XVII. Verba sonandi
- Par Pascal Quignard
Pages 249 à 256
Citer ce chapitre
- QUIGNARD, Pascal,
- CALLE-GRUBER, Mireille
- et QUIGNARD, Pascal,
- Quignard, Pascal.
- Quignard, P.
- M. Calle-Gruber
- et P. Quignard
https://doi.org/10.3917/herm.calle.2023.01.0249
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- Quignard, P.
- M. Calle-Gruber
- et P. Quignard
- Quignard, Pascal.
- QUIGNARD, Pascal,
- CALLE-GRUBER, Mireille
- et QUIGNARD, Pascal,
https://doi.org/10.3917/herm.calle.2023.01.0249
Pour l’humanité le chant des oiseaux appartient au bonheur du monde.
Pour les oiseaux eux-mêmes.
Aux oreilles des chiens la voix des hommes vint consonner. Elles aussi se complurent. Au point qu’on a pu dire que les loups à la fin du paléolithique domestiquèrent peu à peu les hommes et les associèrent à leurs chasses, les convoquèrent par leurs abois et même les convainquirent de la forme sociale atroce des meutes, que les hommes finalement importèrent, avalisèrent, désolant le sol du monde.
Je vais tenter de faire sentir que dans la lignée chaotique il y a, avant le logos, un zootropisme sonore.
Il y a des mots infrachaotiques.
Ils ne s’ouvrent sur aucune signification.
Ils s’ouvrent sur leur propre ouvrir comme les œuvres d’art s’ouvrent sur leur propre chaos.
L’oiseau appelé coucou, cuculus canorus, dodu et gris, qui parasite les nids des passereaux, qui se met à sonner de façon bouleversante toutes les nuits d’avril, se dé-nomme moins qu’il ne s’ouvre sur son cri, qu’il relaie.
Ce cri « ku ku » s’agrippe dans toutes les langues qui ont été recensées.
Étranges trous noirs qu’on ne peut silhouetter dans la nuit où ils se révèlent. Qu’on ne peut même pas définir par la confection de leur nid – qu’ils se refusent à tisser ou à confectionner dans les branches des arbres. Qu’on ne peut mesurer que dans le battement de leur chant : toujours deux temps qui se redoublent. Les chants que j’évoque sont un peu plus que des signaux, même s’ils ne sont pas des signes…
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