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Savants réfugiés : comment, à Paris en 1938, la physique quantique devint visible à l’œil nu

Pages 161 à 182

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  • Balibar, S.
  • et Dosso, D.
(2017). Savants réfugiés : comment, à Paris en 1938, la physique quantique devint visible à l’œil nu. Dans
  • Sous la direction de P. Boucheron
Migrations, réfugiés, exil (p. 161-182). Odile Jacob. https://doi.org/10.3917/oj.bouch.2017.01.0161.

  • Balibar, Sébastien.
  • et al.
« Savants réfugiés : comment, à Paris en 1938, la physique quantique devint visible à l’œil nu ». Migrations, réfugiés, exil, Odile Jacob, 2017. p.161-182. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/migrations-refugies-exil--9782738139894-page-161?lang=fr.

  • BALIBAR, Sébastien
  • et DOSSO, Diane,
2017. Savants réfugiés : comment, à Paris en 1938, la physique quantique devint visible à l’œil nu. In :
  • Sous la direction de BOUCHERON, Patrick,
Migrations, réfugiés, exil. Paris : Odile Jacob. Travaux du Collège de France, p.161-182. DOI : 10.3917/oj.bouch.2017.01.0161. URL : https://shs.cairn.info/migrations-refugies-exil--9782738139894-page-161?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/oj.bouch.2017.01.0161


Notes

  • [1]
    J. C. McLennan, H. D. Smith et J. O. Wilhelm, « The scattering of light by liquid helium », The London, Edinburgh, and Dublin Philosophical Magazine and Journal of Science, vol. 14, 1932, p. 161.
  • [2]
    W. H. Keesom et A. P. Keesom, « On the heat conductivity of liquid helium », Physica, vol. 3, 1936, p. 359.
  • [3]
    J. F. Allen, R. Peierls et Z. Uddin, « Heat conduction in liquid helium », Nature, vol. 140, 1937, p. 62.
  • [4]
    W. H. Keesom et A. P. Keesom, « New measurements of the specific heat of liquid helium », Physica, vol. 2, n° 1, 1935, p. 557.
  • [5]
    P. Kapitza, « Viscosity of liquid helium below the λ-point », Nature, n° 141, 1938, p. 74.
  • [6]
    J. F. Allen et A. D. Misener, « Flow of liquid helium II », Nature, n° 141, 1938, p. 75.
  • [7]
    « … pour ses recherches sur la désintégration des éléments et la chimie des substances radioactives », Nomination Database, Nobelprize.org : https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/chemistry/laureates/1908.
  • [8]
    S. Balibar, « The discovery of superfluidity », Journal of Low Temperature Physics, n° 146, 2007, p. 441.
  • [9]
    À 31 ans, P. A. M. Dirac avait partagé le prix Nobel 1933 avec Erwin Schrödinger dont il avait généralisé l’équation au cas relativiste, prédisant ainsi l’existence de l’antimatière, et J. D. Cockcroft devait recevoir à son tour le Nobel de physique, en 1951, pour des expériences qui démontraient l’existence d’une équivalence entre masse et énergie, celle prédite par la relation E = mc2 d’Einstein. Kapitza avait, en effet, des amis compétents !
  • [10]
    En 1978, le prix Nobel de physique fut décerné pour moitié à P. L. Kapitza « pour ses inventions et ses découvertes élémentaires dans le domaine des physiques à basse température », Nomination Database, Nobelprize.org : https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/physics/laureates/1978/kapitsa-facts.html.
  • [11]
    A. Griffin, « Obituary : John Frank (Jack) Allen (1908-2001) », Nature, n° 411, 2001, p. 436.
  • [12]
    J. F. Allen et H. Jones, « New phenomena connected with heat flow in helium II », Nature, n° 141, 1938, p. 244.
  • [13]
    À partir de la densité du gaz et de la masse de ses atomes.
  • [14]
    K. Gavroglu, Fritz London. A Scientific Biography, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.
  • [15]
    Kurt A. G. Mendelssohn (1906-1980) et Franz E. (devenu Francis) Simon (1893-1956) étaient liés au philosophe Moses Mendelssohn, donc cousins de ses petits-enfants, les compositeurs Fanny et Felix Mendelssohn. Kurt Mendelssohn apporta à Oxford un petit liquéfacteur à hélium construit à Breslau par Franz Simon. Lors de son arrivée en Angleterre, il bénéficia lui aussi de la générosité des Imperial Chemical Industries de la famille Mond.
  • [16]
    Anciennement Miklós Mor Kürti dans sa Hongrie natale, puis devenu Nicolas Maurice Kurti lorsqu’il était étudiant à la Sorbonne (Paris, Ve).
  • [17]
    F. London et E. Bauer, La Théorie de l’observation en mécanique quantique, III, exposés de physique générale 775, Paris, Hermann & Cie, 1939.
  • [18]
    Pour cette thèse, London avait rassemblé ses travaux précédents sur la supraconductivité. Le 13 mars 1937, la soutenance fut considérée comme brillante par le jury, dont le président était Louis de Broglie et les examinateurs Eugène Bloch (spécialiste de physique quantique, directeur du laboratoire de physique de l’École normale supérieure) et Francis Perrin, qui travaillait à cette époque sur l’uranium au laboratoire de Fréderic Joliot-Curie, situé au Collège de France.
  • [19]
    L. Tisza, « Adventures of a theoretical physicist, part I : Europe », Physics in Perspectives, n° 11, 2009, p. 46-97 ; « Adventures of a theoretical physicist, part II : America », Physics in Perspectives, n° 11, 2009, p. 120-168.
  • [20]
    E. Teller, « Science and morality », Science, n° 280, 1998, p. 1200.
  • [21]
    L. Tisza, « Transport phenomena in helium II », Nature, n° 141, 1938, p. 913.
  • [22]
    U. Hossfeld et L. Olsson, « Nature and Hitler » : http://www.nature.com/nature/history/full/nature06242.html.
  • [23]
    L. Tisza, « Sur la supraconductivité thermique de l’hélium II et la statistique de Bose-Einstein » et « La viscosité de l’hélium liquide et la statistique de Bose-Einstein », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences (Paris), n° 207, 1938, p. 1035-1037 et p. 1186-1189.
  • [24]
    « … pour ses théories pionnières sur la matière condensée, en particulier l’hélium liquide », Nomination Database, Nobelprize.org : https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/physics/laureates/1962/landau-facts.html.
  • [25]
    Pour une étude détaillée, voir D. Dosso, Louis Rapkine (1904-1948) et la mobilisation scientifique de la France libre, thèse de doctorat, université Paris-VII.
  • [26]
    Lequel cessa son activité en 1935, à la mort de son fondateur, l’indianiste Sylvain Lévi.
  • [27]
    Lettre de Rapkine à ses amis Louis et Lyla Rasminsky, en anglais, 7 juillet 1936, fonds Louis Rapkine, correspondance personnelle, archives de l’Institut Pasteur.
  • [28]
    « La » CNRS résulte de la fusion de la Caisse nationale des sciences de 1930 et de la Caisse des recherches scientifiques de 1901.
  • [29]
    Jean Zay, né en 1904 à Orléans, allait être incarcéré par le gouvernement de Vichy dans des conditions particulièrement dures, et exécuté par sa milice peu de temps avant la Libération (20 juin 1944).
  • [30]
    L’oxyde de deutérium se constitue des mêmes éléments chimiques que l’eau ordinaire, mais ses atomes d’hydrogène sont des isotopes lourds du deutérium.
  • [31]
    D. Dosso, « Le plan de sauvetage des scientifiques français – New York, 1940-1942 », Revue de synthèse, vol. 127, n° 2, 2006, p. 429-251.
  • [32]
    D. Dosso, « La France libre et la politique de recherche – New York, 1941-1944 », in A. Chatriot et V. Duclert (dir.), Le Gouvernement de la recherche. Histoire d’un engagement politique, de Pierre Mendès France à Charles de Gaulle (1953-1969), Paris, La Découverte, 2006, p. 115-131. Voir aussi D. Dosso, « Les scientifiques français réfugiés en Amérique et la France Libre », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 60, octobre-décembre 2000, p. 34-40.
  • [33]
    Frédéric Joliot deviendra un des chefs de la résistance universitaire parisienne. Voir F. Pinault, « Frédéric Joliot, les Allemands et l’Université aux premiers mois de l’Occupation », Vingtième siècle, n° 50, avril-juin 1996, p. 67-88.
  • [34]
    D. Dosso, Louis Rapkine (1904-1948) et la mobilisation scientifique de la France libre, op. cit., p. 522-596.
  • [35]
    D. Dosso, « Rapkine Louis », in P. Ory (dir.), Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, Paris, Robert Laffont, 2013, p. 704-705. Voir aussi D. Dosso, « Louis Rapkine, biochimiste (Tchichenitch, près de Minsk, Russie, 14 juillet 1904 – Paris, 13 décembre 1948) », Archives juives. Revue d’histoire des juifs de France, vol. 32, n° 2, 1999, p. 130-133.
  • [36]
    La première conférence a lieu en juillet 1957 à Pugwash (Nouvelle-Écosse, Canada). Jozef Rotblat et le mouvement Pugwash qu’il a fondé avec Bertrand Russell se partagent le prix Nobel de la paix 1995 pour leurs efforts en faveur du désarmement nucléaire. L’Association française du mouvement Pugwash a été créée en 1964. Perrin, Kastler, Goldschmidt, Lwoff ont, parmi beaucoup d’autres scientifiques, participé à ses travaux. Voir aussi D. Dosso, « Sciences et scientifiques », in J.-F. Muracciole et G. Piketty (dir.), Encyclopédie de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Robert Laffont, 2015, p. 1195-1200.

Face au vaste problème des réfugiés, on ne peut se contenter de statistiques, ni de théories abstraites. Ces réfugiés ont des noms, et ces noms sont ceux de personnes dont le parcours a une histoire. Il nous a semblé utile de raconter l’histoire de deux savants réfugiés à Paris en 1938. C’est là qu’ils s’étaient rencontrés et qu’ils ont fait une découverte scientifique majeure. L’un était d’origine allemande, Fritz London, et l’autre d’origine hongroise, László Tisza. Certes, les savants réfugiés ne sont pas des réfugiés ordinaires. Mais leur histoire illustre le triple problème abordé dans cet ouvrage intitulé Migrations, réfugiés, exil. Et, comme nous le verrons, son examen soulève une quatrième question, celle de la responsabilité des scientifiques dans l’effort de guerre des Alliés, lors de la Seconde Guerre mondiale.
Cette histoire a une préhistoire.
En dessous de 2,2 degrés Kelvin, une température très basse puisque égale à – 271 degrés Celsius, le physicien canadien John C. McLennan avait remarqué dès 1932 dans son laboratoire de Toronto que l’hélium liquide cessait de bouillir quand on le chauffait.
En 1936-1937, Willem H. Keesom et sa fille Ania à Leyde (Pays-Bas), puis Jack Allen, Rudolf Peierls et Zaki Uddin à Cambridge (Grande-Bretagne) découvrirent que ce liquide très froid conduisait étonnamment bien la chaleur, ce qui pouvait expliquer l’absence d’ébullition. D’autres mesures de Willem et Ania Keesom suggéraient qu’en dessous de 2,2 K un ordre s’établissait dans ce liquide…


Date de mise en ligne : 28/10/2021

https://doi.org/10.3917/oj.bouch.2017.01.0161

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