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Vérité phénoménale et vérité essentielle chez Pascal

Pages 63 à 88

Citer ce chapitre


  • Bouchilloux, H.
(2000). Vérité phénoménale et vérité essentielle chez Pascal. Dans
  • M. Pécharman
Pascal : Qu'est-ce que la vérité? (p. 63-88). Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.pecha.2000.01.0063.

  • Bouchilloux, Hélène.
« Vérité phénoménale et vérité essentielle chez Pascal ». Pascal Qu'est-ce que la vérité? Presses Universitaires de France, 2000. p.63-88. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/pascal--9782130502036-page-63?lang=fr.

  • BOUCHILLOUX, Hélène,
2000. Vérité phénoménale et vérité essentielle chez Pascal. In :
  • PÉCHARMAN, Martine,
Pascal Qu'est-ce que la vérité? Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Débats philosophiques, p.63-88. DOI : 10.3917/puf.pecha.2000.01.0063. URL : https://shs.cairn.info/pascal--9782130502036-page-63?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puf.pecha.2000.01.0063


Notes

  • [1]
    Voir Apologétique et raison dans les Pensées de Pascal. Paris. Klincksieck. « Port-Royal », 1995.
  • [2]
    Voir Laf. 122. Br. 416.
  • [3]
    Voir Laf. 513, Br. 4 : « Se moquer de la philosophie c’est vraiment philosopher. » La vraie philosophie consiste donc dans le mouvement même de son autotransgression. En Laf. 131, Br. 434, Pascal nomme « philosophie humaine » le discours de la raison dépourvu des lumières surnaturelles de la foi chrétienne.
  • [4]
    Voir Laf. 149, Br. 430 :
    « Adam – J.-C.
    Si on vous unit à Dieu c’est par grâce, non par nature.
    Si on vous abaisse c’est par pénitence, non par nature.
    Ainsi cette double capacité. »
  • [5]
    Voir Laf. 75, Br. 389 et Laf. 401, Br. 437.
    1) Il y a en l’homme une double capacité (voir Laf. 149, Br. 430 déjà cité) qui n’est autre que celle du bien et du mal (voir IIe Écrit sur la grâce)
    2) Cette double capacité s’exprime dans la seconde nature sous la forme du couple capable/indigne (voir notamment Laf. 444, Br. 557 et Laf. 449, Br. 556).
    3) Il s’ensuit que les hommes sont déclarés incapables du vrai et du bien par eux-mêmes ou par leur propre nature (voir par exemple Laf. 28, Br. 436).
  • [6]
    Voir Laf. 148, Br. 425.
  • [7]
    Voir IIe Écrit sur la grâce.
  • [8]
    Voir Laf. 131. Br. 434.
  • [9]
    De même qu’on démontre par l’absurde la vérité de la divisibilité de l’espace à l’infini, qui est pourtant incompréhensible, de même, on pratique la double infirmation des philosophies dogmatique et pyrrhonienne afin d’établir la vérité du péché originel, qui est pourtant incompréhensible. Car « tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d’être » (Laf. 149, Br. 430).
  • [10]
    Voir la fin de l’Entretien avec M. de Sacy, in Pascal, Œuvres complètes, Paris, Seuil, « L’Intégrale », 1963, p. 296 ; Mesnard, t. III.p. 154 :
    « Voilà l’union étonnante et nouvelle que Dieu seul pouvait enseigner, et que lui seul pouvait faire, et qui n’est qu’une image et qu’un effet de l’union ineffable de deux natures dans la seule personne d’un Homme-Dieu. »
  • [11]
    Voir Laf. 167, Br. 269.
  • [12]
    Voir De libero arbitrio, III, XVIII, 52.
  • [13]
    L’ordre moyen de la géométrie témoigne d’une capacité de l’infini que ni la connaissance géométrique elle-même, ni aucune autre connaissance naturelle ne sauraient remplir. Les hommes n’ont ainsi que l’idée d’un ordre définitionnel et propositionnel parfait dont ils sont naturellement incapables : comme le dit Pascal, « tout ce qui passe la géométrie nous surpasse » (O.C., p. 349 ; Mesnard, t. III, p. 393), et « les hommes sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce soit, dans un ordre absolument accompli » (O.C., p. 350 ; Mesnard, t. III, p. 395).
    Par ailleurs, selon Laf. 298, Br. 283, il y a deux ordres différents : 1) l’ordre de la science qui est « par principe et démonstration » ; 2) l’ordre de la théologie qui est par digression, toutes les vérités devant être rapportées à celle qu’enseigne la théologie comme à leur centre.
  • [14]
    Voir Laf. 110, Br. 282.
  • [15]
    Voir la fin de l’Entretien avec M de Sacy. O.C. p. 296 ; Mesnard. t. III. p. 154 :
    « Et la raison en est que ces sages du monde placent les contraires dans un même sujet : car l’un attribuait la grandeur à la nature et l’autre la faiblesse à cette même nature, ce qui ne pouvait subsister : au lieu que la foi nous apprend à les mettre en des sujets différents : tout ce qu’il v a d’infirme appartenant à la nature, tout ce qu’il y a de puissant appartenant à la grâce. »
  • [16]
    Voir Laf. 729. Br. 931 et Laf. 905, Br. 385.
  • [17]
    Voir Laf. 14. Br. 338 et Laf. 90. Br. 337.
  • [18]
    Voir Laf. 131, Br. 434.
  • [19]
    Voir Laf. 44, Br. 82 :
    « La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop mousses pour y toucher exactement. S’ils y arrivent ils en écachent la pointe et appuient tout autour plus sur le taux que sur le vrai. »
  • [20]
    Voir Laf. 530, Br. 274.
  • [21]
    Voir Laf. 92, Br. 335.
  • [22]
    Voir Laf. 225, Br. 789.
  • [23]
    Laf. 40, Br. 134.
  • [24]
    Sur la fascination, voir Laf. 386, Br. 203 et Laf. 801, Br. 660.
  • [25]
    Voir Laf. 576, Br. 567.
  • [26]
    Car, selon Laf. 521, Br. 387, il n’est pas même certain que tout soit incertain.
  • [27]
    Voir De l’esprit géométrique, O.C., p. 350-351 ; Mesnard, t. III, p. 395-397.
  • [28]
    Dans l’ordre de la philosophie, le pyrrhonisme s’avère inexpugnable, puisqu’il est fortifié :
    1) par ceux qui sont pour lui ;
    2) par ceux qui sont contre lui (voir Laf. 33, Br. 374 et Laf. 34, Br. 376) ;
    3) par ceux qui prétendent rester neutres (voir Laf. 131, Br. 434).
    On n’échappe donc pas au pyrrhonisme, quelque position qu’on tienne, pas plus qu’on y échappe en croyant s’en échapper (voir Laf. 520, Br. 375).
    Mais Laf. 691, Br. 432 limite la suprématie du pyrrhonisme, qui est purement philosophique, en montrant comment le pyrrhonisme est supplanté par le christianisme.
    1) Tous les principes étant en partie vrais, les conclusions qu’on tire de chacun d’eux sont nécessairement partiales et fausses (voir Laf. 619, Br. 394, puis Laf. 443, Br. 863).
    2) Le pyrrhonisme, qui professe l’universelle incertitude – étendue à l’incertitude même -, a donc raison dans ce qu’il dit mais sans apercevoir ce qui lui donne raison dans ce qu’il dit.
    3) Seul le christianisme donne raison au pyrrhonisme en révélant la source du mélange qui corrompt tous les principes.
  • [29]
    D’où le titre surprenant de Laf. 109, Br. 392, qui semble contredire le contenu du fragment (l’ambiguïté « à la gloire de la cabale pyrrhonienne »). Ce titre est néanmoins corroboré par l’inscription du fragment dans la liasse VI (« Grandeur »), juste avant le fragment Laf. 110, Br. 282 sur la dualité du « coeur » et de la raison.
  • [30]
    Les pyrrhoniens ont raison sans savoir ce qui leur donne raison. Voir Laf. 206, Br. 235 et Laf. 577, Br. 234. Sur ce que Montaigne n’aperçoit pas, voir notamment la liasse V (« Raisons des effets ») et Laf. 525. Br. 325.
  • [31]
    Voir la Préface au Traité du vide.
  • [32]
    Voir la lettre à Le Pailleur, O.C. p. 210 ; Mesnard, t. II.p. 563.
  • [33]
    Voir la lettre au père Noël du 29 octobre 1647, O.C., p. 202-203 ; Mesnard, t. II, p. 524.
  • [34]
    Voir la lettre-préface des Principes de la philosophie.
    Sur l’idée du triangle et ses propriétés, voir Cinquième Méditation et Principes, I, art. 14. Sur l’idée de la nature corporelle et l’exclusion a priori du vide, voir Principes. II, art. 16-18.
  • [35]
    Voir De l’esprit géométrique, O.C., p. 350 ; Mesnard, t. III, p. 395 :
    « Cet ordre, le plus parfait entre les hommes, consiste non pas à tout définir ou à tout démontrer, ni aussi à ne rien définir ou à ne rien démontrer, mais à se tenir dans ce milieu de ne point définir les choses claires et entendues de tous les hommes, et de définir toutes les autres, et de ne point prouver toutes les choses connues des hommes, et de prouver toutes les autres. »
    1. – La « médiocrité » est le lot de l’homme déchu, de sorte qu’elle s’étend à la morale : voir Laf. 518, Br. 378
    2. – Laf. 800, Br. 532 parle ainsi de « deux infinis naturels et moraux ».
    3. – Le christianisme transcende cette double infinité morale en révélant la source de toute grandeur et de toute bassesse : lui seul peut les équilibrer l’une par l’autre en Jésus-Christ (voir Laf. 192, Br. 527) et mettre ainsi fin à l’oscillation infinie et perpétuelle de l’une dans l’autre (voir Laf. 130, Br. 420).
  • [36]
    Pascal ne l’ignore pas, qui reconnaît que toute la physique mécaniste de Descartes découle de la distinction métaphysique des natures matérielle et spirituelle (voir De l’art de persuader, O.C., p. 358 ; Mesnard, t. III, p. 424). Mais sa propre critique de la confusion aristotélicienne et scolastique entre qualités corporelles et qualités spirituelles s’enracine dans une tout autre conception de la physique, comme connaissance purement phénoménale. Le moi, qui n’a de substance que dans l’amour de Dieu, est condamné par le péché à chercher vainement un semblant de substance dans l’amour des autres pour un sujet imaginaire (voir Laf. 688, Br. 323)
  • [37]
    Voir notamment Laf. 541, Br. 120, puis Laf. 683, Br. 20 et Laf. 684 Br. 21.
  • [38]
    Voir Laf. 112. Br. 344. éclairé par Laf. 155, Br. 281.
  • [39]
    Voir la lettre à Fermat du 10 août 1660, O.C., p. 282 ; Mesnard, t. IV, p. 923.
  • [40]
    Voir Laf. 114, Br. 397 et Laf. 117, Br. 409. En Laf. 113, Br. 348, Pascal parle du « règlement de ma pensée » et, en Laf. 200, Br. 347, il conclut « travaillons à bien penser ». Laf. 620, Br. 146 insiste encore sur le « devoir [...] de penser comme il faut » et précise quelle est la règle de la pensée : se penser soi-même dans son rapport à Dieu.
  • [41]
    Voir Laf. 199, Br. 72 :
    « Quand on est instruit on comprend que la nature ayant gravé son image et celle de son auteur dans toutes choses elles tiennent presque toutes de sa double infinité. »
    L’homme n’est naturellement capable d’arriver ni au néant, ni à l’infini, ni aux premiers principes, ni à l’achèvement du savoir. Mais il est surnaturellement capable de comprendre la nature qui le comprend pourtant physiquement et intellectuellement, car en Dieu les extrémités se rejoignent :
    « Ces extrémités se touchent et se réunissent à force de s’être éloignées et se retrouvent en Dieu, et en Dieu seulement. »
    C’est déjà d’un point de vue extra-géométrique qu’on appréhende la parfaite symétrie des deux infinis de grandeur et de petitesse, et qu’on sait qu’il ne faut pas moins de capacité pour descendre jusqu’à un indivisible que pour se hausser jusqu’à un tout.
  • [42]
    Voir mon article « Sens et enjeux du fragment dit “des deux infinis” », L’Enseignement philosophique, 44e année, n° 6, juillet-août 1994, p. 17-31, qui conteste l’interprétation proposée par Vincent Carraud, dans Pascal et la philosophie, Paris, PUF, « Épiméthée », 1992.
  • [43]
    Voir Principes de la philosophie, I, art. 37.
    C’est la liberté de la volonté qui fait la dignité de l’homme. Or cette liberté, en l’homme, consiste à surmonter l’indifférence qui la grève toujours et à affermir, afin de la parachever, la science dont Dieu a créé les principes en toute indifférence, avec la nature même.
    Dans la lettre à Chanut du 1er février 1647, Descartes précise bien que l’amour de Dieu est fondé sur la communauté de nature (spirituelle) entre Dieu et l’homme. Celui-ci porte l’image de Dieu par l’idée de l’infini et la volonté formellement infinie qui le définissent. Mais, cette communauté de nature attestant la disproportion du fini – voire de l’indéfini – à l’infini, c’est justement par elle que s’établit une distance irréductible de l’homme à Dieu.
  • [44]
    Voir Laf. 620, Br. 146 et Laf. 756, Br. 365.
  • [45]
    Voir Laf. 84, Br. 79.
  • [46]
    Voir Laf. 701. Br. 9.
  • [47]
    Le schème des « raisons des effets » a son sommet dans le point de vue des « vrais chrétiens » (Laf. 14, Br. 338) ou des « chrétiens parfaits » (Laf. 90, Br. 337). Le modèle des figures est Jésus-Christ (voir Laf. 826, Br. 673).
  • [48]
    Voir Laf. 225, Br. 789 et Laf. 65, Br. 115.
  • [49]
    Voir la Préface au Traité du vide.
  • [50]
    Voir Laf. 776, Br. 858, puis Laf. 743, Br. 859 et Laf. 758, Br. 857.
    Laf. 536, Br. 579 précise qu’il y a deux principes présents jusque dans l’Église, l’orgueil et la charité, dont les fruits se manifestent avec le temps, les semences de charité étant destinées à produire des effets contraires à ceux que doivent produire les semences d’orgueil.

La question de la vérité est au centre de l’œuvre de Pascal en général et des Pensées en particulier. J’ai naguère tenté de montrer que celles-ci ne représentent pas seulement une apologie destinée à démontrer la vérité de la religion chrétienne, mais que, derrière le discours de la preuve, se profile un autre discours sur les conditions et sur les fins de la preuve. Plus précisément, il s’agit à présent de montrer pourquoi la démonstration de la vérité du christianisme s’accompagne d’une réflexion sur l’articulation d’une privation de toute connaissance essentielle – qui correspond à la vérité du pyrrhonisme - et d’une validation, quoique relative, de la connaissance purement phénoménale – qui correspond à la vérité de la géométrie. Cette articulation de deux vérités – vraies chacune en son ordre – relève de la philosophie, mais d’une philosophie qui, contrairement à celle de Descartes, s’ordonne au point de vue de la théologie, en l’occurrence augustinienne.
J’essaierai donc de reconstituer la démarche par laquelle Pascal justifie en leurs ordres respectifs : 1. – le pyrrhonisme - dont la position est imprenable dans l’ordre de la connaissance essentielle réduite à celle d’une philosophie dépourvue de lumières supérieures aux lumières naturelles –  ; 2. – la géométrie – dont la position échappe à la critique pyrrhonienne, puisque cette science ne prétend à aucune connaissance essentielle et qu’elle se cantonne au contraire dans la connaissance phénoménale, tout en préparant à une connaissance essentielle qui ne soit plus réductible à celle d’une philosophie dépourvue de lumières surnaturelles, car la conscience de la valeur de la géométrie, en tant que connaissance extra-phénoménale, excède la géométrie et prépare à la théologie –  ; 3. – la théologie augustinienne – dont la position surplombante, comme point haut du schème des « raisons des effets », est inséparable du jugement qu’elle rend possible et qui, en retour, l’assigne à son ordre et l’éclaire sur ses propres lumières en même temps que sur ses propres erreurs…


Date de mise en ligne : 01/01/2017

https://doi.org/10.3917/puf.pecha.2000.01.0063

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