Chapitre d’ouvrage

« Un perpétuel printemps »

n° 748, 20 novembre 1958

Pages 221 à 225

Citer ce chapitre


  • Aragon, L.
(2019). « Un perpétuel printemps » n° 748, 20 novembre 1958. Les Lettres françaises : Cinquante ans d’aventures culturelles (p. 221-225). Hermann. https://shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-221?lang=fr.

  • Aragon, Louis.
« “Un perpétuel printemps” : n° 748, 20 novembre 1958 ». Les Lettres françaises Cinquante ans d’aventures culturelles, Hermann, 2019. p.221-225. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-221?lang=fr.

  • ARAGON, Louis,
2019. « Un perpétuel printemps » n° 748, 20 novembre 1958. In :
  • ROUBAUD-QUASHIE, Guillaume,
  • Avec le concours de TSIPTSIOS, Lukas,
Les Lettres françaises Cinquante ans d’aventures culturelles. Paris : Hermann. Hors collection, p.221-225. URL : https://shs.cairn.info/les-lettres-francaises--9791037001641-page-221?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir les repères biographiques en fin de volume.

Je n’ai jamais rien demandé à ce que je lis que le vertige : merci à qui me fait me perdre, et il suffit d’une phrase, d’une de ces phrases où la tête part, ou c’est une histoire qui vous prend. Aucune règle ne préside à ce chancellement pour quoi je donnerais tout l’or du monde. J’ouvre un livre, et je tombe sur deux lignes qui l’anéantissent, car, après cela, qu’en entendrais-je ? Rien ne m’y paraît plus égal à ce qui m’a frappé, j’abandonne ce contexte de pages et de pages pour une parole résonnante en moi, qui se prolonge. Et aussi bien dans le roman que dans le poème, prose, ou vers, c’est tout un : ils sont rares, les auteurs qui peuvent me garder, ayant eu l’imprudence de trop bien écrire une chose dont ils n’ont su se retenir, de s’abandonner avec trop de bonheur à leur propre musique, et voilà que cet accord me cache la symphonie. […]
L’année 1958 aura été celle où plusieurs écrivains sont entrés dans cette période de la maturité romanesque, qui pour Stendhal s’ouvre avec Armance à quarante-quatre ans. Je le dis pour Zéraffa, et je l’ai dit pour Fascar, dont La barre de corail constitue ce pas en avant par quoi se confirment ce qu’on appelle les promesses d’un écrivain. Il s’agit ici de romanciers qui se plient à la règle stendhalienne qui veut que le roman dès la seconde page au moins apporte du nouveau, ne serait-ce que dans le cadre, le dépaysement par rapport aux romans déjà connus. Pierre Gascar, ouvrant la Somalie italienne, comme un quartier oublié du monde, j’entre dans son roman à la façon du voyageur parfois, dans un village, quand par hasard, il se donne le loisir de visiter une église que les Guides Bleus ne décrivent pas, et s’étonne soudain de découvrir ici une beauté non classée, un art inconnu…


Date de mise en ligne : 12/02/2026

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