Chapitre d’ouvrage

Artistes et déracinement : le cas de Mark Rothko

Pages 183 à 199

Citer ce chapitre


  • Cohen-Solal, A.
(2017). Artistes et déracinement : le cas de Mark Rothko. Dans
  • Sous la direction de P. Boucheron
Migrations, réfugiés, exil (p. 183-199). Odile Jacob. https://doi.org/10.3917/oj.bouch.2017.01.0183.

  • Cohen-Solal, Annie.
« Artistes et déracinement : le cas de Mark Rothko ». Migrations, réfugiés, exil, Odile Jacob, 2017. p.183-199. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/migrations-refugies-exil--9782738139894-page-183?lang=fr.

  • COHEN-SOLAL, Annie,
2017. Artistes et déracinement : le cas de Mark Rothko. In :
  • Sous la direction de BOUCHERON, Patrick,
Migrations, réfugiés, exil. Paris : Odile Jacob. Travaux du Collège de France, p.183-199. DOI : 10.3917/oj.bouch.2017.01.0183. URL : https://shs.cairn.info/migrations-refugies-exil--9782738139894-page-183?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/oj.bouch.2017.01.0183


Notes

  • [1]
    A. Schütz, L’Étranger, Paris, Allia, 2003, p. 38 ; titre original : The Stranger, Dordrecht, Kluwer Akademie Publishers, 1966, 1975.
  • [2]
    D. de Ménil, A Statement (1991), in D. de Ménil, The Rothko Chapel Writings on Art and the Threshold of the Divine, Houston (Tex.), Rothko Chapel Book/New Haven (Conn.), Yale University Press, 2010-2011, p. 18-19.
  • [3]
    A. Schütz, On Phenomenology and Social Relations, Chicago/Londres, The University of Chicago Press, 1967, p. 79-95, traduit et cité par Isaac Joseph dans Le Passant considérable. Essai sur la dispersion de l’espace public, Paris, Librairie des Méridiens, 1984, p. 67 : « L’étranger est un “social bègue”, obligé de traduire les schémas d’interprétation de la réalité au mot à mot, isolé de son savoir d’origine, toujours en bordure de la carte, à la limite du territoire qu’elle couvre. Il n’est jamais, dit Schütz, “au centre de son milieu”. »
  • [4]
    Mark Rothko, « Brève autobiographie », Écrits sur l’art : 1934-1969, Paris, Flammarion, 2005, p. 85-86.
  • [5]
    F. S. Jones, doyen de Yale College au président J. R. Angell, mai 1918, voir D. A. Oren, Joining the Club : A History of Jews and Yale, New Haven (Conn.), Yale University Press, 2000, p. 44.
  • [6]
    E. Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne, t. 2 : Les Relations en public, traduction de A. Accardo, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun », 1973, p. 62 ; texte original : The Presentation of Self in Everyday Life, New York, Anchor Books, 1959.
  • [7]
    E. Ross, Social Control, cité par E. Goffman dans La Mise en scène de la vie quotidienne, t. 2, op. cit., p. 21.
  • [8]
    Pour une analyse de l’influence de la religion protestante sur la situation sociale de l’artiste américain, voir les travaux de N. Harris, The Artist in American Society : The Formative Years, Chicago, The University of Chicago Press, 1982.
  • [9]
    J. Solman, « The easel division of the WPA federal art project », The New Deal Art Projects : An Anthology of Memoirs, Washington D.C., Francis V. O’Connor, 1972, p. 122.
  • [10]
    D. Arasse, « Le silence de Mark Rothko », Art Press, 1er décembre 1998 ; repris dans Anachroniques, Paris, Gallimard, 2011, p. 83-93.
  • [11]
    M. Rothko, La Réalité de l’artiste, Paris, Flammarion, 2004, p. 277.
  • [12]
    Ibid., p. 79.
  • [13]
    M. Rothko et A. Gottlieb, Le Portrait et l’Artiste moderne, émission radiophonique, WNYC, New York, 13 octobre 1943 ; repris dans Écrits sur l’art, op. cit., p. 79.
  • [14]
    Saint Augustin, Les Confessions, traduit par J. Trabucco, livre dixième, chapitre XL, Paris, Flammarion, 1999, p. 248.
  • [15]
    É. De Antonio et M. Tuchman, Painters Painting : A Candid History of the Modern Art Scene 1940-1970, New York, Abbeville Press, 1984, p. 39.
  • [16]
    C. Greenberg, « The present prospects of American painting and sculpture », publié dans Horizon, octobre 1947. Réimpression : C. Greenberg, Collected Essays and Criticism, vol. 2 : Arrogant Purpose : 1945-1949, édité par John O’Brian, Chicago et Londres, The University of Chicago Press, 1986, p. 160-170.
  • [17]
    Catalogue de l’exposition « American Modern Artists » au Riverside Museum.
  • [18]
    New York Times, 22 mai 1950.
  • [19]
    M. Pleynet et W. Rubin, Paris-New York. Situation de l’art, Paris, Chêne, 1978, p. 19.
  • [20]
    S. Preston, « Chiefly abstract », New York Times, 8 avril 1951.
  • [21]
    A. Cohen-Solal, Mark Rothko : Towards the Light in the Chapel, New Haven (Conn.), Yale University Press, coll. « Jewish Lives series », 2015, p. 182.
  • [22]
    M. Rothko, La Réalité de l’artiste, op. cit., p. 89-90.
  • [23]
    P. Cabanel, Juifs et protestants en France, les affinités électives, XVIe-XXIe siècle, Paris, Fayard, 2004.
  • [24]
    R. Motherwell, entretien avec Dominique de Ménil et Susan Barnes, 10 mai 1980, Houston (Tex.), Ménil Archives, The Ménil Collection.
  • [25]
    D. de Ménil, The Rothko Chapel Writings on Art and the Threshold of the Divine, op. cit., p. 151.
  • [26]
    D. de Ménil, « Inaugural address at the Rothko Chapel », 26 février 1971, ibid., p. 18-19.
  • [27]
    C. Lefort, introduction à Gordon S. Wood, La Création de la république américaine : 1776-1787, Paris, Belin, 1991, p. 27.
  • [28]
    M. Abélès, préface à Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Payot & Rivages, 2001, p. 18.
  • [29]
    Arjun Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis/Londres, University of Minnesota Press, « Public Worlds Series », vol. 2, 1996.
  • [30]
    P.-M. Menger, Le Travail créateur. S’accomplir dans l’incertain, Paris, Seuil/Gallimard, 2014.
  • [31]
    J.-P. Sartre, « Le séquestré de Venise », Situations IV, Paris, Gallimard, 1964, p. 305-319.
  • [32]
    Ibid., p. 306-307.
  • [33]
    Conférence à l’institut Pratt, 1958, in M. Rothko, Écrits sur l’art, op. cit., p. 195.
  • [34]
    A. Mbembe, Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée, Paris, La Découverte, 2010, 2013, p. 121-171.
  • [35]
    Ya-Han Chuang, Migrants chinois à Paris. Au-delà de l’« intégration » : la formation politique d’une minorité, thèse en sociologie soutenue à l’université Paris-IV-Sorbonne le 25 novembre 2015, p. 279. Ya-Han Chuang citée par S. Zappi in « Les Chinois face au racisme ordinaire à Paris », Le Monde, 5 octobre 2016.
  • [36]
    R. Moulin, J.-C. Passeron, D. Pasquier et F. Porto-Vazquez, Les Artistes, essai de morphologie sociale, Paris, La Documentation française, 1985, p. 34.

À New York, en septembre 1913, un enfant de 10 ans monte dans le train pour se rendre à Portland, dans l’Oregon : c’est l’ultime étape d’une odyssée qui a commencé plusieurs mois auparavant, à Dvinsk, dans l’Empire russe. Markus Rothkowitz est vêtu du traditionnel costume noir des écoles talmudiques de son pays et, autour du cou, il porte une pancarte sur laquelle on peut lire « I don’t speak English » (figure 1). Plus tard, dans une conversation avec Robert Motherwell, le peintre Mark Rothko évoquera le port de cette pancarte infamante comme l’une des expériences les plus traumatisantes de sa vie. Mais si, en Russie, il a échappé à la terreur des pogroms sauvages et aux risques de conscription forcée dans l’armée impériale, désormais aux États-Unis, il s’engage dans une expérience de déracinement beaucoup plus déroutante qu’il ne l’imaginait.
En 1942, toujours à New York, le sociologue viennois Alfred Schütz prononcera une conférence à la New School for Social Research où il est venu rejoindre d’autres universitaires européens en exil : « L’étranger ne considère pas du tout le modèle culturel [qu’on lui propose] comme un asile protecteur, explique-t-il, mais bien plutôt comme un labyrinthe dans lequel il a perdu tout sens de l’orientation. » Quinze ans après son arrivée aux États-Unis, Markus Rothkowitz sortira du labyrinthe grâce à sa décision de devenir artiste ; trente-sept ans plus tard, il inventera sa propre esthétique, avec des rectangles colorés flottant l’un sur l’autre ; quarante-cinq ans plus tard, il proposera un…


Date de mise en ligne : 28/10/2021

https://doi.org/10.3917/oj.bouch.2017.01.0183

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