Chapitre d’ouvrage

« Comment naît un journal »

n° 1, décembre 1989

Pages 889 à 890

Citer ce chapitre


  • Ristat, J.
(2019). « Comment naît un journal » n° 1, décembre 1989. Les Lettres françaises : Cinquante ans d’aventures culturelles (p. 889-890). Hermann. https://shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-889?lang=fr.

  • Ristat, Jean.
« “Comment naît un journal” : n° 1, décembre 1989 ». Les Lettres françaises Cinquante ans d’aventures culturelles, Hermann, 2019. p.889-890. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-889?lang=fr.

  • RISTAT, Jean,
2019. « Comment naît un journal » n° 1, décembre 1989. In :
  • ROUBAUD-QUASHIE, Guillaume,
  • Avec le concours de TSIPTSIOS, Lukas,
Les Lettres françaises Cinquante ans d’aventures culturelles. Paris : Hermann. Hors collection, p.889-890. URL : https://shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-889?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir les références biographiques, en fin de volume.

1 Voici le premier numéro du journal des Lettres françaises dont il n’échappera à personne que le titre en rappelle un autre, prestigieux, qui cessa de paraître en 1972.

2 Je ne peux pas parler à la place d’Aragon. Qui d’ailleurs y songerait ? Les temps ont changé. Certes il y a toujours « les gens bruyants et les bavards », ceux qui claironnent et les autres. Mais la confusion est grande dans les idées et la pensée est menacée. Jamais peut-être la liberté du créateur n’a été aussi radicalement remise en question. Par le pouvoir des grands médias qui ne laisse à l’artiste que le choix impossible entre s’isoler dans une solitude orgueilleuse et douloureuse ou, de concessions en consensus, se trahir pour être reconnu et renoncer à créer au bout du compte. Par le pouvoir de l’argent, aussi et surtout.

3 La disparition des Lettres françaises fut une tragédie pour les écrivains, les artistes et les intellectuels. À divers titres. Ne serait-ce que par l’extraordinaire liberté de ton qui régnait alors dans le journal et la place, l’attention accordée à la création, à la jeunesse, à l’audace de la recherche. On a beaucoup glosé à l’époque, sur les « raisons » politiques de la mise à mort des Lettres. Remarquons cependant que, au fil des années, tous les grands magazines culturels cesseront à leur tour de paraître : Le Figaro littéraire, Arts, Les Nouvelles littéraires. Raisons politiques ? Sans doute, parce que commençait le règne sans partage de l’argent, de l’art comme marchandise et placement boursier. Ainsi la fin des Lettres françaises marquait-elle le changement du rapport de la société à ses artistes. Les comptes furent réglés…

4 Aujourd’hui, en 1989, le vide occupe le pouvoir. Et que dire de l’impéritie de la critique, de la bêtise et de l’indifférence triomphantes ? Ah misère de ce temps !

5 Je n’ai cessé de rêver à la reparution des Lettres françaises, à la création d’un journal culturel à la mesure des ambitions de ceux qui, nombreux encore, veulent un art nouveau pour une société nouvelle. Les Lettres françaises paraîtront donc chaque trimestre, dans Digraphe, sur douze pages. Il faut comprendre cette publication comme une protestation dont la charge symbolique est évidente, mais aussi comme la volonté de quelques-uns de ne pas mourir étouffés.

6 Nous donnerons la parole aux créateurs et tenterons de briser le consensus béat du monde intellectuel. Pour l’instant, nous n’avons naturellement pas les moyens d’assurer une périodicité hebdomadaire. Mais peut-être un jour, un jour viendra couleur d’orange…

7 J’écris ce texte, moi aussi, par ce bel automne doux, où l’on a envie de marcher « sa nuit, de laisser ce peuple de cabaret manger ses gratinées ou des moules avec des airs de masques ». J’écris pour prendre date. Pour ne pas renoncer. Pour mourir debout s’il nous faut mourir. Je ne suis pas seul.

8

Octobre 1989


Date de mise en ligne : 12/02/2026