Chapitre d’ouvrage

Chapitre 11. Sans fleurs ni couronnes

Pages 212 à 234

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  • Graire, A.
(2025). Chapitre 11. Sans fleurs ni couronnes. Madame Grès : Le sphinx de la haute couture (p. 212-234). Flammarion. https://shs.cairn.info/madame-gres--9782080474582-page-212?lang=fr.

  • Graire, Anne.
« Chapitre 11. Sans fleurs ni couronnes ». Madame Grès Le sphinx de la haute couture, Flammarion, 2025. p.212-234. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/madame-gres--9782080474582-page-212?lang=fr.

  • GRAIRE, Anne,
2025. Chapitre 11. Sans fleurs ni couronnes. In : Madame Grès Le sphinx de la haute couture. Paris : Flammarion. Biographies, mémoires, p.212-234. URL : https://shs.cairn.info/madame-gres--9782080474582-page-212?lang=fr.

L’entrée dans une nouvelle décennie n’annonçait plus rien à la créatrice dont chaque année d’existence s’était ponctuée d’un ordinaire extraordinaire, continuité cyclique d’une fougue de création anxieuse assortie du paroxysme des collections. Toutes, elles étaient victoires d’une campagne menée tambour battant et une vie entière à l’assaut d’un rêve d’empire informulé, l’éternité. De cette énergie vitale qui en avait fatigué plus d’un, il ne restait à ma grand-mère qu’un filet s’écoulant à bas bruit, résigné mais têtu. Sa santé de fer demeurait, obstinée elle aussi.
Il fallait à Anne Grès des bras pour empaqueter en un temps record le contenu de l’appartement de sa mère, chaussée de la Muette : elle fit assaut d’amabilités auprès de sa cousine photographe (affectionnée de ma grand-mère, mais qu’elle-même ne fréquentait plus) qui se prêta volontiers à cette tâche. Une fois les dizaines de mètres cubes emballés, Anne ne répondrait plus à ses demandes de nouvelles du couturier. La destination du chargement n’était autre que Saint-Paul-de-Vence, présenté comme un lieu de retraite paisible ; la maison de vacances de la créatrice servait plutôt le projet d’un éloignement forcé. Sa distance de la capitale, adéquate, découragerait ses connaissances à se risquer jusque-là. La lucidité me manquait encore pour saisir l’évidence constatée crûment par d’autres : prétextant qu’elle avait besoin de repos, Anne Grès faisait le vide autour de sa mère. Trop embaumé d’« éternel », le repos durable n’avait jamais été dans la nature de ma grand-mère, que je voyais plutôt adepte du « nous aurons toute la mort pour nous reposer » fredonné par le chanteur Georges Moustaki (admirateur inattendu de la créatrice, je l’avais constaté lors d’une exposition où il était venu la saluer)…


Date de mise en ligne : 28/11/2025

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