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Première partie. Démocratie pré-numérique : la parrhèsia contrôlée

Pages 38 à 99

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  • Cazeaux, G.
(2014). Première partie. Démocratie pré-numérique : la parrhèsia contrôlée. Odyssée 2.0 : La démocratie dans la civilisation numérique (p. 38-99). Armand Colin. https://shs.cairn.info/odyssee-20--9782200289485-page-38?lang=fr.

  • Cazeaux, Guillaume.
« Première partie. Démocratie pré-numérique : la parrhèsia contrôlée ». Odyssée 2.0 La démocratie dans la civilisation numérique, Armand Colin, 2014. p.38-99. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/odyssee-20--9782200289485-page-38?lang=fr.

  • CAZEAUX, Guillaume,
2014. Première partie. Démocratie pré-numérique : la parrhèsia contrôlée. In : Odyssée 2.0 La démocratie dans la civilisation numérique. Paris : Armand Colin. Hors collection, p.38-99. URL : https://shs.cairn.info/odyssee-20--9782200289485-page-38?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Cf. Walter Phillips Davison, “Public Opinion”, in International Encyclopedia of the Social Sciences, 1968.
  • [2]
    Cf. Judith Lazar, L’opinion publique, Paris, Éditions Dalloz, 1995, p. 3.
  • [3]
    Cf. Harwood L. Childs, Public Opinion: Nature, Formation, and Role, Princeton, N.J., Toronto, New York and London, D. van Nostrand, 1965, p. 14-26.
  • [4]
    Cf. Elisabeth Noëlle-Neumann, The Spiral of Silence, Public OpinionOur Social Skin, Second Edition, The University of Chicago Press, Chicago and London, 1993, p. 220.
  • [5]
    Elisabeth Noëlle-Neumann, « L’opinion publique : la thèse de la spirale de silence », entretien avec Judith Lazar, in Géographie, Économie, Société, vol. 1, n° 2, 1999, 395-401, p. 396.
  • [6]
    Ibid.
  • [7]
    Cf. Jean-Michel Besnier, « L’effrayante conquête », in Marie De Solemne, La grâce de solitude, Paris, Éditions Dervy, 1998, p. 52 : « La solitude est du côté du consentement mais pas l’isolement. Je me trouve dans une position isolée mais je n’y consens pas, ce sont les autres qui m’ont écarté. Il n’y a pas de décision dans l’isolement alors qu’il peut y avoir une pleine liberté dans la solitude ».
  • [8]
    Elisabeth Noëlle-Neumann, “The Spiral of Silence”, in Journal of Communication, 24: 43-54, 1974. Traduit par Gilles Achache, Dorine Bregman, Daniel Dayan. Publié dans la revue Hermès, n° 4, « Le nouvel espace public », 1989, et repris dans L’opinion publique, coordonnée par Nicole d’Almeida, Paris, « Les Essentiels d’Hermès », CNRS Éditions, 2009.
  • [9]
    Cf. Michael Raffel, « Der Schöpfer des Begriffs öffentliche Meinung : Michel de Montaigne », Publizistik 29, n° 1, 1984. Voir aussi Thomas Berns, « Puissances et faiblesses de l’opinion commune chez Montaigne », in Pierre Magnard (dir.), Archives de philosophie, 2003 : « il semblerait que Montaigne est un des premiers à proposer en français l’expression d’opinion publique, et on trouve très fréquemment dans son texte des expressions comme opinion commune, mais aussi opinion vulgaire, opinion du peuple, ou encore, dans un registre proche : voix du peuple, voix commune […]. C’est au travers d’un renvoi […] à Platon, que surgit dans Essais, I, xxiii, la première utilisation de l’expression d’ opinion publique».
  • [10]
    John Locke, Essai sur l’entendement humain, II, Paris, Vrin, 2001, chap. 28, § 7, p. 548.
  • [11]
    Cf. Ibid., § 10, p. 550.
  • [12]
    Ibid., § 12, p. 556.
  • [13]
    David Hume, Traité de la nature humaine, II, Dissertation sur les passions, Paris, GF Flammarion, 1991, Partie I, Section XI, p. 156.
  • [14]
    David Hume, Essais moraux, politiques et littéraires, et autres essais, Paris, PUF, 2001, « Des principes premiers du gouvernement », p. 147.
  • [15]
    Cf. Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, op. cit., II, xii, p. 91.
  • [16]
    Cf. Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, in Œuvres complètes de J.-J. Rousseau, II, Paris, A. Houssiaux, 1852-1853, Première partie, Lettre XXIV à Julie.
  • [17]
    Cf. Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation, in Œuvres complètes de J.‑J. Rousseau, tome 2, Paris, A. Houssiaux, 1852-1853, livre V, p. 651.
  • [18]
    Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome 1, Paris, GF Flammarion, 1981, deuxième partie, chap. VII, p. 353-354.
  • [19]
    Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution, Paris, Gallimard, 1967, III,II, p. 250.
  • [20]
    Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome 2, Paris, GF Flammarion, 1981, troisième partie, xxi, p. 322.
  • [21]
    Cf. Solomon Asch, “Studies on Independance and Conformity: a Minority of One Against an Unanimous Majority”, Psychological Monographs, 1956, 70, 416.
  • [22]
    Cf. Gregory S. Berns, Jonathan Chappelow, Caroline F. Zink, Giuseppe Pagoni, Megan E. Martin-Skurski, Jim Richards, “Neurobiological Correlates of Social Conformity and Independence During Mental Rotation”, Biol. Psychiatry, 58:245-253, 2005.
  • [23]
    Cf. Michel Foucault, Le courage de la vérité : Le gouvernement de soi et des autres II. Cours au Collège de France, 1984, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Gallimard, Éditions du Seuil, coll. « Hautes Études », 2009.
  • [24]
    Yves Charles Zarka, La destitution des intellectuels, Paris, PUF, 2010, p. 14-15.
  • [25]
    Alain, Mars ou la guerre jugée, Paris, Gallimard, 1921, lxix, in Alain, Propos sur les pouvoirs, Paris, Gallimard, 1985, « Le jugement politique et l’opinion commune », p. 262.
  • [26]
    Ibid., p. 263.
  • [27]
    Cf. Mona Ozouf, « Le concept d’opinion publique au xviiie siècle », in Sociologie de la communication, Paris, Gallimard, 1997, vol. 1 n° 1, p. 351.
  • [28]
    Hans Speier, “Historical Development of Public Opinion”, American Journal of Sociology, vol. 55, n° 4, janvier 1950, p. 376. Cité par Loïc Blondiaux, La Fabrique de l’opinion. Une histoire sociale des sondages, Paris, Éditions du Seuil, 1998, p. 41.
  • [29]
    Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, op. cit., cinquième partie, Lettre III à milord Édouard.
  • [30]
    Voltaire, Lettre à M. de la Chalotais, 28 février 1763, cité par Claude Rivals, Michel Eliard et Jacques Thome, « La Révolution et l’école. La question de l’écolage au xviiie siècle. Obscurité et “Lumières” avant 1789 », Les dossiers de l’éducation, IV,nº 14-15, 1988, p. 116.
  • [31]
    Voltaire, Œuvres complètes de Voltaire, Volume 10, Partie 2, Correspondance générale, Paris, Éditions Th. Desoer, 1817, p. 1028.
  • [32]
    Patrick Champagne, Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique, Paris, Éditions de Minuit, 1990, p. 46.
  • [33]
    Ibid., p. 47.
  • [34]
    Blaise Pascal, Pensées, édition de Michel le Guern, Paris, Gallimard, 1977, fragment 561, p. 368.
  • [35]
    Cyril Lemieux, Mauvaise presse . Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques, Paris, Éditions Métaillé, 2000, p. 35.
  • [36]
    Cf. Jürgen Habermas, L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1993, p. 38.
  • [37]
    Cf. Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières ?, in Jacqueline Laffitte et al., Kant. Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique – Réponse à la question : « Qu’est-ce que les Lumières ? », Paris, Nathan, « Les Intégrales de Philo », 1994, p. 69.
  • [38]
    Jean-Yves Mollier, « La police de l’esprit au xixe siècle », conférence à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm à Paris, 14 février 2011.
  • [39]
    Patrick Champagne, op. cit., p. 53-54.
  • [40]
    Ibid., p. 56.
  • [41]
    Cf. Elisabeth Noëlle-Neumann, The Spiral of Silence, op. cit., p. 221.
  • [42]
    La notion de fonction désigne de façon générale en sociologie « la contribution d’une institution sociale au maintien du système au sein duquel elle est en interaction avec d’autres » (Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui, et Bernard-Pierre Lécuyer (dir.), Dictionnaire de sociologie, Paris, Larousse, 2005, p. 101). Robert Merton, qui veut en finir avec la confusion entre « motifs et fonctions », emprunte pour cela deux termes au vocabulaire freudien, « manifeste » et « latent », pour les appliquer aux fonctions : « Les fonctions manifestes sont les conséquences objectives qui contribuent à l’ajustement ou à l’adaptation du système, sont comprises et voulues par les participants du système. […] Les fonctions latentes sont celles qui ne sont ni comprises, ni voulues » (Robert Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Paris, Plon, 1965, p. 102). Les fonctions manifestes correspondent plutôt à la satisfaction de désirs, les fonctions latentes correspondent plutôt à des exigences fonctionnelles d’origine sociale.
  • [43]
    Mona Ozouf, « Le concept d’opinion publique au xviiie siècle », op. cit., p. 360.
  • [44]
    Cf. Thomas Hobbes, Léviathan, Paris, Gallimard, « Folio », 2000, chap. 13.
  • [45]
    Cf. Pierre Bourdieu, « L’opinion publique n’existe pas », in Questions de sociologie, Paris, Minuit, coll. « Le Sens commun », 1980, p. 222. Au sujet du sondage d’opinion, il écrit : « sa fonction la plus importante consiste peut-être à imposer l’illusion qu’il existe une opinion publique […]. On sait que tout exercice de la force s’accompagne d’un discours visant à légitimer la force de celui qui l’exerce […]. Tel est l’effet fondamental de l’enquête d’opinion : constituer l’idée qu’il existe une opinion publique unanime, donc légitimer une politique et renforcer les rapports de force qui la fondent ou la rendent possible ».
  • [46]
    Emmanuel-Joseph Sieyès, « Sur l’organisation du pouvoir législatif et la sanction royale », in Les orateurs de la Révolution française, Paris, La Pléiade, 1989, p. 1026-1027.
  • [47]
    Jacques Rancière, La haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2005, p. 60.
  • [48]
    Cf. Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Champs Flammarion, 1997, p. 11 : « Les démocraties contemporaines sont issues d’une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie. L’usage nomme “démocraties représentatives” les régimes démocratiques actuels. […] Or, ces institutions n’ont nullement été perçues, à leurs débuts, comme une variété de la démocratie ou une forme de gouvernement par le peuple ».
  • [49]
    Cf. Pierre Rosanvallon, « L’universalisme démocratique : histoire et problèmes », La Vie des idées, 17 décembre 2007.
  • [50]
    Gérard David, Cornelius Castoriadis. Le projet d’autonomie, Paris, Michalon, 2000, p. 149.
  • [51]
    Cornelius Castoriadis, « Quelle démocratie ? », in Les Carrefours du labyrinthe VI, Paris, Seuil, 1999, p. 186 : « Dans ces sociétés [occidentales contemporaines] tout philosophe politique des temps classiques aurait reconnu des régimes d’oligarchie libérale : oligarchie, car une couche définie domine la société ; libérale, car cette couche laisse aux citoyens un certain nombre de libertés négatives ou défensives ».
  • [52]
    Bruno Latour, « Préface : Le fantôme de l’esprit public. Des illusions de la démocratie aux réalités de ses apparitions », in Walter Lippmann, Le public fantôme, Paris, Éditions Demopolis, 2008, p. 29.
  • [53]
    Ibid., p. 30. Ce souci de ne pas culpabiliser l’homme en regard d’un idéal politique inaccessible nous évoque la critique montanienne de la conception classique de la sagesse : « [B] L’humaine sagesse n’arriva jamais aux devoirs qu’elle s’estoit elle mesme prescrit […]. [C] L’homme s’ordonne à soy mesme d’estre necessairement en faute. Il n’est guiere fin de tailler son obligation à la raison d’un autre estre que le sien. A qui prescript il ce qu’il s’attend que personne ne face ? » (Michel de Montaigne, op. cit., III, ix, p. 990-991). S’accepter homme, ne pas chercher à s’échapper de soi vers un idéal illusoire, tel est le premier pas vers la sagesse véritable. Ce peut être aussi le premier pas vers une conception plus réaliste du pouvoir du peuple dans un régime nécessairement oligarchique.
  • [54]
    Cf. Leon Festinger, Henry W. Riecken, Stanley Schachter, L’échec d’une prophétie, Paris, PUF, 1993.
  • [55]
    Leon Festinger, A Theory of Cognitive Dissonance, Stanford, CA, Stanford University Press, 1957, p. 9. Cité par David Vaidis et Séverine Halimi-Falkowicz, « La théorie de la dissonance cognitive : une théorie âgée d’un demi-siècle », Revue électronique de Psychologie Sociale, n° 1, 2007, p. 9-18.
  • [56]
    Cf. David Vaidis et Séverine Halimi-Falkowicz, art. cit.: « Selon Festinger (1957), les individus ajusteraient a posteriori leurs opinions, croyances et idéologies au comportement qu’ils viennent de réaliser. Ainsi, si habituellement, nous nous attendons à ce que l’Homme soit un être rationnel qui agit sur la base de ses convictions, ici le lien est inversé : l’Homme justifie après coup son comportement en ajustant ses convictions à ce comportement, en « animal rationalisant » selon Elliot Aronson (1972) ». Ce qui vaut pour les comportements vaut aussi pour les perceptions ou les idées qui viennent heurter nos convictions.
  • [57]
    Cf. Alain Cotta, op. cit., p. 7: « L’oligarchie est le mode naturel, obligé, du gouvernement de toutes les communautés humaines organisées. De la famille à la nation, de l’entreprise aux religions, leurs règles, codes et rites, leur évolution obéissent aux décisions d’un petit nombre, de quelques-uns qui s’imposent à tous les autres ».
  • [58]
    Raymond Aron, Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard, « Idées », 1965, p. 134.
  • [59]
    Alain, op. cit., p. 214.
  • [60]
    Robert Michels, Les Partis politiques : essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Paris, Ernest Flammarion, 1914, p. 301.
  • [61]
    Henri Laborit, Éloge de la fuite, Paris, Gallimard, 1998, p. 139.
  • [62]
    Jacques Rancière, op. cit., p. 79-80.
  • [63]
    Ibid., p. 105.
  • [64]
    La démocratie (à l’échelle collective), comme la liberté (à l’échelle individuelle), n’est jamais un état ; c’est un mouvement, un effort, une tension, une résistance. Autrement dit, on ne peut jamais se dire « libre » ou « en démocratie », car la nécessité nous pousse à tout instant dans ses déterminations multiples et la servitude. L’homme ne se libère – relativement – de la nécessité et ne se possède lui-même que par l’exercice continu de son jugement, mouvement de l’esprit, mais aussi de tout le corps, selon la leçon de Montaigne qui y voit une « vigilance sensuelle » (Jean Starobinski, Montaigne en mouvement, Paris, Gallimard, 1982, p. 266) ; les hommes en société ne se libèrent – relativement – de la nécessité oligarchique que par un travail de vigilance permanent.
  • [65]
    Hervé Kempf, L’oligarchie , ça suffit, vive la démocratie, Paris, Seuil, 2011, p. 9.
  • [66]
    Alain Cotta, invité du « Grand Témoin » sur Radio-Notre-Dame, 14 février 2011.
  • [67]
    Hervé Kempf, op. cit., p. 114.
  • [68]
    Étienne Chouard, « Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l’oligarchie », conférence à Marseille le 23 avril 2011.
  • [69]
    Cf. George Orwell, 1984, Paris, Gallimard, 1950, « Les principes du novlangue », p. 395-396 : « Le but du novlangue était, non seulement de fournir un mode d’expression aux idées générales et aux habitudes mentales des dévots de l’angsoc, mais de rendre impossible tout autre mode de pensée. Il était entendu que lorsque le novlangue serait une fois pour toutes adopté et que l’ancilangue serait oublié, une idée hérétique – c’est-à-dire une idée s’écartant des principes de l’angsoc – serait littéralement impensable, du moins dans la mesure où la pensée dépend des mots ».
  • [70]
    Sur l’origine de cette confusion, voir Francis Dupuis-Déri, Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France, Montréal, Lux Éditeur, 2013, p. 13 : « le renversement de sens [du mot démocratie] a été effectué consciemment par les élites aux États-Unis vers 1830 et en France en 1848 », à mesure que son usage positif laissait entrevoir son « pouvoir de séduction en période électorale » ; c’est dire que les acteurs politiques étaient parfaitement « conscients qu’ils manipulaient le vocabulaire à des fins politiques » (p. 19).
  • [71]
    Saint Augustin, Confessions, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, xi, 14, p. 264.
  • [72]
    Ivan Jablonka, « Sommes-nous représentés ? Interview de Loïc Blondiaux », La Vie des idées, 6 janvier 2012.
  • [73]
    Cf. Christophe Deloire et Christophe Dubois, Circus Politicus, Paris, Albin Michel, 2012.
  • [74]
    Cf. Blaise Pascal, op. cit., fragment 117, p. 110 : « La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Mais qu’est-ce que nature ? Pourquoi la coutume n’est-elle pas naturelle ? J’ai grand peur que cette nature ne soit elle-même qu’une première coutume, comme la coutume est une seconde nature ».
  • [75]
    Cf. Pierre Lévy, Cyberdémocratie, Paris, Éditions Odile Jacob, 2002, p. 125 : « Selon une étude citée par Mind Share, “indépendamment de leur statut sexuel, économique et social, les utilisateurs d’Internet votent plus, sont mieux informés, se sentent une meilleure capacité d’action sur le monde qui les entoure et nourrissent plus de confiance dans le processus démocratique que ceux qui n’utilisent pas Internet” ».
  • [76]
    Jacques Julliard, La reine du monde. Essai sur la démocratie d’opinion, Paris, Flammarion, 2008, p. 16.
  • [77]
    Dominique Rousseau (dir.), La démocratie continue, Paris, LGDJ-Bruylant, 1995. Actes du colloque de Montpellier organisé par le CERCOP avec le parrainage de l’Association française de Science politique, 2-4 avril 1992, p. 25.
  • [78]
    Pierre Rosanvallon, La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Paris, Seuil, 2006, p. 15 et 30.
  • [79]
    Dominique Rousseau, op. cit., p. 16.
  • [80]
    Cité par Lucien Jaume, Le discours jacobin et la démocratie, Paris, Fayard, 1989, p. 197.
  • [81]
    Nicolas Grimaldi, La jalousie. Étude sur l’imaginaire proustien, Arles, Actes Sud, 1993, p. 34.
  • [82]
    Ibid., p. 36-37.
  • [83]
    Pierre Rosanvallon, op. cit., p. 108.
  • [84]
    Adolphe Granier de Cassagnac, L’Empereur et la Démocratie moderne, Paris, E. Dentu, 1860, p. 21.
  • [85]
    Geoffrey Geuens, Tous pouvoirs confondus. État, Capital et Médias à l’ère de la mondialisation,Anvers, Éditions EPO, 2003, p. 269.
  • [86]
    Cf. Marianne,n° 209 du 23 avril 2001. L’hebdomadaire avait publié un sondage effectué auprès de journalistes sur l’idée qu’ils se faisaient de leur métier ; 69 % d’entre eux avaient répondu, certes, qu’ils se sentaient indépendants du pouvoir politique, mais 63 % qu’ils ne se sentaient pas indépendants du pouvoir économique.
  • [87]
    Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Paris, Liber-Raisons d’Agir, 1997.
  • [88]
    Cf. Hervé Kempf, op. cit., p. 99-100.
  • [89]
    Le 24 janvier 2007, le journaliste Laurent Bazin annonce la fermeture de son blog, qu’il avait ouvert à peine trois mois plus tôt. Celui-ci avait pour ambition d’être un lieu de liberté de parole, de transparence, et d’échange avec les internautes. L’entreprise a déplu à ses « confrères », et s’est avérée « impossible » à poursuivre sans risquer de mettre en péril sa carrière ; dans son dernier billet, il explique : « on est toujours en connivence avec quelqu’un… on se retient toujours de livrer une information dont on ne se priverait pas si il s’agissait d’un inconnu. Tant que l’on est salarié, que l’on travaille avec une équipe, toute vérité n’est pas bonne à dire ». URL : http://canalplusblog.typepad.com/bazin/2007/01/voil_cest_dj_fi.html
  • [90]
    Le dernier mercredi de chaque mois, les membres du Siècle se réunissent à l’Automobile Club de France, hôtel de Crillon, place de la Concorde, dans le VIIIe arrondissement de Paris. S’y côtoient des personnalités politiques et du monde des affaires, des journalistes, des hauts-fonctionnaires, des syndicalistes, des universitaires.
  • [91]
    Hervé Kempf, op. cit., p. 101.
  • [92]
    Parmi les facteurs qui contribuent à forger un regard homogène et uniforme sur l’actualité, il y a d’abord une vision du monde consubstantielle à l’activité journalistique : « La structure du champ journalistique exerce […] une triple contrainte, qui est de fait une triple censure : contrainte proprement structurale de l’événementialité comme catégorie discriminante […] ; contrainte formelle du formatage médiatique (faire bref et rapide pour répondre aux attentes des médias) ; contrainte sémantique, portant à la simplification, au stéréotype et à la redondance, c’est-à-dire à la conformité avec l’ordre de ce qui, à force d’être répété dans le discours social, prend de facto le statut d’une vérité reçue » (Pascal Durand (dir.), Médias et censure. Figures de l’orthodoxie, Liège, Les Éditions de l’Université de Liège, 2004, p. 11-13). Dans un court laps de temps, ou dans un espace très limité, un journaliste ne peut pas réellement faire comprendre une situation (quelle que soit sa bonne volonté), et il ne peut que très difficilement sortir des idées déjà reçues ; pour être compris par tous, il ne doit pas s’écarter de trop de la doxa médiatique, sous peine de passer pour un fou (cf. Noam Chomsky, Deux heures de lucidité. Entretiens de Noam Chomsky avec Denis Robert et Weronika Zarachowicz, Paris, Éditions des Arènes, 2001, « Les médias », p. 160). Ainsi, sans que personne n’ait eu à en décider, mais du simple fait des impératifs de l’audimat et donc de la concision (le rythme rapide et la concision des propos sont requis pour garder le téléspectateur en éveil et donc fidèle), tout discours télévisé tend à n’être que la confirmation d’une idée reçue, que l’éternel retour du même.
  • [93]
    Sur ces différentes critiques, lire Philippe Merlant et Luc Chatel, Médias : la faillite d’un contre-pouvoir, Paris, Fayard, 2009.
  • [94]
    Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie, Paris, Flammarion, 2007, p. 168-169.
  • [95]
    Neil Postman, op. cit., p. 80.
  • [96]
    Ibid., p. 93.
  • [97]
    Jack Goody, La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Paris, Éditions de Minuit, 1979, p. 246.
  • [98]
    Ibid., p. 57.
  • [99]
    Ibid., p. 50.
  • [100]
    Ibid., p. 86.
  • [101]
    Ibid., p. 87.
  • [102]
    Ibid., p. 97.
  • [103]
    Ibid., p. 105.
  • [104]
    Neil Postman, op. cit., p. 112.
  • [105]
    Ibid., p. 115-116.
  • [106]
    Ibid., p. 118.
  • [107]
    Ibid., p. 162-163.
  • [108]
    Cité par Neil Postman, op. cit., p. 164.
  • [109]
    Cf. Deloitte, « L’Observatoire International des usages et interactions des médias », avril 2011. Cette étude, réalisée dans sept pays (Brésil, États-Unis, Canada, France, Allemagne, Japon, Grande-Bretagne), montre que « la télévision reste le média préféré par les personnes interrogées dans tous les pays étudiés » (p. 6).
  • [110]
    Neil Postman, op. cit., p. 14.
  • [111]
    Ibid., p. 165.
  • [112]
    Ibid., p. 206.
  • [113]
    Cité par Neil Postman, op. cit., p. 167.
  • [114]
    Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, Paris, Plon, « Pocket Jeunesse », 1994, p. 80.
  • [115]
    Al Gore, La raison assiégée, Paris, Seuil, 2008, p. 21.
  • [116]
    Cf. Michel Desmurget, TV Lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision, Paris, Max Milo Éditions, 2011 : la télévision, en raison notamment de sa nature non interactive, exerce une influence néfaste sur le développement intellectuel, l’attention, l’imagination, la créativité, etc. Cf. aussi Robert Kubey et Mihaly Csikszentmihalyi, “Television Addiction is not Mere Metaphor”, Scientific American, février 2002 : la consommation télévisuelle à haute dose renvoie fréquemment à un comportement de dépendance psychique et physique ; le sujet ne peut pas se passer de regarder l’écran, sous peine d’une sensation de vif malaise, quand bien même cette activité ne lui apporte qu’un bénéfice très éphémère. Le rythme qu’impose la télévision au cerveau le surmène et le neutralise : incapable de concentration après coup, il ne reçoit guère d’informations précises, mais ne conserve que de vagues souvenirs.
  • [117]
    Cf. Épicure, Lettres et maximes, Paris, Librio, 2000, « Lettre à Ménécée sur le bonheur », p. 14 : « nous ne recherchons pas tout plaisir, et il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs, savoir lorsqu’ils doivent avoir pour suite des peines qui les surpassent ; et, d’autre part, il y a des douleurs que nous estimons valoir mieux que des plaisirs, savoir lorsque, après avoir longtemps supporté les douleurs, il doit résulter de là pour nous un plaisir qui les surpasse ».
  • [118]
    Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1961, chap. 22 : « Points de vue du développement et de la régression. Étiologie », p. 336. Voir aussi Sigmund Freud, « Au-delà du principe de plaisir », in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968, p. 9-10.
  • [119]
    Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières ?, op. cit., p. 67.
  • [120]
    Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète et autres lettres, Paris, GF-Flammarion, 1994, p. 76.
  • [121]
    Cf. Platon, La République, Paris, GF Flammarion, 1966, VII, 514a-517b, p. 273-275.
  • [122]
    Karl Popper, « Une loi pour la télévision », in Karl Popper et John Condry, La télévision : un danger pour la démocratie, Paris, Anatolia, 1994, p. 35-36.
  • [123]
    Cf. Régis Bigot et Patricia Croutte, « La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française », rapport réalisé à la demande du Conseil Général de l’Économie, de l’Industrie, de l’Énergie et des Technologies (Ministère de l’Économie et des Finances), et de l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes, Crédoc, juin 2012, p. 112 et 114 : « S’agissant du média permettant de mieux suivre l’actualité, la télévision arrive en tête des suffrages avec 58 % des réponses. Internet se classe en seconde position (16 % des réponses), devant la radio (13 %) et la presse écrite (12 %). […] S’agissant du média permettant de mieux comprendre l’actualité, la télévision arrive également en tête avec 51 % des citations, devant la presse écrite (21 %). Internet attire 16 % des réponses, devançant la radio (10 %) et les livres (2 %) ».
  • [124]
    Neil Postman, op. cit., p. 163.
  • [125]
    Cf. Bernard Poulet, La fin des journaux et l’avenir de l’information, Paris, Gallimard, 2011, p. 110-111, 122-123, 127-128 et 130.
  • [126]
    Elle est d’ailleurs devenue, du fait de ses qualités intrinsèques, le vecteur privilégié du conditionnement des esprits par le storytelling(cf. Christian Salmon, Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Paris, La Découverte, 2007). Cette forme de propagande, au lieu de faire appel à l’argumentation rationnelle, privilégie une histoire exemplaire, qui permet à l’individu de s’identifier et de rêver. Elle vise à « substituer à l’assemblée délibérative des citoyens une audience captive », et s’avère d’autant plus pernicieuse que, dans notre civilisation abreuvée de divertissements, elle passe largement inaperçue, se mêlant imperceptiblement à « l’esprit du temps » (p. 131). Elle est devenue « la clé de la conquête du pouvoir et de son exercice dans des sociétés hypermédiatisées », où « ce n’est plus la pertinence qui donne à la parole publique son efficacité, mais la plausibilité, la capacité à emporter l’adhésion, à séduire, à tromper » (p. 137).
  • [127]
    Cf. Yves Charles Zarka, « Démocratie et pouvoir médiatique », Cités 10, L’utilitarisme aujourd’hui. Le bonheur sous contrôle ?, Paris, PUF, 2002, p. 119-129.
  • [128]
    Cf. Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal. Essai sur la civilisation libérale, Paris, Climats, 2007, p. 176 : « Les mécanismes d’emprise « patriarcaux » (ceux qui miment l’autorité paternelle, dans sa fonction de tiers séparateur) peuvent, en général, être perçus sans difficulté par l’ensemble des protagonistes. […] Les formes d’emprise « matriarcales » […] sont, en revanche, incomparablement plus difficiles à percevoir et à nommer comme telles, aussi bien par celles et ceux qui les subissent, que par celles et ceux qui les exercent ». L’emprise des médias nous semble rentrer dans cette seconde catégorie, dont Michéa nous permet d’appréhender le surgissement : « La logique libérale […] implique objectivement la destitution de tous les montages normatifs construits en référence explicite à une loi symbolique, au profit des seuls dispositifs « axiologiquement neutres » du Marché et du Droit. Elle se trouve, de ce fait, condamnée à induire, en retour, le développement sauvage de nouveaux montages normatifs prioritairement ancrés, cette fois-ci, dans l’imaginaire des sujets, c’est-à-dire directement régis par l’inconscient lui-même» (p. 177-178). Dans notre perspective, nous pourrions dire que la logique libérale a ruiné les anciens clergés « patriarcaux », clairement identifiés, pour y substituer, par une ironie de l’histoire, un clergé « matriarcal » sauvage, manifestation de l’inconscient de la société moderne elle-même.
  • [129]
    Régis Debray, L’emprise, Paris, Gallimard, 2000, p. 45-46.
  • [130]
    Ibid., p. 39.
  • [131]
    Ibid., p. 37 .
  • [132]
    Entretien avec Régis Debray : « Les politiques sont les domestiques des journalistes », La Revue Médias,n° 5, juin 2005.
  • [133]
    Cf. Walter Lippmann, Public Opinion, New York, MacMillan, 1922.
  • [134]
    Cf. Michel de Montaigne, op. cit., II, XII, p. 476 : « [A] Les ames des Empereurs et des savatiers sont jettees à mesme moule. […] La mesme raison qui nous fait tanser avec un voisin, dresse entre les Princes une guerre ; la mesme raison qui nous faict foïter un lacquais, tombant en un Roy, lui fait ruiner une Province. [B] Ils veulent aussi legierement que nous, mais ils peuvent plus. [A] Pareils appetits agitent un ciron et un elephant ». De même, le cobaye de Solomon Asch et le journaliste d’un grand média sont soumis à la même pression du groupe, mais alors que dans le premier cas la pression n’entrave qu’un simple individu dans son environnement immédiat, dans le second elle influe sur le comportement de tout un public, souvent dispersé sur un vaste territoire.
  • [135]
    Cf. Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste communiste, tome I, Paris, George Bellais, 1901, p. 51 : « Les idées dominantes d’un temps n’ont jamais été que les idées de la classe dominante ».
  • [136]
    Cf. Judith Lazar, op. cit., p. 93 : « L’ignorance pluraliste renvoie à une situation où les membres d’un public ignorent massivement leur accord (tacite) sur une question. Dans ce cas une impression (fausse) de l’opposition publique, peut empêcher les gens d’exprimer publiquement leur opinion réelle ».
  • [137]
    Michel de Montaigne, op. cit., II, xii, A, p. 559.
  • [138]
    Ibid., III, xiii, B, p. 1068.
  • [139]
    Ibid., II, xii, B, p. 559.
  • [140]
    Ibid., II, xii, C, p. 559.
  • [141]
    Dans une note de l’essai II, xii, à la page 512, Pierre Villey nous apprend que les éditions parues du vivant de Montaigne ajoutent cette remarque : « car il n’est pas deffendu de faire nostre profit de la mensonge mesme, s’il est besoing ». Montaigne défend l’utilisation du mensonge, si celui-ci permet de contraindre les hommes dans la pratique de leur devoir. Cette indulgence vis-à-vis d’un des vices qu’il dit avoir le plus en horreur s’explique par le contexte troublé des guerres de religion et la nécessité vitale de trouver des moyens d’apaisement.
  • [142]
    Ibid., II, xii, A, p. 559.
  • [143]
    Peter Godman, Histoire secrète de l’Inquisition. De Paul III à Jean-Paul II, Paris, Perrin, 2007, p. 54.
  • [144]
    Ibid., p. 46.
  • [145]
    Cité par Peter Godman, op. cit., p. 61. Nicolau Eymerich était l’inquisiteur général d’Aragon et rédigea son Manuel des inquisiteurs en 1376. C’est en 1578 que parut pour la première fois l’édition révisée par Peña (p. 34).
  • [146]
    Ainsi, le 17 septembre 2009 sur France Info, Frédéric Taddeï, qui a invité deux jours auparavant dans son émission « Ce soir ou jamais » sur France 3 le cinéaste Mathieu Kassovitz, lequel a fait part de ses doutes sur la « version officielle » du 11-Septembre, est sommé par Nicolas Poincaré de dire publiquement s’il partage ou non les doutes de son invité ; l’animateur préfère garder sa neutralité. Le journaliste lui lance alors, pour conclure l’interview : « Merci Frédéric Taddeï, même si vous n’avez pas voulu nous dire le fond de votre pensée, moi j’avais l’impression en vous regardant un peu, que vous aviez l’air un peu d’accord avec Mathieu Kassovitz, mais c’est votre droit de ne pas nous le répéter ». Cette réplique évoque l’attitude de l’inquisiteur, qui scrute la gestuelle de l’accusé – rusé et fourbe – pour y deviner la présence du malin : « Le serpent est omniprésent. On peut le deviner dans le regard fuyant de l’accusé, dans son pas traînant, dans ses halètements de peur et ses toussotements d’angoisse » (Peter Godman, op. cit., p. 50).
  • [147]
    Jean Bodin, Demonomanie, vers la fin, cité par Pierre Villey, op. cit., p. 362.
  • [148]
    Dans son traité Des monstres, il affirme que nul ne peut nier l’existence des sorciers « car cela se preuve par authorité de plusieurs docteurs & expositeurs tant vieux que modernes […]. D’avantage l’experience & la raison nous contraignent le confesser : parce que les loix ont estably des peines contre telles manieres de gens. Or on ne fait point de loy d’une chose qui jamais ne fut veuë, ny cognuë » (cité par Pierre Villey, op. cit., p. 362).
  • [149]
    Michel de Montaigne, op. cit., III, xi, B, p. 1031.
  • [150]
    Cf. Jean Grenier, Essai sur l’esprit d’orthodoxie, Paris, Gallimard, « Essais », n° 5, 1938, p. 15-16. Toute orthodoxie réclame que l’on se range « à l’avis soit d’une majorité, soit d’un chef, et, une fois que cette majorité ou ce chef se sont prononcés », que l’on s’y soumette, « sous peine d’être bannis de la société. […] Or les deux causes les plus aiguës de souffrance sont incontestablement la solitude dans la Nature et la solitude dans la société. Échapper à l’isolement est le premier besoin de l’homme ».
  • [151]
    Régis Debray, op. cit., p. 50.
  • [152]
    Laurent Joffrin, « Régis Debray et les “curés médiatiques” », Le Nouvel Observateur, 10 avril 2000. Debray n’a en réalité jamais parlé de « dictature médiatique », où tous les médias diraient exactement la même chose. Il a, au contraire, décrit un clergé « pas hiérarchisé, […] pas vertical, […] pas dogmatique », inapte à produire une unanimité parfaite : « Plus que de direction d’opinion, je parlerais de climatisation, avec production d’un effet d’ambiance, d’une atmosphère créant au sommet une sorte de bulle intellectuelle et morale, assez aveuglante au demeurant pour ceux qui vivent dedans » (Régis Debray, La Revue Médias, n° 5, art. cit.).
  • [153]
    Cf. Pierre Hadot, La citadelle intérieure. Introduction aux Pensées de Marc Aurèle, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1997, p. 103 : « L’exercice de la discipline du désir consistera donc à […] ne plus désirer que ce qui dépend de nous, c’est-à-dire le bien moral […]. Ce qui ne dépend pas de nous doit être considéré comme indifférent, ce qui signifie qu’il ne faut pas y introduire de préférence, mais l’accepter comme voulu par la volonté de la Nature universelle ». Si le clergé est une nécessité pour la survie de toute société, il n’est guère question, si l’on est sage, d’en contester l’existence, mais d’apprécier sa place dans l’ordre naturel. Le clergé et la critique qu’il suscite sont, en vérité, tous deux naturels et nécessaires.
  • [154]
    Cf. Laurent Joffrin, art. cit. Le journaliste conteste que, « sur la plupart des sujets, Le Figaro et Le Monde disent la même chose, que Le Point et L’Obs sont d’accord sur tout, que TF1 et France 2 font le même journal, etc. »
  • [155]
    Denis Jeambar, François Bordes et Stanislas Kraland, Huit journalistes en colère, Arte France, Doc en stock, France, 2009, 26 min.
  • [156]
    Sigmund Freud, « Une difficulté de la psychanalyse », in Œuvres complètes, vol. 15, Paris, PUF, 1996, p. 48.
  • [157]
    Cf. Régis Debray, op. cit., p. 69-70 : « À l’image vexatoire […] que lui renvoient ses imprécateurs […], le journaliste oppose volontiers son modèle intérieur, l’« idéal du moi » de la légende. […] Comment se verrait-il, ce mixte de Rouletabille et de Robin des Bois – moitié Albert Londres moitié Woodward-Bernstein – en sentinelle du préjugé et portier d’orthodoxie ? Cela irait contre son vœu […]. Mais depuis quand fait-on ce qu’on veut, ici-bas ? »
  • [158]
    Yves Charles Zarka, « Démocratie et pouvoir médiatique », op. cit., p. 128-129 : « Je crois qu’on peut très bien concevoir un fonctionnement des médias qui les ramène à leur vocation initiale de communication, d’information et de critique de la vie publique. […] Or les médias deviennent un pouvoir lorsqu’ils se détournent de cette vocation initiale […]. Pour empêcher les médias de parvenir à des conséquences funestes sur la démocratie, il faut qu’une réflexion collective et un débat public puissent s’ouvrir. Il est possible de concevoir des solutions constitutionnelles, juridiques et législatives susceptibles de ramener les médias à leur véritable vocation ». L’auteur remarque cependant que « la moindre remise en cause de ce pouvoir sans limites est immédiatement stigmatisée comme relevant d’un esprit de dictature, anti-démocratique et liberticide » ; c’est qu’on ne critique pas impunément un clergé, une telle action est sacrilège. D’où la faible probabilité d’un débat public pour le réformer, qui, de fait, ne se produit pas.
  • [159]
    Michel de Montaigne, op. cit., III, viii, B, p. 933.
  • [160]
    Ainsi, aux États-Unis, où la religion est prégnante, les médias, en dépit de leur conformisme, apparaissent-ils moins dogmatiques qu’en France ; ici, la faiblesse de la religion va de pair avec la sacralisation de l’information, alors que là-bas, « la mise en crise du consensuel par l’information ne saurait avoir d’incidence majeure sur le consensus social, tant ce dernier est fort, ancré qu’il est dans le monothéisme (neuf Américains sur dix déclarent croire en Dieu et deux sur trois se disent affiliés à une Église) » (Régis Debray, op. cit., p. 74).
  • [161]
    Cf. Régis Debray, Dieu, un itinéraire, Paris, Odile Jacob, 2001, p. 370 : « tout entre-soi suppose un au-dessus ; et quand le niveau meta s’affaisse, l’inter se disloque ».
  • [162]
    Cf. Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, Paris, GF Flammarion, 1992, p. 44 : « S’irriter en effet contre quelque événement que ce soit, est se développer en dehors de la nature, en qui sont contenues, en tant que parties, les natures de chacun de tout le reste des êtres ».

L’opinion publique est une notion contestée et difficilement saisissable. Contestée car elle ne présente aucune définition scientifiquement acceptée, qui fasse l’unanimité. Difficilement saisissable car, en dépit de sa grande familiarité, elle échappe fondamentalement à toute prise. En effet, le sondage, qui, seul, permet une prise instantanée et simple de l’opinion, ne saurait en aucune manière être confondu avec l’opinion publique elle-même en tant que processus social temporel et complexe. L’objet de notre étude nous place ainsi d’emblée dans une situation d’inconfort : difficilement cernable, ambigu, il paraît échapper à tout consensus. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant d’avoir vu les définitions de ce concept flou se multiplier comme des herbes folles. Harwood Childs, professeur à Princeton, collecta en 1965 pas moins de cinquante définitions. Selon la sociologue Elisabeth Noëlle-Neumann, cette foule de définitions disparates pourrait néanmoins se ramener à deux grandes conceptions de l’opinion publique : l’opinion publique comme rationalité et l’opinion publique comme contrôle social. Si la deuxième définition trouve sa source dans le xviiie siècle des Lumières et s’est imposée comme la conception classique de l’opinion publique, la première, plus ancienne, a longtemps été négligée, avant que Noëlle-Neumann n’en exhume les sources et n’en cerne les contours dans The Spiral of Silence. Nous allons présenter chacune de ces conceptions, qui nous seront utiles tout au long de notre étude…


Date de mise en ligne : 16/09/2025

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