilà ce que le cancer m'a appris. Le cancer, c'est ma chance. Je suis au cœur des choses, au cœur des êtres qui m'entourent, je suis au cœur de la vie » (p. 189).
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[4]
Elisabeth Kubler-Ross, Le Sida, un défi à la société (trad. franç.), Interéditions, 1988, p. 22.
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[5]
Ibidem, p. 198.
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[6]
Fritz Zorn, Mars (trad. franç.), Folio, p. 190. « [...] On peut penser aussi que j'ai eu tout bonnement de la chance : du fait que j'ai été élevé en vue du cancer, une possibilité m'a été offerte de réagir maintenant contre le mal et je suis sans doute mieux loti que des milliers d'autres qui ne sont pas dans une situation aussi terrible, si bien qu'aujourd'hui, exemptés du cancer, ils ont toute latitude de s'abrutir de bonheur et frustrés selon la bonne tradition » (p. 61).
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[7]
La première irruption moderne, sur le plan social, du thème initiatique est venue avec le courant de l'antipsychiatrie anglaise des années soixante : Ronald Laing, David Cooper, J. Berke, Esterson, etc. Le voyage à travers la folie, loin d'être une expérience morbide dont on doive se défendre à tout prix, correspond à un surgissement de contenus inconscients, grâce auxquels l'individu vit dans la fièvre une parturition intérieure qui le libère de ses anciennes pesanteurs. Ronald Laing suggère que les malades, au lieu d'être confrontés aux rites de dégradation et d'humiliation imposés par la psychiatrie, soient accompagnés au long d'un rite d'initiation. Nous laissons ici cet aspect qui déborde du cadre de cet ouvrage. Ajoutons cependant que, d'une certaine manière, Nietzsche est l'un des premiers à avoir affirmé cette philosophie paradoxale qui inclut l'ambivalence dans la condition humaine et amène à percevoir la maladie ou l'épreuve personnelle sous un angle inédit. Nietzsche montre en effet qu'il n'y a pas de santé en soi et qu'il faut en singulariser le concept en partant de l'individu lui-même et non d'une définition normative. Il ajoute ensuite : « Resterait la grande question de savoir si nous pouvons nous passer de la maladie, même pour développer notre vertu, si, notamment, notre soif de connaître, et de nous connaître nous-mêmes, n'a pas besoin de notre âme malade autant que de notre âme bien portante, bref si vouloir exclusivement notre santé n'est pas un préjugé, une lâcheté et peut-être un reste de la barbarie la plus subtile et de l'esprit rétrograde. » Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, Idées, Gallimard, 1950, p. 165 (trad. franç.).
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[8]
Erving Goffman, Les Rites d'interaction, Minuit, 1974, p. 140-141 (trad. franç.).
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[9]
Michel Hulin, Dans la face cachée du temps, l'imaginaire de l'au-delà, Fayard, 1985, constate d'ailleurs la perte de la croyance au paradis chez un grand nombre de chrétiens.
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[10]
Raymond Moody, La Vie après la vie (trad. franç.), J'ai Lu, 1977. Raymond Moody lui-même s'étonne du succès international qu'a connu son livre, tiré à l'origine dans une maison d'édition régionale et promis au mieux à un succès d'estime.
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[11]
Citons les ouvrages traduits en français de K. Ring, M. Sabom, S. Grof et J. Halifax, etc. Sur ce nouvel imaginaire, nous renvoyons à Patrice Van Eersel, La Source noire, Grasset, 1986. Notons que ce journaliste renchérit sur la mythologie par le style de son ouvrage et ses hypothèses (la cinquième extase ; assistons-nous à une célébration du processus d'hominisation ; les rescapés visionnaires, les mutants, etc.).
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[12]
Elias Canetti, op. cit., p. 242-244.
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[13]
Bruno Bettelheim, Survivre, Poche, Pluriel, 1979, p. 43 (trad. franç.). Les analyses de Bruno Bettelheim portent essentiellement sur la survie dans les camps de la mort nazis, là où le traumatisme subi est sans commune mesure avec les situations envisagées ci-dessus. Le sentiment de culpabilité lié au fait d'avoir survécu atteint son point culminant : « Je vis donc je suis coupable, dit Elie Wiesel. Je suis toujours de ce monde parce qu'un ami, un camarade, un inconnu sont morts à ma place. » Cf. Primo Levi, Les Naufragés et les Rescapés. Quarante ans après Auschwitz,Gallimard, 1989 (trad. franç.).
On pourrait définir la modernité comme la permanence du provisoire. L'indétermination de nos sociétés, le déracinement du symbolisme collectif projettent chaque acteur dans une quête de sens fortement individualisée. Donner une signification et une valeur à son existence est laissé à l'initiative de l'individu. La nécessité intérieure d'une orientation incontestable de son existence amène l'acteur à des actions individuelles de reboutage du symbolique. A l'absence de limites de sens dans une société en perpétuel changement, réplique une recherche intime de limites de fait. Le contact symbolique avec la mort constitue l'une des voies les plus sollicitées pour se situer, se reconnaître un parmi les autres, trouver un goûtde vivre qui se dérobe en partie. Une recherche sauvage de sens se joue là, dans le secret des recours individuels.
Nous l'avons vu, nombreuses sont les figures du risque ou de l'ordalie qui naissent dans le sillage de nos sociétés, mais l'une d'entre elles échappe à la volonté, elle plonge l'individu au cœur d'une situation critique où il se trouve durablement exposé au danger, sinon directement à la mort. Ainsi de la maladie ou des accablements de tout ordre qui peuvent affecter ou déstabiliser le cours de l'existence. La traversée du péril modifie le sentiment d'identité de l'homme débordé par l'adversité durable de la maladie, de la fin de la vie ou de la détresse. Elle crée une parenté entre des acteurs que parfois tout sépare sur les plans social, culturel, relationnel ou personnel…
Date de mise en ligne : 04/09/2016
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